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CHAPITRE XIV

Le théâtre bruxellois au lendemain de l’armistice.

La grande revue parisienne à TAlhambra.

Volterra, Mistinguett et Jacques Charles. La revue d’autrefois

et la revue d’aujourd’hui. Rideau.

Trois Broii})olf'ors », où il s’ctail. l’ail roniar- .

Oli! les lendemains de rarmisliee |(Our les ilK'àtres de genre! On avait usé Jusqu’à la trame, [X'iidant l’oeeupation, toiles de fond, eliàssis et j)ortanls. P’aire des décors neufs, il n'y fallait |>a songer. Renouveler les troupes, c’était impossible : les artistes, belges et français, qui avaient fait la campagne, n’étaient pas encore démobilisés.

D'ailleurs, à peine les communications r.ommençaiont-elles à se rétablir, avec Paris, par le moyen d’autos bourlingant suites routes détruites.

Pourtant il fallait bien, pour ne pas priv('r de leur gagne-pain des malboureux (jui n’avaient d’autre moyen d’existence qiu' les francs qu’au guiclu't l'on dépose en entrant, r('présenter, dans des costumes mangés des mites, des [)ièces qui l’étaient égaiennud,, ou bien des pièces de circonstance fabriquées dans les [)risons bocbes [lar îles patriotes en mal de tbéàtre.

Dans ces conditions, le critique dramatique flevait à tout prix trouver des trésors d’indulgence pour ne pas dire de charité.

Tliéopbile Gaulier a imaginé l’ai'licb'tyi)e du critique hypocrite et vertueux; on jiourrait lui donner le |)endant de l’article, bénisseur jiar principe, du critique de l’armistice. Quelque chose dans ce genre:

« L’habile direction qui [iréside aux ib'slinées du théfitre des «Jeuin^s P’üli('s» vient de faire une tentative fort intéressante : elle a représenté hier une comédie en trois actes intitulée : « La Golgotha de r.Msace», à laiiuellc b' public aurait loi'! de se montrer indifférent, puisquelle s’ins|)ire des sentiments les [dus nobles.

» Aussi devons-nous féliciter avant tout de son initiative la direction des «Jeunes Folies». M. Van Zwaelebol, l’érudit et très parisieir directeur de cette nouvelle salle, a déjà fait toutes ses preuves; en vain dirat-on que la gérance de la « Brasserie des

(juer derrière le comptoir, en actionnant la pom|)C à bière, n’était [)as une préparation suffisante pour aborder la direction d’une grandf' scène dramatique : M. Van Zwaelebol, qui est un homme d’esprit en même tenqis qu’un homme de cœur, a su se faire seconder [lar un coadjuteur de tout j»renuer ordre. M. Sainval, le réputé régis- S('ur général; à M. Sainval revient l’bonn('ur d’une mise en scène qui, peut-être, eût été j)lus parfaite encore, si certains détails n’avaient écba[)pé à sa [lerspicacité: c’est ainsi que le [niblic s’est étonné de voir que la toile de fond du grand salon du |)i-emi(‘r acte n'priisenlait une salle do bain ('I, que le deuxième châssis de gaucho du même salon figurait une [lorte en treillis au-dessus de laijuollo se lisait cette enseigiK'. : « Itntrée du restaurant ».

» On s’est étonné aussi de voir que le rédacteur sportif, qui doit entrer, au deuxième acte, dans le bureau de rédaction d’un journal français, à .Mulbousi', vêlu en chasseur d’Afrique, avait endossé un magnificpie costume de tambour-major espagnol : il paraît (juo c’était un laissé pour comjde de la précédente revue et que l’avisé directeur des «Jeunes Folios» avait trouvé ainsi l’ingénieux moyen do ne pas l’avoir payé jiour rien. Ce sont là de petites choses, nous le savons bien, des points de détail; n’im[)orte : le public a souri.

» L’interiirétation a été à la hauteur de ia pièce : Mlle Passarion, qui remplissait le rôle si |)érilleuxet si délicat de Suzannah, a eu des moments d’une communicative et troublante émotion; peut-être ce[)endant at-elle fait montre d’un pou trop do laisseraller dans l’espièglerie, quand elle a cru ])Ouvoir, à certain moment, transformer le texte de l’autour et sidistituer aux mots « Laissez-moi tranquille » un mot bref et unique qui ne sentait nullement le grand

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monde. Ge sont là des vétilles; n’importe : les spectateurs ont été interloqués un instant.

» M. Jacques Tartemiuon jouait Josépliin. 11 s’y montra, une fois de plus, digne de son propre talent. One] plaisur pour un auteur que de posséder un pareil interimète! Mais il fait tout dire : M. Jacques Tartempion est un type dans le genre de l^Tédéric Lemaître; quand il est saoul, li est bien saoul — comme Mes Bottes un jour de paie. I,e ])ublic a bien été obligé de le remarquer quand, au moment de déclarer son amour à Suzannali, l’artiste a fait un faux [)as et a failli envoyer Suzannali dans le trou du souffleur; cela a un peu nui à l’émotion et à la vérité de la scène.

» Compliment général aux autres interprètes.

» La pièce a iiarfaitement réussi. Il y a ('U un rai pel après le premier acte. »

îl: *

IjOS revues de fin d'année. |)oussèrent jiartout comme des champignons sur du bois mort : tous les revuistes embouchèrent la trompette de la Victoire. Mais c’est un instrument qui demande du souffle et dont ne joue jias qui veut ; le nombre de couacs et de fausses notes fut incalculable... Et piuis, la mise à la scène — chaque revuiste s’y crut obligé — des clo[)ortes à deux pattes qui nous avaient si longtemps souillés de leur grouillement, n’avait rien de réjouissant, quelles que fussent les intentions comiques de l’auteur et des interj)rètes. On en avait soupé, du casque à pointe, des jurons allemands, de la choucroute et des dactylos de Berlin... Après les avoir abominés pendant quatre ans bien sonnés, on ne demandait, enfin libéré, qu’à en effacer jusqu’au souvenir! Il y eut, dans tous les ])etils théâtres, une série de |)ièces manquées, des revues qui eussent passé pour de bonnes revues en un temps où le revuiste n’avait rien que de normal à flire, mais dont les contingences faisaient des revues médiocres. Dieu me garde do juger avec une im|)ertinente sévérité mes confrères : dans le fatras des premières producüons littéraires et artistiques qui s’inspirèrent de la guerre, combien valurent qu’on s’y arrêtât un instant? Et- [lourquoi serait-on plus sévère [)Our la revuiste qu’on ne le fut. pour le poète et le rom.ancier, si lents à nous donner oeuvre qui marque et qui dure?

Et imis, la revue jiarisienne, la grande revue à spectacb^ et à femmes, fit son entrée dans Bruxelles, pilotée et présentée ])ar Volterra! Cette revue-là changeait toutes nos habitudes en matière de revue Notre vieille revue locale ne fut ])lus que la parente pauvre de cette enrichie de la guerre.

11 lui fallait un palais pour se loge,r : J’Alhambra, déconsidéré par vingt faillites, sali pendant roccui)ation par les canciis

flamingants (le Conseil des Flandres n’y proclama-t-il lias, en une séance aussi grotesque que mémorable, l’autonomie des provinces flamandes?) dévasté par une odieuse ex|)loitation théâtrale d’aktivistes, tout excorié, tout délabré, tout croulant, fut transformé en un music-hall luxueux.

C'est que Volterra possède la baguette magique, la baguette des fées, celle qui fait surgir des bosquets dans les sables du désert et transforme un taudis en salon où les ors étincellent et où les fleurs foisonnent. CeJte baguette-là ne ressemble ])as du tout à la baguette des contes de Perrault ; c’est un rouleau formé de feuilles de jiapier que l’on aiqielle indifféremment, chèques ou billet de banques. C’est à Paris, jiendant la guerre, en montant aux Folies Bergères d’abord, puis au Casino, des revues somptueuses, où les soldats en permision venaient s’emplir les yeux et la mémoire de visions émerveillées, avant de rentrer dans la nuit des tranchées, que Volterra s’était procuré sa baguette. Il sait que, dans certaines industries, où l’apparence vaut autant que la réalité, la prodigalité est une vertu : il sait le fiouvoir d’attraction de l’or jeté à la volée et que l’argent apjielle l’argent. Toute une armée de créateurs s’emploie à des efforts conjugués pour donner au public des plaisirs dont lui, Volterra, est l’intendant sagace. Et la grande revue, parisienne est l’aboutissement de ces efforts multiples; elle présente, en quelques heures de spectacle, tout ce que l’art du metteur en scène, du costumier, du maître de ballet, de l’électricien et du chef d’orchestre, voire des artistes de comédie et de drame lyrique pourra imaginer de plus nouveau et de plus séduisant. Elle assemble toutes les ressources de l’élégance parisienne et en lait l’addition; ell(' recouid aux grands mirsic-hatls d’Amérique pour leur emprunter ce qu’ils ont réalisé de [ilus sensationnel et le mettre au goût de notre fantaisie.

Ainsi s’est créé, sous la dénomination « revue » un spectacle moderne, insoupçonné par les Clairville, les Monreal, les Blondeau et ])ar tous nos revuistes nationaux; ainsi notre vieille revue bruxelloise, familière frondeuse et cordiale, fut noyée, sous des vagues déferlantes : nous n’avons conservé que l'îlot do l’Olympia; nos autres théâtres de genre, bateaiix légers flottant autour du vaisseau énorme de l’Alhambra, n’ont plus à leur bord que des revues de formation parisienne, des produits de seconde main, sur lesquels on |)ique, ça et là ,une cocarde aux couleurs bruxelloises

Paris, quand il s’est amusé do son jouet, au Casino, nous l’envoie. Et, deux fois iiar an, la scène du boulevard Emile Jacqmain est envahie jiar dos girls loyalement dévêtues (jui étalent le fusefage de leurs jambes nues et nous convient à admirer la jeunes.'^e anUnite de la femme en fleur ; c’est un bondissement de formes roses et blanches qui peuplent d’une vision à la Saint-Antoine la médiocrité et la banalité

SOUVENIRS D’UN REVUISTE

do la vio courante; e’csl l’hymne à. la joie, le péché triomphant, l’apothéose de la bacchante moderne, une bacchante aux cheveux courts et dont les seins s’effacent.

Trois figures planent sur le monde fiévreux qui se bouscule dans l’insolence de la lumière, de la musique et des décors : Volterra, déjà nommé, Mistinguett et Jacques Charles.

A''oltcrra, d’origine très humble (il a l’élégance d’en convenir et même de s’en glorifier) a une envergure que les circonstances seules de sa raiiide fortune n’auraient pas suffi à lui conférer. Une forte personnalité a. seule, pu le maintenir égal à lui-même dans les traverses [)érilleuses de son métier. Il apporte, à manier les entreprises qu’il dirige, une rondeur, une clairvoyance et une décision su|)érieures. Il voit grand sans effort. Il ne recule devant aucune audace. Et puis, il a confiance dans son étoile — ■ condition unique pour le succès. Enfin, il ne s’épate de rien. Il y a quelques années, il achète, en passant sur un champ de courses, un cheval qui avait cessé d’intére.sser les sportsmen. Il l'engage dans le Grand SteepJa de Paris, mise dessus à une côte invraisemblable : son cheval arrive [»remier!

Il gagne, cette journée-là, dit-on, un million. Il ’encaisse avec le sourire, comme à l’échéance, sans s’étonner. Il ('st de règle que le Président de la République félicite le |»ropriétaire du gagnant du Grand Steeple. Volterra reçoit les félicitations présidentielles avec la même tranquillité, le même air bon enfant que s’il recevait les bommages d’un de ses innombrables chefs de service. Et, avec cette gaîté goguenarde du faubourien de Paris, qui en a vu tant d’autres et en verra encore beaucoiq), il déclare au Président : « C’est un beau jour pour moi. Monsieur le Président; je ne |)ourrais vraiment en rêver qu’un seul j)lus beau... » — « Lequel? » fait le Président. — « Celui où vous me feriez rh'onneur d’assister à une représentation de ma revue au Casino! »

Volterra a plusieurs théâtres, à Paris, à Bruxelles et ailleurs; il n’en sait jamais 1^ nombre exact, (larce qu’à peine en a-t-il remonté un qu’on le trouve disposé à le revendre — à dire d’expert, s’entend, et l'exiiert, c’est lui. Il a des intérêts dans un tas de combinaisons théâtrales. Il dirige indifféremment une scène de comiédie comme le Théâtre de Paris, un music-hall comme la Gaieté Rocliechouart, ou un dancing comme le Perroquet. Le tout avec de robustes poignées de mains, des idaisanteries de titi, et une roublardise d’immme à qui on ne la fait pas.

On s’entend presque toujours avec lui à condition de le rencontrer — mais on ne le rencontre presque jamais. Il sait, mieux que jiersonne, se soustraire non seulement aux importuns, mais parfois aussi à ceux que

leurs intérêts et les siens pourraient utilement. rap|irocher. Si vous parvenez à ragri|)per j)ar le veston dans quelque coin de la salle ou de la scène, il a'ous déclare : « Un instant, cher ami, je suis à vous. » Sur quoi il disfjaraît derrière une porte qui se ferme et ne s’ouvrira plus; il se volatilise dans les cintres ou sTngloutit dans une trappe. Je connais des gens qui lui courent après depuis un an et qu’il évite, non par crainte d’embêtements, non par antipathie, mais jaar système, pour le plaisir de jouer à câche-cache et de paraître posséder dans son magasin d’accessoires, outre la baguette magique, l’anneau de Gygès. C’est un sport spécial — et il se fait gloire d’y exceller.

Tel est ,en quelques traits, cet homme aimé des dieux — tout au moins des dieux qui dispensent la fortune et jirésident à la ■réussite des affaires — et qui a le mérite rare d’être demeuré semblable à lui-même dans l’effarante agitation qu’il domine de sa calme et goguenarde autorité.

Et Mistinguett? Eh bien! Mistinguett, c’est le [irodiiit quintessencié de la badaiiderie parisienne d’après-guerre — mais d’une badaiiderie qui, partie de la médiocrité, va rejoindre sur les frontières où ils lui sont le plus accessibles, l’Art et la Beauté.

Le jour où de savants commentateurs étudieront le music-hall, et son influence sur la mentalité des foules jiendant le désarroi consécutif au cataclysme de la guerre, ils auront rempli la plus grande partie de leur tâche quand ils auront terminé le chaintre Mis'tinguett.

Mistinguett! le nom est cocasse et rigolo. Na[)oléon disait que la Marseillaise est un air qui a des moutaches; on pourrait dire que Mistinguett, est un nom qui lève la jambe. Ce nom-là a été inventé pour étonner la foule et amuser son désir : il y a en lui l’impudeur et rim|)Osture du musichall, l’insolence des faials, le mensonge des dents trop blanches, des lèvres trop rouges et des regards avisés par une ombre violette...

— • Connaissez-vous, dans le monde du concert, beaucoup d’artistes comme cellelà? nous disait Jacques-Charles, une nuit où nous répétions généralement une revue de l’Alhambra, et tandis qu’on soufflait un peu entre deux tableaux. Elle a d’abord, sur le public, une autorité incomparable, un prestige unique : le Parisien de Paris aime son parler canaille où traîne l’accent des faubourgs, son visage cliil'fonné. El, quel est le Péruvien, 'le Cypriote ou le Suédois qui, ayanl, visité Paris, oserail retourner dans sa patrie en avouant qu’il n’a pas vu Mistinguett? Qu’elle refuse de jouer, et la recette du théâtre tombe d’un tiers... Quelle femme, au théâtre de genre, porte comme elle, la toilette? Qui peut se vêtir ainsi des haillons de la pierreuse? Il n’y a pas jusqu'à sa mauvaise voix, cette voix blessée.

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(•(^ clavior dont dos (oucIk'S sont hrisôos, qui no la serve. Et sa diction? En connaissez-vous une plus nelfe, uin^ plus mordante? Et puis... où trouverez-vous une daneuse au ryllune plus sou|)le, aux jambes plus parfailes?

Ainsi parlai I dacques-Gliarles, — Jacques- Charles qui se connaît en inter[u‘è*tes imur en avoir essayé quelques milliers et lancé quelques douzaines.

On ignore généralement qu’avant rie triompher au Music-Hall, Mistinguett a joué la comédie au Gymnase et aux Variétés, le vaudeville au Palais Royal, (pdelle fut une Mme Sans Gêne étonnante; nous la verrions interpréter Phèdre que nous n’en serions [las autrement étonnés-

11 y avait, dans les revues de l’Alhamhra dont' elle fut, toute une équi[)0 de jolies filles : mannequins fringants, amenés à grands- frais de Paris et danseuses modernsfyle; il n’y en avait aucune qui jmssèdfit la ligne et les jambes de cette femme de 53 ans et la cambrure de ses reins. Mistinguett, comme dit l’argot dos coulisses, les « met dans sa poche » avec sérénité. C’est — révérence parler — un animal de luxe, une hèle de race, frôle et forte, nerfs et mu.scles d’acier. Oh! ces jambes de Mistinguen, qu’ont caressées les yeux de millions de S[)ect atours, ces jambes qu’a moulées le sculpteur émerveillé, ces jambes infatigables comme les jambes du cerf, ilociles, agiles et sûres, servantes du rythme et comme vivant d’une vie propre!... La fonclion a créé un organe sélectionné, une membrure ardente et sèche : Mistinguett est à la Danse ce que les beaux lutteurs, vainf|ueurs des lournois olympiques, sont à r.Athléüsme — les beaux lutteurs, dont le corj:)S harmonieux n’a plus un atome de grvaisse, et dont la musculature puissante joue librement.

Elle vit frénétiquement sa vio- Quand elh' a dansé pour le j)uhlic, rentrée à l’iiôtel, (die danse pour elle-môme, aux sons d’un phonographe, pour le [ilaisir.

Elle a des colères terribles et des attendrissements de pensionnaire. Il y a, du reste, en elle, un fond d’ingénuité inattendu, ce quelque chose de puéril qui donne du ])rix à la vie, parce qu’i'l nous conserve la faculfé de nous élonner, de nous émouvoir, de nous enl housiasmer. Et les biographes assurent qu’elle a connu .dles amours à s’en I ordre le cœur, comme un torchon qu’on lave et (pu ])leure...

11 vous souvient peut-êlre d’un dessin de Forain : dans les coulisses de l’Opem passe un homme, en habit, dont on no voit ([ue Ile dos maigre et courbé... Et (dieux choristes se le désignent, la figure figée dans un respect religieux : « Rotschild!... » Combien de rat s de théâtre', de coryphées ou de petites marcheuses d;u quatrième qua- (irille, sur])rondrait-on, pareillement fascinées, chaque soir, dans la coulisse, ([uand Mistinguett s’apprête à faire son entrée?... C’est que Mistinguett incarne tous leurs rêves : à leurs yeux, elle est l’Elite, la

Super- femme d(' Ihéàire, la Gloire, h; d’alenl. l’Ai'gt'id. le Luxe sans limites. Elle est celle qui gagne un million par an, qui fait ce q'iii lui -plaît, celle dont le nom i Ïambe (Ui hélices de feu sur le fronton dles théâtres. c('lt(' qui commande au costumier, règle les projecteurs, fait, travailler h's musiciens et les poètes du caf’-conc’, colle dont un caprice ('ffare les directeurs, celle (pii fait tiv'mhler le caissier dans son box quanrl. d’une voix tranquillement enrouée, elle dit : » Si je n’ai pas ce que je veux, je no jou(' pas ce soir » : mots magiques qui font ])ousser les fleurs sur le sol aride ries jai'dins de toile et de carton, font se précipiter les habilleuses et le chausseur, le liroducer ('I le maître de bs ti'l. exorbiient ies yeux arrondis du chef (f irchestre, rendent la mémoire et la vohe aux artistes admis à l’honneur de la réiilique.

T'n des secrets de la place extraordinaire qu’elle s’est faite au mu'sic-hall, c’est qu’ofle aime avant tout et [lar-dessus tout son métier. Elle sait attendre, ]iendant (h'S heures, sans un mouvement d’impatienc(', au cours d’une répétition, qu’arrive le moment, die son entrée on scène. Quand la minute sonne, elle interrompt avec une incontestable autorité la conversation par ces mots : « Taisez-vous, c’est à moi ; je joue! >> Clémenceau faisait la guerre; Mistinguett joue. Elle entre en scène : la figure se transforme; l’être frémissant est, tendu pour le travail; elle joue ; le r('st,e du monde d'i.sparaît ; elle n’est plus qu’une matière que le metteur en scène ('t les auteurs vont, pétrir pour le. succès : on a onntmencé à « créer » un sketch, et voilà qu’en cours de travail, on flanquera tout, en l’air ; musique et paroles, libretto et eborégraphie; on repart sur nouveaux frais; le dérnori du théâtre la possède et l’anime. Il n’y a plus de -genre inférieur, d’art mineur, de spectacle dérisoire; il n’y a plus qu’une offrande j:)assionnée, un désir de se dévouer à l’Idole-Public, à l’Idole aux mille têtes anonymes, accroupie derrière la lumière aveuglante de la rampe, dans, la pénombre de la salle, l’Idole que l’interprète doit à tout prix se rendre favorable et fléchir. Car le Dieu public est le dispensateur des bravos et des recettes... le Dieu redoutable et cruel, maître des diestinées des mentons bleus et des seins nus. le dieu qui se repaît de la jeunesse de la d('!butanfe et du talent des vedettes chevronnées, des grimaces des bas-comiques, dies cris du tragédien et du sourire de l’ingénue.

« Je joue! » Elle devient, du coup, la j)lus bumbre des desservantes du temple; elle prosterne sa volonté, son effort ('t son ])restige devant le Tout-Puissant, celui dont le jugement est parfois obtus, souvent imbécile et presque tou.jours frivole, celui qui n’a jamais tort, qui est ignorant, qui voit- mal, qui entend die travers et qui sent mauvais, n’en fait qu’à sa tête, (lécrète des lois absurdes et des modes imbéciles, et qui brûle un soir ce qu’il avait adoré la veille.

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EL ce ip.uhlic applaudit parce qu’il sent une application à lui plaire.

Une fiche, pour terminer ce chapitre, à l’intention de la petite Histoire. Il s’agit d!e l’emploi d’une des journées de Mistinguett, en l’an de grâce 1922, quand elle était en représentations à l’Alhambra : la journée du dimanche 18 juin ;

A 3 heures du niatiri, coueher ide la divette.

A 7 heures, lever de ta divette. Elle passe un costume de bain, déjeune et, jetant sur ses épaules un ample manteau, prend place dans son auto, oii l’attendent ses deux idlanseurs, Oyra cl Leslie, tous deux déguisés en Apache» : le premier, dans le costume de Siolka, du sketch Salsifis, le deuxième dans le costume du « patron » de la gonzesse, « qui en a marre ». Départ pour le parc du Cinquantenaire.

A 7 h. 3/4, Mistinguett donne le signal de la course cycliste Bruxelies-Dinant. Après quoi, laissant tomber son manteau, elle plonge... dans le bassin central du Cinquantenaire,, y prend ses ébats en compagnie de son chien Alfred... et revient à la rive, sur les injonctions des agents de police totalement ahuris. Dans l’auto, aux rideaux pudiquement abaissés, elle enlève son costume de bain et endosse les haillons de Salsifis.

A '8 h. 3/4, arrivée de l’auto au bois de la Cambre où trois chevaux de louage, sellés et harnachés comme dans les romans de Capendu, atlendent les trois artisles. Promenade éque.s- Ire lies deux Apaclies et de la pierreuse par les aillées ensoleillées de la forêt kjc Soignes. Les passants matinaux béent comme des portes enchères.

A 12 heures, descente de cheval à la Porte Louise et réintégration dans l’auto.

A midi et demi, déjeuner du trio au Savoy, toujours en costume de barrière,.

A 2 heures, traversée pédestre de la rue Gréti'v, du boulevard Anspacli et de la place il-e Brouokère, pour se rendre à l’Alhambra. Ln cortège sans cesse accru de badauidis ahuris suit les trois phénomènes jusqu’à l’entrée des anistes.

A 2 h. 3-/4, Mistinguett entre en scène pour ta représentation, en matinée, de la Revue- Suns-(h;ne. Elle revêt successivement : la robe Si'cond Empire du tableau : le Casino de Spa en 18b5 — lia jupe en lambeaux de Salsifis — le manteau prestigieux du Palais des Soiries — le costume de la danse du ballon — le tailleur de fli'urlste — la robe-fourreau de la Lolita — le costume espagnol du tableau de la Corrida — et une toilette ide ville pour sortir du théâtre.

A 7 heures, dîner.

A 8 heures, renouvellement intégral du programme de 2 heures.

A 11 h. 1/2, Dancing.

En résumé, le 18 juin 1922, au cours de ses exploits frégolifiques, Mistinguett a changé vingt-et-une fois de vêtements, a été plongée dans l’eau, secouée dans une auto, cahotée à dos de cheval, a dansé toutes les danses nouvelles du dancing et a été malaxée, piétinée et traînée aux clieveux par Siotka.

Les deux danseurs étaient fourbus.

Ouant à Mistinguett., elle annonçait son intention lie ]»arlir le luiuü, au petit jour, en auto, pour Üstende, afin ide prendre un bain /ito mer et s’entraîner un peu...

Et .Jacque.s -Charles? Eh bien, Jacques- Cliarles, c’est le producer : à cliose nouvelle, qualification nouvelle. Vous vous rappelez la formule introduite à Bruxelles ]jar Volterra ; « M. Voit erra présen te à l’Alhambra, la revue X, de M. Y, la dernière production de Jacques-Charles. » Le producer a accaparé le plateau du théâtre de genre et il en bouche toutes les issues.

A côté idie lui, les auteurs paraissent des produits antédiluviens et superfétatoires. C’est lui qui conduit, dispose et réalise. Il faut qu’il connaisse le secret de plaire, par le moyen des décors, de la musique et des jambes des danseuses, aux fonctionnaires des ponts et chaussées, aux officiers supérieurs et inférieurs, aux collégiens, aux modistes, aux Cubains et aux Australiens qui visitent Paris. Il n’écrit ni musique ni « poème » ; mais, parmi vingt couplets qu’on lui soumettra, il en choisira un, celui qui deviendra célèbre et rapportera des appointements de ministre à son auteur — et à lui-même. Ce qui est juste, car, enfin, sans lui... H doit savoir transposer un sketch, organiser un défilé, montrer un pas de fox-trott, sourire souvent, se fâclier avec circonspection, régler un incident dans la salle, planter un décor, discuter avec la couturière, indiquer à « l’homme des lampes » la projection dont il faudra inonder tel clair de lune ou illuminer le dôme du Palais du Caleçon. Il faut qu’il ne s’épate de rien, même de lui-même. Il faut qu’à chaque revue, il découvre et clou : il dispose pour cela moral et matériel illimité.

Une produclion de Jacques-Charles coûte de 15 à 20,000 francs par jour, à Paris, et de 8 à 10,000, à Bruxelles, seconde mouture, c’est-à-dire tous les frais de premiei' établissement étant amortis à Paris. On fait le compte à la centième ou, préférablement, à la cent-cinquantième. Jacques-Cliaides vous calcule ça tout die suite — avec une tranquillité impressionnante, justifiée par cinquante succès.

L’art du producer est un art amusant, et son métier, pour fatigant qu’il soit, est un 1)011 métier. Il y a d’aliord les contrats par lesquels le directeur s’assure la production exclusive et totale de l’homme précieux. Puis il y a le pourcentage d’auteur sur la pièce en cours et les droits dj’édil.ion et d’exécution sur les morceaux mis à la mode par la revue à succès.

En une semaine, on a vendu, en Amérique, 40,000 plaques de phonographe ayant enregistré le C’est mon homme! que lança si magistralement Mistinguett dans une des dernières revues du Casino Idè Paris.

Le sait-on? Ce C’est mon homme! au ryl.lime désarticulé, à la fois triste et canaille, qui convient, si bien aux amours maladifs de la gonzesse au grand Chariot, avait été imaginé par le compositeur Yvain jionr une recette de salade parisienne : <( Vous prenez du veau froid, vous y ajoutez de l’iuiile et du vinaigre,) un brin d’estragon.

produise un d’un crédit

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lin rion cIp poivre de Cayenne... » An cours li’une répélilion de la revue où Ton travaillait à mettre sur pied la scène de « La Louve », Yvain, pour tuer le temps à un moment où le « ])oème » accrochait, tapota dislraitement, sur le piano, Tair destiné à devenir mondialeimmt célèbre. Le producer (d l’interprète dressèrent Toreille et furent illuminés comme saint Paul sur le chemin de Damas : c’était la musique rêvée pour les peines de cœur de la gonzesse; la fortune venait de passer, d’un vol rapide, sur le [fiai eau du Casino, et les intéressés l’avaient liappée par les cheveux; la salade parisienne, brusquement, était, d'evenue le saladier de vin chaud dès bals idie barrière... le iiacte était conclu avec le succès — pacte ■Signé Mistinguett, Yvain, Willemetz et Jacques-Charles!

Il faul au producer de très spéciales qualités. Il doit d’abord être un conducteur d’hommes, ce qui n’est pas toujours aisé, el, un conducteur de femmes, ce qui l’est encore moins. A l’audace dans la conceplion el rexéculion. il doit joinidre le caime* il est permis à tout le monde, au théâtre, sauf au pi’oducer, d’avoir ses nerfs. Jacques- Charles a. d’une façon étonnanle, ce don fin sang-fi‘oid : le soui'ire ne le quitte pas, fûl-ce aux heures les plus périlleuses. Il a aussi une mémoire qui déconcerte ; le soir d’une première, il songera, lout en commandant une manœuvre de décor doni peut dé,' endre le sort de la pièce, à une paire de chaussons de danseuse qu’on a oublié de recouvrir — les chaussons, pas la danseuse — de satin mordoré, donnera un orfire à l'accessoiriste et rai)pellera à un « comique » un jeu de scène ai'cèté à la iM'pétilion générale et qu’il s’agi I de placer après le deuxième couplet.

Et il a une telle façon Idie dire, en ce.s m,oments-là, à son collaborateur : « J’en irnds... J '(‘Il mets, vous savez!... » que le collahoraleur so sent, du coup, lié i)ar une chaîm^ invisible, mais solide à celle Provid(*nce en jaciuelle.

Willemelz, Arnould, Saint-Granier, Briquel, Lucien Boyer forment, autour de lui, une [)léiade de revuistes notoires — ce qu’il y a d(' mieux idians l’équipe parisienne, après Rif), Vautel et la Eouchardière. Ce sont les garfles du corps de ce fringant chevalier du Plateau qui sait l’art do grou|)er les dévouements et les amitiés.

J'ai personnellement, avec ce producer qui fui gazé par l’alchimie boche, au cours de la, guerre, et qui est non seulement revuiste mais encore journaliste et romanciei-, des rapports d’entière cordialité : figurez-vous que ce grand garçon-là, parisianisé jusqu’aux ongles et haliitué aux artifices de la scène, aux men.songes du décoj-, se découvre, les vacances venues, une âme hucolique : il aime mieux alors le scintillement des astres qui attachent, avec des clous id’or, le vélum bleu au ciel infini, que les plus savants effets de l'umière obtenus, sur un décor de toile peinte, à

force de berses et de réflecteurs. Et il préfère le bruit berceur des flots mourant sur la grève à la plainte de rarchel qui arrache aux entrailles du violoncelle les pleurnicheries de Desliny ou de Wispering.

Un producer poète : on voit de tout dans le siècle où nous vivons! Félicien Champsaur, à propos de la revue du Moulin Rouge, « production » de Jacques-Charles, écrivait l’autre jour :

<( C’est un po(Me prodigieux, aninTalcur de féeries (d, d'oal, 'les poèmes sonj, fails de chair de femme, iil’épaulcs nues, de. bras nus, de lorses mis, de seins impeccables, étoilés ou orfévrés, de croupes exquises, de jambes nues adorables, de co-sf urnes magnifiques, somptueux, extravagants, tous divins ou presquii inexisHanls, de déco.rs aux plantations et aux couleurs imprévues, amusant l’œil et dont on n’est pas encore, dégoûté. Les mots qu’il assemlile en slrophcs éblouissantes sont ces girls qui fichent par terre l’art des Irois mille, Irottemenu de romans sans imagination et sans Irouvailles jtersonnielles, d(^ futurs litlé,ratés arrogUids par iulleurs, acharnés à leur médiocre amliilion, rampant à genoux devant les distrihuleurs de la manne et de ta réclame, littérain'. Oui, Jaccpies-Cliarles est un arlisje admirable. 'Pliéudore de Banville et Paul Verlaine, qui me dédia ; Les fries galanies, seraient conlents de lui. »

J’ai ps.sayé, d’abord a\c'* Malperluis.

puis seul, do moliro quelques si'èm's de revue bruxelloise dans ces sipnctacles amenés lout fails de Paris. Je me suis loujours lipurlé, non pas à de la mauvaise volonté, mais à un non possuuius. La revue doit. comiiorler trente - tableaux, trois ballets, quaire divertissements et Dieu sait combien de défilés : faufitez-vous à travers ce savant tohu-bohu et tâchez d’y faire œuvre qui marque! Le plaisir de construire une pièce n’existe plus, ni le désir de la lutte .pour le succès, ni l’attrait du danger... Et, d’ailleurs, le public de ces i-evues spéciales se soucie bien peu des choses bruxelloises : il faut qu’elles lui soient jouées ])ar un as de l’observation locale (comme l’excellent artiste qu’est Roels). ]>our qu’il leur accord*' encore de l’intérêt,

Tl y a moins de différence entre un basset et une levrette — qui, tous les deux, sont des chiens — qu’entre Am clair de la Lune (Monréa.1, Grisier et Blondeau, Paris, 1885) et Laissez-.le toniher, qui, tous deux, sont des revues.

Dans la manière ancienne, l’auteur tâche de découvrir l’actualité (d,è l’année; il la met en scène par des personnages et des situations que le public « reconnaît ». C’est un condition « sine qua non ». Il ne suffit pas, dès lors, de présenter une petite, femme qui, sur un air connu et avec un déshabillé suggestif, vienne déclarer qu’elle est l’Oseille, la Société des Nations ou le Jambon d’Ardenne; il faut que la caricature du fait repris par l’auteur soit une sorte de fable jouée, une charade en action, dont un couplet tire finalement la « moralité », de

telle, sorte que le compère semble avoir soutiré à la salle l’électricité qui flottait dans l’air, pour la condenser sur la scène par un trait ingénieux et aldiroit.

J.e compère, c’était, autrefois, toute la revue ; il aiguisait le bon sens avec une pointe de malice. Il était l’indispensable trucheiTtent du public; il était généreux, sensibb', un peu bébête, patriotard plutôt que patriote, reidjresseur de torts. On se donnait un mal énorme pour le présenter; c’était là que le public attenidfait le revuiste. Quand la présentation était bonne, c’est-àdire quand on avait rajeuni le procédé de la revue précédente, quand le « Et maintenant, partons pour Bruxelles! » avait été loyalement applaudi, on pouvait, sans crainte, lever le rildeau sur le « un » : le premier récif était tourné.

Les revues, aujourd’hui, s’écrivent sans enthousiasme, sans émulation et, partant, sans verve. Elles n’ont plus aucun rapport avec la littérature dramatique : le faiseur à la mode ne craint nullement le jugement, dj’un pubtic difficile, discutant la qualité de son plaisir; il sait que ce public pardonnera toujours à fine, plie d’un .^ketcli, [lourvu qu’un artiste qui a sa faveur y étale ses tics .souverains et. fasse des grimaces dont il est convenu — ■ pourquoi? — qu’elles sont drôles; il comijte sur l’indulgence aimable et un i)eu lâche du compte-rendeur ■ — et, commercialement parlant, tout, le monde est satisfait. J^a revue n’est plus qu’un champ labouré par les vedettes, un défilé de » numéros », une suite d’airs variés une série de tableaux qui mettent l’oreille et l’œil en joie : la revue a])i)artient aujourd’hui à tout le monde, sauf à la critique.

Et c’est avec (luelque mélancolie tout de même (pie l'on songe qu’Augi('r avait pu (vrire (pie u la force de la revue consiste

UN REVUISTE 111

« à être l’écho retentissant des chuchottements de la société, à formuler le sentiment général encore vague, à diriger l’observation confuse du plus grand nombre... »

Mais bast! qu’il s’agisse de revues ou de comédies, d’opérettes ou de drames lyriques, que tel genre soit eu décadence ou se renouvelle, que la pièce soit médiocre ou supérieure, tout ce qui est théâtre demeure théâtre et garde son prestige.

La scène et le monde de la scène m’ont toujours été chers. J’ai connu là mes meilleures joies et quelquefois mes meilleures peines. J’y ai trouvé tour à tour le repos et la lutte; j’y ai surtout trouvé la fièvre et le transport sans lesquels, pour parodier un vers célèbre, « nous ne serions que ce que nous sommes. »

J’ai toujours eu aussi, vis-à-vis du théâtre et des gens de théâtre, un étonnement un peu naïf. Je ne puis regarder tout ce conventionnel dli spectacle qu’avec les yeux d’un enfant émerveillé, d’un enfant qu’on trompe et qui s’amuse d’être trompé.

Je le sais et je le dis ]jarce que je n’en ai ni confusion ni l’egret ; garder le don d’illusion c’est ajouter au iirix de la vie, la libérer, à certaines heures, de sa hanaiilé et de sa platitude. J^a vérité dont nous sommes le moins sûr, c’est la vérité de nos sensations. Réjouissons-nous de ti'ouver des fleurs 'dans notre jardin, même si ces fleurs sont en papier.

Heureux, je crois, qui sait conserver la faculté, en se trompant lucidement, de goûter le men.songe des choses! '

Philosophie facile, mais concertante...

Et je ne me plaindrai jias si j’en suhis. jusqu’à la fin, te consolant artifice.

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