ÉPILOGUE
chers maîtres ! Les livres divins oii vous ave^ condensé le meilleur de vous-mêmes et qui ni ont toujours été des conseillers et des soutiens dans V épreuve, je les retrouverai là oit je vais.
Et, le soir, sous la lampe, dans la douce intimité de la maison close, au coin du feu, ou sur un banc du petit jardin, je relirai vos chefs-d'œuvre et je les dégusterai lentement ^ consciencieusement, à petits coups, comme de l'essence de vie.
Et si je n'ai plus à ce moment-là , la sensation parfois douloureuse , toujours poignante, de l'incarnation de votre rêve de poète, f aurai toujours la joie profonde du souvenir des intimités passées... et cela suffira pour que mon âme vous soit éternellement asservie et reconnaissante !
Non, je ne vous quitte pas ! Nous ne nous séparerons jamais !
Mais vous... grand public de la vieille maison de Molière, jeunesse ardente, âge mûr, fronts blanchis ; vous, petites mains bruyantes, frais sourires, cœurs chauds et vibrants... Vous!... C'est bien réellement pour la dernière fois que, dans les tortures de cette inotcbliable soirée, j'aurai servi d'intermédiaire entre leur génie et le vôtre. Et cette idée est si triste que mon cœur se
serre, et que, malgré moi, mes larynes coulent, et que les mots ne montent plus de mon cœur à mes lèvres...
O bon public, si prompt à Venthousiasme , si volontairement complice de V effort^ ô doux collaborateur si constant dans tes adoptions et tes tendresses, o foule illustre entre toutes, encouragea-moi dans ma résolution ferme , dites-moi que mes larmes ont tort, et que cest une lâcheté de continuer la lutte quand tout fait prévoir la défaite.
Dites-moi qu il vaut 'inieux s' en aller dans sa force en laissant un bon souvenir... que d' attendre encore nu risque de faire une sortie ridicule, faute de jambes...
Dites-moi que ce n'est pas là une pensée purement égoïste, et qu'il y a quelque noblesse à ne point vouloir déchoir aux yeux de ceux qui vous ont aimé, f ai fait ce que fai pu. Un demi- siècle d^ efforts... n'est-ce pas asse\} Je suis vraiment à bout de résistance et d'énergte.
C'est que, vous ne save:^ pas, vous, ce qu'est cette lutte terrible que nous soutenons avec l'Ange. Vous ne save\ pas que c'est miracle de ne pas tomber les reins brisés dès le premier contact avec V Idéal...