EPILOGUE
L'illustre tragédien Mounet-SuUy est mort le mercredi i"' mars 191 6, à 11 heures du soir, à son domicile, rue Gay-Lussac. Il s'éteignit sans souffrances, entre les bras de sa femme, la fidèle et admirable compagne de toute sa vie, de son beau-fils André de Lorde, le célèbre auteur dramatique, et de sa bellefille, la comtesse de Lorde.
Son frère Paul Mounet, qui avait dû le quitter à 7 h. 1/2 pour aller à la Comédie- Française jouer le Diielf ne put revenir à temps pour recueillir son dernier soupir.
Mounet-SuUy succomba aux suites d'une congestion dont il avait été frappé quelques semaines auparavant. Une amélioration s'était produite dans son état, et déjà chacun s'en réjouissait, espérant que la vigoureuse complexion du célèbre artiste triompherait du mal.
Mais une rechute, des complications survin-
rent. Une crise d'urémie se déclara , suivie d'un ér3'sipèle qui se porta à la figure et, en particulier, aux yeux.
Et, sur son lit de mort, avec ses paupières rougies et gonflées, Mounet-SuUy ressemblait plus que jamais à Œdipe.
Comme si, par un rapprochement mystérieux, le destin eût voulu, une fois suprême, identifier le grand artiste à la plus sublime de ses incarnations !
La déclaration de la guerre avait beaucoup frappé Mounet-SuUy. On a partout répété ce mot qu il dit au moment de la mobilisation générale : « Comment, nous allons nous commettre avec ces gens-là ! »
Mots qui résumaient son orgueil de la patrie — car il était ardent patriote — sa confiance en notre armée — il ne douta jamais de notre victoire — et surtout, son mépris pour la race allemande.
C'est qu'il l'avait vue à l'œuvre en 1870 !
On peut dire sans exagération que la guerre hâta la fin de Mounet-Sully.
Comme tous les êtres d'idéal, il ressentit le contre-coup profond du terrible choc qui ébranlait le monde, et, certainement, il en résulta une dépression physique et morale qui devait le rendre moins apte à résister à une maladie.
Sur sa table de travail, parmi ses papiers,