‹ Souvenirs d'un président d'AssisesChapitre 21 sur 28 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

Nous n'avons parlé jusqu'à présent que des crimes et des criminels; il est temps de dire un mot des victimes : que sont-elles et que deviennent-elles ? En général, elles sont peu intéressantes et elles ne deviennent rien de bon.

Je ne parle pas, bien entendu, des enfants qui sont l'objet d'attentats aux mœurs de la part de leurs parents; ces victimeslà sont dignes de toute pitié, car elles n'ont aucun moyen de se défendre; loin de courir au-devant du danger, elles ne peuvent s'y soustraire que par des actes répétés

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de désobéissance, très légitimes en principe, très difficiles, pour ne pas dire impossibles, dans l'application. Mais je parle de cette jeunesse de quinze, de dix -huit et vingt ans, garçons, filles et jeunes filles, qui viennent déposer devant la Cour d'assises et devant les tribunaux de police correctionnelle, comme ayant été l'objet de crimes de mœurs de toute sorte commis en dehors de la famille, ou de violences graves annexées à des amours malheureux. Les victimes de cette catégorie ont presque toutes une part de responsabilité dans les faits qui ont provoqué leur témoignage : le jugement rendu, après un intervalle de réflexion qui n'est pas très prolongé, le passé les induit en tentation, et elles reviennent au péril, comme les criminels reviennent au crime.

Est-ce à dire que la chute soit inévitable et qu'il n'y ait rien à faire pour elles? Bien

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au contraire ; elles sont d'autant plus à plaindre que le mal est venu à elles comme de lui-même; mais pour l'avoir subi par force ou simplement entrevu, le germe putride est resté ; ce sont convalescences plus difficiles à surveiller que des maladies, et le point de vue judiciaire auquel il convient de se placer est celui-ci : quand le juge a puni le coupable et l'a mis par une détention sérieuse dans l'Impossibilité de nuire à sa victime,lejuge n'a rien fait; la victime de Vautre est devenue plus ou moins sa propre victime : la protéger au dehors est très bien, mais la grosse difficulté est de la protéger au dedans contre elle-même-

Je vais citer quelques exemples : Matbilde M... appartient à une famille qui a eu une certaine situation, et sa mère tient au su de son mari, qui vit séparé, mais qui en profite, un salon de femmes galantes ; Matbilde a été mise dans une maison de

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^ commerce pour être éloignée de ce spectacle, mais elle revient le dimanche chez sa mère, et, les jours de courses, supplée aux absences. La fille est mêlée incidemment à une poursuite criminelle pour détournement de mineure, et lamère, inculpée d'excitation de mineure à la débauche ; on a trouvé chez elle, entre autres mineures, sa fille Mathilde qui vient d'avoir seize ans ; le juge reproche à cette mère dénaturée de livrer ainsi sa fille, mais la fille répond : « N'accusez pas ma mère, je suis seule coupable, c'est moi qui l'ai voulu,/^ suts naturellement vicieuse », et malheureusement elle a raison.

Dans cet odieux trafic que nous avons peint sous le nom de Traite des blanches, les majeures, étant libres de leurs droits, échappent à tout contrôle, elles peuvent se placer où bon leur semble; la provocation à la débauche qui n'est accompagnée ni de

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dol ni de violence échappe à la pénalité, et l'impudicité légale ne commence qu'à la publicité. Mais il suffit que la majorité ne soit pas atteinte pour qu'une jeune fille soit défendue par la police contre l'industrie rapace des placeurs et des placeuses (i); eh bien ! ce sont les mineures qui ne veulent pas être défendues, elles trompent sur leur âge, falsifient, au besoin, leurs actes de naissance, et, quand elles ne peuvent suffisamment se vieillir avec le leur, en achètent de frauduleux. Un placeur récemment arrêté pour excitation de mineures à la débauche, portait dans la manche de son pardessus un certain nombre d'actes de naissance accommodés pour l'âge apparent de ses victimes. Sans l'attention constante

(:) Nos lois pourraient être utilement complétées so> rapport dans le sens de l'article 335 du Code pénal Italie punit la conuptioD à l'oiife d'actes de libertinage, d'un» neure de seize ans. Nous l'indiquerons dans le chapitre de cet ouvrage.

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de la police, le service presque exclusif de la débauche serait fait par des engagées volontaires en état de minorité.

Nous n'avons pas encore parlé d'un habitué spécial de la Cour d'assises, le souteneur : c'était autrefois un ouvrier quelconque, épris d'une femme de débauche, par un genre d'attachement très, réel quoique très singulier de part et d'autre ; aujourd'hui, c'est un industriel qui se lève à midi, se promène et passe sa journée dans les bars : il a sa place attitrée au coin d'une rue, et surveille la femme, pendant que celle-ci exerce, sous le contrôle et au profit de cet individu, un commerce honteux :

l'atteindre était difficile, car c'était un Itat à punir plutôt qu'un fait; cependant la loi du 27 mai 1885 y est parvenue, en assimilant l'état de souteneur à celui de vagabond (i); elle les a punis tous deux des

(t) « Sont considérés comme gens sans aveu et punis des

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mêmes peines : c'est aujourd'hui le délit de vagabondage spécial, connexe à beaucoup de crimes ; car, sous un type doucereux, le souteneur est féroce, il est mielleux par corruption et sanguinaire par nature : si la femme n'a pas scionné (i) une compagne à laquelle le souteneur en veut et qu'il préfère ne pas exécuter lui-même, si l'homme devient jaloux et surtout s'il ne trouve pas à la femme qu'il protège un savoir-faire suffisant pour le rémunérer, il la frappe à

tance que du fait de faciliter si

tion d'autrui. n (Loi du 27 m

art. 4.) A la mËme époque, l'Empire allemand faisait une

loi plus se vire que la oAtre contre les souteneurs, dont l'indiis-

trie avait atteint à Berlin des proportions encore plus grandes

qu'à Paris.

(i) « Scionntr n veut dire scier à coups de couteau. Dans une affaire crimiDelle, une femme racontait que s'ëtant prise de querelle avec une autre femme, son souteneur avait exigé qu'elles se battissent un soir à la tombée de la nuit, craignant pendant le jour tes gens ou plutôt, disait-elle, les agents; il assistait à la lutte, en lui disant : « Si tu ne U « scionnes n pas, c'est toi qui feras labelle, et j'irai lui ouvrir le ventre sur son lit d'hipital. » Voilà le s<

coups de couteau ou l'écrase sous ses talons de bottes. Après une information suivie sur les plaintes réitérées de la femme contre le souteneur, lorsqu'elle a été entendue et confrontée avec lui, à la suite de scènes tellement violentes entre les deux devant le juge d'instruction, qu'on place des gardes pour les séparer, l'homme est renvoyé devant la Cour d'assises pour tentative de meurtre ou coups prémédités : eh bienl le jour de l'audience, il n'aura pas besoin d'avocat, la meilleure plaidoirie sera faite par sa victime : elle est sortie de l'hôpital le matin même pour le défendre.

. Je voudrais concentrer ici dans une histoire unique qui sera celle de Marthe files traits les plus saisissants que j'aie vus se produire devant la justice dans beaucoup d'histoires diverses, mais qui avaient toutes ce côté commun qu'elles étaient relatives aux victimes des souteneurs : il y a des

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misères à peindre dans une situation qui n'est ni sans excuses ni sans reproches, et surtout des « remèdes » à chercher ; car la dernière partie de mon travail où je vais entrer, n'envisage les remèdes que par rapport aux criminels; la question mérite cependant qu'on l'étudié également par rapport aux victimes, et ce n'est pas la bienfaisance publique qui fait défaut, car elle n'a laissé à aucune source du mal son cours libre.

Marthe B... aura bientôt quinze ans :

elle se présente devant le commissaire de police et lui dit :

« J'avais sept ans quand mon père est mort, ma mère s'est remariée ; jusqu'à sept ans j'allais à l'être, de neuf à douze ans je restai chez ma mère qui était malade et je l'aidais dans son ménage; à douze ans, je fus apprentie chez un fabricant de sacs en papier et ensuite tireuse de baleines;

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on me remercia faute d'ouvrage. J'ai coudu Marcel chez la fille Adeline, qui vivait avec Jean, frère de Marcel; un soir, on me fit boire chez Jean, à l'hôtel du Perroquet, et Marcel abusa de moi. Depuis, il ne me laisse plus rentrer chez ma mère, il me force à descendre dans la rue, et quand je tarde à le suivre, il me dit : Si tu ne descends pas, je vais te faire ton affaire. Il va, il vient, il me surveille ; tout mon argent, il le prend ; ce petit livre que vous avez saisi chez lui et où il vous a dit inscrire ses gains aux courses, ce sont mes gains inscrits par lui jour par jour; et quand la moyenne n'était pas suffisante, il me frappait à coups de couteau ; cette lettre que voici, c'est une lettre de menace, parce que j'avais parlé à une autre femme et qu'il en avait ressenti, sans motif, une atroce jalousie : j'ai fait une fausse couche il y a un an à Saint- Lazare, j'ai été conduite en-

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suite à l'hospice TeDon; à peine guérie, il a recommencé, il me tient dans l'étreinte d'une chaîne de forçat, c'esi un descendant de bête sauvage...

« Je porte plainte à cause des coups de couteau. »

La mère confirme cette déclaration :

« J'ai tout d'abord refusé, dit-elle, de réclamer ma fille, mais je m'y suis décidée, ayant été prise de pitié en apprenant que cette malheureuse était malade à la suite d'une fausse couche à Saint- Lazare ; elle était couverte de bleus sur tout le corps.

Voyant ma stupéfaction, elle me dit avec une sorte de simplicité : C'était quand je ne voulais pas sortir ou quand je ne lui rapportais pas assez d'argent. Marcel terrorisait ma fille ; et moi, il me menaçait de me planter son couteau dans les épaules, si je parlais au commissaire ; ils ont même dit à son frère Jean et leurs amis qu'ils

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feraient ce soir le siège de ma maison, quand je rentrerais du Palais. Ma position est horrible. »

Marcel et Jean sont condamnés sévère* ment par le jury, et Marthe B... rentre chez elle avec sa mère.

Que va-t-elle devenir?

La mère peut demander au président du tribunal, qui ne le refusera pas, après une enquête du commissaire de police, un ordre d'arrestation pour faire détenir sa fille dans un établissement correctionnel. Lorsque j'étais au Petit Parquet (i), cet établisse-

(i) Le Petit Parquet e9t le lieu oti l'on aminé tous l«3 individus arr£té9 â Paris sous une inculpation légère : les mendiants, vagabonds, voleurs à la tire et à l'étalage, fonnent le gros contingent, eu y joigcaot ceux qui ont insulté les agents. Quand je remplissais ces foacttoDS, M. Maxime Du Camp vint un jour en étudier le mécanisme; 11 remit i un Eiomme qui lui parut intéressant, une pièce de cinq francs : le surlendemain, l'homme me fut ramené , la générosité de M. Maxime Du Camp n'avait profité qu'au cabaret. On voit là ce qu'on peut appeler la paresse invincible .- des homme» qui préfèrent la stagnation au dépût de la Préfectuie de police où ils croupissent en causant sans rien faire, plutôt que le

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ment était la maison Saint-Michel, rue Saint- Jacques, 193; on nous amenait les enfants détenus par voie de correction paternelle avec les autres détenus du Dépôt, et la Préfecture de police expédiait les garçons à la Petite- Roquette et les filles à Saint- Michel. Curieux débris de l'ancien Paris, que cette maison de Saint -Michel, bâtie par Mansard sur l'emplacement du fi&f des Tombes; au fond d'un entonnoir sur la rue Saint- Jacques, une vieille porte cochère, avec son marteau de bronze; au delà de la porte, des tilleuls effilés, et un puits qui rappelle bien en ce Heu celui de la Samaritaine ; à l'extrémité de la cour, deux étages superposés de parloirs avec doubles grilles en barreaux noîrs ; derrière ces grilles, desreligieuses blanches; \t% petites paternelles, comme on les appelait alors, franchissaient les clôtures et trouvaient un grand jardin avec de larges

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espaces pour se faire oublier et surtout oublier (i).

Le conseil municipal a déplacé l'établissement correctionnel : de Saint-Lazare où l'air manquait, on transféra le lieu de correction paternelle à la Fouillouse :

après les événements qui se sont terminés par des poursuites judiciaires devant le tribunal de Versailles, la maison de

(l) Les terrains de la maison Saint-Michel dépendaient autrefois du fief des Tomhes; ce fut un conseiller au Parlement, M. Le Clerc de Besseville, qui les vendit en 1626 à Mme de Dampierre pour y fonder le second monastère des Filles de la Visitation, et comme Anne d'Autriche, qui était attirée de ce côté par le Val-de-Grâce, s'arrêtait fréquemment à ce couvent, on chargea Mansard d'élever sur les jardins la belle façade Louis XIV avec balcons d'angle qu'on admire aujourd'hui. Mlle de Lamoignon, fille du premier président Guillaume de Lamoignon, s'étant faite Vîsitandine en 1628, le monastère devint un peu judiciaire ; les Lamoignon le protégeaient, et quand le premier président venait voir sa iîlle, ce qui arrivait souvent, on reconnaissait le coup de fon- ««e de M. le Premier. Après la Révolution, Napoléon I" mit à la place des Visitandînes, qui n'avaient pas repris possession , les religieuses Eudistes qui y sont actuellement, pour élever, disait-il, des filles repinties et les ramener au bien. Les grilles des parloirs ont passé des religieuses aus filles repenties.

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Nanterre a été désignée pour les filles arrêtées sur la demande de leurs parents, et cette désignation paraît définitive.

Les pénitentiaires américains et belges qui viennent à Paris admirent la maison de Nanterre; en pleine campagne sur la limite de Nanterre et de la Garenne-Bezons, avec des horizons lointains et des terrains immenses où la prison est aménagée suivant tout le confort pénitentiaire moderne, Nanterre offre un type de construction grandiose : la première cour franchie, quand on entre sous un cloître roman très pur, avec promenoirs exhaussés sous ses arcades, l'eau, les plantes et les arbres faisant parterre, on croit revoir un monument d'Italie.

Les enfants y sont en cellules, petites cellules très propres, presque coquettes, sous l'œil ouvert des surveillantes, avec l'eau et le gaz, une table de travail manuel qui se relève pour les lectures, et des moyens per-

fectionnés de propreté et d'aération ; tous les jours, l'institutrice, la maîtresse de travail et l'inspecteur, accompagnés d'une surveillante, s'occupent de l'enfant; une instruction imprimée qui lui est remise lui rappelle le vieil adage Aide-toi, le ciel t'aidera; on lui dit dans ce petit code de ses devoirs que s'amender, c'est bien préparer l'avenir; que de l'esprit de suite dans son application dépend le succès de ses efforts, et qu'une conduite régulière, stable, la rendra digne, après un laps de temps dont l'administration seule est juge, de la liberté qu'elle ambitionne. Pendant le premier mois, le système d'isolement est absolu, et l'enfant se promène seule ; ensuite elle a un cercle de compagnes choisies ; un système gradué de témoignages et de billets d'honneur récompense ses efforts. Les cellules sont disposées comme celles de Mazas, pour voir le service religieux célé-

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bré par le prêtre, au centre des ailes de la prison.

Mais la durée de la détention est très limitée par la loi (i) : un mois au-dessous de seize ans, six mois, au maximum, de seize ans à vingt et un ans; Marthe B..., ayant quatorze ans et demi, ne sera détenue qu'un mois, et sa mère trouvera peut-être ce séjour d'un mois à Nanterre insuffisant pour l'amender. Des refuges s'ouvrent à elle pour recevoir l'enfant, ce ne sera plus alors l'autorité publique qui s'en occupera, mais la charité privée, sous le contrôle de la mère et tant que celle-ci ne retirera pas son consentement : les refuges sont très nombreux, ils appartiennent à toutes les

(i) Si l'enfaot est âgé de moins de seize ans commencés, le père pourra le faire détenir pendant un temps qui ae pourra eicéder un mois... Depuis l'âge de seize ans commencés jusqu'à la majorité ou l'émancipation, le père pourra seulement requérir la détention de son enfant pendant six mois au plus. 11 faut pour cette mesure des sujets de mécOQtentement très graves sur la conduite de l'enfant. {Art. 375, 376 et 377 Code civil.)

religions, et les enfants y sont partout dirigés intelligemment vers le bien (i).

Si, parmices établissements diversquisont tous très bons {2), la femme B... choisit la maison Saint-Michel restée ouverte comme refuge libre depuis qu'elle ne sert plus

(i) Voici la liste de ces refuges i pour la religion catholique, la maison du Boa-Pasteur, lue Denfert-Rochereau 71 ; le refuge de Notre-Dame de Charité dit Saint-Michel, rue S^nt-Jacques , 193 ; lePetitOuvroirde Saint- Vincent de Paul, rue du Cherche-Midi 120; l'Œuvre de la préservation, rue de Vanves, 183; Notre-Dame de Miséricorde, rue de Vaugirard, 340; l'Asile-ouvroir Gérando, rue Blomet, 83; l'Aaile Sainte-Madeleine, impasse Robinet, 8 ; l'Œuvre du refuge de Sainte-Anne, à Châtillou-sous-Bagneux ; le Bon-Pasteur de Conflana et la Société de patronage de jeunes filles fondée par Mme de Lamartine, à Chatenay (Seine) ; pour la religion protestante, la maison des Diaconesses, rue de Reuilly, 95 ; l'Œuvre du Refuge, rue des Buttes, 20| l'Œuvre protestante des prisons de femmes, boulevard de Vaugirard, 4, et l'Asile temporaire de jour, rue des Grands-Augustîns, 28 ; pour la religion Israélite, la Maison de refuge de Neuilly (Seine), boulevard de la Saussaye, 19.

(2) Le plus important paraît être le Bon-Pasteur de la rue Denfert, mais il a été décrit par M. Maxime Du Camp dans son livre La charité à Paris, dans des pages présentes à toutes les mémoires, pages bien vivantes, qui n'ont aucune raideur économique ni dogmatique, et présentent sur ce que je puis dire l'avantage de n'être pas écrites à un point de vue enclusivement judiciaire. J'y renvoie les lecteurs qui voudront connaître toutes les victimes et tous les remèdes.

d'établissement correctionnel à la Ville de Paris, voici, d'après mes souvenirs du Petit Parquet et les éléments d'information que des circonstances particulières y ont ajoutés, quelle sera la situation de Marthe B..? : elle y sera reçue moyennant 15 à 20 francs par mois, qui ne seront pas exigés très rigoureusement, à cause de l'indigence de la mère, et de suite elle sera placée, suivant ses aptitudes physiques et son caractère, dans l'un des trois grands corps d'état qui fleurissent dans la maison, blanchisseuses, repasseuses ou lingèies : car la maison vit de son travail et surtout du blanchissage à neuf pour les grands magasins de confection; quand le travail chôme, on prélève une part plus forte sur les légumes du jardin, et la charité pourvoit au reste.

Le marquis de Mirabeau, qui était un humanitaire de son temps, disait dans la

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langue un peu verte i l'usage de la famille (r) : « L'entassement des hommes engendre la pourriture comme celui des pommes. » La psychologie actuelle ne dit pas autre chose : il est d'expérience que plus il y a d'amendables .réunis ensemble, moins il y a d'amendés; quand l'Œuvre des libérées de Saint-Lazare voulut fonder un asile pour les femmes qui sortaient de prison, on préféra à un asile unique, qui eût diminué les frais généraux, deux petits asiles établis tous deux à Billancourt, renfermant chacun six libérées au plus, sous une direction rustique pour les filles de la campagne et plus urbaine pour les déclassées; ils ont admirablement réussi, donnant au sortir de la geôle la sensation du

(t) Le marquis de Mirabeau était le père du tribun : il n'était pas courtisan et ne 6t pas son chemin i la Cour, ce qui Et dire de lui par son Sis cette belle parole : « On lui rendit en respects ce qu'on lui devait en honneurs, h Mirabtan. par Edmond RoussB, del'Acadfmie française. Hachette,

foyer domestique : ce sont les petits enfants de l'Œuvre de Saint-Lazare (i).

La maison Saint-Michel est un g^and asile divisé en petits : grâce à un dédale de bâtiments, d'escaliers, de cours et de greniers de tous les temps {2), comme il ne s'en trouve nulle part ailleurs, on y a résolu le problème de la pluralité dans l'unité ; chaque corps d'état forme une di-

(t) n Les résultats obtenus ont été si heureux que nous croyons, très sincèTemenC, que c'est là qu'on doit chercher

dans l'Établissement des patronages. Nous voudrions voir se répandre cette manière de procéder. L'expérience de trois années déjà permet de se rendre compte des règles à suivre pour arriver à un bon résultat, en évitant les dangers du système administratif et des grandes agglomérations, qui, à notre sens, risquent de stériliser tous les efforts. )> Bogelot, Du patronage des libérés. 1887. Georges Carrel, iia, boule- Tard Saint- Germain, - (i) Ce dédale de constructions dotina la pensée à M^ de Quélen, archevêque de Paris, de se cacher au couvent Saint- Michei, au moment oii des persécutions religieuses sévirent le plus violemment sous le règne de Louis-Philippe : la légende raconte même que, dénoncé et serré de près par ses persécuteurs, l'archevêque n'eut un jour que tetemps de se sauver de sa chambre, et que des mains pieuses répandirent sur le lit des vêtements de femme pour bien montrer qu'un archevêque n'avait pas pu loger là.

vision, se subdivise au besoin, mais jamais une division ou subdivision ne voit et n'entrevoit même sa voisine : les récréations sont à des heures diflFérentes et dans des parties diverses du jardin, ia chapelle est divisée par tranches; quelque événementqui arrive, la pensionnaire placée à ses débuts dans une catégorie ne pourra jamais,passer dans une autre.

Dans le livre des Enfants en prison, nous trouvons ce portrait charmant de la religieuse qui préside, au dépôt de la Préfecture de police, la salle commune des femmes ramassées pendant la nuit dans les rues de Paris : « A midi, c'est l'appel pour le bureau des mœurs. La salle se vide ainsi qu'un abcès, le brouhaha diminue et les rangs s'éclaircissent autour de la chaire où se détache, seule note lumineuse du tableau, la silhouette de la religieuse, immobile sous ses voiles bleus.

comme une icône oubliée dans la chapelle. Tout à l'hetire rentrera la théorie purulente, et pour calmer les vociférations, pour obtenir un ordre que des gardeschiotirme seraient impuissants à maintenir, il suffira que la Sœur Marie-Joseph, une jeune fille de vingt ans, frappe de son missel le rebord de son pupitre. Les harpies lui obéiront, non parce qu'elle est puissante, non parce que flotte dans les plis de sa robe le prestige religieux, mais parce que la voyant jeune et belle, elles la savent vierge, et que leur vice est dompté par cette vertu (i). »

S'il en est ainsi d'un personnel de prisonnières qui, dans une grande viUe où toutes les abjections remontent à la surface, peuvent être considérées, sans exagération de langage, comme l'écume de la lie, la maison

f,i) Les en/anli en prison, p. 145.

de Saint-Michel doit avoir moins de mal qu'on ne suppose à dompter des natures plus jeunes, avec le travail, les récréations un peu violentes, la force de la douceur et le privilège d'une vocation spéciale pour ces sortes de misères ; quelques personnes au visage plus mûr dirigent les autres et forment en quelque sorte les cadres de ces recrues ( i) ; ce sont les anciennes : entrées au port un soir d'orage, elles y sont restées toute leur vie, laissant au large leur flottille désemparée suivre la foi incertaine des flots; la maison leur donne le vivre et le couvert, des soins dévoués dans leurs maladies, l'assurance de vieillir et mourir aux lieux où elles ont vécu; elles donnent à

(i) H J'ai vu au Boa-Pastear, rue Denfert, dit Maxime Du Camp, une femms de solKaate-diz-sept ans qui habite la maison depuis que l'œuvre a été fondée ; elle me disait : Voici cinquante ans que je suis ici, je auis la dojenae. » M. Maxime Du Camp constate que les filles repenties qui restent dans la maison ne peuvent y devenir reli^euses. (Maxime EHi Camp, t. III, Parùi, chap. XV, 1 4.) Cette dernière rigle existe égaleroept dans la maison Salnt>Hichel.

lyfi SOUVENIRS D'UN PRÉSIDENT D'ASSISES.

la maison toutes leurs forces et la meilleure de toutes, qui est celle de l'exemple : aucun contrat ne les lie, on peut toujours les renvoyer, elles peuvent toujours partir, en fait elles demeurent. Ont-elles eu raison? ont-elles eu tort? Elles seules peuvent le savoir, en supputant les jouissances qu'elles ont perdues et les avantages qu'elles ont trouvés. Les murs de la maison les regardent avec orgueil, en semblant dire :

Celles-là sont celles qui se sont le mieux gardées.

Sans devenir une âme de neige, Marthe B... pourra, si elle entre au refuge, y rester très efficacement pendant six ans jusqu'à sa majorité ou jusqu'à son mariage, qui est considéré comme la meilleure circonstance au point de vue moral pour sortir du Bon- Pasteur, et alors l'horoscope du commissaire de police sera réalisé : « Cette fille qui n'a pas quinze ans est certainement

vicieuse, mais pourrait être ramenée dans le droit chemin. »

Seulement, consentira-t-elle à y entrer?

Il est permis d'en douter, car la défense de Marcel consiste à dire qu'elle venait le provoquer : le père de Marcel, confirmant les allégations de son fils, déclare que bien souvent il a entendu Marthe B... dire, en parlant de celui-ci, qu'elle se remettrait toujours avec lui, « arrive que pourra », et la dernière pièce du dossier est une lettre de Marthe B... à l'accusé, qui se termine par ces mots ; « Je suis pour la vie celle qui t'aime toujours... »

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