LES ADIEUX A LA MAISON
C'est fini^ bien fini ! Ce jour, après lequel si souvent j'ai soupiré^ le voilà donc venu! Pour la dernière fois fai revêtu les costumes des personnages préférés ; pour la dernière fois fai vécu leur vie... V heure de la retraite a sonné. Je vais donc être libre : libre de mon geste et de ma pensée, libre de mo7i ccrur, libre de ma vie, enfin ! Libre!!... Hélas! — Hélas!... C'est ici que fai vécu mes émotions les plus intenses, en somme, et que toutes les forces qui lut^
tent en moi — les meilleures et les pires — ■ ont en leur plus complet épanouissement, dans V accomplissement de ma tache d'artiste, dans la réalisation, dans Vincarnation des grands rêves!
Ils le savent bien eux, les Maîtres qui sont là sur leurs socles, me regardant de leurs yeux de marbre, eux à qui, pendant cinquante années fai apporté pieusement mon tribut d'admiration, de couronnes et de travail ! Et les autres, les vivants et les morts d'hier, qui attendent leur tour d'immortalité, ils le savent bien, à quel point ils ont surexcité en mon âme la faculté et le goût de la douleur, de la joie et de Vamour, sous V influence de leur verbe puissant !
Je leur dois des heures ineffables : ils m'ont forcé à pénétrer plus avant dans ma propre conscience. Combien je les remercie, combien je les aime! H me semble parfols que ma vie même est faite de la leur, et que ma pensée n'existe que par l'expression qu'ils m'ont tant de fois fournie.
Comment pourrais-je me passer d'eux?
Co7nment pourrais-je vivre sans eux?...
Mais je ne les quitte pas ! Je m'en vais, mais ils me suivront! Oui, j'emporte avec moi vos enseignements et vos exemples.