Chap. Lxviii, p. 162 et suivantes de ma traduction
mais lui, ne voulant pas de la gloire humaine, se mit à faire des folies el à jouer des tours tantôt à l'hégoumène, tantat aux frères, tantfil aux laïques, si bien que les autres lui donnaient des coups. Et il se mit à courir le monde, faisant le fou.
Faisait-il tant que cela le fou, ou son cerveau n'était-il pas tout simplement déséquilibré par suite des privations excessives qu'il s'était imposées ? Je laisse la question h résoudre aux aliénistes. Quoi qu'il en soit, ce moine Isaac parait être le premier représentant d'une longue lignée d'idiols — plus ou moins volontaires — que l'on rencontre dans l'histoire religieuse de la Russie et qui subsistent encore aujourd'hui non pas seulement dans les couvents, mais dans les campagnes russes'. Tout le monde n'a pas lu la Chronique dite de Nestor — ou le Paterikàe Kiev qui, comme elle, mériterait d'être traduit ; mais tout le monde a lu ou peut lire dans les Souvenirs d'enfance et de Jeunesse de Léon Tolstoï l'épisode de Gricha l'innocent^,
1. C'est sous l'invocation d'un de ces idiots appelé Basile que ta dévotion populaire a placé l'une des églises les plus remarquables de la Huasie. Voir ma monographie de Moicou, dans la collection Les villes d'art célibres, librairie Laureus, Paris, 1904, p. 60.
t. Traduction Arvède Barine, p. 28. Voir aussi ma Liltéra-
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rapion, qui fut évêque de Vladimir. Certains moines entretenaient une correspondance spirituelle avec l'extérieur. D'autres avaient acquis une certaine habileté dans la peinture religieuse, imitée des modèles byzantins.
Le premier représentant connu de la peinture religieuse en Russie est un moine de Kiev nommé Alimpii (Olympii). Il avait étudié auprès d'artistes grecs établis à. Kiev non seulement la peinture, mais la mosaïque. Il travaillait gratis pour le couvent ; du gain que lui procuraient les travaux exécutés pour l'extérieur il faisait trois parts, l'une pour s'acheter du bois et des couleurs, l'autre pour les pauvres, la troisième pour ses besoins personnels. Les légendes russes attribuent à quelques-unes des images sorties de son atelier des vertus miraculeuses ; elles résistaient aux incendies qui consumaient les sanctuaires où elles étaient placées. Lors de sa dernière maladie, Alimpii se trouvant hors d'état d'achever une icône qui lui avait été commandée, Dieu envoya ses anges, qui l'achevèrent pour lui.
Sauf les reclus dont nous avons parlé plus haut, les moines du couvent Petchersky ne restaient pas étrangers à la vie du siècle ; nous
Les œuvres de charité envers les malades, les prisonniers rentrent tout naturellement dans les attributions des moines du monastère, et je n'insisterai pas ici sur toutes celles qui sont relatées par la Chronique ou par lePaterik. Le monastère était l'objet de la vénération universelle ; après avoir soigné les malades, il abritait les morts dans son enceinte, et beaucoup de laïques, des femmes même, exprimaient à leur dernière heure le vœu d'être ensevelis à l'ombre du sanctuaire vénéré.
Quelques-uns revêtaient même avant de mourir la robe monacale pour participer aux grâces que Ton croyait assurées aux membres de la Congrégation. Les dépouilles des moines n'étaient point ensevelies dans des cerceuils, mais simplement déposées dans des niches creusées le long des corridors souterrains. L'air très sec de ces galeries conservait intactes les dépouilles qui leur étaient confiées, et les fidèles voyaient dans ce phénomène un miracle constant.
Les moines du couvent Petchersky étaient, non seulement par rapport au monde laïque, mais aussi par rapport aux autres monastères, les représentants de la plus haute culture intellectuelle. Aussi les princes les appelaient
Le peuple les vénère, mais il ne se gène point à l'occasion pour les maltraiter, et tout en ayant recours à leurs bons soins, il a contre eux de singuliers préjugés. Isaac, le fou volontaire ou involontaire dont jai parlé plus haut, « se mit, dit la Chronigue, à parcourir le monde : il réunit autour <ie lui des jeunes gens et les revêtit de l'habit monacal, ce qui lui valut des coups de la part des parents. » Je dois dire à leur décharge que l'hégoumène leur avait donné l'exemple en infligeant lui-même & son subordonné une correction manuelle'.
Les coups étaient peut-être, dans les idées du temps, le seul moyen d'agir sur un personnage qui paraît avoir été quelque peu déséquilibré. Ailleurs, l'auteur de la Chronique s'écrie d'un ton désolé :
Ne nous appelons pas chrétiens en paroles, vivant en païens. Or, ne vivons-nous pas en païens quand nous croyons à l'influence des rencontres? Car si quelqu'un rencontre un moine, un sanglier ou un pourceau, il . retourne sur ses pas ; n'esl-ce pas agir en païens ? C'est vraiment suivre les enseignements du diable que de tenir à de tels préjugés. D'autres croient à l'éternuement, qui est tout simplement sain pour la tète. Ainsi le diable se manifeste dans ces habitudes et dans d'autres,