‹ Souvenirs d'un page du tzar NicolasChapitre 1 sur 22 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

A M. FRÉDÉRIC BÉGHÂRD.

Mon cher ami,

Repassant un jour dans mon esprit quelques souTenirs de mon séjour à la Cour du tzar Nicolas, la pensée subite me vint de les jeter sur le papier. Mon idée fat bientôt mise à exécution.

Hélas I lorsque , après ravoir fini , je relus mon manuscrit, j'y vis bien des imperfections : un style torturé, aucun ordre dans l'ensemble, un français qui avait de l'accent. Je vous connaissais déjà un peu ; et rapprochés par une certaine communauté d'idées, nous n'étions plus

Vr PRÉFACE.

complètement étrangers rtin à l'autre. — Je songeai à vous montrer mon manuscrit.

Quelques instants après, mon rouleau sous le bras, j'étais dans la rue.

En ce temps-là, je ne connaissais que vous parmi les hommes de lettres. La pensée de me voir imprimé me donnait le vertige, et lorsque je montais les marches de votre escalier, mon cœur battait avec force en songeant au jugement que vous alliez porter isur mon travail. Quand je redescendis, j'étais radieux, et, depuis ce jour, vous comptiez un ami de plus. Vous m'aviez écouté, encouragé, et finalement vous m'aviez promis votre collaboration pour cet essaie

Au bout de quelques semaines, je ne reconnaissais plus ma première ébauche. Sôus votre plume, sôusTinfluence de votre esprit et de votre expérience littéraire, mon style s'était purifié; mes idées s'étaient coordonnées. Vous avez presque en entier réécrit mon manuscrit. Songeant alors à faire accepter mon travail dans un journal, vous

PRÉFACE. ♦vn

m'avez ouvert les portes du Correspondant, où, grâce à Votre influence; la première série des Souvenirs anecdotiques d'un ancien page de l'empereur Nicolas a paru le 10 avril 1868.

Dès lors vous m'avez consacré votre temps, vos soins; et, non content de cela, vous avez consenti à vous effacer et à me laisser nommer, ou plutôt deviner comme unique auteur de cet ouvrage. Vous avez* compris que votre nom déjà connu dans la littérature n'avait pas besoin de ce nouveau titre, si c*en est un ; que ce qui pouvait être pour moi le commencement d'une carrière littéraire, ne serait pour vous qu'un volume de plus. C'est peut-être fort simple, mais peu d'hommes Tauraient fait à votre place.

Merci donc, cher ami, de m'avoir aidé à devenir peut-être un jour un écrivain, d'avoir agi ainsi, guidé non par Tintérêt, mais par l'amitié, d'avoir enfin,. envers et contre tous, trouvé dans mes essais une valeur quelconque.

Si le succès que cet ouvrage a obtenu dans les

vin. PRÉFACE.

pages du Correspondant se continue dans ce volume, ici, comme là, c'est autant à vous qu'à mol que ce succès sera dû.

Qu'ai-je fait en vérité ? Je me suis souvenu ; vous avez écrit.

Maintenant, cher ami, voulez-vous me permettre d'ajouter encore un mot ?

Dès le commencement de notre collaboration, nous nous sommes plusieurs fois trouvés en désaccord, notamment sur un point. Vous me re* prêchiez de manquer de patriotisme et d'être, moi, Polonais, trop Russe d'esprit et de senti* ment.

Je pense publier un jour ma profession de foi et dire comment je comprends le sentiment patriotique. Ici la marge me manque. Un seul mot aujourd'hui:

Oui, je suis Polonais et je m'en glorifie; j'aimé ma patrie et je pleure sur ses malheurs, mais je ne peux ni ne dois attaquer la Russie de parti-pris. Je dis la vérité dans mon livre et rien déplus: elle est parfois désagréable aui Russes ; à cela je ne

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