ÉPILOGUE
nière fois, Mounet-SuUy se trouvait en face de cette maison. Sa Maison! Sanctuaire dont il était le grand prêtre, domaine des Muses, dont il était le mystique jardinier ! Là, sans une défaillance, sans une infidélité, pendant quarante-quatre ans, il avait donné ses forces, les puissances fécondes de son être entier, toute sa vie, jusqu'à son dernier souffle ! Devant la Maison, vaincu pour la première fois, et seulement par la mort, il passa, couché pour jamais, lui rendant ainsi le suprême hommage de sa tendresse !
Mounet-SuUy repose maintenant au cimetière Montparnasse, dans le tombeau de famille, auprès de deux fils prématurément enlevés et de sa nièce Jeanne Mounet, la fille de son frère, qu'il chérissait comme son enfant.
Toute la Presse, tous les écrivains, tous les artistes du monde entier furent unanimes à déplorer la grande, l'immense perte que faisait l'art français.
Car Mounet-SuUy était un acteur génial.
Il prend place à côté de Talma, de Lekain, de Frédérick-Lemaître Et la postérité dira si ce n'est même pas au-dessus d'eux qu'il convient de le situer.
Le pénétrant artiste, le créateur au cerveau puissant qu'est André Antoine, au lendemain de la mort de Mounet-SuUy, écrivait à André de Lorde, cette lettre :
Mon cher amit
Dans cette foule, j'aurais voulu vous serrer la main. J'aurais dit à votre maman et à Paul tout le chagrin personnel que f ai ressenti à voir disparaître ce grand modèle d'art et de beauté. Il part mal, à une heure où Von ne lui rend pas l'hommage national que nous lui devions.
A Londres, il dormirait à Westminster ; le calme revenu, c'est pour nous un devoir à remplir.
A. Antoine.
Qu'ajouter à ce poignant, à ce magnifique éloge? Les mots en sont définitifs.
Mounet-SuUy est mort.
Mais il ne disparaît point. A l'Erechtheion, la cariatide, malgré les siècles, maintient présente la beauté antique.
Ainsi, comme une vision de grâce et d'harmonie,l'image de Mounet-SuUy se dresse, à jamais vivante, dans la mémoire des hommes.