LES MÉDECINS LÉGISTES
félicitais de sa nouvelle dignité avec un souhait très sincère que ces félicitations ne fussent pas des adieux. Le docteur Brouardel répondit qu'il resterait toujours aux ordres de la justice, mais de fait, sauf un cas très particulier de médecine légale, je ne le vis plus à la Cour d'assises; des circonstances exceptionnelles seules le ramènent de loin en loin au Palais.
Il y a trente ans, la situation du docteur Brouardel, au Palais et à l'Ecole, était occupée par le docteur Tardieu : c'était un merveilleux orateur, et, comme artiste en parole, Jules Favre seul pouvait lui être comparé ; le nombre des éditions de ses ouvrages ne se compte plus ; il a laissé un grand nom, et pour ses anciens élèves, dont plusieurs sont devenus diversement des maîtres, il est resté par excellence le maître; mais dans des matières aussi expérimentales que celles de la médecine
i5o SOUVENIRS D'UN PRÉSIDENT D'ASSISES.
légale, il affirmait avec une sûreté de Inimême qui touchait presque à l'infaillibilité. Je me souviens encore d'une a&ire d'empoisonnement que j'avais suivie de près, où le docteur Tardieu apporta des affirmations dogmatiques qui parurent s'étendre bien loin : il y a des qualités efirayantes, quand la tête d'un homme est en jeu ; malgré son grand savoir et le charme exquis de sa personne, le docteur Tardieu est resté, à tort ou à raison, dans mes souvenirs avec un je ne sais quoi d'autoritaire aimable qui nuisait un peu à son autorité.
Dans un langage moins littéraire que son devancier, le docteur Brouardel dit ce qu'il voit plus que ce qu'il croit ; si vous lui demandez son opinion personnelle, il la produit de suite comme le résultat de ses études à lui et de son expérience, mais sans l'imposer à la science et encore moins à ses confrères; les jurés puisent dans le
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cours limpide de ses explications des solutions justes, si faciles à saisir qu'ils s'imaginent les avoir inventées; il précbe ce qu'il constate, élucide ce qu'il expose, énonce ce dont il doute, démontre ce qu'il affirme; il est, dans le vrai sens du mot, DocTOR àonus dicendi peritus.