PREFACE. IX
A qui m'étais-je adressé ?
Je n'en savais rien. Mais, enhardi par ce premier succès, je m'élance à gauche, et dans l'avant-scène qui faisait face à la loge impériale, j'avise un officier entre deux dames, et je lai décoche ces deux autres vers :
... Vous, monsieur, à la fin de la lutte Vous flattez la victoire et flétrissez la chute. Soyons amis !
Un tonnerre d'applaudissements se fait entendre.
« Ah ! ciel, pensai-je, à qui donc viens-je de parler ? »
Mais, comme le coursier de la légende, j'avais le feu dans le ventre et la flamme dans les narines : une batterie de mitrailleuses ne m'aurait pas arrêté.
Je gagne l'avant-scène et je fixe toute cette salle d'un regard de hyène, et je jette à l'orchestre, au parterre, aux galeries, dans tous les recoins de ce vaste Odéon, ces cris de la vertu vengeresse :
Banqueroutiers, valets, libertins, renégats,
Fripons de toute espèce et de tous les états,
Salut ! nous nous devons un respect réciproque,
Nous comprenons l'esprit })ositif de l'époque;
Nous sommes des pieds plats, oui; des marauds, d'accord ;
Mais le monde est à nous, car nous avons de l'or !