‹ Souvenirs d'un tragédienChapitre 18 sur 38 · L'INCENDIE DE LA COMÉDIE · texte numérisé non relu

L'INCENDIE DE LA COMÉDIE

nhardt. Que de souvenirs éveillait en moi ce portrait! Nous avions joué ensemble, la grande tragédienne et moi... Elle, déjà célèbre par le Passant, par Cordelia... moi, tout à fait inconnu... Al'Odéon, Sarah ne m'avait pour ainsi dire jamais remarqué. Notre amitié commença au Français, lorsque nous interprétâmes Britannicus.

J'étais robuste ; elle, gracile ; nous formions un couple intéressant, un couple dont le public, a gardé, dit-on, le souvenir dans Riiy Blas et dans Hernani, et dans Phèdre, où Sarah fut Aricie, et où j'étais Hippolyte.

Sarah-Bernhardt est admirable âa.ns Phèdre, mais jamais elle n'effacera pour moi le souvenir de son interprétation d'Aricie. Maintes fois, j'écoutais la scène d'Aricie avec Thésée, au V' acte, de la coulisse, ébloui par le rythme et la mesure de la jeune tragédienne...

L'indignation et l'horreur la prenaient. Elle allait parler... Elle se rappelait l'interdiction d'Hippolyte ..

Elle se retenait... Avec quel effort!... Le conflit de sa haine et de son amour devenait visible aux yeux et à l'âme des spectateurs..

Ah ! dans cette lutte que Sarah était belle et frémissante !...

Le 26 février 1902, dans notre cher théâtre reconstruit, on reprit les BurgraveSy pour le

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centenaire de Victor Hugo. Les répétitions avaient eu lieu sous la direction de Paul Meurice.

J'eusse vivement souhaité jouer Barberousse. On eût distribué le vieux Job à mon frère Paul. Ainsi les deux frères eussent incarné les deux frères...

— Non, me dit-on. Job est le premier rôle, il faut que vous jouiez Job :

— Le rôle m'effraie beaucoup , répondis-je.

Je n'avais jamais joué un tel vieillard. Je me résignai un peu à contre-cœur. Je commençai à répéter d'assez méchante humeur. Pour m'amuser, je me mis, aux premières répétitions à jouer Job en vieillard de café-concert... et je dois à la vérité d'avouer que mes camarades se divertissaient fort... Je trouvai, dans le genre, des choses très bien... Des grognements, des gonflements de joues, des outrances de toutes sortes. Paul Meurice assistait à ce jeu avec placidité.

Un beau jour, je dis :

— Ah ! Il faut pourtant que je me mette à répéter sérieusement.

— Comment? Que voulez-vous dire? questionna Meurice.

— Mais, jusqu'ici, j'ai répété Job avec une virulence un peu excessive peut-être ?

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