‹ Souvenirs d'un naturalisteChapitre 30 sur 32 · N0TE · texte numérisé non relu

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de sa dernière élection comme député sous Louis* Philippe, pour avoir été l'occasion d'un mouve* ment populaire où il put craindre de voir couler le sang. Qu'on juge de l'effet terrible que durent faire sur lui les agitations de la République! et sur* tout les sanglantes journées de juin 1848 1 Aussi, dès cette époque sa santé déclina-trelle rapidement, et, malgré une constitution des plus robustes, il mourut épuisé par un diabète qui ne fut jamais entièrement guéri.

Plus de deux ans avant sa mort, Arago avait à peu près perdu la vue ; il ne pouvait plus lire,, et pourtant il continua de remplir ses fonctions de secrétaire perpétuel. Avant la séance il se faisait raconter pour ainsi dire le sujet des divers travaux dont se composait la correspondance du jour. Puis, au moment venu, sur la seule indication du titre que lui donnait un de ses confrères, il ren-* dait compte de chaque pièce, non sans doute avec le charme d'autrefois, mais toujours avec une présence d'esprit telle qu'il fallait être prévenu pour ne pas croire qu1l avait étudié par lui-môme les Mémoires dont il parlait. (Voyez la Notice sur François Arago, par M. J.-A. Barrai.)

N" 73 (p. 157). — Fresnel, membre de l'Institut, a laissé en physique un des noms les plus justement cél&res. Il s'est occupé surtout des phénomènes les plus délicats de la lumière. « Parmi

» les grands observateurs qui Font précédé, a dit » de lui M. Pouillet, on n'en peut citer aucun qui » ait su porter plus d'invention dans ses expé-* y> riences, plus de précision dans ses mesures, et » plus (le profondeur dans ses déductions. » C'est Fresnel qui a fondé sur des bases solides la Théorie des ondulations ^ qui prévaut aujourd'hui, et qui consiste à regarder la lumière non plus comme émise par le corps lumineux {système de rémission), mais comme produite par la vibration d'un agent universellement répandu , et qu'on désigne sous le nom A'éther. On voit que dans cette théorie la lumière et le son deviennent des phénomènes très semblables.

N° 7/; (p. 159). — Bufifon, né à Montbard en 1707, mort au Jardin des plantes de Paris en 1786# est un des génies les plus remarquables dont la France ait le droit d'être fière. Son père, nommé Benjamin Leclerc, conseiller au parlement de Bourgogne, jouissait d'une fortune considérable.' Aussi, après avoir terminé ses études classiques d'nne manière brillante, put-il se livrer à ses goûts pour l'étude sans aucune de ces préoccupations qui trop souvent étouffent ou retardent du moins, le développement des plus heureuses dispositions. Mis en rapport avec le jeune duc de Kington, qui avait pour gouverneur un homme instruit et habile, Buffon parcourut avec son ami la France, l'Italie,

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et séjourna quelcpie temps en Angleterre. A ton retour il traduisit la Statique dei végétaux de Halei, et le Traité des fluxioM de Newton. En tète de ces deux ouvrages il mit deux préfaces qui déjà le signalèrent aux savants comme un esprit éminent. Ces traductions furent suivies de travaux sur plu* sieurs points de physique, de géométrie et d'éco* nomie rurale, parmi lesquels nous citerons les Expériences sur la force des bois, la Dissertation sur ta cause du strabisme^ et surtout le Mémoire sur les miroirs pour brûler à de grandes distances^ renfermant le récit d'expériences qui réalisaient tout ce que les anciens avaient dit des miroirs d'Arcliimède (1). Ces travaux le conduisirent à l'Académie des sciences, où il entra à Tàge de trente-deux ans. Rien jusqu'ici ne taisait pressentir l'immortel

(1) ArcbtmMe, mathématicien et mécanicien, né à Syra* co8e, fût certainement nn des génies les plus remarquable! de Tantiquité. On lui doit la découverte du principe d'hydrostatique qui porte encore son nom. Pendant le siège de Syracuse par les Romains, il inventa une foule de machines qui permirent de prolonger la défense de cette ville pendant neuf ans. L'invention de miroirs ardents qui brûlaient les galères romaines à des distances considérables avait ioujours été traitée de fable avant que fiuffon eAt démontré la possibilité du fait. On sait que malgré les ordres donnés pour lut sauver la vie , Arcblmède foi tué par un soldat romain tandis qu'occupé de la solution de quelque problème, Il ne s^apercevait pas que Syractise venait d*ètre prise d'assaut.

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naturaliste ; mais nommé surintendant du Jardin du Roi, en 1739, Buffon comprit toute Timportance de cette place que les médecins du roi semblaient dédaigner (1). Dès ce moment, il arrêta le plan de ces études qui devaient remplir sa vie entière, et, pour élever à la science le magnifique édifice que nous connaissons tous, il appela autour de lui des aides dévoués : Daubenton (2), Gueneau de Mont-

(1) La charge de sqrintendant da Jardin des plantes arait été, depais la fondation de cet établissement, regardée comme attachée à celle de premier médecin da roi ; mais la négligence des titulaires menaçant de laisser périr l'instltntion, on nonmia en 1732 an directear spécial. Le premier qui remplit ces fonctions fat Dnfay, prédécesseur de Buffon, membre de l'Académie des sciences et distingué par retendue et la variété de ses connaissances.

(2) Daubenton, né k Montbard en 1716, mort à Paris en 1800, fut de beaucoup le plus éminent des collaborateurs de 3uffon. Celai-ci Tavait fait entrer au Jardin du Roi comme garde et démonstrateur du cabinet. C'est Daubenton qui a fourni les articles de détermination et d'anatomie aux quinze premiers volumes de VHislohre naturelle de Buffon. Ce dernier ayant laissé publier une édition des Mammifères dont on avait retranché la partie anatomique, Daubenton, Justement piqué, se sépara de son illustre collaborateur et fut remplacé par Gueneau de Montbeillard. Il publia sous son nom seul un grand nombre de Mémoires sur la zoologie proprement dite et sur ses applications à l'économie rurale. C'est k lui que l'on doit l'introduction en France des moutons méjinos, introduction vainement tentée par Colbert; mais son principal titre de gloire est d'avoir mérité par ses recherche^

bèiliard (1), Tabbé Bexon (2). C'étaient eux qui préparaient les matériaux et taillaient, pour ainsi dire, une partie des pierres que Buifon mettait en place. Hais jusque dans ces travaux préparatoires, ils étaient guidés par Buifon, qui ne craignit jamais de se mettre lui-même à Tétude de détails que bien d'autres peut-être auraient regardés comme indignes de les arrêter un instant.

Buifon, a dit M. Flourens, avait deux grandes passions : celle du travail et celle de la gloire. Con* vaincu, d'ailleurs, que par l*un on arrive inévita** blement à l'autre, il travaillait douze et quatorze heures par jour. Il passait d'ordinaire quatre mois à Pari&et huit mois dans sa terre de Montbard . C'est là, dans une haute tour, au milieu de cette nature qu'il aimait et qui l'inspirait, qu'il rédigea sa grande

d^anatomie comparée d'être regardé comme un des précarsenra de Gavier dans cette branche des sciences. DaabentoB fut professeur au Jardin des plantes, k TEcole de médecine et à l'Ecole d'Alfort. Nommé membre du sénat, lors de la création de ce corps, il fut frappé d'apoplexie pendant la première séance, et mourut quatre jours après.

(1) Gueneau de Montbeillard, né à Semur, mort en 1785, remplaça Daubenton auprès de Buflon, et flt avec ce dernier VHisloire des Oiseaux. U s'est aussi occupé do VHistoire des Insectes,

(2) L'abbé Bexon n'est connu que pour avoir aidé Buffoa dans son Histoire des Oiseaux. C'est à lui que sont adressées quelques unes des lettres recueillies par M. Flourens. {His-toire des travaux et des idées de Buffon,)

Histoire naturelle (1). Ce livre, fruit de cinquante années d'études incessantes, et publié par parties qui parurent successivement, ne pouvait présenter d'un bout à l'autre cette unité qu'on aime à trou« ver dans les écrits d'un grand homme. Il n'en est peut-être que plus intéressant par cela même. On peut suivre pas à pas les progrès de ce grand génie s'éclairant par l'étude des faitu et accq[>«* tant sans hésiter la vérité, d'où qu'elle vienne. Buffon, qui travaillait incessamment son style, en faisait tout autant pour son intelligenee. Il n'hésitait pas plus à abandonner une idée fausse qu'à rayer un mot foible, et voilà pourquoi quelques uns de ses derniers écrits sont si supérieurs auK premiers pour le fond aussi bi«i cpie pour la forme.

Buffon vit de son vivant sa propre statue élevée au Jardin du Roi avec cette inscription : Natura par ingenium (génie aussi vaste que la nature).

(1) Histoire naturelle géméràleet partieuîlère avec Ut des» cription du cabinet du roi, tel est le tUre de eet iinnioffiel eu* vrage. La première éditido, qui est restée la meHIeare, pamt de iT49à4789eB 86 Tolumes ia^. Deirais, VHistoirê naturelle a été rééditée Men souvent et quelquefois d*uiie manière déplorable, entre autres par Sonnini, qui a transposé dfirerses parties de naiifère à détruire l'ordre des idées et à émpéctier de saisir le développement de la pensée de raufeor. (Voyez Histoire des travaux et des idées de Buffon, par M. Flourens.^

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Il accepta cet hommage conime rendu à justo titre (i). Après sa mort, il fut dénigré par bon nom bre de naturalistes dont Topinion gagna peu à peu jusqu'aux gens du monde, et, de nos jours, bien des gens ne le regardent plus que comme un écri-» vain. Ce résultat était inévitable. Buffou et Linné étaient contemporains. Les idées de ce dernier sur la nécessité d'une classification rigoureuse, idées que Buflbn eut le tort de repousser sans les bien ccmnaitre, ne tardèrent pas à être universellement adoptées. Bien plus, on outra comme toujours la pensée du maître, et, pour la généralité des naturalistes , la nomenclature devint la science eUe'*méme. Avec cette manière de voir, on ne pouvait plus comprendre le génie de Buffon. Toutefois, ce grand homme eut toujours des défenseurs parmi les esprits d'élite, et les Cuvier comme les Geoffroy Saint-Hilaire lui rendirent toujours justice.

Si la valeur scientifique de Buffon a été contestée, il n'en a guère été ainsi pour son mérite littéraire. A part d'Alembert, qui ne Taimait pas ; àpartDaubenton, qui s'indignait de voir le Lion

(1) Boffoa avait la conMience de sa valeur et le laissait Toîr avec une naïveté qui pouvait prêter à la plaisanterie. On lui demandait un Jour combien il comptait de grands hommes ; il répondit : « Cinq : Newton, Bacon , Leibnitz, MantcMtuiea et moi. »

traité de roi, et le Chat de fripon ; à part quelques autres esprits sévères qui auraient voulu plus de simplicité dans un ouvrage de science, ses contemporains ont tous rendu justice à ce style un peu pompeux, mais réellement élevé , toujours clair, souvent précis, et qui peint admirablement ce qu'on n'avait jusque-là que décrit. La postérité a confirmé ce jugement. Mais ce n'était pas sans peine que Bulfon en arrivait à ce degré de perfection. Ses lettres familières sont écrites d'une manière presque triviale, et peuvent faire ajouter foi à ce qu'on a dit de sa conversation. En les lisant, on comprend ce qu'ont dû coûter de peine à l'auteur ces magnifiques pages que l'on trouve partout reproduites, et l'on admet sans peine que le manuscrit des Epoques de la nature ait été recopié jusqu'à onze fois avant d'être imprimé.

Buffon était d'une taille élevée ; il avait la figure noble et belle. Tout en lui était imposant. Son âme était bienveillante et sereine. Vivement attaqué à diverses reprises, il ne répondit qu'une ou deux fois, et se reprocha sa propre défense comme une faiblesse et un vol de temps fait à des travaux plus utiles. Il mourut de la pierre après d'atroces souffrances, laissant un fils qui périt sur l'échafaud révolutionnaire, en jetant à ses bourreaux comme un des plus sanglants reproches, ces simples paroles : « Citoyens, je suis le fils de

Buffon (1). » (Voyez, pour la vie et les ouvrages de Buffon, VFloge historique par Cuvier, et l'ouvrage de M. Flourens, déjà cité.)

N" 75 (p. 16/i). — Tous les objets que j*ai rapportés de cette campagne et des suivantes ont été déposés au Muséum, et font aujourd'hui partie des collections qui relèvent de la chaire occupée par M. ValeRciennes.

N- 76 (p. 169).— Le Jardin des plantes fut fondé par ordonnance royale, en 1635, c'est-à-dire dans la même année que l'Académie française. Guy de la Brosse, médecin du roi Louis XIII, qui avait provoqué cette mesure, en fut le premier directeur ou surintendant. L'établissement, conçu d'abord dans un but tout d'utilité, s'appelait le Jardin des plantes médicinales. Il commença à prendre quelque développement et à revêtir un caractère plus scientifique sous l'administration du célèbre

(1) Le comte de Buffoa, fils, était alors Agé de viogtoeaf ans et colonel de cavalerie. Ce jeane bomine avait annoncé de bonne heore les plus heureuses qualités. Il admirait et honorait profondément son père. Un jour il eut Tidée d'élever un monument de cet amour filial, et fit placer près de la tour de Montbard, où son père travaillait, une colonoe avec cette inscription :

ExceUœ turri humilis columna.

ParenH suo fUius Buffon» 1783.

Buffon, qui adorait son fils, fut touché jusqu'aux larmes de cet hommage. (Hérault de Sécbelle, cité par M. Flourensr)

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Fagon (1), qui, en 168B, abdiqua ses fonctions de {professeur de botanique en faveur de Tournefort (2). Bientôt négligé par les successeurs do FagoB , le Jardin des plantes se releva sous la

(1) FagOQ doit la plus grande partie de sa célébrité à ee qu*il fii( premier médecia de Loais XIV. LMllustratioa du clUnt a reJaiUI sur le docteur. Mais il aima et protégea les sciences, et ce doit être pour lui un sérieux titre de gloire.

(9) Toarnefort) né à Aix en 1656, mort à Paris en 1703» f*occQpa de botanique dès son enfance. Au sortir du collège il connaissait déjà toutes les plantes de la Provence. Pour accroître ses connaissances , il alla herboriser successivement dans les Alpes, les Pyrénées et la Catalogne, où il courut de Véritables dangers. Appelé à Paris par Fagon, il consacra à dt nouvelles courses tous les loisirs que lui laissait sa place, ê\ parcourut successivement TEspagne, le Portugal, l'Angleterre et la Hollande. Nommé membre de l'Académie des sciences, il publia en 1694 ses Éléments de botanique; qui tnarqtient une des époques de la science par les progrès qu'il fit faire à la classification et surtout à la détermination des genres. La réputation que lui valut cet ouvrage lui facilita l'exécution d'un voyage plus important que ceux qu'il avait faits avec ses seules ressources. Sur la demande de TAcademie, il reçut du gouvernement une mission spéciale, et partit pour le Levant. Il a publié le récit de ce voyage tout scientifique et plusieurs autres Mémoires. Toumefort avait distribué le Jardin des plantes conformément à ses idées sur la classification, et son École des arbres était représentée, il 7 a peu d'années, par un bouquet d'arbres centenaires qui occupait l'emplacement des galeries de botanique et de minéralogie. l\ en reste enrore quelques uns « et entre autres le premier acacia qui ait été planté en France,

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direction de Dufay, et surtout de Buflbn, qui fit tourner sa gloire au profit de rétablissement.

Lorsque après avoir détruit, la révolution songea à recon^ruire, Tancien Jardin du Boi fut reconstitué par la Convention, sur un rapport de Lakanal, sous le nom de Muséum d'histoire natur relie» La liste des professeurs nommés par la loi du 10 juin 1793 est vraiment remarquable. Tous sont restés plus ou moins illustres ; quelques uns .sont de grands hommes. Voici cette liste : Cuvier, Daubenton, Destontaines , Dolomieu, Fourcroy, Geoiiroy Saint-Hilairc, Haûy, Laurent de Jussieu, Laoépède, Lamarck, Latreille, Thouin, Vauquelin (i). On comprend qu'avec de tels hommes, l'impulsion donnée par Tournefort et par Bufibn risr quait peu de se ralentir. Aussi le Muséum devint-il le centre des sciences naturelles et de tout ce qui s*y rattachait. Pendant cinquante ans, il ne s'est pour ainsi dire pas fait une seule grande découverte dans cette branche de nos connaissances, qui ne soit sortie du Jardin des plantes. Aussi, malgré nos révolutions, tous les gouvernements, qui se sont succédé avec tant de rapidité depuis un demi-siècle, ont^ls compris la gloire que cet établissement imité

(1) Je place à ta suite de cette même note quelques détails sur ceux de ces savants dont je n'ai pas eu occasion de parler ailleurs, et sur Lakanal, qui fut leur protecteur à tous tant que dura la tourmente réyolutionnaire.

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partiellement par d'autres nations, mais resté néanmoins unique dans le monde, faisait rejaillir sur notre patrie. Le premier empire, la restauration, la monarchie de Juillet, ont successivement apporté leur part d'améliorations matérielles et d'agrandissement à ce centre d'action toute scientifique. Espérons, en dépit des rumeurs menaçantes qui circulent en ce moment, que le pouvoir actuel marchera dans la même voie.

J'ai parlé ailleurs de la plupart des hommes célèbres qui furent appelés à inaugurer l'enseignenient du Jardin des plantes, en vertu de la loi du 10 juin 1793. On me saura gré sans doute de compléter ces détails, en disant ici quelques mots de leurs collègues.

Desfontaines, membre de l'Institut, professeur au Jardin des plantes, né à Trembley en 1751, mort à Paris en 1833, naquit de parents pauvres, et fut d'abord envoyé dans une école de village, où il ne se fit remarquer que par sa paresse. Comme x^hez Linné, la passion de la botanique absorbait jses autres facultés, et il semble n'avoir réellement travaillé qu'en vue de cette science. Ses études en médecine ne furent pour lui qu'un prétexte de se livrer à ses goûts fevoris, et ici ses succès furent tels que l'Académie l'admit dans son sein à l'âge de trente et un ans. Vers cette époque il obtint les fonds nécessaires pour un voyage en Barbarie. Il y

séjourna pendant deux années, explorant alterna-» tivement le littoral et les gorges de l'Atlas. Ud magnifique herbier, une découverte importante, furent les firuitsde cette expédition. C'est à Desfon-* taines que Ton doit la découverte de la différence déstructure qui distingue les végétaux monocoty^ lédoués des végétaux dicotylédones. Pour le récompenser, Buffon lui fit donner la chaire de botanique au Jardin du Roi, et son enseignement a laissé des souvenirs encore vivaces dans cet établissement. Naturellement doux et timide. Desfontaines, sous la Terreur, montra une véritable énergie. Il alla visiter dans sa prison le géologue Ramond ; il inter^ céda avec succès pour le botaniste L'héritier, cor* damné par les terribles puissances du jour ; et nous n'avons pas besoin de rappeler qu'agir ainsi c'était jouer sa vie.

Dolomieu, né à Dolomieu en 1750, mort à Chà^ teauneuf en 1801, membre de l'Institut, professeur à l'École des mines et au Muséum, fut d'abord che* valier de Malte. Mis en'prison pendant son noviciat à la suite d'un duel qui avait coûté la vie h son adversaire, la solitude développa en lui le goût des sciences. Remis en liberté et guidé par les conseils d'un professeur de Metz, il se livra tout entier à l'étude de la constitution du globe. Dans ce but, il parcourut presque toute l'Europe méridionale, choisissant de préférence les contrées montagneuses

lltO SOUVENIRS d'un NATURALISTE.

•I ciposant sottTeBt su vie dans ses expéditions. A la réTolution^ il continua ce genre de vie, et, au lieu d*émigrer comnie ses frères d'armes, il parcourut la France le marteau à la main et le sac sur le dos. Appelé k faire partie de rexpédition d*Égypte, il se trouva naturellement mêlé aux évé* neroents qui mirent Tlle de Malte en notre pou* voir et amenèrent la dissolution de Tordre. Bien qu'il eût fait tout son possible pour amener une capitulation honorable aux deux partis, il fut signalé à TEurope entière comme un traître et un renégat. Les résultats de cette calomnie furent cruels pour Dolomieu. Fait prisonnier à son retour en France, il fut jeté dans un cachot. On lui enleva ses livres, on le priva de papier, d'encre et de plume i maia il gardait ses souvenirs, et avec un morceau de bois noirci à la fumée de sa lampe, il écrivit sur les marges de trois volumes, qu'il était parvenu à soustraire à ses geôliers^ un Traité de pkiloMophie minéralogique et plusieurs Mémoires. Il est doux de penser que la France n'oublia pas cet illustre captif. Un article spécial du traité conclu en 1799 entre Naples et la République française lui rendit sa liberté ; mais on a pu voir, par la date de sa mort, qu'il n'en jouit pas longtemps. Il a laissé un grand nombre de Mémoires et quelques ouvrages parmi lesquels nous citerons ses Voyages aux lies Lipari et au mont Etna.

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Lacépède, membre de Tlnstitut, profes^ur au Jardin des plantes, naquit à Agen en 1756, et mou* rpt à Épinay en 1929. Les hommes illustres dont nous avons esquissé la vie d«ns ces notes méritent toute notre admiration» quand nous les voyons trouver dans leur amour pour la sci^ce le cou^ rage nécessaire pour lutt^ contre les diflOcultés de tout genre, et parfois contre la misère; maia notre sympathie ne doit pas âtra moindre pour ceux qui, comblés des dons de la fortune, se con» sacrent tout entia*s à l'étude. Lacépède flit da mi derniers. Héritier d'une bmille riche et titrée, il fut entouré dès son enfance de tout ce que permettaient une grande fortune et une haute po^ sition soeiale. Entraîné d'aboré par un peiichafit décidé, il s'occupa de musique et débuta par quel«* ques compesitloBs musicales qui lui raériièrent les eocourafements de Gluck lui-même. Mais la toe«* ture des eeuvres de BuflEon développa chez lui le goût des sciences naturelles, et cet entrainemaat devkit si vif, qm ee jeune eorate, âgé de trente ans eid^è revêtu dugriuledeeolonel» accepta de ciriui qu'il avait dmisf pour mettre la très modeife flàéè de êous-démonstrateur du eabimt du roi,

Lacépède conserva toute sa vie ce dévouemeèiÉ | I^ seii^riee et Ibravailla surtout è continuer Vcmwwê de Bufim. Il A pilMié, entre autees, comme suites à l'Histoire naturelle de ee dernier tme Bidoire

k^i SOUVENIRS D*tJN NATURALISTE.

naturelle des Cétacés, une Histoire naturelle àes Reptiles et une Histoire naturelle des Poissons. Dans tous ces ouvrages , le disciple, en cherchant à imiter le style de son modèle, tombe trop sou* vent dans Vemphase, mais on y trouve pourtant, entre autres qualités , plus de méthode que chez Buffon. La vie de Lacépède fut d'ailleurs douce et facile. Il eut le bonheur d'échapper aux proscriptions qui auraient pu le menacer au double titre de noble et de savant, et tous les gouvernements qui se succédèrent à partir de la Terreur semblent s'être complu à le combler de leurs faveurs. Lacépède fut successivement membre de rinstitut, président du sénat, grand chancelier de la Légion d'honneur, ministre d'État et pair de France. Son caractère honorable, son obligeance, son amour pour le bien, lui firent pardonner ce que tant de faveurs peuvent faire supposer de facilité à se courber devant chaque pouvoir nouveau.

Fourcroy, membre de l'Institut et professeur au Jardin des plantes, né à Paris en 1755, mort en 1809, appartenait à une de ces vieilles familles qui formaient jadis une véritable aristocratie bourgeoise à côté de l'aristocratie nobiliaire. Après s'être occupé d'abord de littérature, il étudia la médecine, et se livra à l'étude de la chimie avec assez de succès pour être nommé membre de l'an-

cienne Académie à Tàgc de vingUhuitans. Appelé à faire un cours public, la clarté et Télégance de son enseignement appelèrent autour de sa cbaire un auditoire des plus distingués, la cour et la ville^ comme ou disait alors. 11 fut un des membres de la Commission chargée de réformer la nomenclature chimique, et publia sur ce sujet un ouvrage qui contribua puissamment à la prompte adoption de la nouvelle classification (i).

Nommé membre de la Convention, Fourcroy joignit souvent ses efforts à ceux de Lakanal pour protéger les lettres et les sciences. Malheureuse* ment, il ne put ou n'osa pas empêcher Lavoisier de périr sur réchafaud, et l'on prétendit qu'entraîné par la jalousie que lui inspirait ce grand homme, il avait été pour quelque chose dans sa mort. Fourcroy a protesté toute sa vie avec horreur contre cette accusation, et après le témoignage rendu par Cuvier, nous devons la Regarder comme une calomnie. « Si, par nos sévères

(i) Avant la réforme doDt il est ici question, chaque substance était désignée par un ou plusieurs roots sans relation aucune avec sa nature. Dans la nouvelle nomenclature, au contraire, le nom seul d'un corps nous apprend sNI est simple ou composé, et dans ce dernier cas à quel groupe de composés il appartient, et quels sont ses éléments. Cette nomenclature est donc vraiment scientifique. Aussi a-trelle été adoptée universellement avec quelques modifications, la plupart nécessitées par les progrès mêmes de la science.

recherches, a dit Cuvîer, nous avions trouvé ta moindre preuve de tant d'atrocité, aucune puissance humaine ne nous eAt pu contraindre à feire son éloge. » Lorsque le secrétaire perpétuel de TAcadémie des sciences s*esprimait ainsi, il était entouré des contemporains de ses deux confrères ; il avait lui-même vécu avec eux dans ces terribles moments : il devait donc savoir la vérité.

Comme tant d'autres républicains ardents , Pourcroy se laissa facilement convertir à d^autres idées. Il reçut de l'empereur le titre de baron, s'occupa avec une grande ardeur d'orçaniser ITIniversilé, et mourut du regret de s'être vu préférer Fontanes comme grand-mattre de ce corps, le jour même où, pour le dédommager, Napoléon le nommait comte de Vempîre. Fourcroy n'a pas laissé en chimie de grandes découvertes. H dut la réputation très grande dont il jouît pendant sa vie surtout à Téclat de son enseignement. Tous ceux qui Vont entendu s'accordent k dire qu'on ne saurait réunir, à plus de lucidité et d'élégance dans la parole, une manière plus séduisante de présenter les faits et les idées. Fourcroy peut être considéré comme le chef du clûmisme moderne. Héritier des idées physiologiques inaugurées par Lavoisier, il les développa et fit reposer ses théories sur trois points fondamentaux, savoir : l'oxydation

progressive des tissus; la diminution oorrespondante de l'hydrogène et du carbone; Tintrod action et l'assimilation de Tazote. Les chimistes physiologistes de nos jours ont reproduit à diverses reprises plusieurs des points principaux de ces doctrines.

Yauquelin, membre de Tlnstitut, professeur au Jardin des plantes et à l'École de médecine, né à Roanne en 1763, mort à Paris en 1829, appartenait à une fomille pauvre, et entra de bonne heure chez un pharmacien à titre d'apprenti. Tourmenté du désir de s'instruire, il partit un beau jour pour Paris, se confiant en son étoile pour trouver dans cette grande ville les ressources qui lui manquaient. A peine arrivé, il tomba malade et fut obligé d'entrer à l'hôpital. Une fois guéri, il se trouva sur le pavé, dépourvu de tout, et fut recueilli presque par hasard par un pharmacien. Tout en remplissant les fonctions fort humbles qui lui fm*ent confiées , Yauquelin se remit à l'étude. Ses progrès furent si rapides, que son patron, tout émerveillé, en parla à Fourcroy. Celui-ci voulut voir le jeune homme dont on lui faisait réloge ; il l'interrogea, et, frappé de ses réponses, il l'attacha à son laboratoire. Plus tard , Yauquelin devint son collaborateur, et l'amitié qui s'établit entre ces deux savants ne fut brisée que par la mort.

iS6 SOUVENIRS d'un naturaliste.

On doit à Vauquelin un très grand nombre d'analyses et la découverte de la glucine ; mais surtout celle du chrome, qu'il trouva dans le plomb de Sibérie.

Thouin (André), mort en 1824, membre de l'Institut, professeur au Jardin des plantes, s'est occupé principalement d'agriculture, et a publié, entre autres, des travaux importants sur la greffe et sur la taille des arbres.

Un membre de l'Institut ne saurait parler du Jardin des plantes sans consacrer quelques lignes àLakanal(l).

Ce célèbre conventionnel naquit à Serres, village du département de TAriége, en 1762 ; il est mort à Paris en 1845. Destiné d'abord à la carrière ecclésiastique, il fit ses études dans un collège d'Oratoriens, et entra môme au séminairede Saint-Hagloire; mais ne s'étant pas senti la vocation nécessaire, il refusa de prendre la prêtrise et se voua à renseignement. Il était professeur de philosophie à Moulins, quand les suffrages des électeurs de l'Ariége l'envoyèrent à la Convention.

Avouons -le tout d'abord, Lakanal partageait les passions de cette époque. H vota la mort de

(1) Les détails suivants sont tous cmprunt<fs à une notice publiée par M. Isidore Geoiïroy, d'après des documeots en grande partie inédits, et dans laquelle Tauteur réfute plusieurs erreurs répandues sur le compte de Lakanal.

Louis XVI, et provoqua diverses mesures empreintes du même esprit de républicanisme terroriste ; et pourtant il ne fut guère plus montagnard que girondin. Il traitait avec la même sévérité le tyran Robespierre et les intrigants de la Gironde; il disait à la tribune : « La vérité me plaît ^ même dans la bouche de Marat. » Chargé, en plein 93, d'une mission dans le Midi, avec des instructions qu'un membredu Comité du salut public résumait en deux mots : — « Tape dur !» — il établit à Bergerac une manufacture d'armes, un dépôt de quatre mille chevaux, ne fit pas une arrestation, et s'en vanta. Aussi fut-il dénoncé à diverses reprises; mais, nous venons de le dire , il avait donné une terrible preuve de son civisme, et Marat lui-même répondit un jour : « Lakanal ne s'occupe que de science ; il ne conspire pas. » Cette conviction , partagée par tout le monde, lui servit constam-> ment de sauvegarde.

Telle était, en effet, la position que Lakanal avait prise dès son entrée à la Convention. Son biographe insiste avec raison sur ce qu'il y avait de remarquable dans cet homme qui, mêlé aux eflroyables tourmentes du moment, songeait à fonder l'avenir par des institutions consacrées au développement de l'intelligence. Nommé, sur sa demande, membre du comité d'instruction publique, Lakanal en fut bien vite la cheville ouvrière et

iSB SOUVENIRS D^UN NATUKALISTh;.

le président toujours réélu. Il voulut, selon ses propres expressions, a servir son pays en défendant la cause des lettres. . . ; sauver les sciences et ceux qui les honoraient par leurs travaux.» La tâche était pénible et souvent dangereuse, et Lakanal s'y consacra tout entier. Certes, il ne fut pas toujours vainqueur dans sa lutte avec les passions aveugles et sanguinaires du moment. Il ne put sauver Lavoisier, ni protéger les Académies ; mais, en pleine Terreur, il organisa le Muséum d'histoire naturelle qui allait être détruit comme étant de création royale; il soutint Ghappe près de se rebuter, fit accueillir sa merveilleuse invention et organisa la télégraphie; il provoqua les décrets destinés à protéger les monuments nationaux contre ceux que luimême appelait des Vandales, et à fonder Tinstruc^ tion publique. Après le 9 thermidor , il redoubla d'activité, et, en huit mois, il prépara, défendit à la tribune et fit adopter cinq décrets dont les trois premiers fondaient rÉcole normale, TÉcole des langues orientales et le Bureau des longitudes, tandis que les deux autres établissaient les Écoles primaires et les Écoles centrales. Plus tard, appelé à organiser l'Institut rêvé par Condorcet et décrété sur la proposition de Daunou, il dressa la première liste des membres, et, sur bA noms proposés par lui, ^7 furent adoptés d'emblée. Lakanal eut aussi sa place dans ce corps : la classe des sciences morales et

politiques l'appela dans sou sein à la première élection (1).

Nommé par le Directoire commissaire général près des départements du Rhin, Lakaual s'efforçait de faire aimer la domination françai e à des popula« tions récemment subjuguées, quand le 18 brumaire vint renverser le pouvoir qui lui avait confié son mandat. Il donna sur-le-champ sa démission. Trop pauvre pour vivre de sa seule fortune, il demanda et obtint la chaire de langues anciennes dans une des Écoles centrales quUl avait fondées. Plus tard, il fut nommé procureur gérant du lycée Bonaparte. Mais à la Restauration, il perdit cette place mo-' deste, et la suppression de la classe des sci^ices morales et politiques de l'Institut le laissant à peu près sans ressources, il passa aux États-Unis, où il fut reçu en républicain persécuté. Le Congrès lui concéda une vaste propriété, et la Louisiane I9 nomma président de son université. Il occupa cette position jusqu'en 1825, époque à laquelle il se retira à sa campagne de Mobile, où il resta jusqu'en 1837. Déjà, après la réorganisation de l'Académie des sciences morales et politiques, un vote unanime avait décidé que Lakanal faisait de droit partie de ce corps (2). 11 revint donc en France, et put enfin

(1) Voyez la note suivante relative à rorgaoisation de rinstitut.

(2) U n'avait pas été compris dans la liste de réorganifta-

440 SOtVENIUS D*UN NATURALISTE.

juger par lui-même de ce qu'étaient devenues quelques-unes de ces grandes institutions qui lui devaient au moins en partie leur existence.

N" 77 (p. 170). — L'Académie des sciences, fondée en 1666, disparut, comme toutes les institutions du même genre, pendant la plus mauvaise période de la révolution (1). On peut dire que, dès la première organisation de Tlnstitut, en Tan III de la République (1795), elle reparut sous le titre de Classe des sciences physiques et mathématiques. Napoléon lui conserva ce nom lorsqu'il reconstitua l'Institut en l'an XI (1803). Elle ne reprit son premier nom A' Académie des sciences qu'en 1816, par suite de l'ordonnance de Louis XVIII.

Cette Académie embrasse toutes les sciences proprement dites ; aussi chacune n'est-elle repré-

tion, parce qu*oii le croyait mort. J'ai entendu M. Geoffroy père raconter comment, arrivé par hasard an moment où on allait procéder à une élection, il avait surpris tous les académiciens en leur apprenant que leur ex-confrère vivait encore, et comment le vote que je viens de rappeler avait suivi cette espèce de révélation.

(1) De toutes les sociétés scientifiques ou littéraires qui existaient en France, une Feule peut-être tint régulièrement ses séances, et publia ses travaux au plus fort même de la Terreur. C'est la Société philomathique, issue de la célèbre Société d'Arcueil , et qui doit à son origine de porter pour devise sur ses modestes jetons de présence ces mots : Science ^awUié,

NOTES. hài

sentée que par six membres titulaires dans les sections de géométrie, de mécanique, d'astronomie, de physique, de chimie, de minéralogie, de botanique, d'économie rurale, d'anatomie et zoologie, de médecine et chirurgie ; et par trois membres titulaires dans la section de géographie et navigation. Une section spéciale est réservée aux hommes que leurs travaux ne conduisent pas di« rectement à Tune des sections précédentes, ainsi qu'à ceux qui ont usé d'une haute position ou d'une grande fortune pour rendre des services aux sciences. C'est la section des membres libres^ qui compte dix membres. Les deux secrétaires perpé» tuels sont hors cadre, et lorsqu'un membre arrive à cette position la plus élevée dans la hiérarchie scientifique, on le remplace dans la section dont il faisait partie. L'Académie des sciences compte encore huit membres associés étrangers, qui doivent être pris hors de France, et qui, pendant un séjour momentané à Paris, jouissent de tous les droits des membres titulaires. Ces associés, pris indifféremment dans toutes les branches, peuvent donc être considérés comme les chefs suprêmes des sciences à l'étranger ; aussi ce titre est-il regardé justement comme le plus glorieux de ceux que peut atteindre un homme voué à l'étude des sciences proprement dites. Figurer seulement sur la liste de présentation est un hopneur qu'ambitionnent les

hk2 SOUVENIRS DUN BUTURALISTË.

plus itlufitres savants de tout pays. Eafin, à chaque section, se rattachent des corre$pondanU qui n'ont pas le titre de membre, qui peuvent être pris en France aussi bien qu'à l'étranger, et qui sont en tout au nombre de cent.

L'Académie française, celle des inscriptions et belles-lettres, celle des beaux-arts et celle des sciences morales et politiques, wt chacune leur constitution spéciale.

Les cinq Académies que nous venons de nom^ mer forment, par leur réunion, le corps de VlmtU tut de France^ qui, au gré des révolutions, a porté tour à tour les épitbètes de national^ de royal ou àUmpérial. A la Convention revient l'honneiu* d'avoir groupé ainsi en un faisceau toutes les illustrations scientifiques, artistiques et littéraires de la France ; aux gouvernements qui lui ont succédé revient l'honneur, non moins grand peutêtre, d'avoir résisté à certains entraînements et d'avoir conservé l'œuvre des conventionnels.

Lors de sa constitution par la loi du 5 fructidor an III (22 août 1795), l'Institut ne comptait que iroiB classes (1), savoir : la classe des sciences physiques et mathématiques, la classe des sciences morales et politiques, et la classe de littérature et

(1) L*lDstitut était considéré comme formant un seul et même corps. La Convention avait voulu rétablir les oneiennes AcadémifiB pour le fond et non pour la forme.

NOTES. A Al

beaux-arts. Napoléon , premier consul, porta ce nombre à quatre, tout en retranchant la classe des sciences morales et politiques. Louis XVIII conserva, h peu de chose près, l'organisation précédente, mais rendit à chaque classe le titre d*Aca« demie. Enfin, en 1832 , Louis-Philippe rétablit aussi, sous le titre à! Académie ^ la classe des sciences morales et politiques.

N" 78 (p. 473). — L'Oranger et le Citronnier sont deux espèces différentes d'un même genre [Citrus), qui comprend aussi le Limonier (C. limonum\ le Bigaradier (C vulgaris)^ etc. Ces deux arbres, aujourd'hui si répandus dans les parties méridionales de TEurope, sont originaires de l'Asie, et Ton nous saura gré, sans doute, d'emprunter à M. Duchartre quelques détails historiques relatifs à leur acclimatation (i).

Le Citronnier [C. medica) croît spontanément dans la Médie, et c'est de là sans doute qu'il 5*est répandu en Perse. L^époque de son introduction en Europe est difficile à déterminer. TLéophraste (2),

(1) Ûic^hmaire i^Hfiaim n&bÊrHle.

(2) Théophraste, ami, disciple et successeur d'Aris(ot0« fkm^M dans rtie de Lesbos l'aa 371 avant J.-C, et mourut âgé de cent sept ans. Peu d'hemme», parmi les sages de Tantiquité, ont petté ausdf justement le beau titre de pMIosiH plie (littëralemeot ami êe la sagesse). Far son caractère il sut se fonrilier Ta Menrelllanoe constante dn féger pcvpM

hhh SOUVENIRS D^DN NATURALISTE.

Virgile (1), Pline (2), en ont parlé, et le dernier nous apprend que son fruit était apporté de Perse à Rome, où on l'employait comme médicament, et surtout à titre de contre-poison. Dès cette époque, on avait tenté, mais vainement, de l'acclimater en Italie. Ce ne fut guère que deux siècles plus tard

d'Athènes aussi bien que ramitié des rois de Macédoine et d*Égypte. Son sayoir immense embrassa toutes les connaissances de son temps. Diogène Laërce nous a conservé les titres de deux cent vingt-neuf traités écrits par lui sur toutes sortes de sujets ; mais dans ce nombre vingt seulement sont parvenus jusqu'à nous. Parmi eux se trouve, entre autres, le traité des Caractères^ dont on trouve une traduction en tète de plusieurs éditions des Caractères de La BroTère. Comme naturaliste, Théophraste est connu par neuf livres sur VHistoire des plantes, par six livres sur les Causes de la végétalionf et par un Traité des pierres. Ses ouvrages de botanique sont surtout remarquables, et Ton peut dire de lui qu'il a fait pour les plantes ce qu'Aristote avait fait pour les animaux.

(i) Virgile, le prince des poètes latins, naquit près de Mantoue Tan 32 avant J.-C, et mourut à Brindes en 19. Qui ne connaît ses Églogues, son Enéide, ses Géorgiques? Dans ce dernier ouvrage composé à l'imitation d'Hésiode, il nous a transmis un grand nombre de notions intéressantes sur le savoir et les croyances de son temps en histoire naturelle.

(2) Pline l'ancien, né à Vérone en 23 , mort à Stabia en 79, servit d'abord dans l'armée romaine et parcourut la Germanie jusqu'aux sources du Danube. 11 se distingua ensuite au barreau, remplit plusieurs charges importantes, et commandait la flotte de la Méditerranée au moment de

^OTES. hàb

qu'il pénétra en Sicile et à Naples. Dans le x* siècle, sa culture s'étendit dans toute la Ligurie; vers le XII* siècle, elle atteignit Menton et Hyères; enfin, il faut arriver jusqu'au xv* siècle pour voir le Citronnier parvenir jusque dans les contrées froides de l'Europe.

réniption du Vésure qui ensevelit Herculanum et Pompëia. Désireux d*obsenrer de près ce redoutable pbéDomène, et -voulant porter secours aux populations épouvantées, Il descendit sur le rivage de Stabia qu'ébranlaient des secousses continuelles, qu'inondait une pluie incessante de cendres et de pierres. \\ y périt suffoqué sans doute par quelque bouffée de ces gaz irrespirables qui s'écbappent des volcans. Son neveu, Pline le Jeune, nous a conservé dans une lettre justement célèbre le récit de cette catastrophe. Pline Tancien avait écrit sur Tart militaire , l'éloquence , la grammaire, etc. Tous ces ouvrages ont péri. Heureusement il nous reste son Histoire nalttrelle, compilation immense, pour laquelle l'auteur déclare avoir consulté plus de deux mille ouvrages, presque tous aujourd'hui perdus. On comprend par cela seul combien est précieux ce livre devenu pour nous une sorte de répertoire de la science passée. On a reproché avec raison à Pline de ne pas avoir observé par luimême, d'avoir accueilli sans critique les faits les plus évidemment contronvés, les opinions les plus fausses, les fables les plus absurdes. Mais l'histoire de l'esprit humain ne se compose pas seulement de celle des vérités qu'il a su découvrir ; le chapitre de ses erreurs n'est pas un des moins intéressants et des moins utiles. Aussi devons-nous nous féliciter que Pline lui ait fait une large place dans son ouvrage. En voyant le point de départ, nous n'en mesurons que mieux le chemin parcouru.

iiO SOUVENIRS d'un naturaliste.

VOrsngeT {C. aurantium) n'est arrivé en Et^rope que bien après le Citronnier. Parti de Tlnde, an delà du Gange, on ne le trouve en Arabie que vers la fin du x* siècle. Dans le xiii" siècle et à l'époque des croisades, il fut porté en Italie, d'où il se répandit jusqu'à Hyères, Dès avant cette époque, il avait été introduit en Espagne par les Arabes. En iS36, le dauphin Humbert acheta à Nice xingt pieds d'oranger qti'il transporta en Dauphiné. Au commencement du xvi* siècle, il n'existait encore, dans le nord de la France, qu'un seul pied de cet arbre. Celui-ci avait été neamé à Pampelune en 1612, et acheté par le ccmiélable de Bourbon. En 1528, il fut confisqué avec les autres biens du connétable et transporté à Fontainebleau. Cet arbre, âgé par conséquent aujourd'hui de Uk2 ans, se voit encore à l'Orangerie de Versailles, où on le montre aux curieux sous le nom de François y*', de Grand Connétable ou de Grand Bourbon,

N*»79 (p. 173). — Le Caroubier à siliques (Ceratonia $iliea) est un bel arbre de médioare grand^ir dont le bois est connu dans rébénisterie sous le nom de Carouge. I.e fruit de cet arbre est une grosse gousse aplatie, renfermant une pulpe sucrée et d'un goût agréable. Dans le midi de l'Europe, et surtout dans l'Orient, où le Caroubier croît spontanément, cette pulpe sert }i faire des

conserves, des sor})ets, etc. En Egypte, on eu lire une espèce de sirop qui sert à confire diverses espèces de fruits.

N" 80 (p. 173). — Montréal, ou Morreale, est une ville de 7 à 8,000 âmes qui s'est formée peu à peu autour de la cathédrale. Celle-ci, fondée en 1174 par Guillaume le Bon, est située sur un mamelon qui se détache de la montagne et domine une magnifique vallée. Cette église est un des plus beaux et des plus curieux monuments de la Sicile. Ses portes de bronze, couvertes de bas-reliefs, sont justement célèbres. L'intérieur est presque en entier tapissé de mosaïques qui semblent se continuer en un pavé formé de porphyre et de marbre de toutes couleurs. L'église renferme plusieurs mausolées, entre autres ceux de Guillaume le Bon et de son père Guillaume le Méchant. On y conserve le cœur de saint Louis. Le couvent de Bénédictins annexé à l'église possède le chef-d'çBuvre de Pietro Novelli, le Raphaël de la Sicile. Il représente saint Benoît, le fondateur de l'ordre, distribuant du pain à ses disciples.

N" 81 (p. 17/»). — Cette sainte patronne de la Sicile, et pour laquelle tout bon Sicilien professe la plus absolue dévotion, vécut, dit la légende, dans le xn* siècle, et mourut le k septembre 1160 (1).

(1) Vita di santa BMcUia scritta dal P. Pielro SanfUppo délia compagnkk di Je$u* PaUffmOf 1840.

iiS SOUVENIRS d'un naturaliste*

. L'origine de sa famille remontait à Charlemagne, et son père Sinibald était seigneur des monts Quisquina et délie Rose. Rosalie, à Tàge de quinze ans, s'échappa de chez ses parents et se cacha dans une sombre caverne du mont Quisquina, où elle vécut longtemps seule et ignorée. Poussée par des motifs qu'on ignore, elle abandonna cette première retraite et se retira sur le mont Pellegrino, dans une grotte où l'absence de lumière et une humidité constante entretenaient un hiver perpétuel. C'est là qu'elle mourut et que ses ossements furent retrouvés en 1625, sur les uidications données par la sainte elle-même qui apparut à diverses personnes. Ces reliques sont conservées à la cathédrale de Palerme.

La fête de sainte Rosalie, qui se célèbre au mois de septembre, est la fête de la Sicile entière. Les préparatifs commencent plusieurs mois à l'avance, et à Palerme elle dure une semaine entière. Chaque journée a ses cérémonies et ses divertissements particuliers. Les unes et les autres ont été décrits trop souvent pour que j'en parle ici avec détail; mais je ne puis passer sous silence l'admirable spectacle que présente l'intérieur de la cathédrale pendant l'illumination. La nef entière, murs, piliers et voûte, est éclairée par des milliers de petites bougies suspendues à l'aide de fils trop fins pour être aperçus. Il résulte de cette disposition

un effet d'étoiles qui a quelque chose de magique. Le feu d'artitice mérite aussi une mention toute spéciale : je n'en ai jamais vu à Paris qui pussent lui être comparés. Sans doute nos fusées sont mieux dirigées et nos bombes s'élèvent plus haut; mais grâce à la profusion des premières leur désordre même donne à l'ensemble quelque chose de remarquablementanimé. On dirait desétres vivants, pous^ ses par une volonté capricieuse, qui se cherchent, se poursuivent, se fuient. Les bombes, en éclatant, laissent leur pluie d'or ou d'argent tomber dans la mer, et ces clartés qui s'éteignent dans les douces ondulations des vagues ont quelque chose d'étrangement mélancolique. Puis il y a des pièces que je n'ai vues que là : entre autres, de grands bananiers de métal, flambant du haut en bas d'un feu vert obtenu sans doute avec de l'alcool et un sel de cuivre. Enfin, lors de mou passage à Palerme, la pièce principale représentait un château fort assiégé, bombardé et brûlé au milieu d'un orage. Les effets de foudre, de bombes et d'hicendie étaient admirablement rendus. Ajoutons que ce château avait deux cents pas de long sur une hauteur proportionnée, que l'ensemble du feu d'artifice mesurait plus de cinq cents pas en longueur, et que les diverses pièces étaient disposées sur plusieurs rangs.

N° 82 (p. 174). — Palerme, le Panormus des

anciens, a été fondée par les Phéniciens. Cette ville a constamment été regardée comme la capitale de la Sicile, toutes les fois que Tîle a été soumise à une seule domination. Aussi trouve-ton dans ses murs ou aux environs de nombreux monuments attestant le séjour des émirs sarrasins et des rois normands, espagnols ou italiens. On y voit plusieurs palais remarquables, entre autres le palais royal, moitié demeure princière et moitié citadelle, qui renferme la chapelle fondée en llAO par Roger, le second des rois normands, et l'observatoire où Piazzi dé*, couvrit en 1801 Cérès, la première des petites planètes placées entre Mars et Jupiter. Au nombre des principaux édifices de Palerme, il faut compter plusieurs églises, surtout le Ddme ou la cathédrale et les églises de la Martorana et des Jésuites. Parmi les autres établissements publics, je citerai de préférence le jardin de Botanique, où, grâce au climat^ les arbres de nos forêts poussent avec une incroyable vigueur à côté de magnifiques palmiersdattiers. Fondé vers la fin du siècle dernier, ce jardin pourrait rendre de grands services en servant d'étape intermédiaire dans les essais d'acclimatation pour les plantes des pays chauds. A notre passage il renfermait un grand nombre de végétaux exotiques et des volières assez bien garnies. Mais ici, comme dans toute la Sicile, nous avons trouvé les sciences naturelles bien en retard. En

^OTES. 451

zoologie, les naturalistes du pays eu étaient encore à la première édition de Lamarck, et en botanique à Linné. Cuvier et Jussieu n'étaient pas encore venus pour eux.

N° 83 (p. 174). — Le duc de Serra di Falco, cor* respondant de l'Institut, étudia d'abord rarchiteoture sous le marquis Cagnala, architecte célèbre de Milan. Dès 1822, il commença à recueillir des dessins et des notes sur les édifices siciliens. Nommé président de la commission des antiquités et dei beaux-arts de la Sicile, il dirigea toutes les fouilloft faites par ordre du roi de Naples et en fit exécuter un grand nombre à ses propres frais. Le résultat de ces recherches fut consigné dans un grand ou* vrage intitulé : Le arUichità délia Sicilia, Le duc de Serra di Falco a publié plusieurs autres travaux presque tous consacrés à Thistoire de son pays. Appelé par son rang à jouer un rôle politique, il fit preuve d'une grande fermeté dans la ligne d'op* position modérée et légale qu'il s'était tracée, jus* qu'aux événements de 1848, à la suite desquels il fut exilé. Comme tous ceux qui ont connu ce noble architecte, nous faisons des vœux pour que cet exil ait son terme , tt que le duc de Serra di Falco reprenne le haut et intelligent patronage qu'il exerçait envers quiconque était attiré en Sicile par Tamour de la science ou des arts.

N° 84 (p. 180). — On désigne sous le nom de

stalactites les dépôts calcaires , ordinairement en forme de cône allongé, attachés à la voûte des caveraes, et par celui de stalagmites le dépôt de même nature qui couvre le sol. Les unes et les autres doivent leur formation à Teau qui filtre à travers la roche, et dissout une certaine quantité de sels calcaires qu'elle abandonne en coulant goutte à goutte et s*évaporant au contact de Tair. On voit que chaque stalactite doit avoir sa stalagmite cor-respondante, et c'est ce qui arrive d'ordinaire. La première s'accroît sans cesse de haut en bas, la seconde de bas en haut, et, quand elles arrivent à se joindre, elles se soudent. C'est par ce mécanisme que se forment les colonnes, souvent fort belles, qu'on trouve dans certaines grottes.

N" 85 (p. 182). — M. Constant Prévost, membre de l'Institut et professeur à la Faculté des sciences de Paris, est surtout connu pour avoir combattu avec une grande persévérance les idées admises par la plupart des géologues modernes sur les cataclysmes qui ont donné à notre globe son relief actuel. Selon M. Constant Prévost, les phénomènes qui se passent journellement, les forces qui fonctionnent sous nos yeux , suffisent pour expliquer tous les faits géologiques et pour rendre compte de toutes les madifications qu'a éprouvées l'écorce de notre planète.

N» 86 (p. 182). — M. besnoyers, bibliothécaire

NOTES. i5S

du Jardin des plantes, n*est pas seulement un savant bibliophile, il a contribué pour sa pail à l'avancement des sciences et a publié plusieurs travaux importants en géologie. II est probablement peu de naturalistes à Paris qui n'aient mis à contribution son savoir et sa complaisance rare.

N« 87 (p. 192). — Le genre Blatte [Blatta), de l'ordre des Orthoptères, renferme un grand nombre d'espèces dont plusieurs habitent la France, sans pour cela être toutes originaires de nos pays. Une des espèces indigènes était connue des anciens, qui l'appelaient Lucifuga^ parce qu'elle fuit la lumière. Tous ces Insectes paraissent d'ailleurs avoir des mœurs semblables.

Parmi les Blattes importées et malheureusement trop bien acclimatées chez nous, je citerai la Blatte de cuisine, ou Blatte orientale {Blaitaorienialis)^ dont il est question dans le texte, et la Blatte américaine (Blatla americana). La première paraît être arrivée en Europe par le commerce du Levant. Cette espèce aime la chaleur et choisit d'ordinaire son domicile dans le voisinage du four chez les boulangers, autour des fourneaux dans les grands établissements comme les hôpitaux. On assure que le Grillon lui fait la chasse et la détruit. La Blatte américaine n'est à Paris que depuis le commencement de ce siècle, M. Duméril nous apprend qu'elle a été importée dans les serres du Muséum

i5A SOUYEMIRS Wva NATURALISTE.

vers 1802, par dos caisses remplies de plantes. Cette esi^èce, bieu plus grande que la précédente, a trois pouces de long en y comprenant les antennes. En Amérique, elle dit beaucoup de dégâts dans les sucreries ; mais nous ne croyons pas qu'on ait beau* coup à s'en plaindre au Jaitiin des plantes:

N° 88 (p. 201). — Je reviendrai plus loin sur la signification des mots Phlébentéréè et pklébentérisme. (Voyez le chapitre intitulé : Tropani^ les îles Favignana.)

N° 89 (p. 205). — Les Caryophyllies [Caryophyl^ lia), appartiennent à l'ordre des Polypes Zoanthaires^ ainsi nommés à cauâe de leur ressemblance avec certaines fleurs. On peut considérer, comme étant le type de cet ordre, les Actinies en général, fort communes sur le bord de la mer ; mais chez celles-ci les individus sont isolés. Chez un très grand nombre de Zoanthaires, et en particulier chez les Caryophyllies dont il est ici question, les individus sont agrégés, et le plus souvent leurs téguments et les replis intérieurs de la cavité viscérale sont encroûtés de sels calcaires de manière à former des Polypiers solides. (Voyez, sur les Polypes, les divers travaux de M. Edwards, et en particulier, ceux qu'il vient de publier en commun avec M. J. Hàime.)

Ce sont les Zoanthaires qui jouent le principal rôle dans la formation des iles de corail, des récifs

madréporiquesy si communs dans la mer des Indes et qui ont causé tant de naufrages. Dans ces parages, tout plateau, tout roc isolé recourert seulement de dix à douze mètres d eau, devient le siège d'une colonie de ces Polj-pes qui se multiplient ayee une incroyable rapidité. Les générations qui se succèdent superposent les unes aux autres des couiâies pierreuses de Polypiers, et la masse entière, gagnant à la fois en étendue et en épaisseur, linit par atteindre le niveau de FOcéan. Sous les tropiques, la plupart des lies sont entourées ainsi d'une sorte de rempart ou de brise-lame dont les parois extérieures, presque toujours taillées à pic, mettent inévitablement en pièces tout navire qui vient s'y heurter. C'est par un travail tout semblable que les mers de ces régions sont semées de ces roehes à fleur d'eau, plus dangereuses encore pour les navigateurs, parce qu'elles échappent à la vue, et que la profondeur de la mer qui les entoure entretient dans une sécurité trompeuse celui même qui ne marche que la sonde à la main.

Mais parmi les formations dues à ces Zoophytes, les plus curieuses sont les îles de CoretiL Celles-ci consistent en un anneau étroit et peu élevé de terre ferme, circonscrivant un espace parfois très étendu. Cet anneau est tantôt entièrement formé par la roche polypière, tantôt par l'association de cette roche avec d'autres. L'espèce de lac ou la lagune

A56 SOUVENIR^ D*UN IfATUHAtlSTE.

qu'il entoure, tantôt est d'une grande profondeur dans toute son étendue, tantôt s'enfonce en entonnoir, tantôt enfin présente à l'intérieur quelques roches émergées. D'ordinaire, un ou plusieurs passages étroits mettent en communication l'Océan et la lagune. Dans d'autres cas, l'anneau n'est représenté que par un grand nombre de segments. Souvent il est complet et forme alors une guirlande de verdure entourant un lac immobile, tandis que tout autour la mer se brise avec furie sur la ceinture de coraux. On comprend que la plus grande portion de ces étranges îles est occupée par le lac intérieur. Par exemple, l'île de Tari-Tari présente une surface de 110 milles anglais carrés, dont U seulement appartiennent à la terre ferme et 106 à la lagune.

Plusieurs théories ont été données pour expliquer la formation des îles de corail Une des plus généralement acceptées consiste à admettre l'existence de nombreux cratères sous-marins, dont les bords arrivent à une profondeur telle que les Polypes puissent s'y fixer et y vivre, tandis que le centre même du cratère et les flancs de la montagne qu'il termine s'enfoncent brusquement dans la mer et deviennent inhabitables pour ces petits êtres. On comprend que les choses étant disposées ainsi, lorsque la masse des Polypiers atteindra le niveau des vagues, elle représentera, en effet, un

Notes. A57

anneau de récifs entourant un espace libre. I^s débris accumulés sur ces plateaux finissent ensuite par les exaucer, et les graine.^ que la mer ou les vents jettent sur cette terre nouvelle ne tardent pas à y introduire la riche végétation des tropiques.

M. Dana (1} vient de soutenir récemment une explication qui, tout en rendant compte des faits, répond à quelques-unes des objections opposées à la théorie précédente. Ce naturaliste admet que là où Ton trouve aujourd'hui des Iles de corail, il existait autrefois de véritables tles qui se sont len-* tement enfoncées dans la mer. L*anneau actual marquerait dans ce cas à peu près exactement les limites de l'ancien rivage. Cette hypothèse permet, en effet, de concevoir la formation de lagunes ayant jusqu'à dix lieues de diamètre, ce qui est bien large pour un cratère. (Voyez On coral reefs and islands^ hy James Dana.)

N« 90 (p. 205). — Les Gorgones (Gorgmia) sont un genre de Polypes appartenant à Tordre des Alcyoniens. Leur polypier, corné, ramifié et sou-

(1 ) M. Dana, un des naturalistes américains les plus éminents, a rempli d'une manière très distinguée les fonctions de géologue de Texpéditioa autour du monde faite aux frais des États-Unis, sous les ordres du capitaine Wilkes de 1838 à 1842. M. Dana a publié plusieurs ouvrages importants sur les Zoophytes, les Crustacés, etc.

A58 SOUVENIRS d\^n naturaliste.

vent étalé comme un large éventail, est un des plus communs dans les collections.

N° 91 (p. 206). — Les Comatules [Comatuld), sont des Échinodermes dont les bras, au lieu d'être simples comme ceux desÉchiures, ou ramifiés comme chez les Euryales, portent sur les côtés des espèces de digitations, et ressemblent, par conséquent, aux feuilles de certains végétaux. L'organisation desComatales a été étudiée par plusieurs naturalistes, entre autres par M. Dujardin.

N* 92 (p. 206). — Les Crinoïdes, ou Encrines (Encrinm), forment, dans les Échinodermes, un groupe remarquable. Leur corps rappelle à beaucoup d'égards celui des Comatules ; mais au lieu d'être libres comme ces dernières, les Crinoïdes sont fixés et portés à l'extrémité d'un long pédoncule. Celui-ci est lui-même composé de pièces solides articulées, ou plutôt superposées et reliées par des parties molles. Souvent ces petits disques présentent la forme d'une étoile à cinq pointes très régulièrement dessinée. Les Crinoïdes fossiles sont fort communs. On a cru longtemps que ce type avait entièrement disparu de la faune actuelle ; mais dans le siècle dernier, l'académicien Guettard découvrit, dans le cabinet de M. Boisjourdain, un échantillon d'Encrine vivante qu'il décrivit^ et qui àe trouve encore aujourd'hui au Muséonoi. Le» exanplaires de Crinoïdes vivants sont encore eittrémemenf

rares, bien que ccb animaux soient, à ce qu un assure, très communs dans les mers de la Floride et des Barbades.

N* 93 (p. 206). — Les étranges particularités de la reproduction des Salpas ont été découvertes par Cbamisso, le spirituel auteur de Pien^e Schlémil, Le premier, il reconnut que ces Mollusques vivent alternativement isolés et en colonies ; que ces deux modes d'existence se succédaient régulièrement ; que, de plus, les individus agrégés sont toujours ovipares et les individus isolés toujours vivipares. Ces faits, publiés en 1819, furent longtemps traités de fables; mais, d'une part, des phénomènes de même nature, et bien plus inatr tendus encore, ont été découverts dans d'autres groupes d'animaux, et, d'autre part, les recherches de M. Krohn ont complètement démontré l'exactitude des observations de Chamisso. (Voyez plus loin le chapitre intitulé : Le golfe de Caêtellamare^ Santo-Vito. Voyez aussi le Mémoire de M. Krohn dans les Annales des sciences naturelles.)

N* 94 (p. 207). — La famille des Béroïdes appartient à la classe des Acalèpbes . (Voyez les recherches de M. Edwards dans les Annales des sciences natu^ relies.)

N* 95 (p. 207). — Les Méduses forment encore une famille dans la classe des Acalèpbes. Ce groupe a été le sujet d'un grand nombre de spéculations

A(50 sotVËNiHS d'l'n naturaliste.

plus ou moins philosophiques et Tobjet de recherches qui ont jeté une vive lumière sur plusieurs questions très importantes.

Réaumur, s'en rapportant à la première impression que produit la vue de la plupart des Méduses, les considéra comme des masses de gelée vivante. Un des doyens de la zoologie actuelle, H. Duméril (1), injecta du lait dans la cavité de ces animaux, et vit ce liquide se répandre dans une multitude de canaux disposés d'une manière très régulière. Ce fait est, croyons-nous, le premier qui ait révélé Texistence d'une véritable organisation chez ces étranges animaux. Longtemps après, M. Ehrenberg publia sur TAurélie [Medum aurita) un Mémoire fondamental qui montra dans cette espèce une complication organique des plus inattendues. Les

(1) M. Duméril, membre de Tlnstitat, professeur au Jardin des plantes, fat de bonne heure l'ami et le collaborateur de Cuvier. Il rédigea le premier volume de VAnatomie comparée, travail continué depuis par M. Duvernoy. M. Duméril, après avoir publié un grand nombre de recherches sur divers groupes du règne animal, a entrepris une histoire générale et détaillée des Reptiles. Ce grand ouvrage , qui fait partie des Suites à Buffon, a été commencé avec la collaboration de M. Bibron , naturaliste aussi instruit que modeste , enlevé prématurément à la science. M. Duméril fils a remplacé M. Bibron, et poursuit avec son père l'achèvement d'un livre qui , une fois terminé , sera pour l'erpétologie un véritable monument.

recherches de Will, Âgassiz, Huxley, etc., bien que s'écartant, sur quelques points, des résultats obte^ nus par le savant berlinois, ont pleinement con* firnné la conclusion générale qui ressortait de son travail, savoir : que ces prétendues masses de ge* lée vivante étaient loin d'être homogènes, comme quelques naturalistes l'admettent encore, et que la transparence seule des tissus avait donné lieu à cette erreur.

La reproduction des Méduses, étudiée dans ces dernières années par MM. Saars, Siebold, Van Beneden, Dujardin, etc., présente de merveilleux phénomènes sur lesquels nous reviendrons plus loin. (Voyez le chapitre sur Castellamare.)

N' 96 (p. 207). -. Les Firoles {Pterotrachœa) sont des Mollusques de la classe des Gastéropodes. Ce genre né renferme que des espèces marines qui toutes sont vagabondes et nagent en pleine eau au lieu de ramper sur un plan solide. On comprend que ce genre de vie, si différent de celui que mènent la plupart des Gastéropodes, a dû entraîner dans l'organisation des Firoles de grandes modifications. Aussi leurs formes extérieures sont-elles déjà très singulières. Le plan charnu qui sert de pied aux Limaces et aux Colimaçons s*est changé en une sorte de large nageoire verticale ; l'extrémité du corps s'est allongée et aplatie pour remplir des fonctions analogues. Tout le corps est d'une

(62 S0UVËN1K8 d'un naturaliste.

transparence absolue, sauf la masse formée par le foie, qui conserve une certaine opacité et forme une sorte de noyau coloré. Les Firoles n'ont pas de coquilles. Les Carinaires {Carinaria), qui leur ressemblent à beaucoup d'égards, en possèdent une qui recouvre seulement la masse du foie, et qui, dans l'espèce méditerranéenne {C. eymbium), se &it toujours admirer dans nos collections conchyliologiques par sa transparence et sa délioa* lesse.

N" 97 (p. 207). — Les Diphyes {Diphye»), placées par Cuvier dans la classe des Acalèphes, se rapprochent beaucoup des Stéphanomies dont il est question quelques lignes plus loin. L'organisatbn de ces animaux, mal connue pendant fort longtemps, vient d'être l'objet de deux travaux extrômem€«lt^ importants, dus à IVIM. Kolliker (4) et Vogt(2).

(1) M. Kôlliker, professeur d'anatomie et de physiologie à Wurtzbourg, est bien connu de tous les naturalistes par un très grand nombre de travaux portant principalement sur l'histologie et sur les animaux inférieurs. C*est un des savants allemands qui ont le mieux compris tout ce qa*oflrait dlntérèt rétude des espèces marines, et pour les étudier il a fait plusieurs voyages sur les bords de la Méditerranée. M. RôUiker a publié sur Tanatomie générale un ouvrage très estimé en Allemagne, et qui se traduit en ce moment même à Paris.

(2) M. Vogt, tour à tour professeur à Giessen, cl député en iSiS au parlement de Francfort, où il prit une des premières

N- 98 (p. 207). -^ Les Stépbanoroies (Stephammia) sont, même pour les personnes étrangères à la science, un des plus curieux objets que puisse offrir le monde marin. Je reviendrai plus loin sur ces êtres singuliers.

N* 99 (p. 209). Les Vermets {Vermetus) sont des Mollusques de la classe des Gastéropodes qui vivent fixés et se construisent un tube sinueux assez semblable à celui de certaines Annélides Tubicoles. Aussi Linné et ses successeurs les avaient-ils placés près des Serpules. Un naturaliste français, Adanson (1), reconnut le premier cette erreur, Le genre

places ptrmi les représentants des opinions les plus avancées, est aujourd'hui professeur à l'université de Genève, Ce naturaliste a travaillé d'abord avec M. Agassiz, et a inséré entre autres, dans VHUloire det Poiuons d'eau douce, une En^ogénie des SiUmones, qui est encore le travail le plus considtf. rable entrepris sur le développement des animaui de cette classe. M» Yogt a publié un très grand nombre de travaux dans lesjournaui scientifiques Trançais et allemands. Après avoir séjourné près de deui ans à Nice, où il était allé étudier le monde maria, il vient de commencer la publication de ses recherches par un Mémoire des plus intéressants sur les Sipbonophores, groupe établi par Ëschcboltz, qui correspond à peu près aui Acalèphes Hydrostatiques de Cuvier, et qui comprend les Diphyes, les Stépbanomies, etc., dont il est ici question.

(1) Adanson, né à Aix en 1727, mort à Paris en 1806, montra de bonne heure pour les sciences naturelles une vocation, décidée peut-être par la lecture de Pline et d'Aristote

à6à SOUVËNIKS D^UN NATUKÀLISTE.

Vermet est représenté par plusieurs espèces vivantes, et par un bien plus grand nombre, à Tétat fossile.

. N» 100 (p. 209). — Les Sphéromes [Sphceroma) appartiennent, comme les Cloportes, à Tordre des Isopodes.

N» 101 (p. 209). — Entre ces deux genres qui présentent au premier coup d'œil une grande ressemblance, il y a pourtant des différences très

qu'il avait reçus comme prix de ses succès d'écolier. A TAge de quatorxe ans il avait esquissé quatre projets de classification établis sur d'autres bases que le système de Linné. A vingt et un ans, il fit à ses frais un voyage au Sénégal, et consacra cinq années à Tétude de cette contrée. Il revint avec d'immenses collections et une foule d'observations aussi bien sur la météorologie , la linguistique, la géographie, que sur les sciences naturelles. Son Histoire du Sénégaly ses travaux sur le Baobab et les arbres qui produisent la gomme, lui ouvrirent les portes de l'Académie des sciences. Cet honneur sembla redoubler son activité. Pénétré de ce qu*avait d*artificiel le système de Linné, alors universellement admis en botanique, il chercha A créer une méthode naturelle, et, pour y parvenir, combina d'après soixante-cinq systèmes différents tous les végétaux alors connus. Ce travail énorme ne le conduisit pourtant pas à la solution du problème. On sait que cet honneur était réservé A Laurent de Jussieu. Adanson refusa, par amour pour son pays, les offres brillantes que lui firent successivement les souverains d'Autriche , de Russie et d'Espagne. Atteint dans sa fortune par la révolution , il mourut pauvre en laissant un très grand nombre de manut scrits inédits.

MUTES. à66

prononcées. Les bras des Astéries, ou Étoiles de mer, portent en dessous des ventouses pédiculéest qui leur permettent de gravir les plans perpendi-» culaires les mieux polis. Ces espèces de suçoirs ntanquent chez les Ophiures. Chez les Astéries, Testomac envoie des prolongements jusqu'à Fex-* trémité des bras; rien de semblable ne se voit chez les Ophiures.

N» 102 (p. 210). — Chez les Némertes, l'intestin est simple et très peu développé ; chez les PlanaireSi au contraire, il se ramifie dans tout le corps et présente une grande complication.

N- 103 (p. 212).— C'est le Figuier d'Inde {Cactui opuntia) dont il est ici question.

N*" 104 (p. 22/i). — Les ruines de Ségeste, une des plus importantes cités de Tancienne Sicile, sont renfermées entre les montagnes qui se déve-^ loppent au fond de la baie de Castellamare et que traverse la route d'Alcamo à Trapani. Sa fondation est attribuée à Énée ou à Égeste, et le souvenir de cette origine troyenne a été consacré par les Ségestains sur leurs médailles. Ségeste fut longtemps la rivale de Sélinunte et la première cause des désastres de la Sicile, en appelant h son secours d'abord les Athéniens , ensuite les Carthaginois. Agathocle saccagea la ville, décima ses habitants, et après avoir réduit le reste à l'esclavage , il voulut effacer jusqu'à son nom en lui donnant

466 SULVK:<ilRS b*L7k 1UTLR4L1STE.

celui de Diétmque. Redevenue florissante sous Fempire romain» ia chute de celui-ci entraîna celle de Sé^este que les Sarrasins détruisirent totalement. Le lieu où ^'élève ia ville n'ofiBre aujourd'hui qu'un sol aride couvert de débris méconnaissables qu'attriste encore le site à la fins sauvage et grandiose sur lequel ils sont dis*séminés.

Deux édifices seuls ont laissé des traces suffisantes pour faire distinguer leur destination primitive et attester la perte de tant d'autres édifices remarquables qui ont dû embellir la cité, lorsque, riche et florissante, elle trônait parmi les villes les plus célèbres de la Trinacrie. Nous voulons parler du théâtre en partie taillé dans le roc et élevé au sommet de la principale colline, et du temple qui en couronnait une autre dont un côté domine la pittoresque vallée que traverse en rugissant le torrent (Papisa), qui y a creusé son lit à une inmiense profondeur. Les gradins et les murs du théâtre remontent à une époque très ancienne, mais on y observe des traces de restaurations ultérieures. Le périmètre présente, au lieu de la forme demi^ circulaire, un polygone irrégulier; les gradins seuls étaient curvilignes et pouvaient contenir environ 4500 spectateurs. Les ruines du proscenium existent encore, et les fragments de colonnes qu'on y a découverts démontrent sans aucun doute qu'il

était orné d'un ou de plusieurs ordres d'architecture.

Rien dans toute la Sicile ne frappe autant le voyageur d'étonnement et d'admiration que, lorsqu'au milieu de la plus accablante solitude, for« raée d'un sol rocailleux, de collines, de montagnes, de nombreuses vallées et de rares et arides plaines, il voit tout à coup, à côté des formes les plus étranges et les plus sauvages de la nature, se dessiner sur le ciel la pure et élégante silhouette d'un sanctuaire hellénique. Car, chose étrange! dans cette ville où aucun édifice sacré ou profane, public ou particulier, n'a laissé le moindre vestige, un temple reste presque entièrement debout, et ce temple fut la dernière construction des Ségestains ! Œuvre inachevée, car les ouvriers en furent chassés avant que les plafonds aux étoiles d'or, les tuiles de marbre, les ciselures des ornements, le poli de la pierre et le stuc aux brillantes couleurs, pusseni en faire une cella digne de recevoir l'image de Vénus, de Diane ou de Cérès. Toutes ces divinîtéis étaient chères aux Ségestains, et c'est à l'une d'elles sans doute que ce magnifique exastyle devait être consacré. Trente-six colonnes sont encore en place, et six kdiaque extrémité de l'imposante colonnade sont couronnées du majestueux fronton. A l'exception de quatre colonnes, deux du pronaos et deux du posticum et des murs de la cella, l'édifice

A68 SOUVENIRS D^tN MATUftALIStË.

est tel, qu'il semble abandonné à peine depuis autant de jours qu'il y a de siècles qu'il le fut. L'état d'inachèvement, en laissant à l'ordre dorique du temple de Ségeste une grossière enveloppe de pierre, que la sculpture des cannelures devait faire disparaître, l'a fait généralement regarder jusqu'à présent conune d'une époque très ancienne, mais les nouvelles investigations ont prouvé qu'il appartenait à la plus belle époque de l'art en Grèce. (Note communiquée par H. Hittorff, membre de rinstitut.)

N° 105 (p. 235).— Le mot de Triton (Triton) a été employé dans des sens très différents. En erpétologie, il sert à désigner les Salamandres aquatiques dont plusieurs espèces vivent aux environs même de Paris. Linné avait appelé de ce nom et de celui de Lepas les Mollusques Cirripèdes. Enfin, pour Lamarck, les Tritons( 7'rtVon/ttw) sont des MoUus* ques Gastéropodes voisins des Rochers (Murex).

N" 106 (p. 236). — On sait que Tindustrie des Abeilles a été l'objet des études d'un grand nombre de naturalistes. M. Dujardin a publié tout récemment encore, dans les Annales des sciences natU' relies^ un Mémoire fort curieux sur le mélange d'intelligence et d'instinct qu'on observe chez ces animaux. L'ouvrage le plus complet sur cette matière est celui de Hubert père, hititulé : Histoire ies Abeilles.

N» 107 (p. 238). — Hubert fils a fait pour les Fourmis ce que son père avait fait pour les Abeilles. Les observations qu'on lui doit ont été confirmées dans ce qu'elles avaient de plus curieux et de moins croyable au premier abord. (Voyez Y Histoire des Fourmis^ par Tauteur que je viens de nommer.)

N*» 108 (p. 263). —C'était, entre autres, l'opinion de Blainville ; mais il est permis de penser qu'en la professant, il n'était guère guidé par d'autre considération que de ne pas partager l'opinion de Cuvier. Au reste, ce même naturaliste rangeait également parmi les Mollusques tous les Siplionophores dont nous avons parlé plus haut.

No 109 (p. 244). — Dans un Mémoire fort important sur l'organisation des Méduses, M. Agassiz a décrit un système nerveux, continu et assez compliqué. M. Ehrenberg n'avait signalé que des ganglions isolés.

N* 110 (p. 245). — Depuis que les Acalèphes Hydrostatiques ou Siphonophores sont mieux connus, quelques naturalistes ont proposé une manière nouvelle d'envisager la structure de ces êtres. Pour eux, chaque Siphonophore est une colonie composée d'individus distincts , mais incomplets , et chargés, les uns de la locomotion, les autres de la nutrition , etc. Bien que cette manière de voir puisse surprendre au premier abord, on doit reconnaître que certains faits récemment décou-

â/d soiVEMRs D*ti[ Naturaliste.

verts chet les animatli Inférieurs semblent lui ôter ce tjue naguère éndore elle aurait èû d'itiâcceptablé. Toutefois, de nouvelles recherches nous semblent nécessaires pour résoudre cette question que Tembryogénie seule |)OUrra sans doute éfclaircir complètement.

N*» m fp. 251). — M. Steènstrup, haturaliste danois; a publié un outhige très ihtéresSaht, intitulé : Uebei^ den Gênerai iontveefisei [Sur ta génération alternante), lia réuni et grdupé tous les faits àndlogues à celui que je viens de citer, et en a tihé uiie théorie générale. Selon Itii, l'espèce d'alternative dont il s'agit ici cohsisle en ce que, cheî certairiS animant, des individus Sans sexe produisent par bottrgeonnemetit des individus ëetbés qui, à leur tour, se propageront pai* les prbfcédés ordinaires. 11 résulte de Ifi que, chez ces atiimaux, les enfants ne ressemblent jamais à leur père, mais bien îllislif grand-père. M. Steènstrup a donné le nom denburr*>« {Ammeû) aux individus dgâmes tjui prddrilsërtl les individus portant des sexes. Get ouvrage dé M. Steènstrup; bien qilë conçu dans tin esptit à la fois trop absolu et tlrop testreint, n'en a pas moins rendu de grands services en montrâht des lienà tout à fait inattendus entre une foule de phénothènes jusqu'à présent isolés. Dans un ouvrage remarquable, et qui vient d'être couronné par T Acadéhiie des sciences, M. Van Beneden, entre autres, à fait à

«OIES. A7l

J*bi3toire des Vers in^^sffftaw une )}irge et heureuse ^application fie ces jdée^ ; mais eu même temps, il a fd^veloppé e( agrandi la théorie de Steenstrup, en rfsgardant 1^ géfiéraiion alternante co^ln)^ un cas particulier ^'\in phénomène plus général quHl a appelé la fiigénèsej par opposition au phénomène de la jnoiwyenèse, Vêpres cet apteur,on observe dans la nature deux mpdcs généraux de reproduction. Dans Tun, les sexes interviennent; 4ans l'autre, ils p'intef viennent pa§. Tout animal qui emploie à la fois ou tour à tour les deux modes, est appelé digénétique; tout animal qui n'en emploie qu'un seul pst monogénétique,

N° 112 (p. 252). — M. Charles de Siebold, professeur à l'université de Munich, et qu'ij pe faut pas confondre avec le voyageur du même pom,est un desnati^falistesqui ontle p|p$ contribué à répandre en Allemagne le goût pour l'étude des Invertébrés. Il a publié longtemps un Compta rendu rai^jifi^ et annuel des travaux faits dans toute l'Eurppe dans pette direction, travaux auxquels il a, d'ailleurs, largement contribué pour sa propris part. Qn (ui fioit, entre ^Utr^s, les premières notions sur le^ étranges naétamorphoses des Méduses, sur les singuliers phé- . nomènes qui accompagnent la formation des embryons .de Planaires, etc. Par son beau phapitre sur le (Jpveloppement des Vers intestinaux, rédigé pour la grande Physiologie de purdapli, il a ouvprt

hTl SOUVENIRS d'un NATURALISTE.

la voie dans laquelle se sont engagés depuis tous ses successeurs, et quia conduit à la solution d'un problème longtemps regardé comme presque inabordable. Mais de tous les travaux de M. de Siebold, un des plus utiles incontestablement, et celui qui a rendu son nom populaire, est le Manuel d'anatomie comparée^ qu*il a publié en commun avec M. Stanius, et dans lequel il a rédigé tout ce qui est relatif aux Invertébrés. Il est impossible de condenser en un moins grand nombre de pages pi us de faits et de renseignements précieux. Aussi ce livre est-il devenu classique dès après son apparition. Il a été traduit en français par MM. Spring et Lacordaire , et fait partie de la collection des Manuels Roret.

N* lis (p. 252). — M. Saars, pasteur à Bergen, en Norvège, a profité de son séjour sur les bords de la mer pour suivre avec une remarquable persévérance et beaucoup de sagacité Tétude des animaux inférieurs marins. Aussi lui doit-on quelques-unes des découvertes les plus inattendues et les plus curieuses dont se soit enrichie Thistoire de ces êtres aujourd'hui si intéressants à divers titres. On lui doit, entre autres, la connaissance des métamorphoses des Gastéropodes Nudibranches ; celle du premier état, et, par suite, des métamorphoses de plusieurs Échinodermes , sujet plus récemment traité par Mûller avec un soin tout

particulier. Enfin H. Saars partage avec M. deSiebold rhonneur d'avoir découvert le mode si remarquable de propagation des Méduses, et Ta le premier suivi dans toutes ses phases. Les travaux de H. Saars ont paru principalement dans divers recueils allemands, tels que Yhis et les Archives de Wiegman et de Mûller. Il a en outre commencé la publication d'un ouvrage général intitulé : Faune littorale de la Norvège,

N« 114 (p. 252). — M. Van Beneden, professeur à l'université de Louvain, est un des zoologistes modernes les plus actifs et les plus distingués. Les journaux allemands et français, les Bulletins et les Mémoires de V Académie de Bruxelles^ renferment une foule de notes et de travaux publiés par cet auteur sur presque tous les groupes importants du sous-règne des Invertébrés. Plusieurs de ces Mémoires ont été réunis en ouvrages généraux. Je citerai , entre autres , les Exercices anatomiques portant principalement sur les Mollusques, et les Recherches sur les Bryozoaires d'eau douce et d'eau salée. Depuis quelques années M. Van Beneden s'est occupé d'une manière toute spéciale de l'étude des Vers intestinaux, et a préludé par une série de recherches fort importantes au travail hors ligne qui a obtenu le grand prix des sciences physiques mis au concours pour l'Académie des sciences de Paris pour 1853.

à7h SUIVEMRS u'tM ^ATUKàLISTë.

Je regrette de ne pouvoir donner ici une idée conjplète de ce bel ouvrage dans lequel Tauleur a enilira^sè dans toute son étendue la question si dirtuile et si complexe du développement de ces aniinaui. Ce livre, qui doit être imprimé aux frais de rAcadêmie, u'e^t pas encore publié, mais les ^personnes que ces questions intéressent pourraient se faii-e une idée générale des résuj^ats obtenus par l'auteur, en consultant l'analyse que J'en ai faite connue rapporteur de la commissiop du prix. Ici je me bornerai à dire que, grâce à ce travail et aux recherches d'aiUet^rs iafinimei^t moins étendues de M. Kûehenmeister (1), il est aujourd'hui ^ peu prte démontiv qyp bon nombre de Vers intestinaux se produisent par des procédés analogues à ceux qu'on observe chez bien d'autres animaux, et entre autres chez les Acalèphes; q^e pour

(I) M. kiicheniaeister, midecm à Zittan, est le premier qm 9ài iusUtué des expéiieuces régulières {KMir démontrer ce que quelques naturalistes soupçonnaient déjà, savoir que les Cystieerques ne sont que de jeunes Taenias. U a prouvé qu*il en était bien ainsi, et de plus que l'état de Cyslicerque est un état normal et non pas un état tératologique, comme Tavaient admis qujriques helmiiithalogîstcs des plus distingnés. M. Kiichenmeister a /étendu sfss j-ei^niie^ aux Cœimres qui vivent df as rinlérieur mèipe du cery.eaji^ des Moutons. Il a montré que ces étranges Vers étaient aussi des larves ou mieux des nourrices de Tsnias, et qu'ils étaient produits à leur tour par les œufs mûrS provenant de ces derniers.

>uifcî>. 475

atteindre à leur état parfait, ils pnt à passer par divers états qui rappellent ce que j'ai dit des Mér duse$ dans le texte ; mai$ que de plus ces métamorphoses si /coippliquées n^e s'accomplissent qu'à l'aide de migratio^w telles qu'après avoir observé le jeu^e Intestinal d^ns une espèce animale, c'est dans u^e loutre espèce qu'il fjaut aller le chercher pour ^'ob* Sjeryer dans son état de développement complet. Priesque toujours 1^ première espèce, celle où leç Intestinaux passent les premiers temps de leur vie, est herbivore, et la i^con4e, celle où ils atteignent leur fo/rme défi^itfve, jesjt /carnassière. C'est en dévorait 1^ anip^auf. lierb^vores que les animaui car^iassiers s'infectent eu^-mémes de$ p^asites dont il s'agit, et l'homme l\ii-ïf}èf]fïfd, au moipç daps ui^ certain nombre de c^, p'écl^ppje pa$ à ic^te ]pi. C'es^ en se nourrissant de pliair de porc crujç on m^t ci^ qu'il avale à Vépàt de larve (Cysiictrque) le Ver quj, arrivé dans Le canal digestif, se change en Tœni^ qu .en Botliriocéphale, parasites que l'un ic/99f9nd yulgairement sous le nqm de Vev solitaire.

N* 1^5 (p. 25jÇ). — On ^ doit pas se mépren4re ici sur m^ pensée. JL4 nature 4es germes, au moment de leur apparition, est bien certainement fixée, alprs méipie que tous nos moyeps d'investigation ne peuvent saisir entre ^il 1^ piQÎpdre 4if- Éérpnjçe. Çette^ question qyye je w fais .qu'indiqjue*'

i76 SOUVENIRS d'un naturaliste.

ici se trouve traitée avec détail dans un autre chapitre. (Voyez plus loin Milazzo, Stromholi.)

N« 1 1 6 (p. 258) . — Les anciens connaissaient déjà divers procédés pour multiplier artificiellement les Champignons comestibles. Ménandre nous apprend qu'un de ces procédés consistait à couvrir de fumier une souche de figuier et à Tarroser fréquemment. D'après Tarentinus, on arrivait au même résultat en maintenant constamment humides des cendres de végétaux exposées en plein air. Dioscoride assure que, pour avoir des Champignons, il suffit de répandre de Técorce de peuplier réduite en poudre sur une couche de terre bien famée. Pour obtenir très promptement TAgaric du peuplier [Agaricus umbilicatus) nommé ^gerita par les anciens, Tarentinus nous apprend qu'on mêlait du vin et de Teau chaude, et qu'on en arrosait des souches de peuplier noir ou blanc. Enfin, les anciens ont également connu les couches à Champignons^ si activement exploitées aux environs de Paris et sur lesquelles MM. Léman et Léveillé ont publié les détails suivants que nous leur empruntons aussi bien que ce qui précède. (Dictionnaire des sciences naturelles; Dictionnaire universel d* histoire naturelle.)

En décembre, dans un terrain sec et sablonneux, on fait une tranchée large de deux pieds à deux pieds et demi, profonde de six pouces et bordée

des terres de la fouille. Dans un terrain humide, on fait la fosse plus profonde en remplissant l'excédant de pierraille, recouverte d*un peu de terre et de sable. On remplit la fosse d'un mélange de terreau, de bon fumier et de crottin rendu par un cheval qui ne mange pas de son. On foule le tout et on le relève en dos d'âne. Puis, on étend dessus du blanc de Champignon (1) en couche bien égale. On recouvre le tout d'environ un pouce de terreau. Au commencement d'avril, on ajoute deux ou trois pouces de litière destinée à former ce qu'on appelle la chemise. Si l'opération a réussi, la couche commence à produire à la fin de mai. Il faut veiller attentivement sur la température qui doit être constamment d'au moins 21 à 22 degrés, et peut sans inconvénient s'élever jusqu'à 27 degrés. En amincissant ou en épaississant la chemise, on règle assez facilement le degré de chaleur. Il faut, en outre, maintenir un degré constant d'humidité, ce qui nécessite en été des arrosages fréquents.

On peut établir des couches en plein air ou dans des caves. Celles-ci exigent moins de soins, mais le produit n'en est pas aussi bon.

(1) Oq appelle de ce nom, dans le commerce, Tespèce de feutrage formé par les mycéliums entrecroisés d*où natt TAgaric des couches. Le blanc de Champignon se vend comme des graines chez les marchands qui font ce commerce. Il peut se conserver pendant plusieurs années sans rien perdre de ses qualités.

478 SOUVëNIKS V\}^ SiATL'RALlSTR.

Si la chemise prend trop d'bpiqfditp ^t de chaleur, elle se poifi^it et peut nuire |i la couche, l^ovir éviter cet accident, on change la litière de t^n^ps k autre en choisissant uf) t^fnps doux. On ci^eijle 1(bs Qiampignons au fi^r et à inpsurp de leur veaue, ea Ayant sq\ï^ d'en lai^sef uq per^ip nombre séc])p|r sur pied et répandre ainsi leurs spores ou corpuscules reproducteurs. On entretient encpre la couphe en employant pour Parrosage l>au qui a servi à laver les Champignons cueillis. Lorsqqe des Cliampignons d'espèce ^utre que cpll3 quÇqj^ ^. semée commencent à se montj^er, il iaut détruire la coucii^ et la reconstruira à neuf. Il tau^ agir de même si les Iules, les Scolop^ndres, les Cloportes envahissent la litière.

Le Champignon qu'on cultive ainsi en France est r^g^ric comestible {Agaricm edulfs) ; rnais dans d'autres contrées et par ^e§ proqédéç plus ou moins semblables on obtient des espèces ()|prep(|3s. Ainsi Rumphius nous apprend qu'à Amboin^s pp se pror cufe deux Champignons comestible^, tous deux appartenant ai| genre Bolet, par des procédés artificiels. Le premier {Boletus moschocaryçi^m) vient sur Jes tas de brou de noix muscades. Il est J,rès r^cherché ef. ne s^ sprt que sur la table des riches. L'autre [Bdetu$ saguarius) pousse sur les débris de bois de Sagou {Sagus farinacea) qu'on entasse exprès dans les jardins. Cette espèce est assez abon-

KOTKS. 470

dante poufr qu'bit remploie il engraisser les porcs. 11 y a quelques années, lé hasard a fait connaître en Europe une espèce llou?elle, TAgaric napolitain {Agar(cu8 neapolitanta) y dont Tusage s'est rapidemetit répandu eh Italie. Déjeunes religieuses entassaient dans un coin ottibragé de leur jardiri le itiarc de café résultant de la consommation jouN ttalière. Le houvel Agaric poussa sur ces matières en fermetitatioti. On le gôûta, et il fut trouvé excellent. Depuis cette époque, dans beaucoup de maisons à Nriples, on le cultive en entassant du rtiarc de café danà un grand pot de terre non vernissé, déposé à Tombre, et que Ton entretient dans une humidité constante : lés Champignons poussent aU bout dé si* rhois.

If» H7 (p. 559). — Dutrochet, membre de Tln- Mitut, lié en 4776, au château de Néon, et mort à Paris en 1847, s'occupa fort tard de sciences. Fils d'un pèi^e értiigt^é, il perdit de très bonne heure t)resque toute la fortiine qui semblait devoir revenir à Taîrié d'ilile riche et noble famille. Atteint par la feonscription, il entra d'abord dans la marine, puis profita d'iin congé pour rejoindre dans le Maine ses frères , qui s'étaient rangés sous le drapeau du comte de Bourmont, cl*efde l'armée royaliste. Amnistié avec ses compagnons h la suite du 18 brumaire, M. Dutrochet passa d'abord quel queîs années à la campagne ; mais sentant la nécessité de se créer

une position indépendante, il vînt à Paris et commença à Tâge de vingt-six ans ses études en médecine. Il se fit bientôt remarquer, et ses grades une fois obtenus, il ne tsirda pas à être nommé médecin ordinaire à Tarmée d'Espagne. Il fit en cette qua* lité la campagne de 1808, et échappa comme par miracle à plusieurs aventures. Lors de la marche de Napoléon sur Madrid, il fut laissé à Burgos avec le titre de médecin en chef d'un hôpital où la dyssenterie et le typhus faisaient d'effroyables ravages. A son tour, il fut atteint, faillit succomber à la maladie, et sa santé, fortement altérée, l'obligea de se retirer auprès de sa mère dans une petite propriété de famille située en Touraine. Les premiers temps de ce séjour furent consacrés à la rédaction d'ouvrages purement spéculatifs ; mais heureusement la lecture des ouvrages de Spallanzani vint changer cette direction.

Rempli d'enthousiasme pour les travaux de l'illustre physiologiste italien, M. Dutrochet résolut de marcher sur ses traces et débuta par s'occuper du Rotifère et des étranges facultés dont nous avons parlé plus haut. Puis il étudia successivement les enveloppes du fœtus, le développementdes oiseaux, la formation des os, la régénération des plumes, etc. Il se tourna ensuite du côté des végétaux, et publia plusieurs Hémoires importants sur leur accroissement et leur reproduction, sur la structure intime

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des plantes, sur le mécanisme des mouvements de la sensitive* sur la cause de la direction opposée des tiges et des racines, etc. Tous ces travaux décèlent un expérimentateur ingénieux et un observateur habile. Tous ont fait faire à la science de véritables progrès. C'estau milieu de ces recherches qu'il rencontra pour la première fois des phénomènes déjà vus peut-être par d'autres, mais qui avaient été négligés et oubliés (i). M. Dutrochet comprit sur-le-champ leur importance, les étudia, obtint des résultats généraux, et, en 1826, publia la découverte qui devait immortaliser son nom.

Jusqu'à cette époque, on avait attribué à la capillarité ou à l'imbibition Tascension de la sève dans les arbres, ainsi que le passage, d'une cavité dans l'autre, d^ liquides divers que renferment les plantes aussi bien que les animaux. Tout en recon-

(I) Lorsque M. Dutrochet a eu publié sa découverte j on n'a pas manqué d'en trouver des traces dans une foule d'auteurs. L'un des Bernouilli parait entre autres en avoir approché de très près, mais le titre seul de son Mémoire prouve qu'il était loin d'avoir bien connu les phénoniènes. C'est comme devant produire un mouvement perpétuel qu'il décrit un appareil assez semblable à Tendosmomètre. Au reste, ni M. Dutrochet, ni personne à cette époque ne songeait à ce travail. La gloire d'avoir découvert l'endosmose appartient bien certainement au savant dont nous parlons ici. 11 a seulement subi la loi commune qui veut que les hommes contestent toij^ours, et parfois avec violence, la gloire conquise par un contemporain.

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