‹ Souvenirs d'un tragédienChapitre 17 sur 38 · L'INCENDIE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE · texte numérisé non relu

L'INCENDIE DE LA COMÉDIE-FRANÇAISE

J'avais passé la nuit à la campagne, aux environs de Paris. Vers midi, on me dit :

— Monsieur, un cocher revient de Paris, et raconte que le Théâtre-Français est en feu.

J'arrivai devant le théâtre vers deux heures. Décrire le spectacle qui me frappa serait bien superflu. Les fumées opaques et les flammes tourbillonnantes sortant du vaste et noble monument qui était notre auguste et chère Maison, sont encore présentes à toutes les mémoires ! . . .

J'appris que M"** Dudlay avait été sauvée par la fenêtre de sa loge, et qu'une jeune artiste, M"* Henriot, avait été asphyxiée, avec son chien... Pauvre petite Henriot!...

L'avant-veille, vers sept heures du soir, descendant de ma loge, où j'étais monté après la répétition, je l'avais rencontrée, sous le por-

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trait de Rachel. Elle a\'ait avec elle son petit chien, et je lui avais dit, gentiment :

— C'est défendu, ça... Je suis semainier. Je vais sévir... Ce n'est pas permis d'amener des animaux dans le théâtre...

— Oh ! m'avait-elle répondu, il mourrait, sans moi, monsieur Mounet-SuUy !

— Il faut le guérir de cette trop vive affection...

— Je tâcherai...

Et, deux jours après, je devais la revoir morte, avec son petit chien, mort aussi, à côté d'elle!...

Ce sont de tristes souvenirs!...

Tandis qu'on réparait la Comédie-Française, nous allâmes jouer de théâtre en théâtre. A l'Opéra, à l'Odéon, au Théâtre Sarah-Bernhardt, au Théâtre Réjane. Nous avions un peu l'impression de faire une tournée en province.

Ce me fut une singulière émotion que de me retrouver sur la scène de l'Odéon ! L'on m'avait donné une loge superbe, à côté du foyer. Où était ma petite loge du temps où je jouais Cornouailles!

Dans cette belle loge où je m'habillais, il y avait un grand portrait en pied de Sarah-Ber-

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