‹ Souvenirs d'un préfet de police (volume 2)Chapitre 18 sur 33 · IS · texte numérisé non relu

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peu plus de lumière sur les fonds secrets.

l faut beaucoup d'abnégation et de dévouent à son pays pour consentir à être ministre : ^st du moins le thème que les journaux offi- :ix développent périodiquement.

^e cuisinier Trompette — qui était pour son ttre comme un journal officieux — disait : *est pour la gloire qull tient la place. A moi 1 je dépense et au delà les 60,000 francs qu'il joit pour son traitement. »

Les journaux officieux — qui sont pour les tîstres comme autant de Trompettes — disent II i

(le leur côté : " C'est poui leurs portefeuilles : patrie leur devise. Chacun sait ministère plus pauvres qi faut £tre siagulièrcmcnt de l'ordre et vérifier d( boucher et ceux de la blai les deux bouts, quand on e de recevoir, et qu'on a d' tement la modeste son francs.

« Voyez, par exemplt la semaine dernière, il a chercher une erreur de è constatée le soir en faisan

« Une erreur de dix cor d'ordre, pour un bon cora qu'une erreur de cent mill table ne dort pas tant c balance.

« Enfin, vers quatre hei déjà le sommeil alourdis!

ministre a trouvé son erre avait acheté un numéro < situé à l'angle du faubou l'avenue Marigny, total :

de quantité négligeable pc

Ce que les journaux officieux s'abstiennent de ompetter, c'est que, indépendamment des 1,000 francs qui représentent son traitement,

ministre de l'intérieur reçoit chaque année un ipplément de deux millions, sur lesquels il ne i est fait aucune retenue pour la retraite. Ces deux millions, il en dispose comme il veut.

s'en sert indifféremment pour entretenir des ^ents ou des danseuses, pour acheter des coniences ou du 5 0/0 (4 1/2, depuis la conver- 3n).

n n'en rend compte qu'à sa conscience. — Et land il n'a pas de conscience? — Il n'a pas de »mptes à rendre.

Je me trompe : on a compris ce qu'il y a exorbitant à mettre 2 millions dans les mains I premier venu que les hasards de la vie parleentaire poussent vers la place Beauvau et à ne is lui demander la moindre justification ; — i conséquence, on a imaginé pour le public un mblant de contrôle. A la fin de chaque année,

ministre de l'intérieur signe, à l'adresse du ésident delà République, un papier où il afme que les deux millions de fonds secrets t été employés « conformément à leur destition ».

Le papier ne contient pas d'autre explication ;

aucune pièce justificative ne figure à Tappui i déclaration ministérielle.

Sous le régime "précédent, le contrôle du < de rÉtat pouvait avoir quelque portée, en adi tant que celui-ci jugeât à propos de le rei efficace.

L'empereur était responsable; il pouvait ex des explications de la part de ses ministres, n'étaient que ses premiers commis.

Mais la Constitution actuelle ne permet au j sident de la République aucun contrôle série

Les ministres seuls sont responsables; le] sident ne règne ni ne gouverne. Constitution! lement, il est pour la pompe et pourTostentali non pour le contrôle^

En droit, il ne peut contrôler l'emploi fonds secrets; en fait, il ne contrôle pas et ministre reçoit son quitus sur sa simple décla tion qu'il a employé les deux millions « conf mément à leur destination ».

Une remarque à faire, c'est que, tandis q la plupart des crédits dont il faut rendre comi laissent de temps à autre des excédents disj nibles qui tombent en annulation et augmenif d'autant les ressources de Texercice suivant, crédit des fonds secrets est toujours intégiï' ment dépensé.

n est vrai qu'en fin d'exercice les employés reçoivent sur ce crédit certaines gratifications ; mais il ne faut pas oublier que le ministre est le premier employé de son ministère.

On me dira que la presse officieuse coûte au ministre les yeux de la tête, comme on peut s'en convaincre avec un peu d*attention.

Je réponds que, pour subventipnner la presse, le ministre n'a pas besoin de toucher à ses deux millions. Il a, par lui-même ou par ses collègues, d'autres fonds secrets, qui s'appellent les concessions, les marchés, les entreprises et surtout la Légion d'honneur.

Un banquier veut-il être décoré? 11 prend à sa charge le journal du ministre. Pour ne citer qu'un exemple connu, personne n'a oublié le cas de ^. Weil-Picard.

M. Weil-Picard était un galant homme, et il n'y avait aucune raison pour ne pas le décorer. Soit. Mais à qui persuadera-t-on que les quelques cent mille francs versés dans la caisse du journal ininistériel ont été inutiles à sa nomination ? ' Que dire de plusieurs autres, dont l'indignité est notoire, et qui ont obtenu le ruban ou même la rosette?

* Le ministre de l'intérieur alloue six cent mille "francs au préfet de police pour les frais de police

politique. Il lui reste à lui-même quatorze cent mille francs, et, dans les années ordinaires, il n'en dépense pas cinq cent mille pour frais conformes à la destination du crédit ; il a près d'un million pour ce que nous pourrions appeler son « argent de poche ».

Le ministère de rintérieur n'est pas le seul qui soit doté de fonds secrets. Chaque département ministériel a d'ailleurs ses profits ; mais je n'ai pas entrepris un traité complet de la matière.

D'autres, avant moi, auraient pu, auraient dû peut-être projeter quelques rayons de lumière sur la caisse des fonds secrets.

Les uns sont ministres, d'autres l'ont été, les autres espèrent le devenir : tous ont peur de « gâter le métier ».

— Mais alors, direz-vous, on vole l'argent des contribuables !

— Citoyen, calmez-vous, je n'ai rien dit de semblable : on m'aurait accusé de trahir le secret professionnel. J'éyite les expressions grossières et je reconnais que le libre emploi des fonds secrets est consacré par l'usage.

Si les intéressés paraissent en user avec moins de réserve que jamais, c'est que nous avons constitué une sorte de société anonyme dont les

Statuts n'assurent aux administrateurs aucune garantie de stabilité.

Ces sortes d'affaires ne sont jamais administrées comme pourrait Têtre l'industrie d'un père de famille.

Tandis qu'ils ont encore la majorité dans l'assemblée des actionnaires, les membres du conseil d'administration se hâtent d'en tirer profit.

La contagion. — Un préfet qui veut avoir des

fonds secrets.

Le sans gêne avec lequel, en haut lieu, on dispose des fonds secrets, est d'un fâcheux exemple pour les divers agents de la hiérarchie administrative ; si l'un d'eux ne résiste pas à ce qu'a de séduisant la doctrine ou la tradition du libre emploi de certains fonds, le ministre se montre indulgent et semble s'écrier :

— Homo sum, et nihil humani a me alienum ptttol

Pour ne prendre qu'un exemple parmi les plus récents, je me bornerai à rappeler celui de M. André de Trémontels.

Renault, ceux de M. Albert Gigot, vous allez encore révéler les secreU préfets qui ont administré nos div< ments ?

— Messieurs les officieux, j'ai le ] c::l pas écrire pour vous. La question de

i j suis dans mon sujet est affaire entre i

l'I et moi. Tant qu'ils me prêteront leur

-.- qu'ils paraîtront m'écouter avec quel

: J î je persisterai à croire que je ne méril

■S:'-z rappelé à la question.

î, ; Je sais bien que mes Souvetiirs s

Z\ , hérents » ; mais Tesprit public est à l'îi

J:: Nous avons eu l'exposition des «

hérents » , le bal des « Incohérents »

* " au mauvais goût de mon temps.

f .' Bailleurs, tous mes souvenirs ne i

s: :,: les souvenirs d'un ancien préfet de pc

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ministre comme concussionnaire par son successeur, M. Démangeât.

L'affaire traîna en longueur : entre temps, M. André de Trémontels, devenu préfet de la Corse, y fut promu à la classe supérieure de son grade, et M. Démangeât... fut révoqué.

L'accusation de concussion était devenue publique ; M. Wajdeck-Rousseau, ayant compris que son préfet n'était plus possible à la tête d un département, Tavait rappelé à Paris avec un traitement de disponibilité.

Si M. André de Trémontels était innocent, la » mise en disponibilité était une disgrâce imméritée ; s'il était coupable, maintenir à un concusi sionnaire le titre de préfet et lui servir un traite- ^ ment de 6,000 francs*, c'était faire preuve d'une tolérance voisine de la complicité.

Je priai M. Waldeck-Rousseau de vouloir bien i s'en expliquer à la tribune.

|f — La justice est saisie, répondit M. Waldeckl Rousseau. A l'heure où je parle, M. Démangeât, l sur mon invitation, est mis en demeure de faire f' devant les tribunaux la preuve de ses imputations f diffamatoires.

Je m'inclinai devant la justice ; j'attendis la dé-

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