De même que la sangsue, le jeune veau
ït l'abeille ne prennent que petit à petit leur nourriure, de même ce n'est que par petites portions que e rajah doit percevoir le tribut annuel.
d58. — Le rajah doit considérer comme ennemi oujt prince qui est son voisin immédiat ainsi que 'allié de ce prince; comme ami, le voisin de son îiinemi.
213. — Qu'il sacrifie ses richesses pour sauver son épouse, qu'il sacrifie son épouse et ses richesses pour Be sauver lui-même.
^ Je lis encore dans le livre IX des lois de Manou ;
231. — Le rajah doit confisquer tous les biens des ministres qui, enflammés de l'orgueil de leurs richesses, ruinent ceux qui soumettent leurs affaires à leurs décisions.
232. — Que le rajah mette à mort ceux qui font de faux édits, ceux qui causent des discussions parmi les ministres...
275. — ...Que le rajah fasse périr, par divers supplices, les gens qui dérobent son trésor ou refusent de lui obéir, ainsi que ceux qui encouragent les ennemis.
Je demande pardon au lecteur de ces citations un peu longues; mais elles étaient nécessaires pour apprécier ce qu'a fait « le Seigneur », autrement dit le sous-secrétaire d'Etat aux colonies,
lorsqu'il a « extrait de Tessence des principaux dieux les particules » nécessaires au maharajah Courjon, pour qu'il pût « surpasser en éclat tous les mortels ».
Lorsque la décision du ministre de la marine eût été notifiée à M. Courjon, il quitta sa redingote et revêtit une sorte de stambouli soutaché de soie noire; il remit dans un carton son chapeau à haute forme et entoura sa tête d'un turban jaune et brun, retenu par des épingles d'or.
On le rencontra aux Champs-Elysées portant une ombrelle blanche. On le vit plus souvent au ministère de la marine, où les huissiers annonçaient à M. le sous-secrétaire d'Etat « Son Altesse le prince Courjon. »
Indépendamment des droits qui résultaient pour lui des textes déjà cités, le prince avait le pouvoir, qui appartient à tous les rajahs ou princes hindous, de conférer, par manschûr, ou lettres patentes, le titre de nizam^ celui de wazir, celui de sotifjadar, celui de nababs celui de zamindar, qui autorisent à faire porter devant soi un étendard ou quelque autre insigne, tel que trois queues de cheval, un poisson au bout d'une pique, etc.
Si l'honorable sous-secrétaire d'Etat aux colonies eût été interpellé au sujet du prince Cour-
|On, il se fût sans doute défendu d'avoir voulu lui donner le droit de conférer à son tour des *.itres de noblesse, de lever des impôts, de mettre à. mort les rebelles et surtout de confisquer les .ibiens des ministres.
■ Mais rhonorable M. Félix Faure eût été enferaié «dans ce dilemme : Ou vous avez fait un maha* 10 rajah, et tous les droits prévus par la loi de s Manou lui appartiennent ; — ou vous n'avez pas ^^ donné à M. Courjon les droits précédemment m énumérés, et vous n'avez point fait un maharajah. 5 En ce dernier cas, malgré votre décret, M. Cour- Ejon reste Courjon comme devant.
Ce n'était pas sans doute à Fusage des salons et des boudoirs parisiens que M. Courjon était fait maharajah de Chandernagor.
Or, dans Tlnde française, l'immense majorité des habitants est soumise aux lois de Manou et elle ne comprend pas un maharajah qui n'est pas maharajah.
Dans l'Inde entière, il n'a pas existé jusqu'ici de maharajah européen, et lorsqu'en Malaisie, un Européen s'est affublé de ce titre, comme Brooke, qui s'était proclamé rajah de Sarawak, le gouvernement anglais a protesté et traduit l'usurpateur devant le banc de la Reine.
Le vice-roî est appelé par les indigènes lord-
élè ie
no SOUVENIRS
sabib (monsieur le lord), et jamais aucun indh se < gène n'a profané le litre de maharajah, enl'appt H. quant au « pariah » qui règne à Calcutta au non de l'Angleterre .
La reine elle-même est appelée la kam Hindy c'est-à-dire la César de l'Inde ^ et jamais II maharani ou grande reine.
C'est ce titre vénéré qu'un ministre delaRépii*|trè blique française a cru pouvoir conférer par m arrêté. Il
M. Félix Faure a fait une Altesse... au titielta indien, comme il dit pour la justification de cette fantaisie. A Paris, ce n'est que ridicule; mais sur les bords du Gange, c'est mauvais pour notre prestige et pour le respect de notre autorité.
Ce qui eût aggravé le déplorable effet de Tarrêlé ministériel, c'eût été l'affermage des loges, dont le projet avait été étudié. M. Courjon allait avoir un territoire pour y exercer tous les droits qui appartiennent au maharajah, et la redevance qu'il était question de lui demander ne pouvait s'expliquer que par l'exercice d'un pouvoir effectif et lucratif.
On a prétendu qu'il était équitable de récompenser les services rendus par M. Courjou.
Cette explication surprendra nos compatriotes, aussi bien à Chandernagor qu'à Pondichéry. Ils
■» demanderont quels services a bien pu rendre C Courjon, et ils se rappelleront qu'il n'a jamais té question d'une pareille récompense pour bcun des bienfaiteurs de l'Inde :
Ni pour le docteur Margain, qui a créé l'hôpital « ce nom à Chandernagor ;
Ni pour le babou Prankristo Chowdrî, qui y a ipéé des écoles ;
Ni pour M. Calvé Souprayachetty, qui a donné t la colonie de Pondichéry le grand collège ICalvé;
. Ni pour M. Sandirapoullé, le petit-fils, du Idéiëbre Hindou qui, pour combattre les Anglais, ^quand les boulets vinrent à manquer, fit charger ^es canons avec des roupies;
Ni pour M. Chanemougavelayoudamodeliar, descendant direct de la famille princière du pays, qui jouit à Pondichéry de la plus haute influence et du respect de tous les partis ;
Dupleix, le grand Dupleix, n'a jamais été maharajah, et sa femme, l'illuslre Johanna Begum, n'a jamais été que « M""* Jeanne » ;
Anquetil, Jacquemont, Burnouf, Barthélémy Saînt-Hilaire, Garcin de Tassy, et tous les Fran* çais dont le nom est respecté dans THindoustan, n'y ont porté que la qualification de saÂib ou monsieur.
It)
Mais M. Courjon se fût-il montré plus généreu que Calvé ou que le docteur Margain, fùt-ill descendant d'une famille plus illustre que celle de M. Chanemouga, fût-il plus savant que Bornouf ou plus grand que Dupleix, pour lui conférer la noblesse, avec ou sans hérédité, j'imagiiM qu'un arrêté ministériel eût paru insuffisant.
Cher monsieur Félix Faure, vous étiez ceriai' nement un des meilleurs et des plus sym thiques parmi ceux qui siégeaient, derrièn i\r. Jules Ferry, au banc des sous-secrétaires d'État ; mais vous avez donné un bien dangereiu! exemple à ceux qui sont appelés à entrer dans la carrière, maintenant que vous n'y êtes plus.
Ils n'y trouveront pas que votre poussière el la trace de vos vertus ; ils y rencontreront aussi vos arrêtés, et, par ce temps de favoritisme, ik ne résisteront peut-être pas au désir d'être agréables à leurs amis. Nous avons déjà, dit-ou, des nababs à la Chambre; nous aurons des wazirs et des soubadârs.
Ce n'était pas la peine assurément de supprimer les titres de noblesse, sous la première el la seconde République, pour les rétablir sous la troisième... au titre indien.
Police extérieure. -- Question tunisienne.
La juridiction du préfet de police est limitée :m département de la Seine et à quelques com- .'unes de Seine-et-Oise; mais la mission qui lui ^CK)mbe de renseigner le gouvernement sur "lite chose l'oblige à étendre ses recherches bien 1 delà du territoire dans les limites duquel la i enferme son autorité.
Les fonds secrets dont il dispose, quoiqu'on >Q ait souvent déclarés insuffisants, semblent ^ailleurs l'inviter à entretenir des agents daiis is dîépartements et même à l'étranger.
Il est fort délicat, pour un ministre des affaires trangères, d'exercer, par des intermédiaires non ^crédités, une surveillance occulte ; il risque de wisser des susceptibilités, de faire naître des difficultés, de donner lieu à des réclamations.
L'action du préfet de police ne présente pas les
:iêmes inconvénients : outre qu'elle est censée
'avoir pour objet que des recherches intéressant
^ sûreté intérieure, elle peut toujours être désa-
iDuée, quand elle se laisse surprendre.
m SOUVENIRS
J ai eu des agents dans toutes les capital TEurope^ et j'ai pu donner au gouvernemeE renseignements dont il a parfois reconnu térêt. Cependant, je dois dire que j'ai éU encouragé dans mes essais de diplomatie oc( et que si j'y ai persisté jusqu'au dernier jour c fonction, ce fut moins pour répondre aux è des ministres que pour obéir à ma propre nation.
Quelques extraits de mes rapports sur la < tion tunisienne permettront d'apprécier l'i des renseignements que j'avais coutum communiquer au ministre des affaires i gères.
La Compagnie Rubbatîno, grâce à l'app ministère Cairoli, et à la garantie d'intérêt par le Parlement italien, venait de se r adjudicataire de la ligne de Tunis à la Goi et d'évincer la Compagnie française du cl de fer de Bône à Guclma. L'interventio gouvernement italien dans cette adjudic.
l'enthousiasme avec lequel la garantie d'il avait été votée, ne permettaient pas au d'Orsay de rester indifférent à ces actes d' lité manifestement dirigés contre l'infli fi^ançaise.
J'écrivais le 17 juillet 1880:
D'UN PRÉFET DE POLICE Ho
Les lettres que je reçois de Tunis, émanant de mu- ::Klmans, envisagent la situation sons un tout autre oint de vue que nous. On est très irrité contre le ^y et son entourage, mais encore plus contre la :«7ance, sur le protectorat de laquelle comptaient les -:*rabes.
A leurs yeux, nous sommes tombés au dernier Cihelon de l'impuissance, et ils ne croient plus en
L'inquiétude et Tirritation sont extrêmes dans les l^ibus, et habilement entretenues par Kheredine, le Jénéral Hussein, Tancien cheick-uHslam Birem et tout l'élément fanatique.
Ce n'est pas encore la révolte, mais on songe à déposer le bey au profit de son frère Témir du camp.
Le promoteur de ce mouvement, qui peut compliquer la situation à un moment donné, habite l'Italie, où il a su se créer de puissants alliés. C'est le général Hussein.
Ce personnage est un mameluk comme Kheredine- Il a la haine de la France. Pour combattre notre influence, il alla jusqu'à la rébellion contre son souverain, qui l'exila. Rentré en grâce, il fut chargé de la liquidation, en Italie, de la succession du caïd Nessim, qui avait fui Tunis après y avoir fait une fortune scandaleuse.
Depuis une dizaine d'années, il habite alternativement Livourne, Florence et Rome, intriguant contre la France, dilapidant, au détriment du bey, les millions de la succession Nessim et excitant le mécontentement des Arabes de l'intérieur.
Il subventionne les journaux italiens qui écrivent
contre la France. C'est un esprit fin et dangereux el un fanatique.
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Sf
Extrait de mon rapport du 2S août suivant alors que le bey avait concédé à des compagnies françaises la création d'un port à Tunis et d'un embranchement sur Bizerte : I lu
ca M. Maccio ne dissimule pas sa rage, et va tous hî pi jours à la Goulette ennuyer le bey, et humilier les! iii officiers de son entourage, en exigeant qu'ils s'éloi-| Il gnent quand il confère avec le prince. Tous les consuls se tiennent sur une grande réserve, notamment celui | ï d'Allemagne, qui affecte même de ne se rencontrer ni avec M. Maccio ni avec M. Roustan.
Quant à ce dernier, il est aussi calme que son collègue italien est agité ; il est assuré, non seulement du concours du gouA'^ernement tunisien, mais aussi de celui des ulémas, qui dirigent 1 opinion des indigènes musulmans.
Il faut tenir un compte très sérieux des tendancedes esprits en Italie pour tout ce qui touche, non seu- I lement à la Tunisie, mais à TEgypte, à Assab et à tout le littoral africain.
Les Italiens ne se cachent point pour le dire : la lutte de rinfluence italienne contre Tinfluence française est résolument engagée. Sous des apparences bien innocentes, Tltalie a mis un pied sur le littoral de la mer Rouge; elle a aujourd'hui une ligne de chemin de fer qui est pour elle un point d'appui, le
D*UN PRÉFET DE POLICE m
3)îvot autour duquel viendront se mouvoir ses ambitions futures; elle n*en restera pas là.
Rapport du 29 août :
L'envoi de nos deux cuirassés dans les eaux
tunisiennes a été comme une douche salutaire qui a calmé les Italiens. Si cette intelligente énergie déployée par M. de Freycinet pouvait servir à bien définir la situation là-bas et à faire comprendre aux Italiens que toute tentative inopportune de leur part •sera résolument combattue, on pourrait affirmer que l'acquisition de la ligne la Goulette-Tunis, très préjudiciable en apparence aux intérêts français, est devenue par le fait un heureux événement.
En somme, les Italiens reconnaissent qu'ils ont été vaincus et commencent à battre en retraite. Mais puisque nous avons si bien commencé, ne nous endormons pas, car il est évident qu'ils vont chercher à nous porter quelque botte secrète. Ne nous a-t-on pas menacés, depuis huit jours, de l'intervention de l'Allemagne et de la Turquie?
Je doute beaucoup qu'un Etat quelconque de l'Europe veuille venir aujourd'hui s'occuper de nos rapports avec l'Italie dans la Régence. Mais je constate que l'Italie poussera de toutes ses forces à l'intervention étrangère.
Si je me suis permis de conseiller la longanimité et la générosité à l'égard de l'Italie, dans des circonstances assez délicates, je ne me lasserai pas de prêcher aujourd'hui l'attitude la plus résolue dans la question
tunisienne; il y va de notre avenir en Orient, il y va de nos intérêts commerciaux, et il ne faut pas oublier que l'Italie est pour nous, à cet égard, le plus daDg^ reux des adversaires.
7 septembre :
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Les journaux de Rome continuent à mettre une sourdine à leurs polémiques au sujet de Tunis. La L^ plupart se contentent de reproduire mélancoliquement |(, les articles plus ou moins platoniques en leur faveur \^ publiés par des feuilles de Vienne ou de Berlin. Les l) avances qui viennent de ce côté commencent à prendre h une forme plus définie, et j'ajoute que si la discorde \i continue à régner dans la Régence entre la France et ritalie, ces avances seront bien reçues par la grande majorité des hommes politiques d'Italie, surtout par les chefs du grand parti libéral modéré. Le roi, je le sais par des indiscrétions du Quirinal, s'est montré très irrité à propos de Tunis.
Il s'est écrié, comme feu Victor-Emmanuel : Questa non é la maniera di fare délia politica.
Au fond, le roi Humbert n*est peut-être pas fâché de l'incident. Le jeune souverain n'aime pas la France, il ne faut pas nous faire d'illusion à cet égard, et il trouve que le ministère a beaucoup trop de sympathie pour nous et pour le régime républicain. Rien d'étonnant donc à ce qu'il se réjouisse m petto de ce bâton dans les roues, destiné certainement à troubler l'honorable Cairoli et ses amis et à les arrêter dans leurs bons procédés et leurs bonnes intentions à notre égard.
Une lettre de Milan m'apprend que ce ne sont pas iilement MM. Cairoli, Cialdini et Maffei qui ont ;sisté à la conférence de Belgirate, que le vieux 3rrenti lui-même y avait été invité, ce qui pour moi >nnerait un caractère relativement plus grave à tte réunion. M. Gorrenti est en effet le conseiller • s grandes circonstances.
Dans toutes les complications diplomatiques de lelque importance, c'est toujours à lui qu'on a rexirs, mais j'ajoute bien vite que, par sa nature même par ses tendances politiques, le secrétaire de Sa atjesté pour la grande maîtrise des ordres de chevarie est toujours porté à donner des conseils de moïration.
La présence de Gorrenti est à première vue une feuve des sentiments du roi et des préoccupations u cabinet; mais elle est en fait rassurante, à cause u caractère du personnage, qui est bien le Fabius lunctator de la politique italienne.
Nous arrivons au mois de décembre 1880. I. Jules Ferry est président du conseil. M. Barbélemy Saint-Hilaire a succédé à M. de 'reycinet au ministère des affaires étrangères.
J'écris le 18 décembre:
Le bey est gravement atteint et la situation
l'es tendue en Tunisie. L'influence de la France iminue et M. Roustan, dont l'habileté est incontesible, n'est plus écouté avec la même déférence au ardo.
•• 'Il
Cf^to situation tient non seulement aux difficulté créées par la politique européenne et les intrigne do Kheredine devenu mouchir, dignité qui le fa Tégal du bey, mais encore et surtout au réveil fanatisme dans tous les pays de Tislam. Comme j«] eu occasion de vous le dire, le cri d'alarme a été je depuis deux ans par les shérifs de la Mecque. Ce ne pas encore la proclamation de la guerre sainte, inai| rinvilation aux musulmans de se recueillir et s'unir contre la chrétienté.
Tous les pèlerins qui reviennent de la Mecc Fannoncent, et les collecteurs des villes saintes parcourent les pays musulmans du Maroc aux Ind«| prêchent Tunion des enfants de l'islam contre le infidèles.
Le danger est-il imminent en Tunisie? Je le croi>] sincèrement,
Ce qu'il m'est permis d'affirmer, en me basant
sur l'esprit de mes correspondances avec les musulmans, c'est que l'agitation grandit, aussi bien parmi les tribus de la Tunisie que parmi celles de l'Algérif. notamment dans le sud de la province de Constantine.
La présence à Palerme d'une mission tunisienne chargée de venir saluer le roi dltalie durant le voyage qu'il faisait en Sicile, va raviver les polémiques de la presse. J'écris le 4 janvier:
Le roi et la reine d'Italie sont arrivés à Païenne: la colonie italienne de Tunis y envoie une députalion
3ur saluer les souverains et leur exposer les craintes d'inspiré la politique de la France.
Cette manifestation va faire quelque bruit ; on Slébrera les mérites du bey, qui a donné vendredi i^s marques publiques de sa réconciliation avec C , Maccio, consul d'Italie, dont les relations avec le ^girdo étaient restées tendues ; on présentera comme :*i triomphe pour la politique italienne l'échec subi ^ir M. Léon Renault, le bey ayant refusé de prendre Onnaissance du projet de Crédit foncier en Tunisie ^^'était allé lui soumettre l'ancien préfet de police, •et échec est dû à M. Maccio, qui a su mettre dans on jeu le trésorier général du gouvernement tuniien.
20 janvier 1881 :
Il serait difficile de nier aujourd'hui que la venue à Palerme du consul Maccio, des représentants de la colonie italienne et du neveu du bey de Tunis ne constitue une véritable démonstration politique. Si M. Maccio n'avait eu derrière lui que ses compatriotes, la chose eût été très explicable et très logique, mais la présence de l'héritier du bey et d'un état-major complet aggrave singulièrement l'incident.
Voici comment se compose cette mission tunisienne :
Le neveu du bey, le ministre de la guerre de la [légence, trois aides de camp, un secrétaire, le consul général d'Italie et les représentants de la colonie italienne.
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27 janvier 1881 :
J'appelle ralteniion du gouvernement sur une correspondance adressée de Londres à la Gazeitt de Berlin^ où il est dit :
Tunis et Tripoli sont perdus pourritalie. L*occup»-| tion de TÉgypte par les Anglais étant devenue inévi-l n table, la France cherche une compensation dans ïm quisition de toute la côte septentrionale de rAfriquf. Elle n'y trouvera guère d'agréments, étant donné lej peu d'aptitude des Français pour la colonisation.
Mais l'Europe regardera faire et n'enviera pas à la] France ce divertissement africain. Les Anglais seuls bouderont : tout ce que les autres s'approprient, ils le considèrent comme un vol qui leur serait fait à euxmêmes.
A la fin du mois de mars, un fait nouveau se produit, qui va permettre au cabinet français de substituer Faction nfiilitaire à Faction diplomatique.
Les tribus tunisiennes de la frontière, connues sous le nom générique de Kroumirs, ont pénétré dans la province de Constantine, et, dans un engagement de plusieurs heures avec un détachement de troupes françaises, cinq de nos soldats ont été tués et cinq autres blessés.
Le 7 avril, je fais connaître au gouvernement l'état de l'opinion en Italie :
On est presque résigné à une occupation, et s*il 5^4*y a à craindre que des embarras venant du côté de r ^'Italie, il n'y a rien à craindre.
La question n'intéresse que peu de monde ; il y ^ura peut-être une explosion dans la presse, le jour 3Ù les bataillons français entreront en Tunisie; on .^.xnenacera de TAllemagne, on rappellera Mentana, on ,, jcnaudira la prépotence française, et ce sera tout. J A la veille de l'emprunt de 600 millions, le moment est excellemment choisi pour une action de la France, .si cette action rentre dans les projets du gouvernement.
HPî Extrait de mon rapport du 8 avril :
Un de mes correspondants de Rome m'écrit le .5 avril :
^ On espère toujours que l'Italie sera assez sage pour ^ nous laisser prendre Tunis, où nous avons de si gros sa intérêts, sans protestations trop violentes.
L'opinion des gens sensés, même celle des militaires ^ que je connais, nous est favorable dans cette affaire; on comprend que la France, après dix ans de paix pendant lesquels on a reconstitué, et bien au delà, les capitaux dévorés pendant la guerre de 1870-1871, a besoin d'expansion, et que l'emploi de sa force latente (dans le senâ économique) est devenu une nécessité.
On eût préféré certainement que cette expansion eût une autre direction que Tunis, car ce pays semble bien près de la Sicile, mais on ajoute : u Que nous
importe, à nous Italiens de la haute Italie? Celaw peut être désagréable qu'aux Méridionaux : qu'ils se débrouillent I » Voilà où en est Tunitélf Et cela je Tai entendu de la bouche d'un officier.
J'aurais vu un symptôme de guerre dans lanomioation de Mezzacapo : il a un programme et veut l'Italie puissante, surtout militairement. Mais on vient de nommer le général Ferrero, qui commandait la divi-f sion de Bari. C'est un homme qui ne représente rien: ni un aigle ni une nullité; toute sa signification, illa tire de ceci qu'il a été appelé après que Mezzacapo a refusé.
Et ce dernier n'a pas voulu être ministre une autre fois parce que l'on n'a pas voulu lui laisser dépenser 20 millions par an en surplus du budget de la guerre, tel qu'il est établi.
Pour moi, c'est un symptôme pacifique, et je crois vous exprimer le sentiment général à ce sujet.
Le 22 avril, je conmiunîque au gouvernemenl une lettre qui m'est adressée de la Spezzia le 17 :
Je suis à même de vous assurer que l'agitation produite par notre presse (assez ignorante d'ailleurs pour l'échauffourée tunisienne n'est point partagée par les corps militaires et principalement par la marine.
Veuillez vous souvenir qu'autrefois je vous ai écrit que nos commandants, qui se rendaient à Tunis, étaient tous, sauf de Amezaga, partisans de M. Roustan et non de notre consul Maccio.
D:UN PRÉFET DE POLICE 18o
Il est possible que nous ayons travaillé înostensi- Mement à Tunis; mais je puis vous assurer que la ".endance de ce que Ton peut appeler la politique ca- ;hée n*est point Tunis, mais Tripoli,
Le mouvement vers Tripoli n'a été signalé à la presse qu'en ce qui concerne M. le capitaine Camoerio. Mais je suis à même de vous donner une nouvelle bien plus importante et que personne ne connaît publiquement.
Giacomo d*Orio et Beccari, que le ministre avait envoyés à Assab, et sur les rapports desquels — non point sur d'autres — la décision d'annexer la baie a 5té prise, sont maintenant en route pour Tripoli, en cassant par Tunis.
Or, on ne va pas à Tripoli pour un voyage d'agréanent. Une mission spéciale existe donc et elle est conflée à deux hommes dont le jugement est sûr et de peut point être troublé par les ambitions personnelles mesquines, comme il arrive fort souvent aux . personnes appartenant à Tadministration.
Nous sommes bien loin d'une collision ; elle n'est maintenant que dans la cervelle de messieurs les journalistes de la droite, charmés d'attaquer Gairoli comme incapable et Cialdini comme paresseux.
A la lia d'avril, après trois semaines de préparatifs dont s'impatientait l'opinion publique; prête à douter des progrès de notre réorganisalion militaire, les troupes françaises entrèrent sans résistance en Tunisie et occupèrent progres- 11 11
sivemeiit le pays, sans réussir à rencontrer te j^ Kroumirs. ^Iç ^
Les déclarations de désintéressement, portées' à la tribune par M. Jules Ferry, n'abusaient per-Lj sonne à l'étranger, et j'écrivais le 6 mai : pn
Les journaux galiophobes d'Italie travaillent à pe^ suader au public que la France ne limitera pas son action au châtiment des Kroumirs, qu'on ne peut prendre au sérieux les déclarations du gouvernement français, que la France s'emparera de la Régence. U gros public croit les journaux et, quant au monde 1 1 politique, les gens qui le composent sont trop habi tués à considérer la politique comme un jeu où la ^ tricherie est le premier des devoirs, pour supposer que la France ne soit pas décidée à pousser jusqu'au bout ses avantages.
Il résulte de tout cela que Topinion est parfaitement préparée à toutes les conséquences de l'expédition française en Tunisie. Quelles qu'elles soient, ces conséquences ne produiront pas une émotion plus vive que celle qui s'est manifestée le jour où les dépêches ont annoncé que les Français avaient passé la frontière.
Dans le monde officiel, on est absolument résigné.
A Berlin, on voyait notre expédition avec faveur, et on se bornait à critiquer Téclat dont le gouvernement avait cru devoir l'entourer.
D'UN PKEFKT DE POLICE m
Ion correspondant de Berlin m'écrivait à la e du 2 mai :
*ai vu M. Rodolphe Lindau samedi dernier; nous us parlé de différentes choses, et notamment de ^édition de Tunis. Il m'a dit, à ce sujet, qu'il évitait ^ le plus grand soin de se moquer des Français, :ii peuple qu'il aime tant », mais qu'il était pourt difficile de s'abstenir de toute plaisanterie en * renant les faits d'armes du corps expéditionnaire. Dn lui, le résultat à venir ou déjà obtenu est hors f)roportion avec la mise en scène employée, qui te à rire.
l. Lindau aurait voulu qu'on se contentât d'eii- «r aux frontières de Tunisie deux ou trois réglais et que les choses se fussent passées avec aussi de bruit que lorsqu'une petite insurrection éclate X quelque tribu peu importante d'Algérie. M. Linreflète exactement les idées que le prince de iiarck permet à ses subalternes du ministère des ires étrangères.
V 'ayant pas la prétention de faire, à l'aide de is rapports, l'histoire de l'établissement de »tre protectorat en Tunisie, je borne là mes :ations. Elles auront suffi, j'espère, à démontrer le la préfecture de police peut avoir un rôle ile d'information au point de vue des relations térieures.
Jl Autour du Bey. — Kheredine. — Le bî Robert de Billing. — Mustapha-ben-IsmaiL| Elias Mussali.
Il y aurait un intéressant chapitre à écrire A^ le bey Mohammed-Sadock, sur les personnaL qui s'agitaient autour de lui, sur les inlri qui l'obsédaient.
Mais, pour aborder ce sujet, il faudrait av vécu à Tunis, comme le baron Robert de Bii qui fut notre consul général dans la Régence 1874 et 1875, et dont je cite le nom avec le sein prémédité de provoquer de sa part quelq4j communications de nature à intéresser mes lA teurs.
Je n ai vu lentourage du bey qu'à travers rapports de mes agents, et je n'ai personne ment connu que Mustapha-ben-Ismaïl et le ? néral Elias.
Les Parisiens n'ont pas oublié Kheredine qui fut Parisien autant qu'eux tous sans cessa d'étro un musulman fanatique; on le rencoulri j^ aussi souvent au Cercle Impérial qu'au quaid(
jr. Mais, en quittant le tapis vert, à une heure . matin, il allait faire ses dévotions suivant la
du Prophète.
-A Tunis, le bey Tavait pris en horreur et vou-^ L un jour le faire étrangler. A cet effet, le vieux 3ihammed-Sadock ordonna à Mustapha-bencnaïl de se rendre chez Kheredine avec les :inmes nécessaires au succès de cette petite 2)édition, qui n'était pas sans précédents à la mir de Tunis. Notre consul était présent ; il fit s efforts pour ramener Son Altesse à des senménts plus chrétiens, lui rappelant que Khoâine était alors fort protégé par Son Excellence
cluc Decazes, notre ministre des affaires étran- ^xes.
Mohammed-Sadock restait inflexible. Muspha sortit avec ses hommes pour aller accomir les ordres de son maître. Mais il était visiement troublé, et, tandis qu'il traversait le rdin, il tremblait de tous ses membres, au >înt que le baron de Billing en put faire la marque et dire au bey :
« Vous voyez Tétat où est votre fils. Il ne iut se résoudre à accomplir cet acte inhuain. »
L'insistance du consul général de France, aidée ir l'affection de Mohammed-Sadock pour son
« lils adoptif », finit par remporter surlacot du bey, et Kheredine eut la vie sauve.
Voici le portrait qu'un de mes agents, dej—^ longtemps en relations avec Mustapha-ben-^j mai'l, me traçait de ce dernier personnage, -.^^j mois de juillet 1881 : L^
« Il est Arabe dans toute Tacception du rm^^ toujours guidé par son intérêt, il se soumelâjtjj^ (»st contraint par la force ou les événemei pr^t à reprendre la lutte si Toccasion se pil j sente, |iiî§
» Il ne nous trahira pas, mais il nous laisswf^ trahir sans nous prévenir : pour le moment, s'est mis du côté du plus fort, tout en conserMU|jj des relations avec les fanatiques de Tunis. Ili|« (Vautre but que de conserver sa fortune et cel de son maître, but étroit et qui ne comporte» nine vue d'ensemble pour l'avenir.
» C'est un esprit très fin ; ce n'est point u' homme à grandes vues politiques rêvant la constitution de la Tunisie ; Mustapha est un sour d'affaires, aimant l'argent et les plaisirs timide avec nous en ce moment, et peut-èlre audacieux demain.
» Son ambition, à l'heure présente, est d'ob tenir la dignité de grand'croix de la Légion d'hon nour.
D'UN PllKFKT DE POLICE 191
» Comme homme privé, il est charmant, ne anque pas d'esprit naturel et est de relations 3iles. Sa personne est généralement sympa- L que. Le général Elias Mussali, qu'on lui a donné mme second chef de mission, est un Levantin rxs caractère et sans personnalité. Il est inspiré x" le comte de Sancy, qui joue un rôle occulte, ais important, dans toutes les intrigues tuniînnes. »
J'eus l'honneur de connaître le premier mi- -stre du bey lorsqu'il vint à Paris, accompagné une « mission tunisienne », vers le 20 juin 1881.
Son Excellence Mustapha-pacha occupait, avec ^ suite, au Grand -Hôtel, les appartements ^l'avait autrefois habité le schah de Perse.
La mission se composait de MM. le général Uîas, le docteur Mascaro, Volterra et Revoltella.
Le général Elias, chrétien d'Orient, d'un aractère doux et serviable, avait toujours montré e bons sentiments pour la France, où ses fils valent été élevés. M. Roustan, noire consul énéral, l'appréciait beaucoup.
Le général, homme modeste et sans initiative, tait d'ailleurs moins connu par lui-même que ar M™° Elias, une Italienne remarquablement elle et fort intelligente.
Quoique originaire de Livourne, M™® Elias
était Française par le cœur. Bien avant Tarrivi de M. Roustan, elle était connue comme telle consulat de France. Elle mettait son bonneurf être belle, et elle n'a jamais pardonné à l'avt de M. Roustan, qui, dans un procès célèbrcj avait cru devoir, pour les besoins de sa cause, représenter comme une personne flétrie pw] Tâge, incapable de troubler le cœur de notitj consul général.
Le docteur Mascaro, médecin du bey, était uni \ savant distingué et un honnête homme. Tmlte dévoué à Mohammed-Sadock, il avait le rarej^ mérite de lui dire la vérité. u
L'Italien Volterra ne jetait pas beaucoup r d'éclat sur la mission dont il faisait partie ; cesir même tout ce qu*il convient d'en dire.
L'Autrichien Revoltella était un personnage secondaire et insignifiant.
Le 22 juin, à deux heures, Mustapha, en grand uniforme, et sa suite furent reçus officiellemenl à l'Elysée par M. le président de la République.
Aussitôt rentré au Grand-Hôtel, oh Tavail reconduite Tintroducteur des ambassadeurs, Sou Excellence reçut la visite de M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des affaires étrangères, et lui remit le grand cordon du jNicham-Iftikar.
Comme il traversait à pied la cour d'honneur
aller rejoindre sa voiture, courbé sous le de ses pensées, M. Barthélémy Saintire tenait négligemment à la main sa croix Nicham, tandis que le grand cordon tombait u'à son soulier le long de son pantalon noir, valet de pied raccompagnait avec Técrin ^sliné à renfermer la décoration, et les personnes ^t.ablées au café de Thôtel se divertissaient à ce l^^ectacle inattendu.
Le Nicham-Iftikar n'inspira pas à tous nos ^^ncitoyens la même indifférence qu'à notre Ministre des affaires étrangères, et j'ai souvenir 1.6 quelques demandes obséquieuses adressées à kdustapha par des personnalités que leur situa- Son et leur mérite semblaient devoir rendre moins avides de ces sortes de distinctions.
Un illustre savant me saura gré de ne pas reproduire les termes dans lesquels il affirmait que le brevet du Nicham de deuxième classe serait la plus douce récompense de ses travaux, et honorerait en sa personne une docte société.
Mustapha-pacha visita successivement les monuments les plus sévères et les cafés-concerts les plus folâtres ; il connut la vie parisienne sous ses aspects les plus variés, et partit le IS juillet, après avoir contemplé les illuminations du 14. Pour ceux de mes lecteurs qui tiennent à être II 11.
bien informés, je révélerai que la missioi sienne prit place dans le wagon-salon n' 7 heures 15 m. du soir, et que le matin du jour, un camion de la Compagnie P.-L.-M emporté les bagages, comprenant vingtcolis.
Mustapha n'était pas pai*ti sans esprit de i 11 est revenu parmi nous; il assiste aux si de la Chambre et aux premières représent des théâtres du boulevard; son fez rouge les allées du bois de Boulogne.
n s'est installé confortablement à Passj mène la grande vie de famille, telle que Ta senties mœurs de son pays.
lies cercles de Paris. — Le jeu.
Le préfet de police autorise les cercle surveille, et en ordonne la fermeture, s' lieu.
Le préfet de police est censé n'autorise des associations de personnes ayant pour h se rencontrer, de prendre leur repas et d
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^les journaux en commun et, accessoirement, de ® se livrer, pour leur amusement/aux jeux dits de ■ société.
*• Mais, à côté de ces associations, il existe à Paris
" de véritables maisons de jeu, ouvertes par des
spéculateurs qui déguisent mal leur entreprise
sous les apparences d'une réunion de gens du
monde ou de commerçants.
Les industriels qui veulent ouvrir une maison de jeu s'adressent à quelques complaisants, derrière lesquels ils s'abritent et qni apparaissent comme les véritables fondateurs du cercle. On expose, dans la demande, que le besoin d'un cercle nouveau se fait sentir; ici ce sont les artistes ; ailleurs ce sont les escrimeurs ; ailleurs encore ce sont les francs-maçons, qui, pour le bien commun, ont compris la nécessité de se rencontrer et d'échanger leurs vues d'avenir et de progrès. 11 est bien entendu que la politique est étrangère à la nouvelle association, et que si des tables de jeu doivent être placées dans les salons, c'est uniquement parce qu'il n'est guère possible de refuser à une réunion d'hommes cette sorte de concession.
La préfecture de police n'est pas dupe de ces apparences; mais elle pense qu'il faut faire] I? part du jeu. Elle procède à une enquête, et si
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les noms des membres du comité fondateur paraissent honorables, si les personnes qui se dissi-lD mulent derrière le comité ne se sont pas déjà ' a trop gravement compromises dans des entreprises du même genre, Tautorisalion peut être accordée.
Suivant les temps, le préfet se montre plus ou moins récalcitrant. A la suite de certains scandales, et après des campagnes faites par la presse, le préfet résiste opiniâtrement à la concession de toute autorisation nouvelle. Puis, quand le souvenir des abus s'est effacé, quand l'orage soulevé par rindignation un peu factice des feuilles publiques s'est apaisé, le préfet devientt plus indulgent ; le moment est opportun pour de nouvelles tentatives.
C'est surtout à l'arrivée d'un nouveau préfet de police que l'occasion est favorable pour présenter les demandes d'autorisation, et c'est aussi en ces occasions que les demandes se multiplient.
Un nouveau préfet n'est pas en garde contre les petites habiletés destinées à surprendre son inexpérience. Son attention, d'ailleurs, est absorbée par les côtés politiques de sa fonction; puis il a le désir de plaire, et ce n'est généralement pas par des refus qu'il veut marquer ses débuts.
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Aussi voit-il apparaître dans son cabinet les messagers les plus divers. C'est une femme ^mable que son rang dans. le monde défend contre la supposition injurieuse d'un mobile intéressé, et qui n'aurait point accepté d'appuyer une demande en autorisation de cercle si elle n'en avait été priée par des amis dont elle répond comme d'elle-même. C'est un conseiller municipal qui n'obéit qu'à ses sentiments démo- , cratiques et à son dévouement à la cause du j progrès; il laisse entendre d'ailleurs qu'il sera g reconnaissant quand viendra le moment de voter I le budget. C'est un collègue, c'est un député qui, . avec d'autres représentants du peuple, a creusé l'idée féconde de réunir en un cercle, avec les membres du Parlement, les hommes intelligents qui sauront deviner et apprécier les avantages de certaines fréquentations. Les fonctionnaires vou- . dront tous être du « Cercle du Parlement » : la partie de billard avec les députés, en ce temps . d'omnipotence parlementaire, n'est-elle pas le chemin le plus court d'une sous-préfecture à une préfecture, voire même d'un siège de juge à un fauteuil de président? Les agents de change, les coulissiers, les spéculateurs s'empresseront de solliciter leur admission ; car « dans leurs conversations avec les membres des deux Chambres,
ils puiseront d'utiles renseignements pour leurs opérations au parquet ou à la coulisse. »
On croirait que je m'abandonne aux caprices d'une imagination irrespectueuse et désordonnée si je n'avais pris soin de mettre en guillemets cette dernière phrase, extraite d'un prospectus auquel des collègues avaient attaché leurs noms.
Si on leur objecte qu'ils patronnent une maison de jeu, la jolie femme a des étonnements naïfs et le conseiller municipal des protestations indignées.
La vérité, c'est que ces intermédiaires, qui viennent essayer sur lesprit du préfet Tempire | (le séductions si diverses, ont reçu la promesse de quelques billets de mille francs et d'une part dans les bénéfices.
Parfois aussi le solliciteur est le futur président du cercle. Il apporte, dans l'association, sa réputation d'honnête homme, son ruban de la Légion d'honneur, le souvenir de ses anciennes fonctions. Cet apport n'est pas toujours évalué à un taux bien élevé ; on a vu d'honnêtes gens, à la recherche d'une position sociale, accepter les lourdes responsabilités de la présidence, movennant une modeste rétribution mensuelle, avecla faculté de prendre gratuitement leurs repas à la table du cercle et d'amener des invités.
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^ Les cotisations étant illusoires, c'est la jagnotte qui payera les frais généraux, les repas 3fferts aux invités et l'indemnité de Thonorable jirésident.
Il faut que le jeu rapporte. A cet effet, les salons seront ouverts à tout venant. Je me rappelle avoir ordonné la fermeture d'un cercle qui, après minuit, était communément fréquenté par les cochers, les maîtres d'hôtel et les valets de chambre du quartier. Quand le commissaire de police notifia mon arrêté, il se heurta à un repris de justice, en état de vagabondage, profondément endormi sur une banquette. Ne sachant où trouver un abri, cette victime de la justice humaine était venue chercher dans les salons de jeu un gîte hospitalier. Le cercle était d'ailleurs présidé par un député.
Le « gérant » s'abstient d'ordinaire de participer à la partie, et la crainte de la fermeture explique sa réserve. Cependant, lorsque la « présence des « pigeons » est signalée, il arrive que le gérant ne résiste plus au désir d'avoir sa part de plumes.
Si les cercles les plus honnêtes ne réussissent pas toujours à se défendre contre les joueurs trop habiles pour qui la portée et les cartes biseaiitées n'ont plus de mystères, Jes cercles
« ouverts » sont pour les « grecs » la véritablaip patrie. |l(
Les individus qui trichent au jeu forment une! il légion, depuis le prestidigitateur qui fait sauter a la coupe, jusqu'au petit « ponte » qui se borne à p avancer sur le tapis une pièce de cent sous ou de r vingt francs, suivant Timportance de la partie, dès qu'il s'aperçoit que le banquier a perdu sur ] son « tableau ».
On se rappelle un honorable sénateur — les sénateurs et les députés sont toujours honorables — qui doublait ses vingt-cinq francs par jour en pratiquant « la poussette ».
Ce membre du « grand Conseil des Communes » avait sans doute, comme tant d'autres, commencé par perdre honnêtement son argent; puis il avait iini par appeler Fart à son secours pour combattre l'injustice du hasard.
Comme les femmes galantes, les grecs sont nés vertueux.
Qui sait à quel fardeau la pauvre âme succombe?
Dans leur monde, il leur est beaucoup pardonné, quand ils ont beaucoup perdu. I
J'ai eu entre mes mains une liste de quinze cents grecs. Mais les renseignements les plus
ki|[éèis sur ces compatriotes de Socrate et d'Arisi^te ne suffisent pas pour les livrer à la justice ; faut qu'ils aient été mis en flagrant délit, qu'ils été dénoncés et que leur escroquerie soit ^^iMPOUvée par des témoignages précis et honogipi^ables. Ces circonstances se rencontrent rarei^^ent; dans certains cercles, le grec qui s'est fail. if^rendre est simplement invité à ne pas recom- *3iencer.
P Je ne saurais dire tous les signes pai'ticuliers K ^auxquels on peut reconnaître ces chevaliers de ^ l'Hellade. Mais je mets en garde mes lecteurs C5ontre tout individu qui, dans les cercles, se dil ^ l'ami du préfet de police.
^^ S'il prend cette qualification, c'est peut-êtr^e
^ jpour obtenir plus facilement du gérant des
^ avances, en échange de sa prétendue protection ;
mais il est rare qu'il ne cumule pas ce genre
d'escroquerie avec l'art de tricher au jeu.
Je ne voudrais pas mettre dans l'embarras les amis que mon honorable successeur peut avoir dans les cercles de Paris, ni les placer dans l'alternative de se rendre suspects ou de renier leur amitié. Je m'empresse donc de reconnaître qu'à toutes les règles il y a des exceptions ; mais je n'insiste pas moins dans mes conseils de méfiance, et je cite un fait h l'appui.
Le 1" septembre 1879, je reçus une leltrean conçue :
« Paris, lundi
» Mon cher ami,
» Tu as fait fermer le cercle de TExpositio c'est une bonne note, quoique le président lin républicain,
» Il y a, tout à côté, un cercle pire : le G lois, boulevard des Capucines, 8, je crois. Oi qu'il est le repaire et le gagne-pain de quelq vilains bonapartistes, il s'y passe des chc assez malpropres.
» Quand on a gagné, on ne trouve pas changer les jetons, ce qui est une connive entre le garçon des jeux et les gérants du cer connivence qui fait durer le jeu et par suite bénéfice de la cagnotte. Quand on a perdu garçon avance des jetons sur gage à des t exorbitants.
» Puis, il y a des grecs de la haute, tels < P. L..., et des invités de passage qui nettoi régulièrement les poches des malheun joueurs.
» Mêmes faits, et mêmes visites fréquentes la haute philosophie au cercle de l'Opéra, 23,
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^âe la Paix. Prouve que l'égalité devant la loi n'est pas un vain mot.
» Un vieux ami de collège décavé.
S" » Tristan S...,
» Des Brotteaux. »
-:. Je ne connaissais aucun « Tristan S... » et récriture de la lettre m'était également inconnue.
Je chargeai M. Brissaud de procéder à une
^ enquête. Cet officier de paix avait alors dans ses attributions la surveillance des cercles.
On apprit qu'au mois de mai précédent un sieur B..., plus connu sous le nom de baron Alphonse de M..., joueur suspect qui fréquentait le cercle Gaulois, avait un soir proposé à un garçon de ce cercle de lui donner une médaille en or en échange de deux louis. Le garçon l'avait renvoyé au croupier, prétendant n'avoir pas d'argent.
Le baron M... s'adressa alors à plusieurs membres du cercle, auprès desquels il ne fut pas plus heureux.
On recueillit des témoignages desquels il résultait que le baron prétendait être en fort bons termes avec le préfet de police. Il se disait son camarade de collège et exploitait les relations qu'il
soutenait avoir, en menaçant d'obtenir la fermeture des cercles dont les gérants lui refusaient| des avances d'argent.
Ses manœuvres n'avaient pas eu de succès; il s'était fait chasser du cercle Gaulois et peu après du cercle de l'Opéra.
Ces indices furent facilement complétés par l'examen du dossier du faux baron. On y trouvaun spécimen de son écriture, qui était précisémenl colle de la lettre anonyme. Les renseignements qui le concernaient le représentaient comme un grec. Il venait d'abord d'être condamné, parla huitième chambre correctionnelle, à six mois de prison et cinq cents francs d'amende.
L'indignité du dénonciateur, sans être un brevet de moralité pour les cercles qu'il accusait, n'était pas le seul motif pour faire écarter sa plainte.
Le cercle Gaulois, alors qu'il s'appelait Gerch (les marchands tailleurs, avait fréquemment attiré l'attention de l'administration, et le servie»' des jeux l'avait plusieurs fois signalé. Mais, à la date de la lettre anonyme, il paraissait plus convenablement géré. On ne reprochait guère aux administrateurs que de tolérer de la part des membres de trop nombreuses invitations.
Le cercle Gaulois était géré par M. Provost,
ancien croupier de Dupressoir, et généralement estimé dans le monde des joueurs.
Composé d'artistes, de négociants et do quelques boursiers, il était présidé par M. le marquis de la Cornillère-Narbonne.
Le cercle de TOpéra, après un premier refus, avait obtenu Tautorisation le 27 août 1877. Il ayait dû bientôt fermer ses salons ; mais il avait obtenu une autorisation nouvelle le 28 mai 1878.
Géré, dans la première période de son existence, pai' M. Devriès, dont le nom n'était pas vu avec faveur par Fadministration, il avait pour gérants MM. Gorges et Minard.
Les nouveaux gérants avaient cherché à épurer le personnel de ce cercle; mais leurs efforts n'avaient réussi qu'à moitié. Ils étaient fort éloignés d'en avoir expulsé tous les grecs, fit ils ne paraissaient pas devoir facilement effacer le mauvais renom que le cercle de l'Opéra s'était acquis durant la gérance de M. Devriès.
Il eût été sans doute exagéré de comparer au cristal la réputation des successeurs de M. Devriès ; mais ils avaient du moins la bonne fortune d'avoir pour président M. Maud'huy, capitaine en retraite, officier de la Légion d'honneur, qui s'était laissé entraîner à mettre un petit capital dans l'alTairc.
Si nous passions la revue de tous les cercl de jeu qui jouissent à Paris de Tautorisati préfectorale, nous aurions à reproduire à p près, à Toccasion de chacun d'eux, les mèni observations. Partout nous constaterions qi parmi les invités de passage, trop facilem( admis, se glissent de nombreux chevaliers d' duslrie.
Ce n'est pas une raison pour fermer tous cercles de jeux. Il suffit de les sui'veiller et faire de temps en temps quelques exemples, l rigueur absolue n'aurait d'autres conséquen» que de substituer le jeu clandestin au jeu si veillé.
Le jeu, comme la débauche, a ses maisons tolérance ; mais, pour que le public ne s'abu pas sur l'effet de la surveillance administrât!) il faudrait, sur les unes comme sur les autn écrire en gros caractères : S. G. D. G.
Police municipale.
M. Ranc, alors conseiller municipal de ville de Paris, s'exprimait en ces termes 27 mars 1872 :
D'UN PREFET DE POLICE ii()7
c< Tant que la préfecture de police existera, jis n^aura pas de police municipale digne de xiom... Cela ne paraît pas étonnant, si Ton se 3orte à la pensée qui a présidé à la fondation la préfecture de police... C'est la corruption ganisée, et cela ne peut exister dans un gou- Tnement libre. »
'La préfecture de police n'a pas toujours existé ; iris a eu une véritable police municipale; ce %tait pas la « corruption organisée, » mais ?tait bien la corruption, et le document sui- Int, quoiqu'il date de Tan VI, permet d'appré- ©r ce qu'était devenue la ville de Paris après suppression du lieutenant général de police sous l'administration de la municipalité.