CLOITRE SAINT-HONORÉ
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PEÉFET DE POLICE
Un peu plus de lumière sur les fonds secrets.
n faut beaucoup d'abnégation et de dévouement à son pays pour consentir à être ministre : ^tel est du moins le thème que les journaux offîfcieux développent périodiquement.
Le cuisinier Trompette — qui était pour son ttre comme un journal officieux — disait :
|« C'est pour la gloire qu'il tient la place. A moi seul je dépense et au delà les 60,000 francs qu'il [reçoit pour son traitement. »
Les journaux officieux — qui sont pour les ^ministres comme autant de Trompettes — disent II 1
do leur côté : « C'est pour la patrie qu'ils gardent leurs portefeuilles : patriotes avant tout, telle est leur devise. Chacun sait bien qu'ils sortiront du ministère plus pauvres qu'ils n'y sont entrés. Il faut être singulièrement économe; il faut avoir de l'ordre et vérifier de près les comptes du boucher et ceux de la blanchisseuse pour joindre les deux bouts, quand on est obligé dé représenter, de recevoir, et qu'on a d'ailleurs pour tout traitement la modeste somme de soixante mille francs.
« Voyez, par exemple, Waldeck-Rousseau :
la semaine dernière, il a passé toute une nuit à chercher une erreur de dix centimes qu'il avait constatée le soir en faisant sa caisse.
M Une erreur de dix centimes, pour un homme d'ordre, pour un bon comptable, c'est aussi grave qu'une erreur de cent mille francs. Un bon comptable ne dort pas tant qu'il n'a pas trouvé sa balance.
in Enfin, vers quatre heures du matin, alors que déjà le sommeil alourdissait sa paupière. >I. le ministre a trouvé son erreur. U avait oublié qu*il avait acheté un numéro de la Ligrue au kiosque situé à l'angle du faubourg Saint-Honoré et de lavenue Marigny, total : fr. 10 c. Il n y a pas de quantité négligeable pour un bon comptable.)»
Ce que les journaux ol trompetter , c'est que , 60,000 francs qui repré le ministre de Tintérieur supplément de deux mil lui est fait aucune retenu
Ces deux'millions, il ei Il s'en sert indifféremmc agents ou des danseuses, sciences ou du S 0/0 (4 sion).
n n'en rend compte qu quand il n'a pas de cons( comptes à rendre.
Je me trompe : on a d'exorbitant à mettre 2 i du premier venu que les ] mentaire poussent vers la pas lui demander la me en conséquence, on a ima semblant de contrôle. A 1 le ministre de Tintérieur président de la Républiqi firme que les deux mill ont été employés « confo nation ».
Le papier ne contient ji
h SOL'VEMnS
aocane pièce jastificatÎTe ne délire a l'appiii de la dédaratîon ministérielle.
Sou.s le régime précédent. le contrôle du chef de l'État pouvait avoir quelque portée, ea admettant que celui-ci jugeât à propos de le rendre efficace.
L'empereur était responsable: il pouvait exiger des explications de la part de ses ministres, qui n'étaient que ses premiers commis.
Mais la Constitution actuelle ne permet au président de la République aucun contrôle sérieux.
Les ministres seuls sont responsables; le président ne règne ni ne gouverne. Constitutionnellement, il est pour la pompe et pour rostentation, non pour le contrôle.
En droit, il ne peut contrôler lemploi des fonds secrets; en fait, il ne contrôle pas et le ministre reçoit son quitus sur sa simple déclaration qu'il a employé les deux millions « conformément à leur destination ».
Une remarque à faire, c'est que, tandis que la plupart des crédits dont il faut rendre compte laissent de temps à autre des excédents disponibles qui tombent en annulation et augmentent d'autant les ressources de Texercice suivant, le crédit des fonds secrets est toujours intégralement dépensé.
Il est vrai qu'en fin reçoivent sur ce crédit mais il ne faut pas oubli premier employé de son
On me dira que la p ministre les yeux de la i convaincre avec un peu
Je réponds que, pour le ministre n'a pas besoi millions. Il a, par lui-mê d'autres fonds secrets, qi sions, les marchés, les € Légion d'honneur.
Un banquier veut-il êi charge le journal du mini exemple connu, personi M. Weil-Picard.
M. Weil-Picard était ui avait aucune raison pour Mais à qui persuadera-t-( mille francs versés dan ministériel ont été inutile
Que dire de plusieurs est notoire, et qui ont ol la rosette?
Le ministre de Tintérie francs au préfet de polic<
politique. Il lui reste à lui-même quatorze cent mille francs, et, dans les années ordinaires, il n'en dépense pas cinq cent mille pour frais conformes à la destination du crédit; il a près d'un million pour ce que nous pourrions appeler son « argent de poche » .
Le ministère de l'intérieur n'est pas le seul qui soit doté de fonds secrets. Chaque département ministériel a d'ailleurs ses profits ; mais je n'ai pas entrepris un traité complet de la matière.
D'autres, avant moi, auraient pu, auraient dû peut-être projeter quelques rayons de lumière sur la caisse des fonds secrets.
Les uns sont ministres, d'autres l'ont été, les autres espèrent le devenir : tous ont peur de « gâter le métier ».
— Mais alors, direz-vous, on vole l'argent des contribuables !
— Citoyen, calmez-vous, je n'ai rien dit de semblable : on m'aurait accusé de trahir le secret professionnel. J'évite les expressions grossières et je reconnais que le libre emploi des fonds secrets est consacré par l'usage.
Si les intéressés paraissent en user avec moins de réserve que jamais, c'est que nous avons constitué une sorte de société anonyme dont les
statuts n'assurent aux i garantie de stabilité.
Ces sortes d'affaires ne s comme pourrait Têtre Ti famille.
Tandis qu'ils ont enc rassemblée des actionna conseil d'administration profit.
La contagion. — Un préj
fonds se
Le sans gêne avec leq dispose des fonds secre exemple pour les divers i administrative ; si Tun d'( qu'a de séduisant la doct:
libre emploi de certains montre indulgent et semb
— Homo sum, et nihil pu toi
Pour ne prendre qu'un récents, je me bornerai M. André de Trémontels.
— Halte là ! vont me crier encore les officieux. Ce sujet ne fait pas partie de vos Souvenirs, Vous nous avez déjà raconté ceux de M. Léon Renault, ceux de M. Albert Gigot. Est-ce çue vous allez encore révéler les secrets de tous les préfets qui ont administré nos divers départements?
— Messieurs les officieux, j'ai le regret de ne pas écrire pour vous. La question de savoir si je suis dans mon sujet est affaire entre mes lecteurs et moi. Tant qu'ils me prêteront leur attention et qu'ils paraîtront m'écouter avec quelque intérêt, je persisterai à croire que je ne mérite pas d'être rappelé à la question.
Je sais bien que mes Souvenirs sont « incohérents » ; mais Tesprit public est à rincohérence. Nous avons eu l'exposition des « Axts incohérents », le bal des « Incohérents » : je sacrifie au mauvais goût de mon temps.
D'ailleurs, tous mes souvenirs ne sont-ils pas les souvenirs d'un ancien préfet de police ?
Deux fois déjà j'ai porté à la tribune cette question des libertés prises par M. André de Trémontels, ancien préfet de rAveyron, avec les deniers de l'État, et je ne renonce pas à ly porter une troisième.
On se rappelle que ce préfet fut dénoncé au
ministre comme concussionnaire par son successeur, M. Démangeât.
L'affaire traîna en longueur : entre temps, M. André de Trémontels, devenu préfet de la Corse, y fut promu à la classe supérieure de son grade, et M. Démangeât... fut révoqué.
L'accusation de concussion était devenue publique ; M. Waldeck-Rousseau, ayant compris que son préfet n'était plus possible à la tête d'un département, l'avait rappelé à Paris avec un traitement de disponibilité.
Si M. André de Trémontels était innocent, la mise en disponibilité était une disgrâce imméritée ; s'il était coupable, maintenir à un concussionnaire le titre de préfet et lui servir un traitement de 6,000 francs*, c'était faire preuve d'une tolérance voisine de la complicité.
Je priai M. Waldeck-Rousseau de vouloir bien s'en expliquer à la tribune.
— La justice est saisie, répondit M. Waldeck- Rousseau. A l'heure où je parle, M. Démangeât, sur mon invitation, est mis en demeure de faire devant les tribunaux la preuve de ses imputations diffamatoires.
Je m'inclinai devant la justice ; j'attendis la dé-
l. Le traitement de disponibilité est de 6,000 francs. U 1.
U SOUVENIRS
cision des magistrats et j ajournai ma question.
Or, il se trouva que le ministre de Tintérieur n'avait échappé au débat devant la Chambre qu'en donnant aux représentants du pays les renseignements les moins exacts.
La justice n'était pas saisie ; les jours s'écoulèrent sans que M. Démangeât reçût, sous aucune forme, aucune nouvelle de M. André de Trémontels.
Il y avait un concussionnaire ou un calomniateur. Le silence du préfet disponible ne permettait plus d'hésiter sur la solution du dilemme.
Je revins à la tribune. Le ministre avoua que la justice n'était pas encore saisie ; mais il affirma qu'elle le serait bientôt.
Le passé, avec le temps, était devenu le futur.
Ma curiosité était patiente; j'attendis encore.
Aujourd'hui, M. André de Trémontels a laissé s'écouler les délais de la prescription. Il a pris conseil des hommes les plus éclairés ; tous lui ont dit que dans le doute le sage doit s'abstenir et le préfet disponible a voulu être sage.
Comment M. Waldeck-Rousscau a-t-il pris cet acte de désobéissance à son autorité? On a dit que M. André de Trémontels, depuis l'expiration des délais de prescription, ne reçoit plus son traitement.
Je ne suis pas éloigné de croire qu'en effet M. le ministre de l'intérieur, par un acte de tardive répression, a voulu se soustraire aux conséquences d^une trop longue faiblesse.
La Chambre pensera-t-elle que l'incident est clos ? L'occasion se présentera sans doute de le lui demander et de provoquer enfin sur les graves accusations de M. Démangeât ces explications nécessaires auxquelles le ministre et son protégé ont pu se soustraire jusqu'à ce jour.
En attendant, ne quittons pas M. André de Trémontels sans emprunter à 5^5 souvenirs une anecdote qui peint l'homme et le fonctionnaire.
M. André de Trémontels possédait un vieux buste de la République, type officiel avec l'étoile et les épis.
Ce buste l'avait suivi de sous-préfectures en préfectures depuis le commencement de sa carrière administrative, et faisait encore Tornement de son cabinet à l'hôtel préfectoral de Rodez.
Quand l'usure du temps et la fumée des becs de gaz l'eurent suffisamment déprécié, le préfet de l'Aveyron eut l'ingénieuse idée de se défaire de ce rossignol symbolique au préjudice de l'État.
A cet effet, il passa un contrat avec lui-même. Il fut à la fois vendeur et acheteur.-
A en juger par les apparences, ce fut en la
première qualité qu'il fit un marché avantageux.
En effet M. André de Trémontels, simple particulier, vendit à M. André de Trémontels, préfet de TAveyron, au prix de 126 francs, pour le mobilier de la préfecture, le buste ci-dessus décrit.
Mais le crédit pour le mobilier était épuisé. Cette vulgaire considération n'arrêta pas l'ingénieux préfet.
n fit faire un mandat de 126 francs au nom du tapissier de la préfecture sur le crédit accordé pour les illuminations du 14 Juillet; et ce fournisseur, qui était dans la confidence, rapporta fidèlement au préfet le montant de son mandat.
Si nous demandions à M. Waldeck-Rousseau quelle est la morale de ce récit, il nous répondrait sans doute qu'il faut augmenter les fonds secrets.
Suppression de la police des mœurs. — Fausse sortie. — Les filles inscrites. — Les « maisons de rendez-vous ».
Le service des mœurs avait été, depuis quelques années, l'occasion des attaques les plus fré-
quentes et les plus violentes contre la préfecture de police.
Le mouvement d'opinion, dont nous devions ressentir bientôt le choc à Paris, s'était manifesté d'abord en Angleterre, et c'étaient d'honnêtes dames qui en avaient pris l'initiative en 1870.
Leur respectable association publiait un journal hebdomadaire réclamant l'abrogation des lois spéciales.
Leur zèle ne tarda pas & tourner au fanatisme, et le dénigrement de parti pris fit accueillir et propager les récits les plus erronés et les plus grossièrement invraisemblables.
L'association des dames anglaises fonda une ligue internationale pour l'abrogation des lois relatives à la prostitution.
Elle eut des missionnaires qui parcoururent l'Europe et s'arrêtèrent à Paris pour associer leurs efforts à ceux de M. Yves Guyot et de ses amis.
Mais, tandis qu'en Angleterre les sentiments les plus respectables d'humanité, de liberté, de respect de la femme inspiraient jusque dans leurs erreurs les honorables membres de la fédération, il n'en était pas de même à Paris, où les associés français poursuivaient avant tout une œuvre politique, sans préoccupation du bien public et avec un parfait dédain de toute bonne foi.
Dès 1878, les récits fantaisistes de certains journaux avaient excité à un degré extraordinaire Topinion publique contre le service des mœurs.
U faut reconnaître que plusieurs erreurs commises par les agents avaient été une cause de scandale et paraissaient avoir donné raison à la presse contre la préfecture de police.
Si déplorables qu'aient été les méprises signalées par les journaux, il serait injuste d'en exagérer le nombre.
La police des mœurs était étrangère à quelques-uns des faits les plus connus et les plus souvent cités à sa charge.
On sait que l'auteur de l'inqualifiable agression dont M"* Rousseil fut l'objet n'appartenait à aucun des services de la préfecture, qu'il fut poursuivi et condamné par le tribunal correctionnel pour avoir usurpé des attributions qui ne lui appartenaient pas.
Cette condamnation n'a pas empêché que le cas de M^^® Rousseil ne fût toujours cité en tête des erreurs ou des abus commis par la police des mœurs.
J'ai précédemment démontré que M"* Lucie Bernage n'a jamais été arrêtée, ni par un agent, ni par qui que ce fût : néanmoins, chaque fois
t qu'un Plutarque de la
j femmes illustres victin
M"' Lucie Bernage an
peine distancée par M"'
ss' Si les agents des mœu
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Quand la police recl
I ç sassin, il lui arrive, trou
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1^ vibles ; leurs erreurs i
I vérité : Res judicata prc
L'erreur d'un agent
^ temporaire ; l'erreur d'i
< rable, et l'autorité de 1
I bouche à toute réclamât;
Et pourtant on n'en a pas encore concla qu'il faille supprimer les tribunaux.
Les agents des mœurs seuls, ces pauvres employés à 1,400 francs par an, n'ont pas le droit de se tromper. On ne tient aucun compte des services qu'ils rendent à la santé publique, à la décence des rues, pas plus qu'on ne tient compte des apparences qui, le plus souvent, expliquent et excusent leur erreur.
Dans la séance du mardi 28 décembre 1880 le conseil municipal de Paris adopta une proposition ainsi rédigée :
« La brigade des mœurs sera supprimée à partir du 1" janvier 1882 ; M. le préfet est invité à étudier et à proposer d'ici à cette époque une organisation conforme aux indications contenues dans le rapport de la commission du budg-et. »
J'avais combattu cette proposition pour l'honneur des principes, car, au point où j'en étais, je ne me faisais plus l'illusion de croire que l'échéance du !•' janvier me trouverait encore sur la brèche.
J'eus cependant bientôt l'occasion de donner au conseil municipal une apparente satisfaction.
M. Macé avait une tendance à réclamer pour le service de la sûreté tous les agents et toutes les attributions de la police municipale - il don-
naît d'ailleurs, pourjustifier sa prétention, d'excellentes raisons, dont je savais apprécier la valeur.
Pour la police des mœurs, notamment, il faisait justement remarquer que les auteurs des vols en dissipent le plus souvent le produit dans les maisons de tolérance, et que la surveillance de ces maisons, confiée au chef de la sûreté, faciliterait ses recherches en matière criminelle.
J'hésitais néanmoins à donner à M. Macé la satisfaclion qu'il paraissait désirer, lorsque l'enquête que je poursuivais depuis quelque temps me démontra la nécessité de briser les anciens cadres de la police des mœurs.
M. Lerouge, officier de paix, et M. Remise, son inspecteur principal, avaient laissé s'introduire de graves abus dans le service.
J'en saisis la preuve, et je pris en conséquence Tarrèté suivant, à la date du 9 mars 1881 :
Considérant que la fusion du service des mœurs avec celui de la sûreté, dont il fait naturellement partie, aura pour effet de faciliter les recherches des crimes et des délits en même temps que celles des infractions aux règlements sur la prostitution ;
Considérant que cette mesure, en ne laissant plus à des agents spéciaux la surveillance des mœurs, répondra autant qu*i] est possible aux vœux émis par le conseil municipal de la ville de Paris ;
Vu Tarrêté du 12 messidor an VIII;
Vu la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, en date du 28 décembre 1880 ;
A décidé :
Article 1". — La brigade des mœurs est supprimée.
Art. 2. — Les brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs de ladite brigade sont versés dans la brigade de sûreté.
Art. 3. — M. Lerouge (Auguste-François-Hyacinthe), officier de paix, chargé du service des mœurs, est admis à faire valoir ses droits à la retraite, pour cause de suppression d'emploi.
Art. 4. — M. Remise (Durand), inspecteur principal, est admis à faire valoir ses droits à la retraite.
Art. 5. — Les attributions du service des mœurs sont confiées aux chefs, inspecteurs principaux, brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs du service de la sûreté.
Le député, préfet de police
Andrieux.
Quelques journaux se laissèrent prendre aw texte de mon arrêté, et le Clairon me consacra un article intitulé « Le trottoir libre dans TÉtat libre. »
La vérité, c'est que, tout en supprimant la dénomination impopulaire de la brigade des mœurs, j'espérais renforcer à la fois les deux services, désormais réunis et disposant d'un
personnel de 320 hommes, sous la direction d'un chef intelligent autant qu'expérimenté. Les agents des mœurs n'allaient faire qu'une fausse sortie.
En prenant possession de son nouveau service M. Macé trouva dans les bureaux de M. Lerouge une œuvre d'art digne d'être citée : c'était un tableau du personnel, où de petits amours joufflus jouant avec des roses enguirlandaient les noms des agents des mœurs.
La réforme n'atteignait que le service extérieur.
Les règlements n'étaient pas changés. L'inscription des filles publiques était maintenue. Comme par le passé, les prostituées étaient astreintes à la visite, avec l'obligation delà faire constater sur la .carte qu'on leur délivre, et la préfecture de police gardait sur elles un pouvoir discrétionnaire*, s'exerçant notamment par des condamnations administratives à un séjour plus ou moins prolongé dans la prison Saint-Lazare.
Ce pouvoir redoutable avait été beaucoup discuté. M. Ranc, avant d'être ministériel, en avait contesté la légalité, en 1872, au conseil municipal.
Puisant sa force dans une ordonnance de 1684, il faut reconnaître qu'à remonter si haut
le droit du préfet de police perdait une partie de son autorité.
Je m'étais proposé de demander à la prochaine Chambre une législation plus jeune et plus efficace, qui aurait consacré les pouvoirs discrétionnaires de la préfecture de police, en les entourant des garanties nécessaires contre les abus et en les fortifiant par l'adjonction de la répression judiciaire.
Il est urgent qu'une législation nouvelle donne à la préfecture de police des attributions désormais incontestables ; il faut définir avec précision les infractions qu'il importe d'atteindre, attribuer le jugement des unes au tribunal de police correctionnelle, réserver les autres, moins graves, à la répression administrative.
La sécurité^ autant que la moralité publique, exige que les malfaiteurs vivant de la prostitution des filles puissent être livrés aux tribunaux.
n importe que l'administration soit armée contre la prostitution clandestine, qu'elle puisse ordonner la fermeture des. lieux de débauche lorsqu'elle ne croit pas devoir leur accorder la tolérance.
Aujourd'hui, la préfecture de police a perdu presque toute autorité pour la surveillance des mœurs. Elle continue à distribuer aux filles
publiques, lors de leur inscription, une sorte de circulaire ainsi conçue :
1" DIVISION -r- 2« BUREAU — 3« SECTION
Obligations et défenses imposées aux femmes
publiques.
Les fiUes publiques en carte sont tenues de se présenter, au moins une fois tous les quinze jours, au dispensaire de salubrité, pour être visitées.
Il leur est enjoint d'exhiber leur carte à toute réquisition des officiers et agents de police.
Il leur est défendu de provoquer à la débauche pendant le jour ; elles ne pourront entrer en circulation sur la voie publique qu'une demi-heure après l'heure fixée pour le commencement de Tallumage des réverbères, et, en aucune saison, avant sept heures du soir, et y rester après onze heures.
Elles doivent avoir une misé simple et décente qui ne puisse attirer les regards, soit par la richesse ou les couleurs éclatantes des étoffes, soit par les modes exagérées.
La coifiFure en cheveux leur est interdite.
Défense expresse leur est faite de parler à des hommes accompagnés de femmes ou d'enfants, et d'adresser à qui que ce soit des provocations à haute voix ou avec insistance.
Elles ne peuvent, à quelque heure et sous quelque
prétexte que ce soit, se montrer à leurs fenêtres, qui doivent être constamment tenues fermées et garnies de rideaux.
Il leur est défendu de stationner sur la voie publique, d'y former des groupes, d'y circuler en réunion, d'aller et venir dans un espace trop resserré, et de se faire suivre ou accompagner par des hommes.
Les pourtours et abords des églises et temples, à distance de vingt mètres au moins, les passages couverts, les boulevards de la rue Montmartre à la Madeleine, les Champs-Elysées, les jardins et abords du Palais-Royal, des Tuileries, du Luxembourg, et le Jardin des Plantes leur sont interdits. L'esplanade des Invalides, les quais, les ponts, et généralement les rues et lieux déserts et obscurs leur sont également interdits.
Il leur est expressément défendu de fréquenter les établissements publics ou maisons psu^ticulières oi^ Ton favoriserait clandestinement la prostitution, et les tables d*hôte, de prendre domicile dans les maisons où existent des pensionnats ou externats, et d'exercer en dehors des quartiers qu'elles habitent.
Il leur est également défendu de partager leur logement avec un concubinaire ou avec une autre fille, ou de loger en garni sans autorisation. Dans le cas où elles obtiendraient cette autorisation, il leur est expressément interdit de se prostituer dans le garni.
Les filles publiques s'abstiendront, lorsqu'elles seront dans leur domicile, de tout ce qui pourrait donner lieu à des plaintes des voisins ou des passants. Celles qui contreviendront aux dispositions qui précèdent, celles qui résisteront aux agents de l'autorité,
celles qui donneront de fausses indications de demeure ou de noms, encourront des peines proportionnées à la gravité des cas.
Avis important, — Les filles inscrites peuvent obtenir d'être rayées des contrôles de la prostitution, sur leur demande, et s'il est établi par une vérification, faite d'ailleurs avec discrétion et réserve, qu'elles ont cessé de se livrer à la débauche.
Mais chacun, en se promenant à toute heure dans les rues de Paris, peut se convaincre que la plupart de ces prescriptions ne sont pas respectées.
Le nombre des insoumises s'est accru dans des proportions telles que les mesures prises contre les filles « en carte » n'ont plus qu'une apparence choquante de vexation et d'inégalité.
De même on se demande conmient il se fait qu'il y ait encore des maisons de tolérance existant en vertu d'une permission administrative alors que cette permission, loin de leur attribuer comme autrefois une sorte de privilège, n'a pour effet que de les soumettre à la surveillance plus étroite de la police, à l'application des règlements et aux visites sanitaires.
Dans tous les quartiers de Paris^de véritables maisons publiques se sont ouvertes qui semblent jeter un défi à la police.
Vers les derniers jours de mon administration, j'ai le souvenir d'avoir refusé la tolérance à un établissement projeté dans un quartier voisin des Champs-Elysées.
Quelques mois plus tard, cette maison, qui s'était annexé une brasserie servie par des filles, ouvrait audacieusement ses portes, en dépit des défenses administratives : comme un simple marchand de biberons Robert, elle promenait dan? Paris son enseigne accrochée à une voiture-réclame, et, après plusieurs années, malgré leF « descentes de police » réitérées, elle continue à narguer les arrêtés préfectoraux.
Le nombre des maisons de rendez-vous s'accroît tous les jours.
A la différence des maisons de tolérance, elles n'ont généralement pas de pensionnaires et elles ne sont pas soumises aux règlements administratifs.
Autrefois, pour n'être pas régulièrement auto risées, elles n'en étaient pas moins l'objet d'une surveillance active, et quand la fermeture n'en était pas ordonnée, c'est que, d'une part, la police avait reconnu qu'elles pouvaient être tolérées, et que, d'autre part, l'administration y trouvait une source parfois utile d'informations délicates et discrètes.
D'UN PRÉFE'
A côté des maisons signaler les innombrabl prétexte de vendre de h des tfiJ)leaux, des objets gerie ou des chapeaux, la débauche à la portée
Trompées par Tensei d'honnêtes femmes peuv tiques et y être exposa méprises, surtout depui siègent au comptoir ne sivement à la clientèle i
La prostitution, s'abi patentes les plus variées de Protée qui échappe à
Mon honorable succc a fait les plus louables frein à la fureur de ces il n'a pas su arrêter les ce et des gantières.
Les habiletés mêmes s le préfet de police ont m< le laisse désarmé.
Cherchant en vain, à des armes contre la gar propriétaires que se soi trances comminatoires.
Lorsqu'ils se virent exposés à des poursuites, en vertu de quelque ordonnance préhistorique, pour délit de location à des personnes qui ne rendent pas la monnaie, les propriétaires de la Chaussée-d'Antin et de quelques rues avoisinantes renoncèrent à faire concurrence à d'autres immeubles plus connus.
Le résultat le plus certain qu'ait obtenu M. Camescasse, c'est d'avoir déplacé les institutions, sans, toutefois, en avoir ébranlé la base.
Sur quelques points même, on s'est borné à pratiquer ce que les comités électoraux appellent « la politique du piétinement sur place », et tout le progrès a consisté à changer les produits exposés dans les vitrines.
Cependant, grâce aux dispositions conciliantes d'un propriétaire, la préfecture a remporté une victoire notable sur le « cynisme des Aspasies » en faisant disparaître d'un élégant magasin de parfumerie ce mot à double entente : « Laboratoire », qui portait ombrage aux chimistes du quartier.
Durant mon voyage en Belgique, et lorsque l'obligation de surveiller Hattat et Cemesson me laissait quelques loisirs, j'avais étudié le fonctionnement de la police des mœurs chez nos voisins.
M. Lenaers, commissaire en chef de police à
Bruxelles, m*ayaii di fort intéressants.
n se plaignait de l'ei par la prostitution :
« Le goût des plais rable commissaire en proportions dans la c guerre franco-alleman Bruxelles un grand noi dont Paris se débarr; inutiles, pendant le siè
Il existait de temps une rue entière, la ru( maisons de débauche. ( mées il y a quelques a vu surgir et se multij rapidité les maisons de véritables foyers d'infe(
« Je constate chaque du quartier affecté ai ne répondait pas aux police.
« En supprimant le réfugiée, on n'a pas s Comme le dit Parent-^ « tituées sont aussi iné « mération d'hommes,
« et les dépAts dimmondices. Lorsque laprosti- « tulion ne peut avoir ses lieux désignés, avoués, « connus, elle se réfugie dans les cafés, les « cabarets, les garnis, prend toutes les formes, « tous les travestissements, s'infiltre partout et « devient insaisissable; c'est alors la débauche « clandestine, qui se cache, se dérobe, n'en est « que plus terrible et n'en fait que plus de « ravages. »
M. Lenaers ajoutait que la prostitution, chassée de son quartier spécial, s'était établie dans les boutiques et notamment dans celles destinées à la vente du tabac.
Mais la législation belge avait donné une grande latitude aux autorités municipales pour prendre toutes les mesures nécessaires à la moralité et à la sûreté publiques .
En conséquence, un règlement fort sage avait été voté par le conseil communal le 13 août 1877. Ce règlement contenait des dispositions efficaces contre les maisons de débauche clandestines, et le législateur français le lira avec profit quand il aura compris la nécessité de venir en aide à la police des mœurs.
En attendant, l'étranger, qui, en 188S parcourt les rues de Paris, peut croire que l'état spcial entrevu par le Clairon et rêvé par M. Yves
D'UN PRÉFE
Guyot s'est réalisé para dans FEtat libre.
Quelque répugnance lecteur l'examen de ces élait impossible de les un ouvrage qui s'efforc côtés de la police parisi
Et puisque le sujet ; des maisons de rendezdoute, voudra savoir ce la rue Duphot, à Tocc formée une légende Ion le dédain du préfet de ]
Je m'en suis déjà ex quatre ans, devant mes teurs veulent tout sav( confiance qu'à bon escie
Je vais refaire, d'une et avec pièces à Tappu Ligue ^ le récit qui pan auditeurs de la Demi-Lu
L'alfaire de la me Dnphot.
La maison de la rue Duphot était une maison de rendez-vous semblable à beaucoup d'autres qui existaient déjà ou ont été créées depuis.
Si elle s'en distinguait, c'était par sa clientèle plus aristocratique et par Félévation de ses tarifs.
A la tète de cet établissement de pornog'raphie appliquée se trouvait alors une femme Eppinger, qui exerçait la profession d'entremetteuse sous le pseudonyme plus euphonique de Leroy.
La maison a, depuis lors, changé de titulaire: sans être devenue une maison de tolérance dans le sens technique de ce mot, elle est aujourd'hui, comme elle l'était déjà, tolérée par la police.
Les femmes qui fréquentaient cet établissement étaient pour la plupart des filles entretenues, cherchant à occuper lucrativement les loisirs que leur laissaient des protecteurs aveugles ou complaisants. Avec elles se rencontraient quelques étoiles de diverses grandeurs voulant briller ailleurs qu'à la scène, et enfin il faut bien le dire, quelques personnes qu'on ne
pourrait appeler déclassée et devant lesquelles s'oi du monde. Les unes vei des rendez-vous galants Leroy ; les autres attend pouvaient amener à tout de la chair qui est faible prit qui est prompt.
Cette maison était, po conmie la maison de ^ empruntaient des rense:
parfois utiles.
G^est un curieux et fn le besoin qu'ont certains amies les procureuses, d ment le secret peu inté gondages, mais encore affaires privées et même tiques.
Je ne puis dissimule] coutume d'encourager lei secret professionnel. On leur appliquer pour cett du Code pénal.
Dans les derniers jou garçon de café, nommé I Leroy une fille mineure.
Celle-ci expliqua qu'elle appartenait à une famille honorable de Bruxelles ; elle avait été livrée par une femme de chambre de sa mère à un homme riche, avec lequel elle continua de se rencontrer dans un restaurant connu.
Des poursuites scandaleuses avaient eu lieu devant les tribunaux belges, à la suite desquelles la jeune fille avait été placée dans un pensionnat pour y continuer une éducation assez mal commencée.
Mais les grilles s'étaient ouvertes ; l'oiseau s'était envolé de sa cage, et depuis plusieurs mois vivait, on devine comment, dans ce grand Paris où l'avaient conduit ses précoces instincts.
Ce récit exigeant quelques développements, il serait difficile de continuer indéfiniment la métaphore et de donner jusqu'au bout le nom d'oiseau à la triste héroïne de cette aventure.
Mais, quoique la publicité des débats, à Paris comme à Bruxelles, ait déjà livré son nom à tous les échos de la presse, nous ne la désignerons que par l'initiale de son prénom.
Le garçon de café était le dernier protecteur qui eût. offert à M"® E... un abri passager; il prétendait même avoir partagé avec elle son modeste pécule, et il venait offrir sa jeune compagne à la femme Leroy, avec l'espoir de ren-
D'UN PRÉFÉ'
:-<strer dans ses déboursés ri courtage.
s^i La femme Leroy refu
5 qui prit son vol vers le (
js Plusieurs mois s'étai
as mère de la jeune E... s
fi Elle avait retrouvé s
1? étudiant, et — chose ass(
■Lji .qui résulte du témoigna^
— elle venait remercier
5 bons conseils » que cett
: àM"«E...
Cette mère étrange pi
: confidente de ses désirs
: sieur Petit ; c'est ainsi, o
: nommait le garçon de ca
La femme Leroy comf
à son devoir professionn
ture en ne signalant pas,
le fait d'excitation d'une
et elle chercha à réparc
au service des mœurs u
le sieur Petit.
Je portai ces faits à lac(
et M. le juge d'instructic
réquisitoire du procureur
J'ai le regret de ne pc
faire connaître le conflit qui s'éleva entre l'honorable juge d'instruction et le préfet de police, à Foccasion de cette procédure.
Le récit des diverses circonstances qui amenèrent un fâcheux dissentiment entre le juge et le préfet est indispensable pour expliquer à quels mobiles ce dernier a obéi et pour répondre ainsi aux outrageantes imputations dont il fut l'objet.
Mais je dois dire tout d'abord que si j'ai dû blâmer les procédés d'instruction de rhonorable M. *** et refuser de le suivre dans la voie où il me paraissait s'être imprudemment engagé, la divergence de vues qui nous a momentanément séparés ne saurait m'empècher de rendre hommage aux qualités éminentes du magistrat, qui est justement réputé l'un des juges d'instruction les plus éclairés et les plus clairvoyants du tribunal de la Seine.
M. *** arriva un matin rue Duphot, sans son greffier, s'étant fait seulement assister par le commissaire de police du quartier.
Il fit connaître à la femme Eppinger, dite Leroy, qu'il venait procéder chez elle à une perquisition et à une saisie pour rechercher, à l'occasion de l'aifaire Petit, si elle ne s'était point elle-même rendue coupable de pareils délits. B se fit livrer les clefs des divers meubles ; il mit
en tas tous les papiers, livres, correspondances qu'il put trouver, et, sans dresser procès-verbal de cette opération sommaire, il emporta le butin de son expédition dans les serviettes empruntées à la proxénète.
L'honorable M. ***, un peu confus de se trouver en pareil lieu, se hâta d'en sortir, et, dans sa précipitation, quelques papiers, dit-on, échappèrent à la saisie en s'échappant de la serviette.
Rentré dans son cabinet d'instruction, l'honorable magistrat procéda à l'examen de ces dépouilles opimes. Il s'arrêta d'abord aux livres de la femme Leroy.
Les noms et adresses des femmes qui prêtaient leur concours à la prospérité de la maison y figuraient sans aucun déguisement.
Quant aux hommes, ceux-là seuls étaient enregistrés qui étaient débiteurs de l'établissement.
J'ai connu, dans une ville de province, un magistrat de mœurs irréprochables, <|ui se chargeait volontiers d'instruire les affaires d'attentat à la pudeur, de viol, de détournement de mineures.
n faisait ainsi des études qui ne coûtaient rien à sa vertu, et tandis que d'autres n'ont acquis qu'aux dépens de leur dignité la science du bien et du mal, ce juge d'instruction possédait
une expérience dont il n'avait point à rougir.
n en tirait même vanité quand il était avec les femmes, aimant à conter, à mi-voix, à ses voisines de table, des histoires décolletées, et recueillant, dans les salons, des succès de bon aloi par un heureux mélange d'austérité et de grivoiserie.
Ce qui manquait à son expérience, c'était d'avoir instruit une de ces affaires scandaleuses comme on en a dans les grandes villes, qui permettent de pénétrer dans les mystères du vice le plus aristocratique. Ah! s'il eût été juge d'instruction à Paris I II eût été curieux de voir de près des femmes du monde qui se fussent prostituées dans ces maisons dont on a entendu parler en province.
Je n'ai pas besoin de dire que de telles naïvetés et de telles faiblesses ne furent pour rien dans la détermination que prit l'honorable M. *** d'étendre le domaine de son instruction et de commencer une enquête à domicile, interrogeant, toujours en l'absence de son greffier, les mères sur la moralité de leurs filles et les filles sur les écarts de leurs mères.
M. *** avait été chargé d'instruire une affaire déterminée, celle d'un sieur Petit , inculpé d'excitation d'une mineure à la débauche, délit
prévu et puni par l'arlicle 334 du Code pénal.
Mais tout est dans tout. Apprenant par le réquisitoire du procureur de la République qu'il y avait à Paris des maisons dites de passe ou de rendez-vous, il . avait de lui-même étendu son mandat, et paraissait vouloir résoudre judiciai* rement les questions les plus délicates de tolérance administrative.
La police des mœurs m'appartenait, et j'entendais faire respecter mes attributions.
J'appris que le juge d'instruction, sans m'en donner avis, venait de prendre des mesures arbitraires de nature à troubler la sécurité des personnes et la paix des familles.
Il avait imaginé de requérir les inspecteurs de la police municipale et d'établir une souricière dans la maison de la rue Duphot, à l'effet de retenir à sa disposition tous ceux, hommes ou femmes, qui se présenteraient dans cette maison de quatre heures du soir à neuf heures du matin.
A vrai dire, plus indulgent pour les hommes, il permettait de rendre la liberté à ceux qui justifieraient d'un domicile. C'était mettre do braves gens, des pères ou des fils de famille, des députés, des magistrats — oserai-je dire des sénateurs? — dans la cruelle alternative de ne pas Il %
rentrer chez eux, de laisser leurs familles en proie à toutes les tortures des plus terribles suppositions, ou de donner leur nom, leur adresse, aux agents, peut-être bientôt aux journalistes, avec la perspective de déposer comme témoins et de compromettre dans un sccmdalenx débat soit leur mandat de représentant du peuple, soit le caractère de cette magistrature que l'Europe nous envie.
Quant aux femmes — que Tétoile du ballet ci celle de Topérette eussent été sifflées par défaut, le mal eût été réparable; — mais, je le dis bien bas, d'honnêtes dames étaient exposées à rester dans la souricière, pauvres souris blanches qui n'auraient jamais osé revoir la lumière du jour.
Veuillez remarquer qu'il ne s'agissait pa»
d'arrêter les auteurs ou complices du délit commis par le garçon de café Petit, ni les auteurs ou complices de tout autre délit. C'étaient des témoins qu'il s'agissait démettre en état d'arrestation et de retenir en un lieu de débauche, transformé en poste de police, jusqu'à ce que le juge^ après son déjeuner du matin, tta venu les interroger.
Il ne faut pas qu'on m'accuse d'ex:agérer ou de travestir les faits. Voici les instructions de l'honorable M. **% telles que le texte m'en fui
remis par le commissaire de la place Vendôme, qui sans m'en référer, obéir à
4® Un inspecteur, disait B ture et m'amènera, à quatre '.
Leroy, son mari, la femme I
2® A partir de leur départ neuf heures du matin, une i dans la maison; on laissera mais personne ne sortira, sau d'un domicile.
Les noms et adresses des feuille à part, ne figureront p
Sous aucun prétexte les fe maison ne pourront commun
M. le commissaire de polie porter lui-même de cinq à s retourner vers dix heures. Il bres.
3° La femme Leroy, son seront ramenés par Tinspec sortir, sous aucun prétexte, ji heures. Des précautions seron puissent distraire aucun papi(
4* A neuf heures, M. le con retrouvera sur les lieux à l'e nouvelle perquisition.
5* Pour toutes les opératic leurs procéderont avec le plus ront ce qui pourrait donner W
J'ai appartenu à la magistrature ; je sais combien elle est respectable.
Les jeunes gens qui s'y destment passent par rÉcole de droit. Une vie d'étude et de continence les prépare à d'austères devoirs.
Mais quelle que soit la valeur morale d'un homme, dans notre État démocratique^ il n'est pas possible de lui conférer à la fois Tomnipotcnce et Tirresponsabilité.
Si vous admettez qu'un juge inamovible, — qui, tout au plus, peut se voir enlever l'instruction, — prenant pour base de ses opérations un réquisitoire quelconque du procureur de la République, a le droit d'élargir indéfiniment le cercle de ses investigations, de décerner à son gré et sans contrôle des mandats de perquisition ou des mandats d'amener, et de requérir les ageuts de la police municipale, il n'y a pas de puissance qui puisse empêcher ce magistrat de requérir au besoin les brigades centrales, d'envoyer au Dépôt le président de la Chambre et celui du Conseil, de faire enfin un Deux Décembre à toute date de Tannée.
Certes, les attributions du préfet de police sont menaçantes pour la liberté ; mais du moins ce fonctionnaire est amovible; il est responsable devant le ministre de Tintéricur qui, lui-
D'UN PREFl
même, est responsaK
Et cependant tel est '.
préventions qu'on n'h premier venu, parmi le paraîtraient exorbitant} un haut fonctionnaire
J'adressai mes obseï quet.
L'honorable M. *** compte.
Je refusai alors de m position de ce magisti considérais à la fois coi judiciaire qu'il avait r< l'ordre public dont j'avs
L'honorable M. *** i lettre dont la politess tient mall'amertume.
Mais, en même tem d'un fait qui devait m fière obstination du jug droits de mon administ:
Parmi les papiers qi enveloppés dans les ser se trouvaient pour en billets souscrits à l'orc ger-Leroy par ses clic
prêté de l'argent, vendu des diamants oufaitde» livraisons diverses.
Sur quelques-uns de ces billets figuraient des signatures honorablement connues.
Le juge d'instruction eût pu se dispenser de saisir ces valeurs ; mais, les ayant en sa possession, il était fort embarrassé de sa capture.
Allait-il les joindre au dossier correctionnel et compromettre ainsi Thonneur de quelque grand nom ?
L'honorable M. *** ne le voulut point, et, considérant que l'autorité d'un juge d'instruction est « un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part », son imagination lui suggéra, pour faire rentrer les billets en la possession de ceux qui les avaient souscrits, un procédé tout à fait nouveau dans les annales de l'instruction criminelle.
Il jugea à propos de confier quelques-uns de ces billets à un de ses anciens camarades de collège, devenu agent d'affaires, le chargeant d'en encaisser le montant, et plusieurs souscripteurs furent avisés d'avoir à retirer leurs signatures d'une aussi fâcheuse circulation.
Je n'ai jamais douté des bonnes intentions de l'honorable M. ***; mais l'arbitraire en est pavé.
Je commençais à trouver absolument intolé-
rable robstination de ce petit juge inamovible à mettre les pieds dans le plat de Tarbitraire.
En conséquence, je rédigeai un mandat ainsi conçu :
Nous, préfet de police.
Vu les renseignements à nous parvenus, desquels il résulte que le sieur F..., se disant avocat et domicilié à Paris, rue...., est détenteur de pièces saisies au domicile du sieur Eppinger, dit Leroy, telles que lettres, billets à ordre, etc. ;
Attendu que la possession desdites pièces ne peut s'expliquer que par un acte délictueux, et qu'il importe d'empêcher qu'il en soit fait un usage préjudiciable à l'honneur des tiers;
En vertu de l'article 10 du Gode d'instruction criminelle,
Mandons et ordonnons à M. Clément, commissaire de police, de se transporter au domicile dudit F..., à l'effet d'y rechercher et saisir lesdits papiers, qui seront envoyés à la préfecture de police.
Le procès-verbal qui sera dressé de cette opération nous sera transmis sans délai avec les. objets saisis placés sous scellés.
Fait à Paris, le 24 février 188i.
Andrieux.
Une heure plus tard, M. Clément, ayant rempli sa mission, m'apportait les billets à ordre et
quelques lettres que l'honorable M. *** s'était cru autorisé à distraire de son dossier et à faire remettre à leurs signataires, par Tintermédiaire de Tavocat « receveur de rentes ».
J'écrivis le lendemain à M. *** la lettre suivante :
Pans, 25 février 1881.
Monsieur le juge d'instruction,
J'ai rhonneur de vous adresser la commission rogatoire que vous m'avez réclamée par votre lettre de ce matin.
J'ai fait connaître à M. le procureur de la République les motifs d'ordre public pour lesquels je n'ai pu consentir à ce que cette commission rogatoire fût exécutée par mes agents, et je l'ai prié de vouloir bien vous en entretenir.
Je joins à cette pièce un carnet saisi par vous chez la femme Leroy et que vous avez confié à M. Lerouge.
Enfin, j'adresse à M. le procureur de la République un scellé comprenant quatre lettres et deux billets a ordre que j'ai fait saisir chez un sieur F...
Je n'ai pu admettre et je me refuse encore à croire que ces documents, intéressant l'honneur des personnes, aient pu, après avoir été précédemment saisis par vous, sortir avec votre consentement de vos dossiers pour être confiés à un agent d'aff'aires, dans l'intérêt d'une négociation étrangère à la recherche des faits délictueux dont vous pouvez être saisi.
Je VOUS serai très ob Tavenir, vous servir de n parvenir à MM. les co mandats et vos commissii
Nous éviterons ainsi d< cultes dont je désire bien
Veuillez agréer, monsie
M. *** me répondit un agent d'affaires « du mot », et qu'il était plus grandes familles; que son plus vif dés devoirs de magistrat a^ tratives, dont il était 1 l'importance.
Je serais désolé qu inspiré par un sentimen rableM. ****.
Ce distingué magist commune des juges d' volontiers hommage à tions ; mais j'ai dû n honnêtes, les usurpatio
i. En remplaçant ici par de j'espère avoir suffisamment ] de Youloir le désobliger.
sa procédure, afin de faire connattre les vrais, les seuls motifs de Tinter vention préfectorale.
Je n'ai pas, du reste, la prétention d'empêcher mes adversaires de raconter que le préfet de police prenait part aux orgies de la rue Duphot, qu'il s'y dissimulait sous l'ingénieux pseudonyme de Mystère, et que les mobiles les moins avouables peuvent seuls expliquer sa résistance aux procédés extra-judiciaires de l'honorable M. **\
On ne remonte pas facilement le courant d'une légende que les poètes eux-mêmes ont consacrée.
Mon collègue Clovis Hugues Ta mise en petits vers au mois de mars 1881.
Sa pièce était intitulée Monsieur Mystère.
Elle était amusante, bien qu'un peu longue :
A Ja porte d'un monastère Un personnage sérieux, Vêtu de noir comme Andrieux, Frappait mi soir avec mystère.
A la griUe braquant les yeux, L'abbesse, mie personne austère, Lui dit, non sans quelque mystère :
« Nous ne redoutons qu'Andrieuz I x>
Il répondit : « Je sais me taire.
» Au diable les gens curieux !
» S* ne connais pas Andrieux ; » Ja m'appelle monsieur Mystère. »
L*abbesse répliqua : « Tant mieux I » Vous avez Tair d'un bon notaire...
» Veuillez entrer, monsieur Mystère, » Et déûez-vous d'Andrieux I »
Selon les rites de Gythère, On fêta divers petits dieux.
Qu'aurait dit messire Andrieux, S'il eût pincé monsieur Mystère?
Notre homme, abreuvé dé vins vieux, Oublia le ciel et la terre :
« Buvons tous, dit monsieur Mystère, » A la culbute d' Andrieux ! »
Les lecteurs de la Ligue chercheront la suite dans les œuvres complètes du poète marseillais.
C'est gai et pas méchant. La plus fine malice est dans le couplet suivant :
Dans les bureaux du ministère On n'a qu'un détail précieux :
Les gants gris perle d'Andrieux Vont très bien à monsieur Mystère.
Ne la retrouvant plus, j'ai dû prier Clovîs Hugues de m'envoyer cette pièce de vers. Il y a joint deux mots d^autographe :
Mon cher collègue.
Ci-joint la machinette promise. Avec un bonjour à K Monsieur Mystère ».
Glovis Hugues.
SI SOUVENIRS
J'aime les gens qui ne se prennent pas au sérieux. Ils ne ressemblent ni aux francs-maçons ni aux juges d'instruction.
Une parenthèse
' L'affaire de la rue Duphot eut un épilogue; mais, avant de le narrer, je demande à ouvrir une parenthèse.
Je veux répondre^ sans plus tarder et en bloc, aux principales attaques dont mes Souvenirs sont l'objet et le prétexte.
Qui Teût cru ? disent les officieux. Un ancien préfet de police^ un ancien ambassadeur, livrer ainsi les secrets de Fadministration I c'est incorrect, c'est choquant ! Le gouvernement doit mettre fin à de telles indiscrétions, et puisque les poursuites dirigées contre M. le docteur Wittelet * n'ont pas été comprises comme un avertissement indirect, il faut qu'à son tour M. Andrieux
1. M. le docteur Watelet venait d'être condamné à l'amende pour avoir fait connaître la maladie & laquelle avait succombé le peintre Bastien Lepage.
aille s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle pour violation du secret professionnel.
Expliquons-nous d'abord avec les officieux, pour la plupart anciens révolutionnaires qui s'éprennent d'un amour tardif de la correction, et n'ont pas eu toujours les mêmes pudeurs à la vue de ceux qui chiffonnent la collerette empesée de l'administration.
Après avoir trouvé que tous les moyens étaient bons pour jeter par terre les régimes |irécédents, les hommes qui sont au pouvoir prétendent s'approprier, pour consolider leur propre trône, tontes les traditions des monarchies qu'ils ont renversées.
Sous une monarchie, le fonctionnaire qui rentre dans la vie privée conserve des obligations de gratitude et de fidélité envers la dynastie dont il fut et restera le serviteur.
Mais, dans le système de nos institutions, quel est l'élément permanent au nom duquel on prétendra m'imposer les mêmes obligations.
Est-ce que je dois quelque chose au cabinet actuel * ? Est-ce qu'il n'est pas composé de mes adversaires? Est-ce qu'il n'offense pas toutes les
!. Le cabinet orésidé par M. Jules Ferpy.
M SOUVENIRS
id^os qnî me sont chères ? Est-ce qu'il ne barw pas le chemin aux espérances d'un meilleur avenir? Est-ce qu'il n'impose pas à mon pays nue politique que j'abhorre?
Ce fut un député plutôt qu'un fonctionnaire qu'on appela en ma personne à la préfecture de police. Je m'efforçai, on le sait bien, d'y appliquer mos idées, non celles des gouvemementi qui m'appelèrent ou me maintinrent à la tête de cette administration. J'y fus toujours l'adversaire des ministres de l'intérieur, mes prétendu» chofs. J'en atteste M. Lepëre et M. Constans: ni l'un ni l'autre ne dira que je fus pour eux un subordonné.
Quand je servis leur politique, c'est que je ne pus faire autrement.
Je donnai ma démission à la suite d'un conflit avec le ministre de l'intérieur.
Je retrouve aujourd'hui au pouvoir la politique dont j'ai voulu me séparer. Je la combats avec mes armes ; qu'elle les brise avec ses lois, a elle le peut.
Au nom do qui, au nom de quelle idée supérieure à nos discordes me demandera-t-on le respect ? Au nom de la patrie ?
Ce sont ses intérêts que je sers, suivant mon intelligence et mon cœur. C'est à son appel que
je crois répondre dans la 1
gagé.
Je reprends, après M. J d'autres vues d'avenir, le tions nécessaires ».
Mais il me semble que tribune rostrale, le joue quité qui m'invite à doi élevée.
Ce flûtiste serait-il m M. Albert Wolff?
L'aimable courriériste d moi la défense des francs-
« C'est, dit-il, une besdéverser le ridicule sur d'I
Que vont dire les curés, tait à V Univers la clientèle
Seriez-vous franc-maço Ce n'est pas à vous, n'est l'aventure que raconte député franc-comtois ?
Le profane qui demande mis en face d'un pistolet. S la poudre dans le canon forcée à coups de maillet ; « la cheminée :
— Profane, lui dit-on,
U cerveQ^ pour proarer qae tous êtes Sp»
à*onvTZT Ie< Tenx à la Imnîère.
— Moi. me brûler la cervelle^ jamais IPhtit
la mort!
— Réfléchissez, profane.
— Jamais, voos dis-je : je renoncerais plotôtà être franc-maçon.
— Eh bien! proEane, nous allons voas demander an sacrifice pins doalonrenx encore... Brûlez la cervelle au frère que voici.
Le profane lève le bras, comme ma par un ressort: son doigt presse la détente; le coup part... on n'entend que le bruit de la capsule. Il n'est pas besoin de dire que, si noire qu'elle fui, la poudre était inoffensive.
M. Albert Wolff ne se borne pas à rompre des lances en faveur des francs-maçons : « Le préfet de police, dit-il, est un serviteur de l'État. »
Pas de rÉtat actuel, mon cher confrère, si vous le permettez.
En vérité, où allons-nous! Le Figaro feit-il concurrence au XIX^ Siècle? Va-t-il prendre ce sous-titre : Journal républicain conservateur?
M. Charles Laurent, dans le Paris, n'est pas moins irrité. Il s'indigne que les fonds secrets aient été employés à subventionner la Révoktion sociale, 11 s'en prend à mon collèffue
M. Laguerre, qui a învo< critiquer l'inslitution môi police.
— C'est la police de M ainsi, dit M. Charles I quatre ans, nous avons cl
— Pardon, confrère, dénoncé moi-même, je mes aveux, en dénonçant
J'ai agi sous les yeux chiques. Je n'ai rien cach< rieur, qui représentait alo:
ment gambettiste, etrhon< affirmé que M. Jules Fer conseil, connut par lui l\ Révolution sociale.
J'en ai personnellemen betta, qui goûtait fort ces
Je dois ajouter, d'aill décharge, dont je me souc MM. Gonstans, Gambetta donnant les fonds nécess Révolution sociale, je créai:
lance et non un instrumen
Quand le Paris s'entend pour prétendre que Targer nal socialiste est responsa
encourues par Louise Michel, Kropotkine et Emile Gauthier, ces conservateurs eudurcis que seule la police ajetés dans l'anarchie, ils abusent an peu de la crédulité publique.
Toutefois, je ne combats par leurs conclusions. Je me joins à eux pour demander ramnisiie.
Marat était le père du peuple; je veux partager avec lui cette paternité. Les oppositions n'ont jamais intérêt à refuser Tamnistie.
Donc, je fais cause commune avec M™* Emile Gauthier, qui invoque mes révélations pour obtenir la mise en liberté de son mari.
Où je ne puis la suivre, c'est quand elle me réclame 292 francs qu'elle dit avoir payés pour le compte de la Révolution sociale.
Ce n'est pas le citoyen Andrieux, opérant pour son compte personnel, qui subventionnait le journal de M. Emile Gauthier et de M"* Louise Michel, c'est le préfet de police agissant pour le compte et dans l'intérêt de l'État.
N'ayant pas emporté les fonds secrets, je ne puis accepter le passif.
Je conseille à M""* Emile Gauthier de s'adresser à M. Camescasse.
M. ***, Juge d'instructic
Dieu et les lecteurs • témoins que j'ai été plein M. ***, juge d'instruction.
Je ne me suis hasardé i dans l'affaire de la rue I livré à une consciencieu amour-propre, en brûlan l'encens le plus capiteux dire, au risque d'offense plus légitimes de ses colU clairvoyant parmi les jug bunal de la Seine.
n parait (Jue je n'avais la dose de l'hyperbole, ca rable magistrat la lettre se
« Monsieur,
» Au mois de mars 18( conflit qui s'éleva entre n vous venez de rappeler
aacane peine à justifier, anprfes de mes chefs hiérarchiques, les mesures que j'airais ordonnées.
» Aujourd'hui, il me serait également facfle, avec les documents du dossier, d'éclairer l'opinion sur les faits que vous m'imputez dans vos feuilletons, et de compléter ainsi, sur des points tfès importants, votre récit et des aveux utiles à retenir.
» Mais je ne pourrais me défendre qu'en trahissant, par une coupable violation du secret professionnel, le devoir du magistrat.
i> Je ne le ferai sous aucun prétexte ; — vous pouvez donc, si cela vous plaît, poursuivre vos attaques, avec d'autant plus de liberté que vons êtes fixé maintenant sur l'attitude que j'entends conserver.
» Je laisserai au public le soin d'apprécier quel est, de nous deux, celui qui comprend le mieui ses devoirs.
» Vous voudrez bien insérer dans votre prochain numéro cette simple, mais très nette protestation, que j'ai l'honneur de vous envoyer, en vertu du droit de réponse que me donne la loi.
» Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
» juge d'instruction. »
L'honorable juge d'instruction aurait pu se dispenser d'invoquer la loi pour obtenir l'insertion de sa lettre. La courtoisie et Téquité eussent suffi pour ouvrir les colonnes de la Ligue à ce qu'il appelle sa « simple, mais très nette protestation ».
Toutefois, il me permettra de n'être pas d'accord avec lui sur les épithètes, sa protestation me paraissant aussi dénuée de netteté que de simplicité. Je dis à M. *** :
1® Sortant du mandat que vous confiait le réquisitoire du procureur de la République, greffant sur une affaire spéciale une information plus ample qui intéressait votre amour-propre ou votre curiosité, vous êtes allé, sans votre greffier, faire une perquisition et une saisie dans une maison de débauche ; vous avez emporté, sans en dresser procès-verbal, dans une serviette, qui n'était pas celle du juge d'instruction, des livres, des correspondances et des billets à ordre ;
2* Vous êtes allé, toujours sans votre greffier, chez certaines personnes dont vous avez trouvé les noms sur les livres saisis; vous avez, au mépris de toutes les formes et de toutes les garanties judiciaires, commencé une enquête à domicile;
3^ Vous avez donné des instructions à un com-
missaire de police pour retenir dans une maison de débauche, transformée par vous en poste de police, de quatre heures du soir à neuf heures du matin, toutes les personnes de l'un ou de l'autre sexe qui s'y pourraient présenter; et ce n'étaient pas les auteurs d'un délit que vous alliez ainsi séquestrer pendant dix-sept heures, au risque de troubler profondément les familles, c'étaient tout au plus des témoins que vous mettiez arbitrairement en état d'arrestation pour pouvoir plus à votre aise les interroger le lendemain ;
4* Enfin, vous qui vous étiez montré si peu soucieux de ménager Thonneur des personnes et la paix des familles, vous avez eu des soins inattendus lorsque vous vous êtes trouvé en face de noms qui vous ont paru dignes de votre sollicitude.
Vous avez confié à un agent d'affaires les billets souscrits à l'ordre de la fenune Leroy, et donné à votre mandataire l'étrange mission d'en opérer le recouvrement.
Voilà, monsieur, ce qui est net; et, à l'appui de mes affirmations, j'ai apporté diverses pièces justificatives, notamment la copie textuelle des instructions données par vous au commissaire de police du quartier.
Ce qui serait nei encore, ce serait d'opposeï
un démenti à l'une des articulations ci-dessus.
Aucun secret professionnel ne vous empêche de nier Texactitude de mon récit. Vous vous bornez à dire qu'il vous serait « facile de le compléter; » c'est reconnaître que vous n'avez rien à en retrancher.
Eh bien I monsieur, il se peut que vos « supérieurs hiérarchiques » se soient contentés de vos explications en 1881 ; mais je doute que l'opinion publique accepte aussi facilement les mesures pour l'exécution desquelles j'ai cru devoir, dans l'intérêt de la liberté individuelle et de la sécurité des familles, vous refuser le concours de mes agents.
Vous m'opposez le secret professionnel. Pour vous, monsieur, le secret professionnel est commode, en vérité, puisqu'il vous dispense, non seulement de vous expliquer sur les faits précis que j'articule, mais encore de répondre par une simple dénégation. Le secret professionnel vous est commode edcore, parce qu'il vous dispense, faisant taire vos rancunes, de remplir vis-à-vis de moi un devoir de loyauté que je n^ai point à vous suggérer.
En ce qui me concerne, il n'y a pas de discrétion qui m'oblige à passer à la nostérité sous le
•4 sorTE!cns
fKseadonriiie de Myiitre^ arec un arc à la main et des ailes daos le dos.
Pour expliquer mon interrentioa dans celte affaire et ne pas permettre à la mauTaise foi des partis d'en dénaturer pins longtemps les mobiles, j'ai dn faire connaître les actes auxquels j'ai refusé d'associer mes agents.
J'estime que c'était mon droit; j*en ai usé sans soulever aucun des voiles qui doivent être respectés.
Sous prétexte de protestation, la lettre de M. *** est l'aveu le plus complet de tout ce que j'avais affirmé.
Je pourrais m'en tenir à cette réponse; mais puisque rhonorable juge d'instruction , non content de rapprobation de sa conscience et de ses V chefs hiérarchiques », sollicite encore celle du a public », auquel il laisse « le soin d'apprécier quel est, de nous deux, celui qui comprend le mieux ses devoirs », je veux compléter mon récit en faisant connaître les dernières, mais non les moins graves conséqifences des procédés d'instruction auxquels avait eu recours M. ***•
D'UN PRÉFE