‹ Souvenirs d'un préfet de police (volume 3)Chapitre 3 sur 24 · J'ai reçu depuis la lettro · texte numérisé non relu

J'ai reçu depuis la lettro

« Monsieur le député

« Je uio rappelle parfaitenc t M. Joseph Fabre des fondf le ministre de l'intérieur.

« VtMiillez agréer, etc.

Plus lard, M. André de Trémontels reçut sur sa demande, toujours du ministère de Tintérieur, une seconde lettre chargée, contenant de douze ù quinze cents francs, pour faire face à des frais d'électionqui n'avaient pas été soldés.

Une partie de cette somme fut employée à payer des livres qui avaient été distribués par le préfet aux enfants des écoles, dans la circonscription de M. Joseph Fabre, à rapproche de la période électorale.

Ce qui restait fut envoyé par lettre chargée à M. Joseph Fabre après son retour à Paris.

Je m'explique ainsi comment mon honorable collègue peut contester que la somme par lui reçue se soit élevée à plus de trois mille francs. Je reconnais qu'il y a lieu de déduire le coût des livres distribués, dans l'intérêt de Télection, aux élèves des écoles.

L'honorable M. Joseph Fabre croit avoir reçu un don personnel de M. Gambetta. Sa conviction résulte de cette circonstance que c'est le président de la Chambre qui lui a offert son aide, et que c'est au président de la Chambre qu'il a adressé ses remerciements.

Ce dont M. Joseph Fabre ne s'est pas rendu compte, c'est qu'au mois d*octobre 1881 M. Gambetta s'identifiait avec l'Etat et que les ministres

D'UN PRÉFI

irrité. Mais je m'étonne l'homme d'esprit que j' ofioi l'argument ébréch'

Comment, c'est à p M. Fouquier me rappel] Les faits que je raconte dans l'exercice de ma f préfet de police quand :

Lorsque les premier calmées, et qu'on me avec plus de sang-froi»

mes Souvenirs, on y seul secret dont j'aie ei naîtra qu'en suppriman duquel se présentent me en même temps tout pr d'une critique qui retr le temps, le calme et l'i

L'affaii

Le lecteur me fait rhc ijue je vais mettre sous

Il» SOUVENIRS

les ronseifrnemenls do police relatifs à rarresUtion (le M"' Evbon.

La nécessité de défendre et de couvrir rm af!:ents, injustement attaqués, m'obligea, lorsque la question fut portée devant la Chambrera me servir des documents que j avais recueillis.

Mais je ne suis plus en état de légitime défense, et aucune considération ne saurait m'amènera rouvrir un dossier qui, désormais, doit rester

Je ferai seulement remarquer combien était mal choisi le lieu où M"* Eyben avait coutume d'attendre ses enfants.

Depuis longtemps le passage des Panorama* était signalé à l'attention de la police des mœurs: de nombreuses arrestation» y avaient eu lieu, surfout, dans le voisinage de la rue des Panoramas, où se trouvait un hôtel dont la réputation était fâcheuse.

On s'explique mal pourquoi Al"^« Eyben, à laquelle, à cette date, on ne connaissait pas d'occupations, n'allait pas chercher ses enfank jusqu'à la rue de Valois.

La lettre adressée au journal le Mot d'Ordrt avait été rédigée par un journaliste qui s'était fait, pour l'écrire, des entrailles vraiment maternelles.

DLîiN PRÉFl

Dans un numéro si c'était de sa propre pro parlait en ces termes :

« La lettre si digne cette pauvre femme, en( légitime émotion, n'a sur cette affaire, qui ( ■ pour l'aga de la préf odieuse et épouvantable ou moins avouables qu mœurs. »

Et M. Lepelletier ajo

« Non ! M""" Eyben n brave et honnête mèn citoyen qui a organisé et qui nous était recom citoyens, un vénérable nom de la solidarité ma

Etre veuve d'un Lepi qui a « organisé la lih ne pas s'en vanter, c'éti du rédacteur du Mot « modestie.

Pour exploiter l'arres sorte de syndicat se foi darité maçonnique » no secondaire.

On présenta Théroîne du passage des Pa ramas aux personnalités les plus importantei la Société « pour labolition de la proslitui réglementée. » Elle assista à plusieurs réunii de cette association et y fut lobjet de vérital ovations.

Enfin, on imagina de lui faire adresser au p sident de la Chambre des députés une deman en autorisation de poursuites contre le dépo préfet de police.

J'eus la curiosité de pénétrer, par un de d agents, dans l'intérieur de M™^ Eyben, et je la interviewer par un journaliste discrètenM attaché à mon administration.

Elle demeurait alors rue Condorcet ei c occupait, au sixième étage, un petit lo^^ement fond d'un couloir.

Mon journaliste se présenta comme un repoi de journaux radicaux, et il résuma pour moi ces termes l'entretien à Thonneur duquel il admis :

Le journaliste. — Vous êtes artiste dra tique, madame?

Elle. — Oui, monsieur; mais je n'ai encore d'engagement. Je cherche.

Le journaliste. — Que ne vous adressez-

Dans un numéro suivant du même journal, c'était de sa propre prose que M. E. Lepelletier parlait en ces termes :

« La lettre si digne, si réservée, écrite pur cette pauvre femme, encore toute palpitante d'une légitime émotion, n'a pas fait toute la lumière sur cette affaire, qui doit être capitale, non pas pour Taga de la préfecture, mais pour cette odieuse et épouvantable association de gens plus ou moins avouables qui s'appelle la brigade des mœurs. »

Et M. Lepelletier ajoutait :

« Non ! M""® Eyben n'a pas tout dit. C'est une brave et honnête mère de famille, veuve d'un citoyen qui a organisé la libre-pensée à Anvers, et qui nous était recommandée par d'honorables citoyens, un vénérable de loge, entre autres, au nom de la solidarité maçonnique. »

Être veuve d'un Lepelletier belge, d'un citoyen qui a « organisé la Ubre-pensée à Anvers », et ne pas s'en vanter, c'était évidemment, aux yeux du rédacteur du Mot d'Ordre^ le comble de la modestie.

Pour exploiter larrestation de M°^ Eyben, une sorte de syndicat se forma aussitôt, où la (( solidarité maçonnique » ne joua d'ailleurs qu'un rôle secondaire.

iU SOUVENIRS

avenir théâtral et à ma position future. Il n'est que juste qu'on me paye ce qu'on ma fait perà N'êtes-vous pas de cet avis?

Le journaliste Certainement, madam

D'ailleurs M. Delattre vous y aidera. Vons k connaissez; c'est lui qui a rédigé votre demanik de poursuites?

Elle. — Il l'a rédigée sous ma dictée; maisi m'était inconnu auparavant. C'est M. Mayer qui me l'a indiqué.

Le journaliste. — Quel Mayer?

Elle. — Le rédacteur de la Lanterne. Lui M. Rochefort, M. Secondigné, M. Crié, du Pé Parisien, M. Lepelletier, du Mot d'Ordre, se sont mis à ma disposition.

Le journaliste. — Vous avez bien fait d'en user.

Elle. — J'eusse préféré un arrangement à l'amiable, une réparation moins bruyante; mais c'était impossible, et pensez,* monsieur, que je ne sais pas encore si j'arriverai à quelque chose! C'est bien triste. Mais dans quel journal comptez- vous publier un article sur mon intérieur?

Le journaliste (désignant un journal au hasard). - Au Petit Parisien, s'il n'y a pas abondance de matières.

D'UN PRÉFET DE POLICE li;i

au directeur des Fantaisies? 11 vous engagerait au cachet.

Elle. — Je dois le voir aujourd'liui.

Le journaliste. — Vous jouez...

Elle. — Les premiers rôles dans le drame ol la comédie.

Le journaliste. — Diable! Je doute que M. Cruet adopte ce genre; mais essayez toujours. D'ailleurs, avec votre nom, autour duquel on fait tant de bruit...

Elle. — Plus que je ne Tai voulu. Ali! si M Andrieux y avait consenti, il n'avait qu'à me dédommager et à révoquer son agent, tout se serait arrangé ; il eût ainsi fermé la bouche à ceux qui crient contre lui.

Le journaliste. — Alors, c'est un pou une question d'argent?

Elle (d'un ton indigné). — Pour moi, monsieur, certes non! Si j'avais été seule, libre, je me serais vengée moi-même, j'aurais brûlé la cervelle à qui me déshonorait; mais j'ai des enfants, qui n'ont plus de père, je dois assurer leur §ort.

Le journaliste. — Vous êtes sans fortune, madame?

Elle, — Je vis de mon travail. En portant ath.'inle à ma considération, on a nui à mon a 1

114 SOUVEiNIRS

avenir théâtral et à ma position future. Il n^est que juste qu'on me paye ce qu'on ma fait perdre. N'êtes-vous pas de cet avis?

Le journaliste. — Certainement, madame.

D'ailleurs M. Delattre vous y aidera. Vous le connaissez ; c'est lui qui a rédigé votre demande de poursuites?

Elle. — 11 Fa rédigée sous ma dictée ; mais il m'était inconnu auparavant. C'est M. Mayer qui me l'a indiqué.

Le journaliste. — Quel Mayer?

Elle. — Le rédacteur de la Lanterne. Lui, M. Rochefort, M. Secondigné, M. Crié, du Petit Parisien, M. Lepelletier, du Mot d'Ordre, se sont mis à ma disposition.

Le journaliste. — Vous avez bien fait d'en user.

EtLE. — J'eusse préféré un arrangement à Tamiable, une réparation moins bruyante; mais c'était impossible, et pensez, monsieur, que je ne sais pas encore si j'arriverai à quelque chose! C'est bien triste. Mais dans quel journal comptez-vous publier un article sur mon intérieur?

Le JOURNALISTE (désignant un journal au hasard). *— Au Petit Parisien^ s'il n'y a pas abondance de matières.

Elle. — J'irai de six à sept heures ce soir.

Vous y verrai-je?

Le journaliste. — Certainement. Mais vous fréquentez donc les bureaux de journaux? Faitesvous aussi du reportage?

Elle. — Non I vous voulez rire. Mais je dois des remerciements au Petit Parisien, Je veux lui en faire, comme j'en ai fait à V Intransigeant, à la Vérité, à la Lanteime, à VÉlecteur, à tous vos amis qui ont épousé ma cause.

« L'entretien, ajoutait le journaliste dans son rapport, eut ensuite pour objet les questions de théâtre. Nous nous quittâmes au bout d'une heure, après qu'elle m'eut prié de la présenter à Louise Michel et de parler au régisseur des Fantaisies. Je m'y suis engagé et je la reverrai. La semaine prochaine nous dînons avec Louise Michel, avec M"*' Cadole et divers autres révolutionnaires. Nous ferons inviter M"*® Eyben. »

Est-ce en sortant de ce dîner que Louise Michel écrivit dans la Révolution sociale :

Puisque les honnêtes femmes ne peuvent plus sortir sans risquer d*être conduites au Dépôt, je leur conseille de mettre un revolver dans leur poche, et de se défendre contre les agents qui commettent cette indigne violation du droit.

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La « Sainte-Ugue ».

Le 13 mars 1881, aprës ving^-sîx ans de règn lemporeur Alexandre II mourut, assassiné pi les nihilistes.

Cinq fois déjà il avait échappé à de crim nelles tentatives; la haine du parti réformalei ne se lassait pas.

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Colombier écarter désormais de M™' Eyben les malveillantes Suppositions 1

La « Sainte-Ligue »•

Le 13 mars 1881, après vingt-six ans de règne, Tempereur Alexandre II mourut, assassiné par les nihilistes.

Cinq fois déjà il avait échappé à de criminelles tentatives ; la haine du parti réformateur ne se lassait pas.

Plusieurs de ses prédécesseurs avaient péri par une mort violente ; mais ils étaient tombés victimes des intrigues de cour et des révolutions de palais.

Pour la première fois, la Révolution avait frappé le czar. Ni les intentions libérales dont il était animé, ni la générosité de son caractère, ni les réformes mêmes qui avaient signalé son règne n'avaient désarmé ses ennemis. Il portait le poids des fautes de ses ancêtres, et subissait les conséquences des abus qu'il n'avait pu détruire.

Sa mort excita dans toute l'Europe une vive sympathie. A Paris, les Chambres levèrent leur séance en signe de deuil.

Quatre années se sont écoulées depuis qu'Alexandre II est tombé sous les coups de ses assa*ssins, et depuis lors, malgré les menaces qui accueillirent Tavènement du nouveau czar, les nihilistes n'ont choisi, pour victimes de leurs rancunes, que de hauts fonctionnaires trop gênants ou des agents subalternes trop zélés.

L'honneur, sinon d'un réel apaisement, du moins d'une sécurité relative, revient, pour partie, à M. de Plévé, qui s'est acquitté, pendant plus de trois ans, de la tâche difficile et périlleuse de directeur de la police, avec autant de tact que d'énergie.

La Russie, qui commençait à désespérer de la police, était loin d'attendre de ce jeune Polonais tous les services qu'il a rendus à la cause de l'ordre, et la surprise qu'en éprouva la société russe explique peut-être les concours imprévus qui voulurent seconder son action.

Cette phase de la lutte entre les nihilistes et une partie de l'aristocratie est resiée secrète pour le public; mais la mort récente du prince DemidofT, qui y joua le principal rôle, appelle naturellement l'attention sur une sorte de police

toutes les ^andes villes de Rassie et des p élranjrers, les rapports arrivaient, intéressa et nombreux, au prince Demidoff, qui les tra niellait, triomphant, au directeur de la police rKfat.

Ce haut fonctionnaire, au début, en éproi une réelle humiliation pour ses propres agen car ladministration de la Sainte-Ligne le mett sur la trace de complots dont, jusque-là, iln'av pas soupçonné l'existence. II fit procéder à i certain nombre d'arrestations, sans avoir toujoi fait précéder d'une vérification attentive 1 mesures qu'il prenait à la suite des avis du priii Demidoff ou de ses amis ; il regrettait d'aillei de trouver peu d'empressement en matit d'extradition de la part des gouvemenienls étrî gers.

De son côté, le prince et ses associés, preni au sérieux toutes les révélations qui leurvensdi de Baden-Baden, oîi se trouvait le chef de L police, et désappointés de ne pouvoir mettre main sur les conspirateurs qui avaient passé frontière, examinèrent sérieusement la ouesl de savoir sMl ne conviendrait pas de s'en dél rasser par des moyens efficaces.

Les journaux nihilistes publiés à Londres Genève affirmèrent, à cette époque au

détermina à prêter son concours pour l'organisation d'une surveillance occulte.

Dès que les délégués envoyés par les organisateurs de la Sainte-Ligue se furent assurés que Paiîs, Londres, Genève, ainsi que les principales villes habitées par les réfugiés russes, étaient en de. bonnes mains, ils retournèreni à Saint-Pétersbourg et y levèrent une véritable légion d'agents, dont les appointements furent proportionnés, non aux aptitudes, mais au rang social occupé par chacun.

C'est ainsi que des descendants des plus nobles familles, auxquels des parents économes mesuraient les subsides d'une main parcimonieuse, mirent autant de zèle h puiser dans la caisse de Tassocialion qu'à servir les plans du prince Demidoff.

Les uns furent envoyés à l'étranger pour faciliter la tâche des agents français, anglais, suisses ou belges qui, ne comprenant pas le russe, étaient fort empêchés pour se mêler aux nihilistes et surprendre leurs projets. Les autres furent répartis entre Saint-Pétersbourg, Moscou, Kiolf, Odessa et les principales villes de l'empire.

Pendant les premiers mois, l'entreprise parut devoir donner les meilleurs résultats, et donna en attendant les plus complètes illusions. De II 7.

toutes les grandes villes de Russîe et des pays étrangers, les rapports arrivaient, intéressants et nombreux, au prince Demidoff, qui les transmettait, triomphant, au directeur de la police de rÉlat.

Ce haut fonctionnaire, au début, en éprouva une réelle humiliation pour ses propres agents, car l'administration de la Sainte-Ligue le mettait sur la trace de complots dont, jusque-là, il n'avait pas soupçonné l'existence. Il fit procéder à un certain nombre d'arrestations, sans avoir toujours fait précéder d'une vérification attentive les mesures qu'il prenait à la suite des avis du prince Demidoff ou de ses amis ; il regrettait d'ailleurs de trouver peu d'empressement en matière d'extradition de la part des gouvernements étrangers.

De son côté, le prince et ses associés, prenant au sérieux toutes les révélations qui lem* venaient de Baden-Baden, où se trouvait le chef de leur police, et désappointés de ne pouvoir mettre la main sur les conspirateurs qui avaient passé la frontière, examinèrent sérieusement la question de savoir s^il ne conviendrait pas de s'en débarrasser par des moyens efficaces.

Les journaux nihilistes publiés à Londres et à Genève affirmèrent, à cette époque, que la

D'UN PIIKF

Le grand-duc Gons

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secret des nihilistes.

Le 2/14 avril 1879, Solowieiï lira sur le revolver. L'attentat fi ville et les membres

124 SOUVJÎNIRS

TKtat, ordonna le licenciement de la Sainte- Ligue.

Les intentions du prince DemidofF San-Donato étaient sans doute patriotiques ; nous trouverions peut-être difficilement chez nous, parmi nos millionnaires les plus dévoués au maintien de nos institutions, un bailleur de fonds généreux, prodiguant ses richesses pour venir en aide à Tinsuffisance de nos fonds secrets et po«r veiller à la sécurité des représentants de TEtat.

Mais, en matière de police comme en matière militaire, il faut généralement peu compter sur les milices indépendantes de la direction officielle.

M. de Plévé, avec ses agents réguliers, rendit à la cause de Tordre et à la sûreté de TEtat de plus réels services que la Sainte-Ligue, malgré tout le zèle et toutes les prodigalités du prince Demidoff et de ses amis.

Aussi n'est-ce pas sans surprise que nous avons appris que cet éminent fonctionnaire, désormais écarté du poste qu'il avait si utilement occupé, venait d'être appelé à seconder, dans des fonctions moins difficiles et moins périlleuses, le minisire de la justice.

Le grand-duc Constantin et les nihilistes.

Paiini les fables qui, de 1879 à 1881, ont.

trouvé créance auprès du public, celles qui ont Irait au grand-duc Constantin, frère d'Alexandre H, méritent une menlion spéciale.

A cetle époque, la plus troublée du mouvement nihiliste, Taudace toujours croissante des révolulionnaires russes donna lieu h la supposition qu'ils pouvaient être encouragés et soutenus moralement et matériellement par quelque personnage très haut placé, que sa position même mettait à labri des recherches de la police.

Certains actes inexpliqués du grand-duc C^onsiantin, sa réputation de libéral, la jalousie qu'il nomTissait, disait-on, h l'égard de son fivre, telles sont les données sur lesquelles se sojit appuyés ceux qui l'ont représenté comme le chef secret des nihilistes.

Le 2/14 avril 1879, vers 10 heures du matin, Solowieff tira sur le czar plusieurs coups de revolver. L'attentat fut vile connu de toute la ville et les membres de la famille impériale

128 SOCVENIRS

llotto lettre et la nomination parurent en tète du Mpssfif/pr du gouvememeni et provoquèrent le plus grand étonnement. Néanmoins, ceux qni avaii»nt leur opinion faite sur la culpabilité du {j'rand-duc ne désarmèrent pas, et leurs propos rcinliinièrent à propager la légende qui sVlail arcrédilre.

Nous arrivons au drame du 13 mars 1881 et, à Toccasion de ce douloureux événement ceux qui depuis deux ans accusaient l'hôte du Palais dr marbre crurent avoir la preuve de leur perspiracilr.

Ou sait que, depuis un mois, Alexandre II, avait du, sur les recommandations expresses du comle Loris-M<'»likoir, qui avait eu connaissance de l'oxistence d'un complot, renoncer à assister à '.< la parade » qui se donnait tous les dimanches au manèiic Micbol. 11 avait chargé l'un des fils du grand-duc Constantin de le vempla'i^.or. Or le 13 mars, une heure environ avant lo commencement do la « parade », le grand-duc Constantin vint dire au czar que son fils malade était dans rimpossibilité de présider ce jour-là aux exercices des officiers de la garde. Alexandre II dont Tintrépidité était bien connue, prit aussitôt le parti de se rendre au manège. On sait le reste : Les détracteurs du grand-duc, perdant de plus

rexplîcation de ce qui se passa le jour de Texplosion du Palais d'hiver, au mois de février 1880. On sait que ce jour-là il y avait dîner chez Tempereur à l'occasion de l'arrivée à Pélershourg du prince de Bulgarie; on sait aussi par suite de quelle circonstance, tout accidentelle, toute la famille impériale et son hôte échappèrent à une mort certaine.

Or, pendant que tous ses frères et neveux se rendaient chez l'empereur, le grand- duc Constantin prenait la route de Cronstadt pour passer la revue de la flotte prise dans les glaces. Pour le coup, les plus incrédules se sentirent ébranlés : le grand amiral, disait-on, connaissait le complot et il s'était éloigné pour échapper au sort qui attendait tous les membres de sa famille.

Pour la première fois peut-être Alexandre II apprit alors, tant par les rapports du chef des gendarmes, que parles confidences de son entourage, les graves accusations qu'on avait formulées contre son frère. H y répondit, quelques jours plus tard, le 19 février, à l'occasion de son avènement au trône, «n adressant au grand-duc Constantin une lettre autographe pour lui témoigner sa reconnaissance au sujet des services qu'il avait rendus au pays et à la marine. En même temps, il le nommait président du conseil de ! 'empire.

«ileac^ SUT le çraiid*dac Constantin: mais c>5: bien k tort qaon a relevé cette circonstance. «x son frère le i?raod-diic SGcheL qn on ne sôui" ronnera certes pas dêtre nihiliste, a. lui aussi toujours été ménagé par les organes da « comité exécutif».

La Répttbliqae paiiementaire.

Tout entiers aux événements du Tonkin et ani patriotiques angoisses que faisaient naître les dépêches de nos généraux, les lecteurs de la Lif/ue ont bien voulu accorder un crédit de quelques jours à Tauteur des Souvenirs.

Los circonstances au milieu desquelles je reprends cclto publication*, la crise ministérielle toujours ouverte depuis hiiit jours, les fautes qui Font amenée, celles qui la prolongent, les obstacles rencontrés par les hommes d'État pour former un cabinet, les honteuses intrigues qui troublent le Parlement et s'opposent à la constitution d une majorité, Tabsence de gouvernement au moment où se fait plus que îamais sentir la nécessité de l'action g*ouvernementale,

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