L'ARCHIPEL
DE CHÀUSEY.
LARCHIPEL DE CHAUSEY.
SOMMAIBE.
Animaux inCérieurg des environs de Parit. — Granviito. «* La mar^. «• Archipel de Ghausey ; la Grande-Ile. — Ancienne rcunioQ do Chausey au continent ; forêts sousr marines. — Traditions locales. — La ferme. — Les Blainyilais ; pécbe da homard et des ohevrettee. — Les tailleura de pierre. — Les barilleurt ; fabrication de la soude. — Importance des études portant sur les animaux à orpnisation très simple. — Ricliesset loologiques de Ghauecy ; le Sacaviron. — Lei Annélides errantes ; Eunice, Cirrhatules. — Armes des Annëlidcs ; leurs ennemie* — La Synapte de Duvemoy. — Sentiments que provoque l'étudo de la cn^alion vivante. — Départ pour Salnt-Malo.
J'avais passé le printemps de 18A1 à étudier les animaux inférieurs qu'on trouve aux environs de Paris (1). Les étangs de Plessis-Piquet et de Meudon, les mares de Vincennes et de la Glacière, les bassins de Versailles, et jusqu'aux fossés de nos grandes routes, avaient été explo^ rés. Ma table était couverte de vases contenant les eaux rapportées de ces excursions : les plantes aquatiques que j'avais eu soin d'y laisser développaient au dehors une végétation des plus actives, tandis qu'au milieu des filaments déliés de leurs racines se jouaient ces mille petits êtres
h SOUVENIRS d'un NATURALISTE.
dont le microscope nous révèle l'existence et la merveilleuse organisation. C'était le Rotifère, dont le corps, composé d'anneaux rentrant les uns dans les autres , comme les tubes d'une lunette, porte en avant deux espèces de roues; être singulier qui ne peut vivre que dans Teau et habite pourtant les mousses de nos toits, qui meurt chaque fois que le soleil dessèche sa retraite, pour ressusciter aussitôt qu'une ondée de pluie fait pénétrer jusqu'à lui le liquide nécessaire à son existence, et qui peut ainsi employer plusieurs années à dépenser les dix-huit jours de vie que lui départit la nature (2). C'était THydatine couronnée, animal voisin du Rotifère, dont la vie tout aquatique est bien souvent abrégée par la sécheresse, mais dont les œufs, mêlés à la poussière de nos grands chemins, enlevés avec elle par le vent, vont bien loin du lieu de leur origine se développer dans quelque goutte d'eau, et assurer ainsi la propagation de l'espèce ; l'Hydatine, charmante petite bête, dont le corps, transparent comme le plus pur cristal, permet au magique instrument de Loewenhoeck (3) de pénétrer jusque dans les moindres replis de son organisation (4) . C'étaient ensuite ces Brachions (5) à la cuirasse hérissée,