I. /il
A89 SOUVENIRS d'uh naturaliste.
naissant ce que ces explications avalent d'incomplëi et de vague, il fallait bien s'en contenter. M. Dutfdchet montra que lorsque deui liquides de natui^ et de densité différentes sont séparés Tutl de l'autre par une inembrane mince , il se développe dans cette membrane une force particulière qui la fait traverser par un des liquides, et tjiie ce phénonrtène persiste jusqu'à ce que l'équilibre soit pliis ou tnoilis complètement rétabli dans les liquides qui baignent les deux côtés de la membrahe. Il appela cette force endosmose^ quand elle faisait affluer le liquide dans l'appareil servant à ses expériences, et eâ^smose^ quand elle tendait à l'en chasser. Au fond, cette force est toujours la môme, et le nom à'endosmose lui est resté.
A l'aide d'un instrument fort simple, appelé endosm&mètrê (l)i M. Dutrochet mesura l'intensité de cette force, et montra que, dans certaines circonstances , elle équivaut à environ h,5 atmosphères, c'est-à-dire qu'elle suffit pour soulever tiflë ëolôrinëd'eau d'environ 30 tnètres de hauteur. Ol^;
(1) L'endosmomètre consiste en une sorte d'entonnoli* detit lé cdl serait très allongé. On tend snf la partie évasée un rtiorcean de vessie. On Verse de l'alrool dâUs reutonnoir Jdsqa'à la naissance dn col, pnis on le place dans un vase rempli d'eau, en ayaUt ftoin que Teau et Talcool soient ati même niveau. Au bout de très peu de temps; on voit la colonne de liquide s'élever successivetnent daiis le tube en même temps que le niveau s'abaisse datt» 1^ Vass.
dî^ns tous les êtres organiste , pft rencontrp des liquides différents de composition et de densité, séparés les uns des autres p^r des mpmbrawes ordin^iremept très délicates, et Ton cornprepd quel fùle important la forpe d'endosmose (|oit jouer dans les échanges qui se passent sans cesse à l'intérieur 4es animaux et des plantes. Aussi M. Dutrochet crut-i) d'abord avpjr â^ooiiy^TiVagenimmédiat d^t mouvement vitql. Jci, comme dans bien d'antres circonstances, il se laissa entraîner p^r l'ardeur de son intelligence; mais revenn bientôt d^n$ les lin^ites du vrai, il proclama lui-même cp que ses premières opinions avaient eu d'exagéré, dans Quelques lignes où se retrouvent à chaque mot l'honnête Jiomme et le savant consciencieux.
Nommé jnen\\)re de l'Académie des sciences en 1831, M- Dutrochet redoubla d'activité scientifique, et dans les dernières années de sa vie il espéra avoir découvert le pendant (Je son endosmose. Frappé des singuliers mouvements qu'e;^épute le camphre à la surface d'une eî^n parfeite ment propre, il étudia ce phénqnîène et ceux qui s'y rattachent. Il attribua tous les fai^ 4u Tnéifie genre à une force particulière sp développant à la surfacp des corps dans certaines cjrconstftpcp^, /et 4onna à cet|^ force le poni à'épipolisme. M^)}ipureusement ses recherches sujr cesnjet fnrent faitr^yises p^r ^n gr^n4 ^»?i W^ ^^^ di^PQ^HIûB .^tfx
congestions cérébrales dont il souffrait depuis longtemps, enfin par la maladie à laquelle il devait succomber. Il est vivement à regretter que quelque physicien n*ait pas recueilli cette part de Théritage d'un des esprits les plus chercheurs et les plus inventifs dont s'honore la science moderne.
N* 118 (p. 260). — L'observation de ce fait pour les Méduses est due à M. Dujardin. Depuis plusieurs années ce savant conservait chez lui des vases d'eau de mer contenant des Algues et divers animauxraarins inférieurs. En 18/il, il vit paraître sur les parois d'un de ces vases un petit Zoophyte, voisin des Syncorines, qu'il désigna sous le nom deStauridie. Ce joli Polypier, que j'ai eu le plaisir d'observer moi-même chez mon confrère, consiste en un tube transparent adhérent aux parois du vase et poussant en diverses directions ses rameaux que termine un corps de Polype portant quatre bras disposés en croix. Depuis quinze mois M. Dujardin voyait ses Stauridies se multiplier par bourgeonnement, lorsqu'il s'aperçut que quelques-uns de ces bourgeons présentaient un aspect insolite. Il les suivit dans leur développement et eut le plaisir de les voir se changer en une charmante petite Méduse qui, après s'être détachée du tronc commun, acquit successivement quelques organes qui lui manquaient encore, et entre autres ceux qui devaient servir à reproduire l'espèce. M. Dujardin
a donné à ces Méduses le nom de Cladonème {Cla* donema). Depuis il a étendu ses recherches à d'autres espèces. (Voyez les Mémoires de M. Dujardin sur le développement des Méduses et des Polypes hydraires, Annales des sciences naturelles,)
N*» 119 (p. 5261). — M. Decaisne, membre de rinstitut, professeur au Jardin des plantes, a publié entre autres travaux des recherches fort importantes sur les organes reproducteurs des Fucus. Le premier, il a montré qu'on avait eu tort de regarder comme des animaux les corpuscules munis de filaments flagelliformes qui jouent chez ces végétaux le rôle confié au pollen chez les végétaux plus élevés en organisation.
N» 120 (p. 261). — M. Thuret a fait, sur la reproduction des Algues, des observations extrêmement curieuses. Il a découvert les cils vibratiles qui mettent en mouvement, pendant quelques heures, les spores de diverses conferves. (voy. Ann, des se, naf.) Ses dernières communications à l'Académie sur la fécondatipn des Fucacées renferment des faits très propres à établir des rapprochements entre les deux règnes, même sous le rapport du mécanisme de la fécondation. Le premier, M. Thuret a opéré sur ces plantes des fécondations artificielles et obtenu des hybrides. Ces travaux, ceux deM. Decaisne et ceux de quelques botanistes allemands, montrent chaque jour davantage ce qu'avaient de
A8tf SOUVENIRS d'lm naturaliste.
peu fondé les opinions émises à diverses reprises sur les transmutations que subiraient certi^ êtres qui, placés sur la limite des règnes animal et végétal, passeraient alternativimient de Tun dans Tai^tre^ et seraient tantôt de véritablâs plantes, tantôt de véritables animaux.
N« 121 (p, 261). — M. Payen, n^emlve de rinstitut, professeur au Conservatoire des arts et inétie»*s, est un de nos chimistes dont Le nofn est devenu le plus populaire, par suite de l'utilité pratique d'un grand non^bre de s^es f^ava^j^. Personne n'igiu>re les services qu'il a rendus dans icette direcvtion i rindustrie et h l'agriculture. Mais il n'a jamais pour cela négligé la science pu^^p véritable ou plutôt seuie mère possible de t^tes Les applications. Pans le travail auquel nous faisons allusion, M. Payen a n)onti*é qu'au piomei^t de leur apparition, les jeunes tissus végétaux sont aussi for.lemei^^ azotés que les tissus animaux, /et que c'est seuleniei)t en vieillissant qn'ils s*encroûtent, pour ainsi dire , d'éléments carbonés. Or, on aviî^it adnjis jusque-là qu'une des diflérences essentielles entre les deux règnes consiste en ce qu^ Yàwie domi^ dans la composition chimique des animaux comifî.e le carbone (}ans la composition chii^ique des végétaux. On voljt qge les recherclies icle M. Payen ont dû fai^e M^ji^do^ner cette idée.
N" 12? (p. 261). — ji^^arck et Bory de Sa^tr
fiiOTEb. 4^7
yinccut (t) ont les premiers attiré Tattjention (Jes Bôturalistes sur le développeuî/siit de chaj^ur qui se produit au inon^n^ de la fécondation (}ftps pljfsieurs espèces de la famille des Aroïdées, et .ce p^énomèr^ 4 été étudié dep^is avec beaucoup de SjOin, eptre autres par MM. Beck et Bergma. Ces
IX) Bory de Saint -Yiiuceu^, né à Agen ^n 1760, mort à Paris en 18iG, se fit connaître dès l*àge de quinze aqs par des recherches sur les Byssus et les Conrerves. Nommé naturaliste de Texpédition du capitaine Baudin, il resta à l*tlede France, fut employé dans l'état-major de cette colonie, et pro^ta de «a positioi» jpour faire un très grand «ombre d'observations relatives aux diverses branches des scien/ces n^urelles. Devenu capitaiuc et ensuite colonel d'état-major, il fit la plupart des campagnes de Tempirc à partir de 1801. Exilé en 1815 par suite du dévouement qu'il avait montré à Napoléon pendant les Cent jours, il n'en professa pas moins 1res baut sts ogimom, et, poursuivi pour ce fait par la poliee 4es pL^U où il cherchait un asil^e, il f\^ oWjgé de se cacher dans les vastes carrières de Macstricht dont il fit connaître rhistoire dans un livre intitulé : Voyage souterrain. Il rentra en France en 1820, et fut mis plus tard à la tète des deua expéditions scientifiques de la Mor^ée et de TAIgérie. Bory a écrit une foule d'ouvrages et de Mémoires sur des sujets trè« divers^ entre autres un B$sai sur les Uef Fortunées et l'antique Atlantide, ui? Voyage dans les iles d'Afrique, un Traité de V Homme t une Histoire des Animaux microscopiqueSf etc. Il a en outre dirigé la rédaction du Dictionnaire classique d^histoire naturelle. La plupart de ces ouvrages sont écrits mus i'^niueoce d'id/ées générales qui comptent {u/^urd'huijt^jt Hfu d'adb^ent«.
expérimentateurs ont vu, dans certains cas, la température du spadice s'élever à 43 degrés, tandis que l'air environnant ne marquait que 21 degrés. Dans VArumcordifolium la température extérieure étant de 19 degrés seulement, celle de la fleur s'est élevée jusqu'à 49 degrés. Cette fleur avait donc en ce moment 30 degrés de température propre. C'est surtout dans les tleurs mâles que ce phénomène est le plus prononcé. En môme temps que la température s'élève, la respiration de nature animale, qu'on observe toujours dans les fleurs, acquiert une énergie exceptionnelle. Toutes les parties absorbent de fortes proportions d'oxygène et exhalent une quantité correspondante d'acide carbonique. Les phénomènes que nous venons d'indiquer ont été étudiés principalement dans les Arum vulgare et cordifolium. Mais on les a constatés dans un grand nombre d'espèces de la même famille, et s'ils n'ont pas encore été observés ailleurs, cela tient sans doute à ce que la chaleur produite est trop faible pour être perçue par nos organes seuls.
Ajoutons que d'autres circonstances également remarquables accompagnent souvent chez les Végétaux cet acte si important de la fécondation. Tels sont les mouvements spontanés que présentent alors les étamines de l'ortie, de la pariétaire, de la rue, de l'épine-vinette, etc., et le stigmate des
Cactus, des Passiflores, etc. On dirait quVnnobli momentanément par l'importance de la fonction, le végétal s*élève dans Téchelle des êtres, et que pour créer, pour se reproduire, la plante se fait animal. N« 123 (p. 267). — Guilhaume de Porcelets était seigneur de Calatafimi, et gouverneur de la ville et ch&teau de Pouzzoles au moment des massacres. Il dut son salut à la conduite pleine de justice et de loyauté qu'il avait toujours tenue vis-à-vis des Siciliens vaincus. Au reste, ces vertus étaient héréditaires chez les Porcelets, aussi bien que le courage. Le grand-père de Guilhaume avait sauvé la vie à Richard Cœur-de-Lion , et avait inspiré aux Sarrasins une confiance telle qu'ils exigeaient sa garantie lorsqu'ils traitaient avec les princes croisés. L'histoire a conservé plusieurs autres traits chevaleresques sur les Porcelets. Celte famille datait de fort loin, et les fables mêmes répandues sur l'origine de son nom attesteraient au besoin son ancienneté, car les puissantes maisons ont presque toutes, comme les grands peuples, ce qu'on pourrait appeler leur âge mythologique. Dans le XV siècle, les Porcelets étaient considérables à Arles, dont tout un quartier leur appartenait. A partir de 1 300, ils paraissent moins dans l'histoire, et leurs branches s'éteignent successivement. La dernière de toutes, celle des seigneurs deMaillaue, s'établit à Beaucaire vers le milieu du xv» siècle.
490 SOUVENIRS d'lH NATURALISTE.
jSon dernier rejeton était un auoien page de Charles X, mort, il y a quelques ft^pé^^, au serrvice de la Sardaigne. (Note communiquée.)
N" 124 (p. 270;. — ^.es Mastodontes étaient des Mammifères semblables aux Éléphants |ip |ios jours sous tous les rapports ; mais ayant ui}e dentition très différente. On a trouvé leurs ossemen(§ dans toutes les parties du monde suffîsaTpipent e^ plorées, et jusque dans la Nouvelle-Hollande. Ce dernier fait, constaté par M. Owen (1), est vraiment remarquable. Tous les Mammifères actuels de cette contrée appartiennent au groupe des Marsupiaui^, et la forme fossile présente le même caractère dans toutes ses espèces, à Texceptian ^es Mastodontes, qui forment aiusi une très /curieuse exception. Ou voit que ces ^niuiaux étaient vrain)^ cosmopolites. Le genre dont poas parlons comprend
( 1 ) M. Richard Ofiren, correspqndaot de Tlastitat, s'e^pl^ au premier rang des naturalistes vivants par ses découvertes en anatomie et en paléontologie. La nature, le nombre et la valeur de ces travaux ont fait décerner à Tauteur, par ses compatriotes, le titre de Cuvier sutylais, par une métaphore «erabUble k celle qui nous a fait nommer L«piace le Newton français. Les études de M. Owen ont porté sur presque toi^ le règne animal. On lui doit, entre autres, des recherches fort curieuses sur quelques Mollusques très rares, et dont l'organisation était peu ou pas du tout connue ; sur les Mammifères Uarsupiaui, dont il a complètement fait connaître les caractères anatomiqiies, eUi. ; mm da Ums Jtf Irayani /dus
IfOTES. AOl
flujoilfdliui une douzaine d'espi'Cos, parmi lesquelles le Mastodonte géant ( J/. giganteum] était au moins de la taille de nos plus grands Éléphants. Les restes fossiles de Mastodontes sont assez communs. On les trouve quelquefois en place et disposés verticalement < comme si Tanimal était mort après s*ôtre enfonôé dans la vase. Ce fait a été observé, entre autres, dans la vaHée de TOhio.
La présence des ossements de Mastodonte dans les feouches superficielles dd sol a donné lieu à beaucoup de fables. Ce sont eux qui, à diverses reptises, ont été Regardés comme appartenant à des squelettes de géants. Les Indiens de l'Amérique septentriotiale leur ont donhé place dans leurs légendes. Les Kreeks prétendaient que le Grand- Esprit foudroya cette espèee gigantesque de peur qu'elle ne détruisit les autres êtres vivants, et qu*il
à ce savant, les plus importants peut-être sont ceui qui todirheBt à Thistoire des Vertébrés fossiles. Ils ont placé leur aatear à la tête de tous les paléontologistes vivants. Indépendamment d'un grand nombre de Mémoires particuliers, portant sur les quatre classes de ce sous-règne, M. Owen a publié, sous le titre û'Odonlographie, tin magnifique ouvrage sur les dents des Poissons. En étudiant la structure intime de ces organes, il est arrivé à montirr qu'on peut reconnaître la famille, souvent le genre , et parfois Tespèce da Poisson dont on ne possède qu'un fragment de dent, même lorsque ce fragment est entièrement déformé par le frottement.
ne s'échappa qu'un seul mâle blessé, qui vit en* core dans les grands lacs où il s'est réfugié. Les sauvages du Canada regardent le Mastodonte comme la souche d'espèces actuellement vivantes, et l'appellent le pèi*e aux bœufs.
N° 125 (p. 276}. — Les Reptiles ont précédé les Mammifères à la surface du globe, et ont présenté pendant la période secondaire un développement considérable. Parmi les espèces qui vivaient alors, plusieurs avaient des formes très étranges. Nous citerons entré autres les Plésiosaures, qui vivaient dans l'eau, et portaient, sur un corps de lézard, un cou très allongé et une petite tète de serpent; les Ptérodactyle i, qui volaient à la façon des chauvessouris, grâce à une membrane soutenue par un seul des doigts de leurs membres antérieurs, etc. Plusieurs de ces espèces étaient de fort grande taille, et avaient, d'après Cuvier, jusqu'à 18 mètres de long.
N* 126 (p. 279). — Le Grenadier {Punica grana* tum) est indigène de la Mauritanie, d'où il a été importé par les Romains à l'époque de leurs guerres avec Cartilage. Cet arbre fut cultivé par eux avec soin, et tandis que nous n'en connaissons que trois variétés, les Romains, au temps de Pline, en possédaient six,dont une, nommée Apyrenum, portait des fruits à grains sans pépins.
N" 127 (p. 292). — Le genre Alcinoé fait partie
de la famille des Béroîdes dont j'ai déjà parlé ailleurs.
N^ 128 (p. 29U). — Voyez le chapitre intitulé : LlledeBréhat,
N» 129 (p. 296). — M. Laurent, ancien chirurgien de marine, mort récemment à Paris, s'est occupé avec une très grande persévérance de Tétude des animaux inférieurs d*eau douce. On lui doit aussi de curieuses observations sur l'embryogénie de quelques Mollusques terrestres.
N* 130 (p. 298). — J'ai insisté ailleurs sur ces idées. (Voyez le chapitre sur Vile de Brékai,)
N" 131 (p. 305). — Les discussions relatives au phlébenterisme ont eu, même en dehors du monde scientifique, assez de retentissement pour que quelques développements deviennent ici nécessaires.
Cuvier, et après lui tous les zoologistes, avaient admis que, chez les Mollusques, il existait un sys-tème de vaisseaux cios^ de telle sorte que, chez* ces animaux, la circulation s'accomplissait exactement comme chez les Mammifères. Toutefois quelques faits exceptionnels avaient été signalés par Cuvier lui-même chez les Aplysies, par M. Edwards chez les Ascidies, par MM. Richard Owen et Valenciennes chez les Nautiles, lorsque l'étude d'un petit Gastéropodc Nudibranche de nos côtes me conduisit à aborder cette question et beaucoup d'autres qui lui étaient connexes.
A9l SOUVENIRS D*l?!f NATtJftALISTE.
Entre nutres caractères, regardée ôomme ries plus constants chez les Mollusques, on avait toujours admis l'existence d'un intestin Simple et d'un foie distinct très développé. Or, en étudiant TEoli* dîne, je constatai : 1" que Tintestin était ramilîé et envoyait des prolongements jusque dans les baguettes dorsales, regardées jusque-là comme des branchies ordinaires (1); 2** que le foie n'existait pas comme organe distinct^ mais que les prolonge^ ments intestinaux, dont je viens de parler^ étaient revêtus d'une couche granuleuse rappelant l'aspect de certains organes hépatique* ; 8° que les aliments pénétraient dans toute l'étendue des canaux i^amiflés de l'intestini
En même temps je trouvai dam TÉolidine un cœur et un appareil artériel assez développé ; mais il me fut impossible de distinguer des Veines. Toutefois, iitibu comme je l'étais des idées de Cuvier^ il me fallut longtemps pour admettre leur nonexistence. Ge ne fut qu'après aVoir suivi le mtoe corpuscule sanguin dans tout son trajet; après l'avoir vu sortir du cœur, s'engager dans les artères dont les parois réglaient ses mouvements ; après l'avoir vu ballotté en tout sens dans la cavité gêné* raie ; enfin, après l'avoir vu réVenir directemetit
(1) &I. Edwards avait constaté avant moi ce Tait chez la dalllôpéë de Risso, et M. Lowen, naturaliste suédois, Pavait également reconnu dans quelques ^(lèc^B;
9U cœur, que J6 fus convaincu qu'il n'y avait réellement pas de veines dans l'Ëolidine.
{^'espèce dont je viens de parler fut le sujet d'un premier Mémoire qui passa assez paisiblem^t. Je ne considérais moi-même rÉolidine que comme une esi)èce dégradée, et par eel^ même exceptionnelle ; mais ayant eu occasion à Bréliat d'étudier plusieurs espèces voisines, j'eus à présenter ((uelques idées plus générales. Ne pouvant pas croire que les Cuvicr, les Blainville (1) se fussent trompés à ce point sur l'organisation des Mollusques que j^ venais d'observer, je les regardai comme un groupe à part ; et proposai d'en former nn ordre sous le nom de Gastéropodes Pldébentérés. En même temps je fis connaître les faits et les conclusions auxquelles ils m'avaient conduit. La plupart de ces faits étaient bien faciles à vérifier pour quiconque ayant l'habitude du microscope aurait pris la peuie d'aller passer quelques jours au bord de
(1) Cuvier et Blaipville ont eu à leur disposition des Éolides dont la taille se prête parfaitement à la dissection. Ni Tun ni Tautre n'ont signalé chez elles les caractères si remarquables que j'ai indiqués plus haut. Pourtant on ne peut guère douter que Cuvief surtout n'ait cherché à se rendre compte de leur anatomle. l\ a sans doute vu quelques-unes de ces particularités si curieuses, mais ces faits juraient trop avec ce qu'il avait vu partout ailleurs pour qu'il pût les comprendre. Il a dû croire qu'il se tjrompait et n'en a pas parlé.
la mer. Mais ils blessaient profondément les idées reçues, ils contrariaient quelques-unes de ces belles théories qu'on invente au coin de son feu. Aussi furent-ils accueillis avec fort peu de faveur, et l'on alla jusqu'à nier qu'ils fussent possibles, les déclarant à priori contraires à tous les faits acquis, à tous les principes admis.
Dans plusieurs Mémoires très détaillés à ce sujet, M. Souleyet, chirurgien distingué de marine (1), se fit Torgane de ces répugnances. Il s'étayait des noms de Cuvier et de Blaiiiville ; il parlait beau coup de ses préparations; surtout il venait au secours d'idées universellement admises ; il fut donc ■ accueilli avec empressement. Le plilébentérisme fut déclaré anéanti et relégué au rang des chimères. J'emploie ici un des mots les plus doux qui lui aient été appliqués.
(1) M. Souleyet est mort depuis cette époque daas une de ses croisières. Je l*ai vivement regretté. Toutes les personnes qui ont eu avec mon adversaire des relations intimes m'en ont parlé comme d'un homme de parfaite bonne foi et aimant vivement la science. II aurait donc fini par se rendre aux preuves accumulées depuis nos discussions, et la France compterait de plus un naturaliste placé dans les conditions les plus avantageuses pour rendre des services à la zoologie. Indépendamment des travaux entrepris à l'occasion de notre discussion , M. Souleyet a laissé plusieurs Mémoires et la partie zoologique du Voyage autour du monde , exécuté par la Bonite, dans laquelle on trouve bon nombre d'observations d'un grand intérêt.
Au reste, d'accord pour me combattre et pour me déclarer atteint et convaincu d'erreur flagrante {f adoucis considérablement les expressions), mes contradicteurs étaient loin de s'entendre entre eux. Il est assez curieux de confronter sous ce rapport ce que MM. Souleyet en France, et Allman en Angleterre , disent des Actéons, un des genres les plus curieux de ce groupe (1 ). Ce qui est pour l'un une portion de Vappareil circulatoire, est pour l'autre un appareil respiratoire complet ; ce que l'un appelle vaisseau sanguin, l'autre l'appelle trachée aquifere; V oreillette de l'un est pour l'autre une poche communiquant au dehors par un orifice. Enfin, pour l'un, les Actéons sont des Mollusques voisins des Éolides, ce que J'avais dit avant lui ; pour l'autre, qui représente toujours les anciennes idées, ils doivent rester près des Aplysies. Ces divergences si fondamentales n'empêchent pas les deux naturalistes de se féliciter d'être en accord complet. (Voyez les Mémoires de MM. Allman dans les Annals of natural history, et Souleyet dans les Comptes rendus.)
(1) Contrairement à ce qui a été avancé, le genre Actéon renferme plusieurs espèces très différentes entre elles. Chez toutes on trouve, au lien de baguettes dorsales, une large expansion très mince entourant le corps et se prolongeant en arrière en forme de feuille. Les ramifications intestinales se distribuent dans Tépaisseur de cette lame qui renferme ea outre les organes reproducteurs.
i(98 SOUYENIRS d'un NATURALISTE.
Cette méprise des deux honorables naturalistes sur leur manière de voir xéciproque était d'autant plus singulière qu'il s'agissait ici de l'appareil circulatoire. Or, ce que j'en avais dit avait plus que le reste soulevé l'incrédulité. Pour quelques-uns qui avaient fait jouer à l'appareil vasculaire un rôle fort exagéré dans leurs théories embryogéniques, ces faits étaient d'autant moins acceptables qu'ils ruinaient enti^ement un système construit tout à priori; pour le plus graud nombre, il paraissait également impossible d'admettre l'existence de Mollusques Gastéropodes sans veines^ après ce qu'avaient dit à ce sujet Guyier et Blainville. Aussi, pour beaucoup de gens, phlébentérisme ei absence de circulation étaient-ils synonymes. On a pu voir dans le texta que telle n'était nuUemep^t ma façon de penser (1).
Or, Jtf . Edwards d'abord, puis MM. Edwai'ds et Valenciennes, entreprirent sur la circulatM^n 4es Mollusques en général, uite série de recherches qui conduisirent bientôt à un résultat fort inattendu
(1) A mon retour de Sicile, et au premier début de la discussion, j'avais déûni le phlébentérisme r — une disposition aoatoroique, ordinairement caractérisée par des prolongenients ramifiés du tube digestif, en vertu de laquelle Tappareil digestif supplée d'une manière quelconque l'appareil circulatoire, et vient en aide à l'appareil respiratoire. — Cette définition a été constamment oubliée par mes contradicteurs.
KOTliS. MO
et que nous avons exposé (laos le texte, savoir que, chez tous Les Mollusques, Tapp^reil circulatoire est incomplets que chez tous, il y a interruption dans le cercle circulatoire, et, que, par conséquent, chez tous y le sang s'épanclie dans les lacunes. Bientôt MM. Pouchet, Van Beneden, Owen, confirnièrept de diverses manières les faits et les conclusions des académiciens français, et ces faits, ces conclusions, ne tai*dèreut pas à être admis à peu près dans toute TEurope. A Paris seulement, un petit noyau d'incrédules, plus ou moins intéressés à nier, persistèrent dans les anciennes idées, et peut-être en trouveraiit-op encore quclques-ijns. Ainsi, ce qœ j'avais dit des Mollusques PUléhentérés seuls s'apr pliquait à Tembrancbement tout entier; ce que j'avais moi-même regardé comme une exception, pour avoir trop cru à l'infaillibilité de nos illustres devanciers, se trouvait devenir la règle générale.
IjB, question de circulation diez les Mollusques une ïq\& vidée, restait Tensemble de faits et d'idées qui se groupaient pour moi autour de ce mot de phlébentérismjs. Ici encore il m'est permis de le dire, tous les résultats généraux, toutes les déductions générales ont été successivement confirmés et adoptés. Sans doute, en entrant dans cette voie, jusque-là inexplorée, j'avais commis dans le principe des méfwis^ et des oipissions; j'avais surtout, dans quelques cas, attaclié trop d'importance à des
500 S013VEN1HS l>*UN NATURALISTE.
résultats négatifs ; mais, pendant mon voyage en Sicile, j*ayais, avant toute controverse, rectifié quelques erreurs, comblé bien des lacunes inévitables, j'ose le dire, dans un premier travail. Aujourd'hui, le moi phlébentérisme, dans la signification que je lui avais attribuée, avec toutes les conséquences que j'avais tirées des faits qui me l'avaient fait proposer, est passé, surtout en Allemagne, jusque dans les livres élémentaires. (Voyez le Manuel d'anaiomie comparée^ par MM. de Siebold et Stanius.)
N° 132 (p. 309). — C'est là un résultat très important à remarquer, et que confirme, d'ailleurs, l'étude comparée de plusieurs autres groupes. On trouve encore quelques naturalistes qui, guidés uniquement par des idées préconçues, veulent qu'il existe entrelesdiversappareilsfonctionnels, non pas seulement des relations physiologiques nécessaires, mais encore une dépendance anatomique réglée par des lois qu'ils ont imaginées. Pour ces naturalistes, aucun appareil ne peut se simplifier, se dégrader^ sans entraîner dans tous les autres une simplification, une dégradation correspondante. Pour les réfuter, il suffit de les engager à étudier la circulation chez les Insectes et chez les Annélides.
N« 133 (p. 309). — M. Natalis Guillot, médecin des hôpitaux de Paris, a su allier depuis longtemps
la pratique de son art aux études scientifiques les plus sérieuses. Son Exposition anatomique de V organisation des centres nerveux^ qui remporta le prix proposé par l'Académie des sciences de Bruxelles, restera comme un des plus consciencieux travaux sur ce sujet si difficile. M. Guillot a publié un grand nombre de recherches sur plusieurs autres points d'anatomie et de physiologie comparée.
N» 13/1 (p. 311). — Voyez le Mémoire de M. Edwards, intitulé : Observations sur la circulation (Annales des sciences naturelles),
N« 135 (p. 312). — M. Mûller (Jean), correspondant de rinstitut, professeur à l'université de Berlin, doit être considéré comme le chef de la phy* siologie moderne en Allemagne. D'abord séduit par les théories d'Oken (1), il fut, m*a-t-on assuré, un des adeptes de la Philosophie de la nature;
(1) Oken, naturaliste allemand, fonda Técole des PkiUhsophes de la nature ^ qui avait pour but de ramener la création entière à une unité conçue tout à fait à priori. On lui doit plusieurs travaux anatomiques et zoologiques importants, mais ses ouvrages sont presque toujours gâtés par Texagération de ses dogmes théoriques. On jugera de ce que devaient être ces dogmes par l'anecdote suivante. Se promenant un jour avec un ami de qui je tiens le fdit, il s'arrêta devant une maison en construction et s^écria avec Taccent de rindignation la plus vive : « Comment est-il possible que les hommes bâtissent des maisons à quatre étages , eux qui n*enont que trois, le ventre, la poitrine et la tête 1 »
602 SOLVE?«IRS d'iJ^H MàTUEiALISTE.
mais, re\'enu bientôt à d'autres idées, il eiitreprit sur les animaux supérieurs, au point de vue physiologique, une série de travaux qui rendirent bientôt sou nom cél^re, et lui valurent la position élevée qu'il occupe encore aujourd'hui. 11 a résumé l'ensemble de ses doctrines dan^ un Manuel de physiologie^ ouvrage qui devint classique dès son apparition et qui a été traduit deux fois ^fi français. Dans ces dernières années, Itf . Muiler s'est beaucoup occupé des animaux inférieurs qui vivent dans la mer. lia fait, pour les étudier, plusieurs voyages sur les bords de la Baltique ^t de l'Adriatique, et ses recherches sur 1*4'^' phioxus^ sur la famille des Myxinoides, sur les larves des Échinodermes , etc. , lui ont acquis une position éminente parmi les naturalistes propement dits.
M. Millier (Maximilien), fils du précédent, semble vouloir marcher sur les traces de son père. Il a publié, entre autres, une dissertation fort intéressante sur Tanatomie de quel(jues Vers
Il ne faut pas confondre MûUer (Jean), le physiologiste vivant, avec son homonyme Mûller (Otto-Frédéric),, célèbre naturaliste danois. Celuici, né en 1730, est mort en 178/i. Sans fortune, inais soutenu par les conseils de sa mère, ïemm douée d'un esprit supérieur, il ne vint à bout à^
NOTES. fiôS
terminer âes éludes qu'à force dé persérérance. If commença par dotiner des leçons de musique ét^ continua à enseigner les diverses sciences, poUf ainsi dire, au fur et à mesure qu'il les avait apprises. Devenu précepteur d'un jeune gentilhomme, il profita de ses loisirs pour s'occuper de sciences naturelles. Ses premiers écrits le firent distinguer de telle manière qu'il fut bientôt pourvu d'une place élevée et lucrative ; mais ayant eu le bonheur d'épouser une femme à la fois très riche et très intelligente, il reprit sa liberté et se consacra uniquement à la science, agissant ainsi tout au rebours de ce qu'avait fait son prédécesseur OEder (1).
Les travaux zoologiques de Mùller ont porté principalement sur les Invertébrés. Son Histoire des Vers terrestres et fluviatiles, sa Zoologie danoise, ses ouvrages sur les Hydrachnes et sur les Infusoires, lui ont mérité d'être regardé comme un des meilleurs et des plus laborieux observateurs du xvin* siècle.
Un autre Mûller (Philippe-Louis-Statius) , pro-
(i) OEder, botaniste danois, après avoir débuté d'une manière brillante par divers écrits, et avoir commencé une Flore du Danemark et de Norvège , se laissa entraîner par Strucnsée dans la politique, obtint un poste élevé dans les finances, et ne s'occupa plus de botanique. Mùller d^abord, puis Wahl et Hornemann, continuèrent et terminèrent sa Flore.
fesseur à Erlang, contemporain du précédent, s'est aussi occupé de sciences naturelles, et a donné en allemand une assez mauvaise édition du Système de Linné.