D'US
l'REFET UE l'OLICE
" Veuillez agréer, monsieur le président, l'hommage I de mon profond respect.
AXDRIEUX, député du RhÙne.
Paris, 16 juillet 1881.
r. Après avoir écrit cette lettre, je me rendis à Jft ^lace Beauvau pour en faire part au ministre 1 lÔe l'intérieur.
- Monsieur le ministre, dis-je à M. Constans, je vous apporte une bonne nouvelle.
Ah ! ah ! Est-ce que vous m'apportez !
votre démission? me dit en riant M. Constans, ^i m'avait compris.
Précisément, monsieur le ministre, et j'ea- ' père que ma détermination vous causera le même floulag'emout qu'à moi-même.
s alors, reprit M. Constans, puisqu'il .n'y a plus de hiérarchie entre nous, j'espère que i'yous n'allez plus m'appeler <i monsieur leininistre »?
Comme il vous plaira, mou cher col-
M. Constans me retint à déjeuner. La conver- (ation fut pleine d'entrain et de gaieté, PJoub \ n'avions jamais été aussi satisfaits l'un de 3'autre.
Pour reconnaître sa gracieuse hospitalité, je
dis à mon ancien ministre, avant de prend congé :
— Voulez-vous me permellre de vous donner un dernier conseil?
— Comment donc?
— Eh bien, puisque vous avez à nommer un préfet de police, ne choisissez pas un député.
Je partis le soir même pour Dieppe. C'est là que, dès le lendemain de ma démission, le Journal o//îc/e/ m'apporta la nouvelle de lanomi- Tiation de mon successeur.
Le choix du gouvernement s'était porté sur M. Camescasse, ancien préfet de divers dépiuv tements, directeur de l'administration départementale cl communale au ministère de l'intérieur.
Ce choix ne devait pas me surprendre, car depuis quelques mois les agents m'aflirmaienl que, tout en travaillant dans ses bureaux de la place Beauvau, le directeur de l'administration départementale avait un œil qui se tordait dans la direction du boulevard du Palais.
Près de quatre années se sont écoulées, et, par une singulière coïncidence, au moment où je transcris pour mes lecteurs le texte de ma démission, les journaux m'apportent les adieux mon successeur à son personnel :
A mil. les ehefk de division et employés de la préfecbtre de police. ~ A MM. les commissaires de police de la ville de Paris et du fessorl de la préfecture. — A M. Le chef de la police munieipale, flM. les officiers de paix et agents de la police municipale.
Messieurs, Des circonstances d'ordre politique, indépendantes de ma volonté et étrangères à l'administralion, m'obligent à quitter le poste que j'occupais au milieu de TOUS depuis près de quatre années.
Je ne puis partir sans vous exprimer mon profond regret de me séparer de vous tous. J'avais appris à TOUS bien connaître et à aimer en vous cet esprit de discipline, d'abnégation, de dévouement de chaque heure, qui vous a permis ^'accomplir les tâches les pluB difSciles, les plus përilleuses parfois, avec sang- * freid, fermeté et modération.
Voua serez, avec mon collaborateur et ami M. Gragnon, ce que vous avez été avec moi en toute circonstance. Vous maintiendrez la réputation et l'honneur de la préfecture de police. Insensibles à toute influence étrangère, vous resterez uniquement préoccupés du maintien de l'ordre et du respect des lois.
Quant à moi, je ne saurais oublier jamais ni les doux moments que nous avons passés ensemble ni l'insigne honneur que la République m'avait fait en me mettant à la tête de tant de braves gens.
Recevez, messieurs, l'assurance de ma profonde Bj-mpalhie. Le préfet de police.
Ê. Canescasse.
â8â SOUVENIRS
Les moments les plus doux sont aussi les plus courts, et les circonstances qui les abrègent échappent d'ordinaire à Faction de la volonté.
Nous savons, par les anciens philosophes, qu'une vague tristesse suit d'habitude la félicité. Ce n'est point à écrire des circulaires qu'il convient d'employer ces heures de réaction mélancolique, et il est manifeste que ce premier fragment des Mémoires de M. Camescasse n'eût rien perdu à une publication moins hâtive.
Reconnaissons, d'ailleurs, que M. Camescasse méritait une plus longue félicité.
D'un caractère doux et affable, qui contrastait heureusement avec les allures batailleuses de son nom, l'ancien préfet de police s'était efforcé d'apporter, dans ses rapports avec le conseil municipal, autant de souplesse que son prédécesseur avait montré de raideur.
M. Camescasse fut un préfet conciliant; il déploya beaucoup d'habileté à ne rien faire, afin de ne pas se heurter à des responsabilités.
Et cependant il ne paraît pas que les quatre- * vingts têtes de l'hydre municipale lui aient été plus bienveillantes qu'à moi-même.
C'est sous l'administration de M. Camescasse que, pour la première fois, le conseil municipal â refusé en bloc le vote du budget de la préfec-
ture de police, io n'avais pas connu cel excts d« disgrâce.
L'expérience de mon successeur, l'imporlaiu de son bon vouloir et de ses hautes qualilés, ; exercer auprès du conseil une honnèle capLalioffl au profil de l'État, suffisent à démontrer l'erreui do ceux qui, en 1881, ne voulurent voir qu'une question de personne entre le préfet de police I et les représentants de la commune de Paris.
Le conflit est entre l'Etat et le conseil municî-^pal, qui ne réussiront jamais à s'entendre sur !&■ question de savoir quelles institutions de polio^ conviennent à la capitale d'un pays où le su&J frage universel est le fondement de toute aulo-f rite.
J'ai précédemment développé cette idée qu'iil faut à une démocratie un pouvoii- exécutif indépendant du Parlement, par sa liberté d'action comme par son origine. J'ajoute que ce pouvoir exécutif doit s'appuyer sur une police d'État indépendante de toute allaclie municipale.
Poui' que la préfecture de police réponde j eetle nécessilé, il faut qu'elle devienne franche-' ment une institution d'Etat; il faut renoncer à donner au préfet le litre mensonger de maire I de Paris pour In police; il faut supprimer tOM les rapports de ce fonctionnaire avec le cous*
■ à ire
municipal ; il faut enfin réunir à ses attributions celles de la sûreté générale.
Si cette conception d'Etat démocratique n'a pas l'approbation des esprits libéraux, je ne saurais m'en étonner; mais il est temps (jue l'opinion publique s'accoutume à ne plus confondre la démocratie avec la liberté.
LXXXVIII Organisation de la police municipale de Paris.
Sous ce titre, et pour ainsi dire en appendice, je place des renseignements arides, sur Torganisation de la police municipale, telle que je l'ai trouvée après la démission de M. Albert Gigot au mois de mars 1879. Divers changements d'importance secondaire y ont été apportés depuis lors.
La police municipale se divise en deux branches :
1° Le service ostensible, fait par des agents en uniforme, nommés gardiens de la paix ;
2° Le service inostensible, composé d'agents sans uniforme ou « inspecteurs de police. »