‹ Souvenirs d'un jeune premier. Avec [une] préf. de Jules ClaretieChapitre 2 sur 44 · PRÉFACE. VIT · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VIT

Il avait scindé sa tirade en plusieurs parties, se désignant à lui-même un des spectateurs de la salle à qui il pouvait, il voulait s'adresser dans une apostrophe ad hominem. Cela, tantôt à droite, tantôt à gauche, tantôt en lace, à l'orchestre ou aux premières galeries, ce qui le faisait agir, marcher, gesticuler et multipliait la puissance du débit, tout en variant les effets. Ceux qui ont vu jouer \ Honneur et V Argent se rappellent l'impression profonde que faisait ce monologue.

Ponsard, paraît-il, était dans le ravissement complet de cette trouvaille ; mais à la répétition, Altaroche, alors directeur de l'Odéon, interdit tout net au comédien de se Uvrer à cette (( promenade. ^ Ponsard donna raison à Altaroche. Laferrière rentra chez lui désespéré.

Enfin, le jour de la première représentation arrive. La toile se lève ; les deux premiers actes delà pièce sont froidement accueillis, le troi-

YIII PRÉFACE.

sième est applaudi, mais discuté. Le quatrième acte commence, et c'est dans cet acte que se trouvait la fameuse apostrophe aux pieds plats. Dès que la tirade commence, l'attention paraît s'éveiller, et ce symptôme encourage Laferrière. « Il me rendit tout mon aplomb, a: raconte-t-il lui-même, de telle sorte qu'au (( moment de l'apostrophe j'oubliai tout. » Je cite la page entière ; elle en vaut la peine :

J'avais, dit le comédien, remarqué, au balcon, un monsieur cravaté de blanc, à cheveux gris et pavoisé des insignes de la Légion d'honneur.

Je pars de mon pied droit.

J'indique, avec l'énergie que donne l'indignation, ce monsieur que je ne connais pas et que je désigne du doigt à la salle entière; je lui lance en pleine poitrine ces deux vers :

Vous, monsieur, vous n'avez ni principes, ni foi. Et votre avancement est votre seule loi. Touchez là !...

Lp soubresaut qu'il fit fut remarqué de toute la salle.

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