‹ Souvenirs d'un préfet de police (volume 3)Chapitre 4 sur 24 · avril · texte numérisé non relu

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en plus leur sang-froid, ne manquèrent pas de dire qu'il y avait eu de sa part un guet-apens. Dès le lendemain, ils firent courir le bruit de Tàrrestation du père et fils et celte fausse nouvelle se répandit bientôt dans le monde entier.

Il est vrai qu'un des premiers soins d'Alexan dre III fut de remplacer son oncle dans les fonctions de grand amiral et de président du conseil de l'Empire; mais est-il besoin de faire remarquer que cette grave mesure avait des motifs purement politiques? n'est-il pas évident que s'il avait voulu frapper un complice des régicides, la justice de Tempereur eût été plus exemplaire?

A propos de l'arrestation d'un des fils du grandduc Constantin, on a fail, depuis quelques années, une confusion regrettable. Tous ceux qui ont lu le « Roman d'une Américaine » de Fanny Lear savent en effel, que c'est Nicolas, Taîné dos fils du grand-duc, qui en est le héros malheureux et que son arrestation qui dure toujours, est aniérieure à lattenlat de Salowieiï. C'est le seul neveu d'Alexandre II qui ait été arrélé et je n'apprendrai rien aux lecteurs en leur disant que c'est pour des motifs tout à fait étrangers aux exploits révolutionnaires.

On a aussi fait remarquer que les journaux révolutionnaires russes ont toujours gardé le

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Plus d'un banquet, avant celui du Cercle national, avait retenti de toasts portés à diverses Républiques plus ou moins chargées d'épithètes et de reliques : on ne comptait plus les orateurs qui la voulaient libérale, conserv^alrice, sociale ou raflicale, ni ceux qui réservaient leurs hommages pour la « Une et indivisible », ni ceux qui les déposaient aux pieds de la fédérale.

AI. Jules Forry est peut-être le premier qui ail bu h la République parlementaire, et nettomenl affirmé par là son attachement pour le svsième de la responsabilité ministérielle greffée sur les institutions démocratiques.

Cet homme d'Etat n'a pourtant pas toujours eu la même conception des institutions qui convionnenlà notre pays, et en 1869, à Lausanne, au « Congivs de la paix et de la liberté », il prononçait un discours d'où j'extrais ce passage, qui iH' méritait pas l'oubli où il est tombé :

« Si vous accouplez ces deux choses le régime parlementaire et la centralisation, disait Toralour, sachez que le régime parlementaire, soit sous une République, soit sous une monarchie, n'a que le choix entre ces deux genres de mort : la putréfaction comme sous Louîs-Phîlippo ou l'embuscade comme avec Napoléon III. »

M. Jules Ferry, auquel il faut rendre cette

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justice qu'il n'csl pas 1 avait résolument opté et s'il a ainsi compro peiit-être aussi la durée il s'est du moins assur rite longtemps fidèle, de sa chute, lui conseï regrets.

Le public confond i mentaire et le régime i par attachement pour 1 contre ceux qui combat donc de faire cesser u fite qu au parlementarii

Le régime représen les attributions essenti qui appartient en princ guées séparément à ur pouvoir législatif. Dans vernent comme ceux q directement la nation.

Le régime parlementa la confusion des pouvoii aux mains d'un Parlei tout entière.

Sans doute, dans ce côté des Chambres qui

et un roi ou un président de la République qm apparaissent comme un pouvoir exécutif, distinct (lu législatif.

Mais le roi n'est qu'un ornement, il est là ponr la décoration de l'édifice ; il n'a pas de respoDsabilité, parce qu'il n'a pas de pouvoir, ou plutôt il n'a pas de pouvoir, afin de n'avoir pas de responsabilité.

Le roi règne et ne gouverne pas ; et, si l'État est républicain, le président, dont Futilité, ao point de vue décoratif, devient plus contestable, ne règne ni ne gouverne. Il est élu par les Chambres, et, à moins de soutenir que tous les foDCtionnaires sont plus ou moins directement les élus du pays, il serait inexact de dire qu'il représente la nation.

Les ministres, de leur côté, ne représentent que le Parlement; c'est par lui qu'ils sont désignés au choix du roi ou du président ; c'est par ses votes qu'ils sont renversés.

Dans le système parlementaire, les députés ont tous les pouvoirs, mais comme leur nombre s'oppose à ce qu'ils exercent directement le pouvoir exécutif, ils désignent une commission de gouvernement, toujours révocable, qu'on appelle le cabinet.

Cette délégation des attributions gouverne-

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executive ne fait pas obsl pouvoirs. Les députés ne férer et à voter les impôts la direction politique et ;

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leurs votes, des nominat des récompenses honorif fer, des canaux ou des fav D'autre part, les mini confection des lois, non paration et pour ^initiati^ sion, et ils posent la ques de cabinet devant les Ch* que le législateur se dé ter des problèmes législatifs, rations d'ordre juridique maintenir au pouvoir ses ses adversaires.

Les questions de cabi seules qui passionnent L des séances est déserte qu d'affaires; mais elle se r tence du cabinet est en je renverser les ministères <

roiisrrver. Les majorités à cet vgSLrd sera mal venues à reprocher aux miuorilés li |néoccupalioiis intéressées. Témoin écœuri' li'urs rompélilions, le public n'en est plu i^rnorcr que les uns veuleut prendre le pouv que les autres veulent le garder, et que finances, larmée, la justice, les travaux pubii el jusqu'à la politique extérieure, sont tous jours sacrifiés aux intrigues et aux convoili <les partis.

Le régime parlementaire u'est pas né !

notre sol ; c'est une fleur d'exil que le Louis XVIII avait cueillie en Angleterre.

Pas plus que lancienne monarchie la Ré lution française n a connu le parlementarisD et ce n'est qu'en 1814 que le système de la r ponsabilité ministérielle, au sens anglais de< mots, a fait, avec la Charte, son apparition pat

nous.

Depuis lors, une grande école s'est formée < voit, dans les institutions anglaises la for idéale du gouvernement, la seule garantie < libertés publiques et le dernier mot de la sa^^e politique. Comme toutes les écoles celle-ci \xi avec dédain quiconque méconnaît sa doctri

Je ne voudrais pas encourir les excommun lions des docteurs en me prononçant d'

mentales et administratives à une commission executive ne fait pas obstacle à la confusion des pouvoirs. Les députés ne se bornent pas à légiférer et à voter les impôts, ils interviennent dans la direction politique et administrative du pays, soit qu'ils aient recours aux interpellations et aux ordres du jour pour imposer leurs volontés aux ministres, soit qu'ils exigent, en retour de leurs votes, des nominations de fonctionnaires, des récompenses honorifiques, des chemins de fer, des canaux ou des favem^s administratives.

D'autre part, les ministres participent à la confection des lois, non seulement pour la préparation et pour l'initiative, mais pour la discussion, et ils posent la question de portefeuille ou de cabinet devant les Chambres, de telle façon que le législateur se détermine, dans la solution des problèmes législatifs, moins par des considérations d'ordre juridique que par le désir de maintenir au pouvoir ses amis ou d'en chasser ses adversaires.

Les questions de cabinet sont d'ailleurs les seules qui passionnent le Parlement. La salle des séances est déserte quand on discute les lois d'affaires; mais elle se remplit dès que l'existence du cabinet est en jeu. Tout est bon pour renverser les ministères comme aussi pour les

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«•ouscrver. Les majorités à cet égard seraient mal venues à reprocher aux minorités leurs préoccupations intéressées. Témoin écœuré Je leurs compétitions, le public n'en est plus ù ignorer que les uns veulent prendre le pouvoir, que les autres veulent le garder, et que les finances, l'armée, la justice, les travaux publics, et jusqu a la politique extérieure, sont tous les jours sacrifiés aux intrigues et aux convoitises des partis.

Le régime parlementaire n'est pas né sur notre sol ; c'est une fleur d exil que le roi Louis XVIII avait cueillie en x^ngleterre.

Pas plus que l'ancienne monarchie la Révolution française n'a connu le parlementaiûsme, et ce n'est qu'en 1814 que le système de la responsabilité ministérielle, au sens anglais de ces mots, a fait, avec la Charte, son apparition parmi nous.

Depuis lors, une grande école s'est formée qui voit, dans les institutions anglaises, la forme idéale du gouvernement, la seule garantie des libertés publiques et le dernier mot de la sagesse politique. Comme toutes les écoles, celle-ci traite avec dédain quiconque méconnaît sa doctrine.

Je ne voudrais pas encourir les excommunications des docteurs en me prononçant d'une

manière absolue contre le parlementarisme, mais je prétends qu'il ne peut vivre et prospérer que dans un État aristocratique.

J'admire bien volontiers le merveilleux équilibre réalisé par les institutions anglaises ; mais je nie la possibilité de le reproduire sur le sol mouvant d'une démocratie.

La Constitution anglaise n'est pas, autre Minerve, sortie tout armée du cerveau d'un législateur; elle est le produit du temps et de révolutions successives ; elle est la combinaison naturelle et délicate d'éléments difficiles à réunir ; elle ne saurait s'acclimater dans un milieu trop différent de celui où elle a pu naître.

S'il est vrai, comme on l'a dit souvent, que le régime parlementaire soit le gouvernement des partis, il faut, pour qu'un tel gouvernement soit possible, qu'il y ait dans le Parlement une majorité incontestable et assez bomogène, assez forte pour défier les coalitions des minorités ; il faut deux partis en présence, des whigs et des tories comme en Angleterre ; des libéraux et des cléricaux comme en Belgique ; et si un troisième ou un quatrième parti réussit à s'assurer une représentation dans les Chambres, il importe quil n'ait pas une force numérique suffisante pour trancher k son gré les questions en se ]for(anl, 11 **? 8

suivant les cas, du côté des whîgs ou du côté des tories.

Ce système, qui a la prétention d'assurer le gouvernement du pays par la majorité parlementaire, peut, en effet, aboutir, soit à Timpossibilité de gouverner, soit à l'arbitrage souverain d'une infime minorité entre deux partis disposant d'une force numérique à peu près égale. Et ce résultat, qui déjà s'est rencontré dans l'histoire, nous apparaît comme probable dans ce pays, après les élections prochaines.

Il n'est pas, en effet, nécessaire d'être prophète pour prévoir que les fautes d'une politique égoïste autant qu'imprévoyante auront pour conséquence d'aggraver les divisions, déjà profondes, du parti républicain, et de ranimer'les espérances des partis irréconciliables. Les vraisemblances portent à croire que les conservateurs, dans la prochaine Assemblée législative, quoique fort éloignés d'avoir la majorité, auront gagné un certain nombre de sièges sur les opportunistes, qui en perdront d'autres encore dans leur lutte contre les radicaux et les indépendants. Nous assisterons au singulier spectacle d'une droite, hostile au principe des institutions, se constituant à l'état de groupe Target entre deux fractions à peu près égales du parti républicain, et

apprenant aux théoriciens comment le parlementarisme peut être le gouvernement du pays par les minorités.

Ces résultats des élections se produisent rarement dans les pays de suffrage censitaire, parce que la restriction du droit de vote a pour effet de limiter aux classes riches ou aristocratiques la possibilité de se faire représenter, et cette fraction de la nation, ayant à peu près les mêmes intérêts, natm-ellement attachée à la forme du gouvernement qui lui assure la prépondérance, se divise en deux partis : des conservateurs qui ne laissent pas d'êti'e des libéraux, et des libéraux qui ne laissent pas d'être des conservateurs. On réalise ainsi, sans trop de difficultés, les vraies conditions du gouvernement parlementaire entre la majorité qui prend le pouvoir et « Topposition de la reine » qui attend son heure et s efforce de la rapprocher.

Avecle suffrage universel, toutes les opinions, tous les intérêts, tous les appétits, toutes les rancunes, toutes les couches de la stratification nationale doivent être représentés dans le Parlement. De là Témiettement des partis et Timpossibilité de constituer une majorité de gouvernement, surtout dans un pays où, indépendamment des divisions résultant de Topposition des intérêts et des croyances, il faut encore compter avec

HO SOUVENIRS

les souvenirs, les regrets et les espérances qui ont survécu aux révolutions.

Quand il s'agit de former un cabinet, si rhômmc d'Etat chargé de cette mission ne fait appel qu'aux hommes de son « groupe », sa conàbinaison n'a pas de lendemain. Il doit donc renoncer h faire un cabinet homogène; il cherchera à lier, par le lien de la responsabilité solidaire, des hommes qui n'ont ni les mêmes programmes ni les mêmes amis.

De là, sans doute, des lenteurs et un laborieux accouchement ; mais on finira toujours par rencontrer assez de patriotisme et de dévouement chez les uns, assez d'ambition ou de vanité chez les autres, pour s'assurer l'adhésion d'une douzaine de ministres et de plusieurs sous-secrétaires d'i'lat.

On prendra dans chaque groupe, non pas toujours les plus dignes ni les plus capables, mai« ceux qu'aura désignés le hasard de la composition du bureau. Le député de Bombignac n'a pas beaucoup de prestige et encore moins de talent; mais il était assidu aux réunions et ne portait ombrage à personne : on l'a nommé président; il est désigné pour être ministre; on lui donnera un portefeuille d'aiïaires, car les portefeuilles politiques sont réservés aux capacités. A la

rigueur, on pourra lui confier les sceaux de la République, s*il a été clerc de notaire.

Ces procédés, en usage pour la composition d'un cabinet, n'entraînent généralement d'autres satisfactions que celles des honorables députes ou sénateurs auxquels un portefeuille est échu. Quant aux membres des groupes qui ont été distingués en la personne des nouveaux ministres, ils se demandent, non sans amertume, quels peuvent être les raisons d'une préférence qui prend facilement à leurs yeux les allures dune iniquité.

Supposons, toutefois, que le président du conseil ait fait le bonheur de la gauche radicale en lui empruntant Thonorable M. Hérisson, et celui de l'Union démocratique en lui prenant l'honorable M. Méline : nous voilà avec dès embrassomonts sur la planche pour la durée d'une lune tout au plus. Le lendemain, il faut gouverner; on a pu emprunter des hommes à chaque groupe, mais on ne saurait prendre à chaque groupe son programme, quand les programmes sont opposés. Il faudra opter pour une politique, pour celle d'un groupe, c'est-à-dire pour celle d'une minorité. Aussitôt la coalition se reforme contre le cabinet, qui d'ailleurs, par le vice de son origine, ne tarde pas à sentir en lui-même le . germes d'une mort prochaine.

Si les cabinets ne sont pas homogènes, ils périsssent parce que l'Écriture a dit : « Toute maison divisée contre elle-même périra; » si, au contraire, ils connaissent le bienfait de l'homogénéité, ils tombent plus rapidement encore, parce qu'ils ont contre eux des minorités relatives qui forment par leur entente une majorité absolue.

Ces observations m'amènent à formuler ainsi ma pensée : Le parlementarisme est incompatible avec le suffrage universel, parce que le suffrage universel, en assurant à tous les partis et à toutes les classes une représentation, s'oppose à la formation d'une majorité de gouvernement.

M. Gambetta, devant qui j'ai plusieurs fois émis cette opinion, croyait avoir trouve, dans le scrutin de liste, un heureux correctif à l'antinomie sur laquelle j'appelais son attention.

Ne voulant supprimer ni le suffrage universel, qui était la raison d'être de son parti, ni le parlementarisme, que son éloquence transformait en un instrument de domination, cet homme d'État avait rêvé d'assouplir à ses vues le suffrage universel et de se constituer une majorité de gouvernement en excluant du Parlement toutes les minorités.

Les anciens procédés de la candidalure officielle étant hors d'usage^ le scrutin de liste paraissait devoir se prêter aux combinaisons de M. Gambetta.

Il est certain que plus on étend le collège électoral, plus on a de chances d'exclure les minorités, et si Ton pouvait réaliser le vœu d'Emile de Girardin, qui demandait un collège unique, on aurait sans doute une Chambre qui serait, non la représentation de la nation, mais celle d'un parti.

Le scrutin de liste, à moins qu'un courant d'opposition n'entreiîne irrésistiblement la nation, se prête mieux qu'un autre à la candidature officielle, parce qu'il donne d'ordinaire le succès au parti le mieux organisé, et quelle organisation pourrait-on imaginer qui fût supérieure à celle du gouvernement ayant sous sa main les fonctionnaires de tout ordre, les finances et les journaux officieux ou susceptibles de le devenir?

A ces moyens d'action, M. Gambetta ajoutait le prestige que lui donnaient les souvenirs de la Défense nationale et l'éclat de son talent : aussi, dès qu'il prit le pouvoir, s'empressa -t-il de proposer à la Chambre le rétablissement du scrutin de liste. Dans sa pensée, ce mode de votation non seulement devait préparer l'avenir, mais

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inconciliable avec le muffnge unirersel. L'Ai Icrre Ta bien compris, et sur ce sol où ont naissance les plus ingrénienx systèmes destin assurer aux minorités une équitable représ< tion, si on a réussi à en faire rapplication à comités administratifs, notamment aux coi des écoles, la Chambre des communes s'est gardée de se prêter à de semblables expériei C'est assez pour elle d'avoir vu surgir, à côt whigs et des tories, un parti radical et un irlandais qui menacent déjà les vieilles ini lions. Le jour où elle s'ouvrirait à de nom minorités, elle ne tarderait pas à fournir i thèse un décisif argument.

Conséquence inévitable de Textrême di\ des partis dans le Parlement, l'instabilité n térioUe frappe de stérilité le régime qui s'y ti condamné par la nature de ses institutions.

Quelle autorité peut avoir un ministre su personnel lorsque chaque jour qui s'écoule être la veille de sa chute? Quel respect, i obéissance obtiendra-t-il de ses subordo nommés, pour la plupart, par des prédéces dont il fut et dont il reste l'adversaire? N nas exDosé aux nièeres et à la trahîar^r^ Ao.

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les mêmes profits pour le pouvoir ni les mêmes dangers pour la liberté.

Tandis que le chef du parti autoritaire cherchait, dans Texclusion des minorités, le remède à cette variété d'anémie qu*on appelle le parlementarisme, d'autres esprits, plus respectueux des libertés publiques, mais peut-être moins clairvoyants, cherchaient l'amélioration de nos institutions dans la représentation proportionnelle des minorités. Les divers moyens d'assurer cette représentation ont donné lieu a d'intéressants écrits, à la formation d'une société d'études et même à des propositions dues à l'initiative des députés.

Je ne saurais trop approuver ces propositions, si je les considère au point de vue du système qui a mes préférences. Le régime représentatif, eu effet, s'accommode à merveilh; de la représentation de toutes les minorités; il se prête à ce que toutes les opinions puissent se faire entendre dans l'Assemblée nationale. Celle-ci, en effet, n'ayant plus à constituer ni à faire vivre un ministère issu de son sein, n'a pas besoin d'une majorité de gouvernement.

Mais le régime parlementaire est incompatible avec la représentation proportionnelle des minorités pour les mêmes raisons qui le rendent

mai» que, le plus souvent, il est remplacé (l'en avoir pu achever Ja lecture.

Je ne dis certainement pas ces choses p honorables membres du cabinet que i M. Brisson. Je veux croire que les noi ministres sont exempts des infirmités de devanciers.

Mais, si j'en excepte les membres d'uni qui a l'avantage de n'avoir pas encore de il faut bien reconnaître que les titulaires vers portefeuilles nous ont le plus souvent le lamentable spectacle de supérieurs hié ques inférieurs à leurs inférieurs livré défense à leurs chefs de bureau dont ils dent parce qu'ils ne voient, n'entendent parlent que par les organes de ces foi iiaires.

C'est surtout dans nos rapports avec les sauces étrangères que l'instabilité des nii apparaît avec ses lamentables conséqi Dans cette partie serrée que jouent les mates, et dont les plus graves intérêts soi jeu, comment espérer qu'un nouveau pourra, avec des chances à peu près é^ale seoir au tapis vert, en face du chancelier (

Aussi ne saurait-on s*étonner quand on voit, chaque jour, les fonctionnaires apporter aux leaders de l'opposition les renseignements et les documents nécessaires pour les interpellations sous lesquelles doit succomber le cabinet. J'ai, pour ma part, sur le bureau où j'écris ces lignes, plusieurs dossiers fournis par les fonctionnaires de M. Jules Feny et de M. Waldeck-Rousseau, et probablement j'en ferai profiter mes lecteurs, n'ayant plus devant moi à cette heure un cabinet que je veuille interpeller.

Ce ne sont pas seulement des ministres sans autorité que nous réservent les crises trop fréquentes, ce sont des ministres sans expérience des affaires, sans connaissance de leur personnel, ni des questions qu'ils auront à résoudre. Je n'apprendrai rien aux employés d'un important ministère si je rappelle qu'à son arrivée chaque nouveau ministre réclame une note claire et très élémentaire sur les attributions de chaque bureau et sur les questions dont il est saisi ; que cette note, toujours à peu près la même, est retrouvée dans les cartons et promptement recopiée ; que le ministre la lit durant les courts loisirs que lui laissent les débats des Chambres et les obsessions des députés ; qu'il y puise les premières notions indispensables à l'exercice de sa haute fonction

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mais que, le plus souvent, il est remplacé avant d'en avoir pu achever la lecture.

Je ne dis certainement pas ces choses pour les honorables membres du cabinet que préside M. Brisson. Je veux croire que les nouveaux ministres sont exempts des infirmités de leurs devanciers.

Mais, si j'en excepte les membres d'mi cabinet qui a l'avantage de n'avoir pas encore de passé, il faut bien reconnaître que les titulaires des divers portefeuilles nous ont le plus souvent donné le lamentable spectacle de supérieurs hiérarchiques inférieurs à leurs inférieurs, livrés sans défense à leurs chefs de bureau, dont ils dépendent parce qu'ils ne voient, n'entendent et ne parlent que par les organes de ces fonctionnaires.

C'est surtout dans nos rapports avec les puissances étrangères que Tinstabilité des ministres apparaît avec ses lamentables conséquences.

Dans cette partie serrée que jouent les diplomates, et dont les plus graves intérêts sont Fenjeu, comment espérer qu'un nouveau venu pourra, avec des cJxances à peu près égales, s'asseoir au tapis vert, en face du chancelier de l'empire d'Allemagne ou de l'empire de Russie?

Ce n'est pas seulement l'inexpérience et Tigno-

rance qui font la faiblesse de Tavocat improvisé ministre, c'est pins encore sa vanité bourgeoise de parvenu aux prises avec les flatteries des ambassadeurs, troublée par le sourire d'un prince, ou se pâmant à Fappellation d'Excellence.

A ces causes d'infériorité tirées de l'insuffisance de la personne, viendront s'ajouter celles qu'engendre la nécessité de déposer périodiquement son bilan sur le bureau de la Chambre, de tenir les représentants du peuple au courant des traités secrets, des alliances, des plans de campagne et des dépèches des généraux.

— Ce n'est pas ainsi, messieurs, qu'on fait de la diplomatie, s'écriait M. Jules Ferry, président du conseil, ministre des affaires étrangères.

— Eh! sans doute, Excellence, ce n'est pas ainsi qu'on fait de la diplomatie, mais c'est ainsi qu'on fait du parlementarisme. Portons-nous toujours des toasts à la République parlementaire?

On me dira, sans doute, que pendant plus de deux années M. Jules Ferry a su retenir autour de lui une majorité confiante et discrète, toujours prête à applaudir avant même qu'il eût parlé.

J'en conviens, et je reconnais que l'ancien président du conseil avait fort habilement créé, eu n 9

rapprochant les tronçons de deux groupes, une apparence de majorité gouvernementale.

Mais au prix de quels abandons cette majorité artificielle avait-elle été obtenue? Le souvenir, j'imagine, n'en est pas encore effacé.

M. Jules Ferry ne fut point un président du conseil au sens parlementaire de ce mot. Il n'avait pas un programme, une politique, des amis dont il fut le chef reconnu et incontesté. Ce n'était pas im parti qui le suivait. Il n'avait derrière lui qu'un syndicat d'intérêts.

C'est en abdiquant aux mains des députés toutes les attributions du pouvoir, c'est en leur livrant les faveurs administratives, c'est en leur donnant des assurances et des gages de réélection, c'est en se soumettant à toutes les exigences et en s'abaissant sous toutes les fourches caudines des hommes dont il était le prisonnier plutôt que le chef, que M. Jules Ferry put réussir à prolonger pendant deux années la durée de sa présidence.

Il eut l'apparence du pouvoir fort; mais, à vrai dire, il n'eut que l'apparence du pouvoir. Il dura deux années; mais, toujours menacé d'une fin prochaine, il prolongeait son existence sans réussir à faire croire à sa durée. Il parut diriger le Parlement, mais il subit les directions les moins avouables^ Sa majorité semblait Taccueillir

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par des manifestations spontanées; mais, à y regarder de près, les préposés à la direction des applaudissements étaient ses maîtres.

Il réalisa une parole souvent répétée : « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive, » et il prouva qu^il n'était pas loin de la vérité quand il prévoyait, au congrès de Lausanne, dans les termes que nous avons rappelés, la fin peu enviable des Républiques parlementaires.

Les observations qui précèdent ne s'appliquent pas seulement à TEtat républicain, etje ne pense pas qu'une monarchie puisse beaucoup plus facilement qu'une République faire vivre côte à côte le suffrage universel et le régime de la responsabilité ministérielle.

L'expérience de la Grèce, où les crises se sont multipliées, donne raison à ma thèse; encore faut-il faire remarquer que, par son étendue plus restreinte, sa moindre importance au point de vue des relations extérieures, les divisions moins profondes des diverses classes sociales, le royaume hellénique échappe à quelques-unes des difficultés que nous avons reconnues.

A mesure que s'étend le droit de suffrage, l'équilibre du régime parlementaire est de plu» en plus compromis, comme on peut s'en convaiocre en étudiant l'histoire des diverses mo-

narchiesconstitutionnelles. Cependant la royauté, qui est un des éléments historiques et rationnels du système, facilite cet équilibre, et le droit de dissolution est aux mains du roi comme un moyen de ramener au centre de gravité le Parlement qui s'en écarte.

La forme républicaine, le gouvernement de cabinet et le suffrage universel sont autant de garanties tour à tour introduites dans le droit constitutionnel des peuples pour protéger leurs libertés contre les abus possibles du pouvoir exécutif. Mais placer à la fois dans une même constitution le suffrage universel, la République et le parlementarisme, ce n'est plus prendre des garanties contre le pouvoir exécutif, c'est l'anéantir; ce n'est plus sauvegarder la liberté, c'est Tabandonner à l'anarchie. Gardons-nous de croire que l'exécutif soit nécessairement l'ennemi des libertés publiques; sa noble mission doit être d'en être le défenseur ; pour qu'il la puisse accomplir, il ne faut pas qu'une injuste et aveugle méfiance s'ingénie à lui créer des entraves et le réduise à l'impuissance.

Je crois avoir démontré qu'il faut opter entre le parlementarisme et le suffrage universel. Je sais que, pour bien des gens, même parmi ceux qui ne croient pas utile de Tavouer présentement,

D'UN PRÉFE'

. résident, le surplus se ience au besoin corri{

'rreurs et les imperfeci euvre humaine.

Les adversaires du sy ^ent de donner, dans de force à Texécutif; i coups d'État et la Répi césarisme.

J'avoue ne pas partag faut, suivant les temps, du c6té opposé à celu tomber, et je n'ai point tion de cette maxime d je considère qu'aujourd' minence du pouvoir exé tion de nos formes consi

Il me parait, d'ailleurs, où nous sommes et la d possible où la sagesse trouver notre repos et ne trature indépendante, ur à la commune et au dé] doute des garanties p timorés.

Mais la meilleure des usurpations de Texécuti

\U SOUVENIRS

temps, les traces effacées. Depuis un siècle, de Tautre côté de TOcéan, une grande République prospère et développe ses libertés. Elle a le suffrage universel; mais elle ne connaît pas la responsabilité illusoire des ministres devant les Chambres. Son principe est celui de notre Révolution française : la séparation des pouvoirs. Son régime politique est celui que nous appelons le régime représentatif.

Je ne propose pas de transporter Washington à Paris, ni la Maison-Blanche au palais de TÉlysée. Je conviens que notre histoire, nos mœurs, notre situation géographique ne permettent guère une exacte imitation des Etats-Unis d'Amérique. Je ne cite la Constitution de la grande République américaine qu'à l'appui des principes et des exemples que je trouve déjà dans notre propre histoire.

L'essentiel, c'est que le législatif et l'exécutif ne soient plus confondus; qu'à cet effet, nous ayons un chef du pouvoir exécutif responsable, échappant à la dépendance d'un Parlement par son origine comme par ses attributions, gouvernant avec des ministres qu'il couvre de sa propre responsabilité et qu'il a choisis en dehors des Chambres. Quand nous aurons remplacé le gouvernement de cabinet par le gouvernement du

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de rattachement des citoyens aux institutions qu'ils se sont données. Au 2 décembre, la responsabilité ministérielle n*empèchapasle coup d'Etat. Par contre, après le 16 mai, en admettant que le coup d*Etat eîit été dans les projets de Texécutif, le courant irrésistible des sympathies populaires pour le réprime républicain, tel qu'il apparaissait alors au pays, eût suffi à faire échouer toute tentative contraire aux lois.

Que les institutions assurent la prospérité du pays : elles seront à Tabri des coups d'Etat. Mais si la nation s accoutume à confondre la République avec le parlementarisme, dont elle se désintéresse de plus en plus, le moment pourrait n'être pas éloi^é où le sabre qui déchirerait les fictioDs de la responsabilité ministérielle n'arracherait même plus à leur indifférence les consciences endormies.

Dignitaires inutiles. — Pétition pour demander la suppression des chevaliers Kadoches.

Quoiqu'elle ait pour symbole le triangle égalitaire, la franc-maçonnerie reconnaît un grand

nombre de grades, à chacun desquels elle attache des décorations et des signes particuliers.

Le plus élevé de tous est le trente-troisième, qui fut, dit-on, attribué à Frédéric II, roi de Prusse, et qui appartient aujourd'hui à un grand nombre de FF.*, moins illustres.

Le trentième est celui de chevalier Kadoche, d'autres écrivent Kadosch^ par respect pour Tétymologie, kadoche venant, assure-t-on, de Thébreu Kadaschy qui veut dire saci'é.

Depuis mon jugement, c'est le grade sacré de chevalier Kadoche qui me préoccupe le plus, car je me suis laissé dire que ces chevaliers-là sont chargés spécialement d'appliquer aux maçons indiscrets les peinesi prévues par le serment.

J'ai ouvert le Calendrier maçonnique du Grand-Orient de France : j'y ai vu que le F.*. Blanchon, propriétaire de bains, rue Pierre- Levée, 4, à Paris, est chevalier Kadoche.

Depuis lors, je me représente le F.*. Blanchon, tenant d une main la pierre ponce et de l'autre un grand sabre, et je demande aux gens bien informés où peut être la rue Pierre-Levée, afin de n'y pas passer.

Cependant, je fus condamné le 20 février; près de deux mois se sont écoulés et la Parque Atropos, qui tranche le fil des destinées humaines, ne Il 9.

s'est encore présentée à moi sous Faspect d'aucun chevalier Kadoche. Le doute a envahi mon àme^ et je me suis demandé s'il était utile de violer plus longtemps le principe d'égalité, et de méconnaître les enseignements du triangle pour maintenir des dignitaires qui, par leur inaction, démontrent leur inutilité. Je propose de signer une pétition à l'assemblée générale du Grand- Orient de France pour que, dans sa session de 5883, elle décide la suppression des chevaliers Kadoches.

Vous me direz qu'on aurait trop à faire s'il fallait supprimer tous les matamores qui enflent la voix pour lancer de loin la menace, et qui, dès qu'on s'approche, rentrent leur tête dans leur cuirasse.

Le journal Paris^ par exemple, dans son numéro du 2 avril, publiait la note suivante : «Nous adressons aujourd'hui même une demande en autorisation de poursuites contre M, Andrieux, député du Rhône, à M. le président de la Cham* bre des députés. »

Le public des tribunes a vainement attendu que le président de la Chambre donnât connaissance de la demande en autorisation de poursuites annoncée par le Paris. Pour moi, je n'ai pas été surpris du silence présidentiel; j'ai sim-

plement supposé que le rédacteur du Paris était chevalier Kadoche.

Quelqu'un qui me veut du bien m'avait avisé qu'un juge, mécontent d un cfiapitre des SoiivenirSy voulait me déférer à ses collègues. Le juge s'est tenu coi : c'était sans doute un chevalier Kadoche.

Sous le précédent ministère, tous les officieux affirmaient que le docteur Watelet avait essuyé pour moi les bancs de la police correctionnelle. J'ai vainement attendu Teff'et de ces menaces. Ni le temps ni la mauvaise volonté n'oût fait défaut au défunt cabinet pour rédiger une assignation; mais tout cela c'étaient des histoires de chevaliers Kadoches.

Le 17 décembre dernier, à la « fête solsticiale » du suprême conseil, le F.*. Francolin a prononcé une allocution dont la Chaîne dhmion a publié le texte. On y lit :

Une encyclique récente nous a accusés de frapper avec le poignard les faux frères de notre Ordre. Il suffit de jeter autour de nous un regard sur le monde profane pour reconnaître que nous avons été plus bénins et que les oublieux de leurs serments maçon-niques sont encore en vie.

Si nous avons été indulgents y c'est que nous sommes avant tout des pacifiques, des tolérants et parfois des

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dédaigneux. Mais il ne faut pas abuser de nos vertus.

Ehbienl non, T.*. C.-. F.-. Francolin, si « les oublieux de leurs serments maçonniques sont encore en vie », ce n^est ni parce que vous êtes « indulgents », ni parce que vous êtes « dédaigneux ». Ce n'est même pas psu'ce qu'il y a des juges et des gendarmes à Paris. C'est parce que vous n avez pas la foi, qui seule arme le bras des sectaires. Vous ne prenez au sérieux ni vos serments, ni vos mystères, ni vos signes, ni vos attouchements, ni l'emphase de vos discours.

Certes, T.*. C.\ F.*. Francolin, je n'ai nulle envie « d'abuser de votre vertu », et je vous verrais, comme dit Dorine^ « du haut jusques eu bas », que je persisterais dans la réserve que vous m'inspirez. Mais avouez donc franchement qu'il est un peu ridicule de parler de votre vertu, de votre tolérance et de votre dédain.

C'est ce manque de naturel et de sincérité, ce sont ces allures de Croquemitaine, qui soulèvent contre vous, en outre de vos ennemis naturels, tant d'esprits sceptiques qui n'aiment pas qu'on leur en impose.

Il y a de braves gens qui s'imaginent que la société française est divisée en deux parts : les

cléricaux et les francs -maçons. C'est dans cette seconde catégorie qu'ils rangent tous les républicains.

Leur erreur est grande ; car si presque tous les francs-maçons sont républicains, il s'en faut de beaucoup que tous les républicains soient francsmaçons.

C'est même du côté des républicains que me sont venues les plus chaudes adhésions, lorsque j'ai entrepris de dépouiller la franc-maçonnerie des oripeaux emblématiques dont elle aime à se couvrir.

J'ai sous les yeux des alexandrins, dignes de Némésis, qui, sous c6 titre : Dies irœ! me furent adressés par un républicain libre-penseur, confondant dans une même malédiction les francsmaçons et leurs irréconciliables adversaires.

J'en détache la première strophe :

Deux monstres effrayants, tortueux, ridicules, Se sont pris corps à corps et se sont enlacés, Cherchant à s'écraser entre leurs tentacules. Puis les poulpes soudain ne se sont qu'embrassés, Et tendant leurs milliers de bras inextricables, Comme pour échanger des baisers amicaux Ont tout broyé dans leurs étreintes implacables : Les francs-maçons se sont unis aux cléricaux.

Puis mon correspondant laisse Pégase s'emballer et il ajoute :

Quand donc un ouragan révolutionnaire Vous emporlera-t-il au vent par millions?

Quand donc retentira le grand coup de tonnerre Qui sonne dans les temps les réveils de lions ? monde, souviens-toi qu'en ce jour de colère, Si Voltaire vivait, il te conseillerait, Puisque leur symbole a forme triangulaire, Oe changer le triangle en vaste couperet.

Mon correspondant me permettra de lui dire qu'il connaît mal Voltaire, et que le sceptique de Ferney, qui, à la porte de son château, dédiait un temple à Dieu, n'était point homme à guiUotiner ceux qui ne pensaient pas comme lui.

Mais, pour reprendre ma conversation avec le F.*. Francolin, je lui dirai :

Quand on veut s'associer pour faire le bien, point n'est besoin d'épreuves, ni d'attouchements, ni de huis clos. Ouvrez vos temples ; vendez au profit des pauvres les ornements singuliers qui les décorent, parlez comme tout le monde, soyez simples et non grimés ; surtout n'ayez pas lïmpertinente prétention d'empêcher qu'on rie un peu de la franc-maçonnerie, dans ce siècle qui ne croit à rien.

Son Altesse M. Gourjon, maharajah de Ghandemagor.

Ayant eu, dans un chapitre précédent, l'imprudence de parler de quelques projets d'interpellation que le dernier cabinet avait écrasés dans sa chute, j'ai reçu de plusieurs lecteurs des lettres m'invitant à donner place dans mes Souvenirs aux faits qu'il n'est plus opportun de porter à la tribune.

C'est ainsi que je suis amené à parler de Son Altesse M. Courjon, maharajah de Chandernagor.

Déjà, la presse s'est emparée de la décision ministérielle par laquelle M. Courjon a été élevé à la haute dignité de maharajah, et divers journaux en ont exploité le côté divertissant.

Mais ce que le public n'a pas connu, et ce qu'il eût été intéressant de faire savoir à la Chambre, c'est que la qualité de maharajah n'était point un vain titre, un hochet destiné à l'amusement de M. Courjon; que des droits importants y étaient attachés; qu'enfin, un projet financier, heureu-

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sèment resté à IhÉtat de projet, avait dû permettre au maharajah de se constituer une sorte de liste civile. C'est le côté de la question qui mérite quelques éclaircissements.

Lorsque, après les traités de 1814 et de 1813, les Anglais nous restituèrent nos établissements de rinde, réduits toutefois aux limites restreintes que leur avait précédemment assignées la paix de 1783, quelques territoires, connus sous le nom de loges^ et dont le plus important n'excède guère la superficie de la place de la Concorde, restèrent en litige aux mains de l'Angleterre.

M. Jules Ferry, dont la politique extérieure consista principalement à susciter des difficultés entre la France et l'Angleterre, avait pensé que le moment était heureusement choisi pour soulever la question des loges, et il avait envoyé dans l'Inde française un fonctionnaire, M. Has, avec la mission d'en préparer la solution.

M. Has avait connu, à Chandernagor, un Français nommé Courj on, et avait reçu ThospitaUté dans le palais de celui-ci, splendide épave d'une fortune naufragée.

M. Has et M. Courjon étaient de retour à Paris. M. Courjon habitait un modeste appartement rue de Chateaubriand. H promenait aux Champs- Elysées, dans une redingote et sous un chapeau

qui n^avait rien d'oriental, sa personne plébéienne et son nom roturier, lorsque fut conçu, au ministère de la marine, le projet de lui donner, avec le titre de maharajah, la ferme générale des loges.

On commença parle titre; car le projet d'affermage des loges comportait l'approbation du ministère des affaires étrangères. La décision nommant M. Courjon maharajah de Chandernagor fut soumise à Thonorable amiral Peyron, qui, un peu surpris, en donnant sa signature, se borna à cette réflexion : «Tiens, je faisdesmaharajahs, maintenant! »

Qu'est-ce donc qu'un maharajah? Il est fort possible que l'honorable sous-secrétaire d'État aux colonies ne s'en soit pas rendu un compte exact; il aura cru que c'était quelque chose comme un officier d'académie.

Or, le titre de maharajah, magnus rex, est le plus élevé que connaisse la loi de Manou.

J'emprunte au livre Vil de la loi quelques-uns des slokas ou versets qui ont trait aux devoirs des rajahs :

1. — Je vais déclarer les devoirs des rajahs, la conduite qu'ils doivent tenir, quelle est leur origine et comment ils peuvent obtenir la récompense suprême.

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