Traduction française, p
2. L'histoire de ce monastère a été étudiée par M. Eugène Marin, De Studio Cœnobio Constantinopolitano. Paris, Lecofifre, 1897. Voir aussi Les Moines de Constantinople du même auteur.
jeûne austère, les autres veiller, les autres prier à genoux ; certains jeûnaient un jour entier ou même deux jours de suite ; d'autres vivaient seulement d'eau et de pain, d'autres de légumes crus ou cuits. Ils s'aimaient entre eux ; les plus jeunes s'humiliaient devant les plus anciens et n'osaient parler en leur présence qu'avec humilité et obéissance ; les anciens étaient pleins d'amour pour les plus jeunes, ils les corrigeaient et les consolaient comme leurs enfants chéris. Si quelque frère tombait en faute, ils le consolaient et partageaient à trois ou quatre la pénitence d'un seul avec un grand amour, tant était grande la charité et l'abstinence qui régnait au milieu d'eux. Si quelque frère quittait le monastère, tous s'affligeaient vivement, envoyaient après lui, le ramenaient au monastère, puis ils allaient se mettre à genoux devant l'hégoumène, le suppliaient pour le frère coupable et l'accueillaient de nouveau avec joie dans la communauté.
L'histoire externe du monastère se confond en quelque sorte avec celle de la ville de Kiev, dans laquelle il joue un rôle prépondéranl. Il subit le contre-coup des guerres intestines et étrangères ; il est ravagé, pillé par les Polovtses avant de l'être par les Tatares.
Un trait caractéristique du monastère Petchersky, c'est que la vie religieuse n'est pas la même pour tous les membres de la communauté. Il ne ressemble pas à tous les couvents; il est bâti sur des cryptes. Parmi les moines, les uns vivent dans un bien-être relatif à la
hégoumènes n'étaient pas en général très favorables à ces excès d'ascétisme ; ils craignaient qu'ils ne développassent un fâcheux orgueil chez ceux qui s'y livraient ; ils craignaient aussi qu'ils n'eussent pour résultat l'idiotisme ou la folie. D'ailleurs, la folie volontaire était considérée par certains moines comme le moyen infaillible de s'exposer aux railleries, aux injures, aux coups, d'être parla très agréaà Dieu et de gagner à coup sûr la vie éternelle. Saint Paul dit dans la première Épître aux Corinthiens {lu, 18): « Si quelqu'un d'entre vous pense être sage en ce monde, qu'il devienne fou pour devenir sage. »
Nous trouvons un curieux exemple de folie volontaire dans l'histoire du moine Isaac, longuement racontée par la Chronique dite de Nestor \ Cet Isaac s'était livré à des pratiques d'ascétisme extraordinaires — dont le narrateur dévot exagère encore la rigueur. Il s'était revêtu d'une haire, puis il avait détaché une peau de bouc avec un soufflet et cette peau s'était desséchée sur lui ; il s'était renfermé dans une crypte de quatre coudées ; il n'avait pour toute