XVI PREFACE
nemarck, et, très élégant, pouvait ainsi jouer vraiment le personnage de Shakespeare.
Il ne savait,- d'ailleurs, pas un mot d'anglais. Mais il avait si admirablement retenu l'accent, le son des consonnes sifflantes de la langue saxonne, que lorsque, en apercevant l'ombre de son père, Hamlet se mit à faire, au hasard, une tirade quelconque, les specla'eurs, retrouvant sur les lèvres de Laferrière l'écho des paroles de Macreadv, se demandèrent si l'/m/mleur ne parlait pas lui-même anglais. L'effet de la parodie fut étonnant. On applauJit à tout rompre. Laferrière fut rappelé et Bâche obtint un succès de fou rire.
Le lendemain, Laferrière se déshabillait dans sa loge lorsqu'on frappa à la porte. « — Qui est là ? — Moi, Macready ! y> C'était le véritable Ilamlet qui venait remercier l'Hamlet fantaisiste. Macready ne jouait point ce soirlà, et, assis aux fauteuils d'orchestre, il avait écouté Laferrière.
PREFACE. XYII
Macready lui-même subissait Terreur du public, et il dit à son imitateur :
— Il faut que vous sachiez profondément l'anglais pour le parodier aussi bien que cela.
Lorsque Laferrière lui avoua qu'il ignorait complètement cette langue, Macready n'y voulut pas croire.
Il fut charmant, au surplus, pour le comédien français, et, lui répétant plusieurs fois : Oh ! comme vous m'avez étonné ! il l'invita, pour le lendemain, à déjeuner chez lui, avec des artistes anglais et des écrivains. Et lorsque Laferrière entra :
(( — Messieurs, dit Macready en souriant, je vous présente Macready ! Oui, Macready lui-même ! Et je ne sais plus, depuis hier, lequel est le vrai Macready, de lui ou de moi ! >
L'imitation de Macready ne contribua pas peu, ajoutons-le, au succès du Paris à tous les diables^ de M. Clairville.
Ce souvenir d'il y a trente ans passés donne
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une idée de la vogue qui accueillit à Paris Macready et des triomphes qu'il y obtint. L'écho de son nom même faisait recette. On devrait traduire en français les deux volumes de Souvenirs qu'il a laissés et dont l'intérêt est capital pour l'histoire du théâtre, non-seulement pour rhistoire du théâtre anglais, mais pour le nôtre.
Macready nous apprend, par exemple, combien il était préoccupé, durant tout le jour, du personnage qu'il incarnait le soir. (Bouffé, lorsqu'il doit entrer en scène, est tellement ému qu'il est souvent forcé de changer de chemise.) « Quand j'ai un rôle comme celui d'Hamlet à jouer le soir, dit Macready, ma journée entière est absorbée et je ne peux laisser aller ma pensée à aucun autre sujet. »
Chaque création nouvelle causait à Laferrière, comme à Macready, une émotion profonde. Lq jeune premier nous écrivait un jour^