‹ Souvenirs d'un président d'AssisesChapitre 23 sur 28 · LES REMÈDES · texte numérisé non relu

LES REMÈDES

lequel une certaine morale oratoire remplit agréablement l'oreille; mais quand la maturité est survenue, rien n'agit sur les esprits que ce qui vit dans les faits : généralités et sonorités font page creuse ; le lecteur qui les rencontre saute vingt feuillets pour arriver à la conclusion du livre, et celui qui va jusqu'au bout se dit plusieurs fois avec le bonhomme La Fontaine, terminant par cette morale courte, mai:: pratique, la fable de \' Enfant et du Maître d'école :

Bh! mon ami, tite-moi de danger, Tu ferai aprti ta harangne.

A la Cour d'assises, le danger n'a rien de vague : les « pâles voluptés » dont parle le poète (i) y sont définies, ce n'est ni ombres vaines ni fantômes insaisissables, le vice

(1) Victor Hugo, L*$fttiHU» d'atiUnnu,

iSo SOUVENIRS D'UN PRÉSIDENT D'ASSISES.

est concret, l'immoralité est dûment qualifiée, le mal est tangible, donc guérissable; quels sont les remèdes?

Quels sont les remèdes suivant la nature diverse du mal dont nous avons esquissé les formes criminelles, soit qu'il s'agisse du mal d'amour qui arme l'un avec l'autre ou l'un contre l'autre deux êtres que la passion a troublés, soit qu'il s'agisse du mat des sens qui souille la pureté de la famille ou s'incarne dans un corrupteur public, possédé d'ardeurs innomées?

Telle est la question morale qui se dégage de cette partie de nos Souvenirs.

Comment prévenir et comment réprimer?

Comment prévenir les crimes de mœurs dans leurs principes, de manière qu'ils ne se reproduisent plus avec la multiplicité efirayante que nous avons signalée ?

Comment réprimer les crimes de mœurs

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LtS REMÈDES. i8t

lorsqu'ils ont été commis, de manière que la peine soit efficace pour amender le criminel, et que l'appréhension d'une justice sévère sur les faits d'immoralité devienne, pour ceux que les exemples des autres instruisent, te commencement de la vertu?

Au point de vue préventif, nous traiterons la question par rapport aux trois catégories de crimes que nous avons signalées, les crimes d'amour, les crimes de mœurs sur les enfants, et les crimes de mœurs des ascendants.

Contre les crimes d'amour, nous indiquerons comme seul remède préventif possible : donner aux débats des affaires de cette nature devant la Cour d'assises une direction telle que les jurés puissent punir moins l'acte criminel en lui-même, qui parait un coup spontané de la passion, que les défaillances de volonté et de caractère

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qui ont laissé couver la passion et l'ont conduite au crime.

Contre les crimes de mœurs sur les enfants, nous indiquerons comme remèdes principaux : i* punir les attentats à la pudeur sur les enfants, même lorsqu'ils n'auront pas été accompagnés de violence, aussi longtemps que les enfants n'auront pas atteint l'âge de quinze ans accomplis, au lieu d'exiger au-dessus de treize ans la 'preuve si difficile de la violence, comme l'article 332 du Code pénal l'exige aujourd'hui; 2* supprimer la condition d'habitude dans l'article 334 du Code pénal relatif à l'excitation de mineurs à la débauche ; et enfin 3' introduire dans nos lois pénales une disposition analogue à celte de l'article 335 du Code italien, qui punit la corruption, à l'aide d'actes de libertinage, d'une personne mineure de seize ans.

En dernier lieu, contre les crimes de

mœurs des ascendants, nous indiquerons comme remèdes : développer l'application de la loi du 24 juillet 1889 sur la protection des enfants maltraités ou moralement abandonnés, et surtout favoriser la création des logements économiques, comme ceux de la Société philanthropique, qui sauvegardent les lois de la pudeur dans les familles pauvres.

Après avoir recherché les remèdes au point de vue préventif, nous les rechercherons au point de vue répressif, c'est-àdire à l'égard des individus déjà condamnés pour crimes de mœurs.

Le remède après le crime est la régénération, et le moyen pratique de régénérer les condamnés est, suivant nous, le patronage.

Mais avant d'entrer dans cet ordre de questions, je voudrais auparavant faire connîtftre les idées générales d'un vieil au-

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mônier de filles repenties sur la matière qui nous occupe, et jeter ensuite un dernier coup d'œîl sur la Cour d'assises, pour montrer comment, à la suite des condamnations prononcés par le jury delà Seine, celui-ci s'intéressait charitablement au sort des condamnés.

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