‹ Souvenirs d'un préfet de police (volume 2)Chapitre 1 sur 33 · AA^ANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AA^ANT-PROPOS

Je li\Te à l'éditeur ces pages « écrites à la diable », comme disait ces jours derniers un de mes sévères critiques.

Tombées de ma plume au jour le jour, entre deux séances de la Chambre, le feuilleton de mon journal la Ligue les a prises sans méthode et sans ordre.

Mais leur désordre môme, en contribuant à leur originalité, a, peut-être, contribué à leur succès, auprès d'un bienveillant public.

Je craindrais un accueil plus froid, si, pour la seconde lecture, je les présentais mieux dressées.

D UN

Pourquoi j'écris les « Souvenirs d'un préfet

de police ».

En fouillant les rayons fermés de ma bibliothèque, je viens de retrouver de vieux cartons verts qui me rappellent le temps passé à la préfecture de police depuis le S mars 1879 jusqu'au 14 juillet 1881.

C'est là que dorment, dans la poussière et déjà presque dans Toubli, toutes les inj^es que pendant près de deux ans et demi une presse intarissable a déversées sur ma personne et sur mon administration.

Un laborieux employé consacrait son in gence à découper chaque jour dans les fei p ihli|ues les articles diflamatoires pour son( et même, si par hasard il s'en trouvait, les i clés élogieux. Puis, pour élever à la mémoire préfet un monument durable, il fixait pèle-m« sur un papier plus résistant, les éloges et outrages.

C'est Toeuvrc de ce bénédictin de la police q je viens de retrouver. A côté sont les copies d rapports quotidiens que j'adressais au préside; de la République et au ministre de l'intérieu et enfin quelques dossiers que j'ai considéré comme personnels et que mon successeur m'ex cusera de n'avoir pas laissés entre ses mains.

Il m'a paru quil y avait à tirer de ces documents, peut-être plus encore de mes souvenirs, un récit intéressant et instructif.

Le lecteur me fera l'honneur de ne pas chercher dans les pages qui vont suivi'e d'autres révélations que celles que me permet le sentiment des convenances et du devoir.

En respectant les chasses gardées du secret professionnel, nous aurons encore un champ très vaste à parcourir ensemble, et de totis les buissons partira le gibier des anecdotes, sans que nous ayons besoin d'emmener des rabatteurs.

Toutefois, le compagnon lecteur m'aurait jugé trop amicalement s'il croyait que mon principal souci fût de me faire le pourvoyeur de ses amusements.

Mon but est plus égoïste. J'ai beau me dire que la presse n'a jamais tué que ceux qui n'étaient pas nés viables, — je suis obligé de reconnaître qu'il reste quelque chose de la calomnie.

Ce quelque chose a pris racine dans les esprits crédules, et j^essayerai de l'en extirper. Je veux écrire le récit de mon voyaye à travers la préfecture de police, depuis le jour où M. Albert Gigot, me cédant le cabinet tendu de velours rouge, me fit les honneurs de la caisse aux fonds secrets, jusqu'au jouroii, dans ce même cabinet, j'écrivis à M. Jules Ferry, déjà président du conseil, qu'après deux ans et quelques mois de réflexion, j'avais reconnu l'incompatibilité des fonctions de préfet de police avec le mandat de député.

Je vais donc me donner la satisfaction de m'expliquer sur la prétendue arrestation de M"® Bernage, sur la mystérieuse afl*aire de la rue Duphot, et sur beaucoup d'autres légendes. Et quand il n'y aura plus de mystères, je dirai son fait au naïf bourgeois qui a cru à toutes ces sottises.

J'aurai d'ailleurs à faire un peu de lumière sur des sujets plus graves, qui appartiennent à la I 1.

Page 1