‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 28 sur 30 · BULLETIN DE L^ARMÉE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

BULLETIN DE L^ARMÉE FRANÇAISE

Victoire remportée sur les Prussiens à léna.

C'était le récit de la bataille avec l'histoire des cinq bataillons français que la cavalerie prussienne n'avait pu entamer , et des cinq bataillons prus-

siens que la caYalerie française avait éparpillés comme un écheyeau de ûl. Pierrot lisait cela d'un air aussi fier que s4l eût été général en chef, et les ouvriers, les yeux fixés sur lui, buvaient ses paroles. Quand il s'arrêtait , les plus pressés criaient : — ^Après I après ! Et les autres reprenaient : — Donnez-lui le temps ; faut au moins qu'il reprenne sa respiration. litril bien, ce petit citoyen-là ! Allons, mon bijou, tu en es à la charge du maréchal Davoustl Et on se taisait de nouveau pour entendre Pierrot, La lecture iswhevée, il arriva d^autres passants. Lé petit bossu fût obligé de recommencer. Lui qu*on traitait d'habitude avec moquerie, tout le monde lui parlait alors avec considération; on eût dit qu'il était pour quelque chose dans le glorieux récit qu'il faisait connaître; chacun lui en savait gré; on lui adressait des paroles de caresse et d'encouragement > tandis qu'on nous imposait silence à coups de pied; Tavorlon était devenu notre roi à tous!

Ceci me frappa comme Taventure de Mauricet avait frappé ma mère. Sans raisonner la chose , je

— 27 — ^ sentis qu'il était bon parfois de savoir l Le petit triomphe de Pierrot me mit en goftt de la lettre moulée; je ne puis pas dire que je pris une résolution; mais dès le lendemain, je devins plus attentif aux leçons ; quelques éloges de M* Saurin entretinrent ces bonnes dispositions, et mes premiers progrès achevèrent de me donner courage.

Au bout de la seconde année , je savais lire et écrire ; M. Saurin commença à me donner des le* çons de calcul.

Ces leçons-là n'étaient accordées qu'aux écoliers favoris, à ceux qui avaient le feu sacré, comme disait Tancien capucin. On les prenait dans ime petite pièce particulière où se trouvait un tableau noir sur lequel M. Saurin donnait ses démonstra* tions. Les profanes avaient défense d'approcher du sanctuaire. La chambre au tableau était pour eux comme le cabinet de Barbe-Bleue. M. Saurin nous enseignait les quatre règles avec autant de solennité que s'il nousr eût enseigné le moyen de faire de Vor; et peulrêtre, après tout, nous apprenait-il une science aussi précieuse. J'ai bien souvent pensé que la connaissance de l'arithmétique était le plus

grand don qu'un homme pût faire à un autre homme. L'intelligence est beaucoup, l'amour du travail bien plus , la persévérance encore davantage; mais sans Tarithmétique tout cela est comme un outil qui frappe dans le vide. Compter.^ c'est trouver le rapport qu'il y a entre l'effort et le résultat, c'est-à-dire entre la cause et i effet. Celui qui ne compte pas marche au hasard; avant, il ne sait pas s'il prend la meilleure route ; après , il ignore s'il l'a prise. L'arithmétique est, dans les choses d'industrie, comme la conscience dans les choses d'honnêteté; c'est seulement quand on l'a consultée qu'on peut voir clair et être en repos. L'expérience m'a bien des fois prouvé ce que je dis là pour les autres et pour moi-même.

Grâce aux leçons de M. Saurin, j'en étais arrivé à calculer assez promptement et à résoudre toutes les questions qu'il me posait sur son tableau noir. Depuis le départ de Pierrot, j'étais le plus fort de la classe; la petite croix d'argent ne quittait plus ma veste rapiécée; j'avais fait comme Napoléon, j'étais passé empereur à perpétuité.

1Tb grand malliecr. — Vn Téritable aïkii. — - Opinion 0m ringénieur sur la légèreté des enfanti. — M. Lenoir et se* cartes de géographie.

Un soir d'hiver , M. Saurin in'a>ait gardé plus tard pour résoudre des questions; je ne revins chez nous qu'à la nuit close. En arrivant, je trouvai la porte fermée I c'était l'heure où mon père était habituellement de retour, et où ma mère préparait le souper. Je ne pouvais comprendre ce qu'ils étaient devenus tous deux; je m'assis sur les marches de l'escalier pour les attendre.

J'étais là depuis quelque temps, lorsque Ro&a descendit et m'aperçut. Je lui demandai si elle sa-vait pourquoi notre porte était fermée ; mais au lieu de me répondre, elle remonta tout ellàrée, et je l'entendis crier en rentrant chez elle : — Pierre Henri est là... On répondit quelque chose^ puis il y eut des chuchotements précipités ; enfin la mère Cauville parut au haut de Tescalier, et m'invita d'une voix très-amicale à monter. Elle allait se mettre à table avec ses enfants, et elle vouhit me faire partager leiu* souper. Je répondis que je voulais attendre ma mère.

—Elle est sortie... pour une affaire, dit la veuve, qui avait l'air d'hésiter; peut-être bien qu'elle ne rentrera pas de sitôt; mange et bois, mon pauvre Pierre; ce sera toujours un repas de fait.

Je pris place près de Rose ; tout le monde gardait le silence, sauf la mère Cauville qui m'excitait à manger; mais, sans savoir pourquoi , j'avais le cœur serré. J'écoutais toujours s'il ne montait pas quelqu'un dans l'escalier, et je regardais à chaque instant vers la porte.

L» repas acheirà^ on me donna une chaise préft

du faa : les Cauville étaieat debout autour de m(4» et coQlijQuaieut à oa lîien dirç. Ce aileace^ ces soins fiBireiit par m'effraya -, je vk^ levai en créant quQ je voulais voir ma mère.

•*- Attends» elle reviendra, me dit la veuvB.

J[e demandai ojix e^e était.

— Eh bien, reprit la mère Cauville > elle est à

.'hôpital.

—Elle est donc malade?

— Non^ elle est allée conduire ton père qui a eu m malheur au chantier.

Je déclarai que j.e voulais les rejoindre; mais la marchande ambulante s'y opposa;; elle prétendait Ignorer à quel hôpital le blessé avait été conduit, et soutenait que^ d'c^iUeur^ je ne serais point reçu. S fallut donc attendre. J'ayais le cœur dans un étau et j'étranglais. Tout le moiPt^ semblait saisi comme moi. Nous étions as3^s autour d^ feu qui grésillait doucement ; on eptei^t au dehors la pluie et la bise retentissanti sur les toits. délaUrés ^e la vieiUe maison. lians ce moxoeot,. un chien se mit à hurler vers les cultures de Pantin , et^ san^ savoir pou^q^^^î , je çomnft^ç^ ik plfturer. La inère Cau-

ville me laissa faire sans rien dire ^ comme si elle n'eût pas youlu me donner d'espérance en me con* solant ; enfin , assez tard, dans la soirée , nous entendîmes des pas lourds dans l'escalier. La voisine et ses enfants coururent à4a porte; je m'étais levé tout tremblant, et je regardais vers l'entrée; ma mère y parut.

Elle était ruisselante de pluie. Sa figure^ tachée de boue et de sang, avait une expression gue je ne lui avais jamais vue. Elle s'avança jusqu'au foyer sans rien dire , et tomba sur une chaise. On voyait bien qu'elle avait envie de parler, car ses lèvres remuaient, mais il n'en sortait que des espèces de sifflements.

Je m'étais jeté contre elle et je la serrais dans mes bras. La marchande ambulante lui demanda enfin des nouvelles de Jérôme.

— Eh bien ! je vous ai dit, bégaya ma mère d'une voix presque inintelligible... le médecin a averti tout de suite... Il n'a eu que le temps de me reconnaître... U m'a donné sa montre... et puis... ça été fini I G

La voisine joignit les mains , ses enfants se

regardèrent; quant à moi, je n'avais pas bien com« pris; je me mis à crier que je voulais aller à l'hôpital où était mon père. A cette demande, la pauvre femme se redressa^ me prit les deux mains et me secoua avec une sorte de colère folle.

— Ton père l malheureux! dit-ellej mais tu n'en as plus I Entends-tu bien, tu n'en as plus I

Je la regardai tout effaré; cette idée ne pouvait entrer dans mon esprit; je continuai à répéter que je voulais voir mon père.

— Tu ne comprends donc pas qu'il est mort I interrompit la mère Cauville avec rudesse.

Ce fut pour moi comme une lumière. J'avais vu le marchand d'habits et ma petite sœur; je savais ce que c'était que la mort. Ce mot se rattachait dans mon souvenir à plusieurs images effrayantes. Un drap cousu, une bière clouée, un trou creusé dans la terre I Je me mis à pousser des cris et des sanglots. On m'arracha à ma mère et on m'emmena dans notre logement.

Je ne me rappelle rien de ce qui suivit. Lorsque je revis ma mère le lendemain, elle était au lit; elle me sembla mieux que la veille, parce qu'elle

n'était plas pâle : on me dit qu'elle avait la fièvre. L'ami Mauricet vint dans la journée pour la voir; mais on me renvoya pendant qu'il lui parlait. Le lendemain, il revint me chercher pour Tenterrement; j'avais mes plus beaux habits, et on avait attaché un crêpe noir à mon chapeau. Nous n'étions pas plus de six ou b oit à suivre le corbillard, ce qui m'étonna. Mon père fut porté à la fosse commune. Mauricet acheta sur-le-champ une croix de bois qu'il planta lui-même à la place où on Tavait enterré* Je revins les yeux rouges , mais le cœur d^'à soulagé; j'étais comme la plupart des enfants chez qui la douleur ne peut tenir. Depuis j'ai souvent pensé à cela, et j'en parlais un jour à M. D... l'ingénieur, en me plaignant de l'ingratitude et de l'insensibilité de ce premier âge. Il m'a répondu que c'étaR une précaution de la Providence.

— Les occupations forcées de la vie, m'a-t-il dit, détournent les hommes de leurs regrets les plus sincères; quand on a un métier, il faut ajourner son chagrin après l'ouvrage, et le travail vous console ainsi , peu à peu, malgré vous. Mais l'enfant

a tout son temps, et s'U se rappelait sa peine, il la retournerait dans son cœur sans relâche ni distraotion jusqu'à en mourir. Dieu n*a pas voulu Ténepver par de telles épreuves; il a pensé qui! avait besoin de toutes ses forces pour grandir, qu'il fallait laisser au feu de la vie le tenips de s*allumer avant d'y laisser couler tant de larmes, et il lui -à donné l'oubli , comme il lui avait donné la tairùf pour qu'il put prendre des forces et devenir Un homme.

En quittant le cimetière , Taml Maûricet i*élrinl avec moi èhez ma mère. À nôtlrô vue, celle-ci fondit en larmes, car tioti'e retoui^ lui ânnonçiSLit que son compagnon de vingt anûées était à jàmaiâ parti; mais Maûricet se fâcha.

— Allons, Madeleine, dit-il avéc une brusquerie où l'on sentait l'amitié, ce que vous faites là n'est point raisonnable. Jérôme est, comme vous, où I0 bon Dieu Ta mis ! Faites chacun ce que vous devez faire ; lui se repose; vous, travaillez et prenea courage l il y a ici un pauvre gars qui a besoiô dô vous ; voyez si celui-là aussi n'est pas Jérôme ; il lui ressemble déjà conune un sou à un sou.

Il m'avait poussé vers ma mère qui m'embrassa en sanglotant.

— Assez, reprit-il en me retirant ^ au bout de quelques minutes; essuyez vos yeux, voyons; fermez la fontaine de votre cœur. Vous êtes une vaillante, ma vieille 9 il s'agit de le prouver. Qu'est-ce que vous comptez faire maintenant? parlons de ça y c'est le plus pressé.

Ma mère répondit qu'elle n'en savait rien^ qu'elle ne voyait aucun moyen de vivre > qu'il ne lui restait plus qu'à mendier aux portes.

— Ne dites donc pas de ces bêtises-là î s'écria Mauricet avec humeur; c'est-il une idée qui doive venir à la veuve d'un ouvrier? Si vous avez des mains pour demander , vous en aurez bien pour travailler, peutrétre I Croiraiton pas que vous avez peur de l'ouvrage, vous que je cite toujours à ma fille et à ma femme ! On ne sait donc plus faire des ménages? on n'est donc plus la meilleure laveuse du quartier? Mais faut donc que ça soit moi qui vous x^ppelle qu'on vous nommait dans le pays la petite adresse , rapport à l'habileté de vos doigts t

Ces éloges relevèrent un peu le moral de mm mère qui consentit à chercher avec Mauricet ce qu'elle pourrait essa^fer. Le maçon avait déjà tout son plan qu'il fit accepter en ayant Tair d'en laisser rhonneur à la veuve. Il fut convenu qu'elle chercherait quelque ménage de garçon à soigner, tandis que j'entrerais au chantier comme gftcheur. Mauricet promit de veiller à tout, et si, en comr mençant^ les bénéfices ne pouvaient suffire, il s'engagea, dans son style faubourien, a à mettre un peu de beurre dans les épinards. »

Nous quittâmes notre logement pour prendre le rez-de-chaussée autrefois habité par le marchand d'habits, et qui se trouvait alors vacant. Ce changement, auquel nous étions forcés par économie, fût pour ma mère un crève-cœur. Notre ménage ne put trouver place dans l'espèce de cave où nous descendions. Il fallut vendre les meubles les moins nécessaires. Le petit lit où avait couché ma sœur fût celui que je regrettai le plus. Quant à ma mère, elle ne pouvait mettre fin à ses lamentations. Son ménage était sa gloire; en le voyant réduit et entessé dans la pièce obscure que nous allions habi-

— aster « elle fie cacha la tête sous son tablier; on eût dit qu'elle se regardait comme déshonorée*

Je ne puis savoir pourquoi les pauvres gens tiennent plus que les riches aux objets parmi lesquels ils vivent I Peut-être y sont-ils attachés par la peine qu'iis ont eue à les acquérir^ ou par un usage «lus continuel. Chez eux, rien ne disparaît, rien ne change ; le meuble qui a commencé le ménage reste à sa place jusqu'au jour où le ménage finit; îl faity pour ainsi dire, partie des maîtres eux-mêmes. Si le temps Tébrèche , ils le réparent ou le transforment: ses débris mêmes sontutilisés.Quand le feu a percé le pot de terre dans lequel cuisait le dtner de la famille, ils y plantent des pois de senteur et du réséda pour orner la fenêtre. Tous ces meubles en ruine sont comme des amis qui ont vieilli à leurs côtés. Pour ma part, je n'ai jamais pu me séparer volontiers de ce qui avait longtemps vécu avec moi. Encore aujourd'hui J'ai un grenier encombré de meubles éclopés et d'ustensiles hors d'usage; c'est mon hôtel des Invalides pour de vieux serviteurs. Cela n'est guère raisonotble , je le sais; mais on peut bien accorder quelque chose

I oë qu'on êmt quand on tftehe totiJourB dé ftdrece qu'on doit. *

Dès la Èeimim qui suilTit , ma mète trôuta ft ttè placer ohe£ un tieui célibataire qui habitait un petit patilloii au haut du fleitLbdUrg Saint-Msurtiû. M. héMit n'avait qu'une pateioti , œlle de la géd«graphie. Tous les murs de son logement étaient tapissés de cartes où il avait enfoncé des épingles dont la tête était garnie de cire à cacheter. Ces épingles, comme il me l'apprit plus tard y marquaient la route suivie par les plus célèbres voyagouTs. M. Lenoir se rappelait leurs moindres aventures, savait le nom de tous les endroits qu'ils avaient visités et connaissait les plus petites peuplades de l'Afrique. En compensation, il n'eût pu dire qui étaient ses voisins , et il n'avait visité de Paris que son quartier. Aussi le traitait-on de maniaque; mais quand j'y ai réfléchi depids J'ai pensé que la plupart des gens qui se moquaient de lui n'étaient guère plussages. Ne négligeaient-ils point, également , les connaissances indispensables pour des fantaisies ruineusesouinutiles?Ne voyageaientils{)as en Afrique avec des épingles à tètes rouges»

quand il eût fallu s'occuper de leurs alFaires et de leurs familles Y Chaque fois que j'ai été tenté de perdre mon temps à des choses sans résultat^ je me suis rappelé M. Lenoir» et cela m'a arrêté. — Preuve que tout sert d'enseignement à qui regarde, et que les fous eux-mdmes peuvent donner des leçùos de sagesse.

L« gâohear. — Ezpltoatlom de ee que «'est qnm le vrai maçon par le père BleurSoet. -« Légende du groi Mauduit et du Petit Gauvet. — Je devient bon ouvrier. — Tentations ; ma première faute. — Leçon don* née par Blaurioet. — La cheminée de Jérôme.

Eamefaisantaccepter pour gâcheur au cbantier, le père Mauricet me dit:

— Te voilà en roule, Pierre Henri; sois un vrai bon gotgat si tu veux devenir quelque jour un ft'anc ouvrier. Dans notre métier, vois-tu^ c^est pas comme dans le monde ; les meilleurs valels font les meilleurs maîtres ; va donc de Tavant, et si quelque compagnon te bouscule ^ accepte la

chose en bon enfant ,' à ton âge, la bonté n'est pas de recevoir un coup de pied, c'est de le mériter.

La recommandation n'était pas inutile vu les manières en usage dans la partie. De tout temps, le maçon a eu droit de traiter son gâcheur paternellement, c'est-à-dire de le rosser pour son éducation. Je fus mis aux crJres d'un Limousin qui avait conservé, à cet égard, les antiques traditions. A la moindre maladresse, les coups pleuvaient avec un roulement de malédictions ; on eût dit Je tonnerre et la giboulée ! Je fus d*abord étourdi ; mais je me remis assez vite pour apprendre te métier et êervir de rigueur^ comme disait Fami Mauricet.

Au bout d'un mois, j'étais le meilleur goi^yat du dsmtor. Le Limousin ftrt assez juste pour ne pas m'en savoir mauvais gré. H continua de punir, à Ti^ceasioB, mes gaueheries, mais sans chercher de prétexte ; Phomme était brutal et non méchant ; sa sévérité lui paraissait un droit, et il frappait le goiVKt qui avait fhiUi, comme le juge applique la M, sans haine contre le condamné.

Bien qu^un peu rude, mon nouveau métier nt

me déplaisait pas. U me permettait de prouver ma forcd et mon agilité. Mauricet ne manquait pas de les faire remarquer, ce qui me donna bientAt une réputation parmi les compagnons. Je m'appliquai à la soutenir en redoublant de zèle. La bonne renommée est» tout à la fois, une récompense et une chaîne; si on en profite, elle vous engage; ce sont comme des arrhes reçues du public, et qui obligent à faire son devoir, f avais réussi à obtenir les bonnes grâces de tous les ouvriers du chantier par ma bonne volonté; j'y gagnai d'apprendre plus rapidement et avec moins d'efforts le métier que beaucoup de mes pareils n'arrivaient jamais à savoir. Les leçons qu'on leur refusait et qu'ils devaient, pour ainsi dire, dérober, on me les donnait, à moi, avec une sorte de complaisance. J'étais devenu l'élève de tous les compagnons ; chacun d'eux naettait son honneur à m'apprendre quelque chose. On me permettait d'essayer les tra»

vaux les plus faciles, et l'on dirigeait mes tentative -*

ves. Mauricet, spécialement, avait toujours l'œi! sur moi; il ne m'^épargoait ni conseils» ni encou* ragements.

—Vois-tu, Pierre Henri, me répétait-il sans cesse, un maçon, c'est comme un soldat ; faut qu'il fasse honneur au régiment de la truelle. L'architecte est notre général, il fait le plan de la bataille ^ mais c'est à nous de la gagner en travaillant braveni/ent le mortier et le moellon, comme les troubadours de là-bas travaillent Fennemi. Le véritable ouvrier ne songe pas seulement à la note du boulanger, il aime l'ouvrage de ses bras, il y met sa gloire. Tel que tu me vois, je n'ai jamais posé le mai enrubané sur un pignon sans sentir là quelque chose l Les maisonsoù j'ai mis la main deviennent comme qui dirait mes enfants; lorsque je les vois, ça me réjouit l'œil; il me semble que les locataires sont un peu mes obligés, et je m'intéresse à eux I Quand je parle de ça, il y en a qui ricanent et me regardent comme un vieil empaillé d'avant le déluge ; mais les bons ouvriers me comprennent et topent dant mon sentiment. Aussi, crois-moi, petit, si tu veux avoir ta place parmi les lapins d'élite, mets du eœur au manche de ta truelle ; il n'y a que ça qiiT fasse le maître compagnon.

^écoutais d'autant plus volontiers le père Mau-

ricet que je sentais déjà à sa manière. Le métier m'était passé dans le sang, comme on dit; j'afmais mon travail pour lui-même ; j'en étais fier: j'y entrais tout entier. Depuis, j'ai reconnu que c'était là ce qu'on appelait la vocation. Tout ouvrier qui ne se plaît pas à son œuvre est hors du bon chemin; Dieu ne l'a pas destiné à la tâche que le hasard lui a donnée. Pour faire valoir les gens et les choses» la première condition est de les avoir à gré. J'ai connu un vieux jardinier dont la culture étonnait tous ses voisins. Si ailleurs les laitues montaient^ on voyait les siennes s'arrondir à souhait; quand le vent avait brûlé toutes les floraisons^ ses espaliers étaient cachés sous une neige de fleurs ; pendant que le soleil d'août faisait Jaunir les plus belles pelouses, ses gazons restaient vert émeraude.

— Qui diable faites-vous donc à vos plants pour que tout vous profite ainsi I demandaient les voisins stupéfaits.

— Une seule chose, répondait le vieux jardinier: je les aime 1

Cest qu'en effet ce mot-là disait tout. Que de soins impossibles à prescrira 4'^vaucey et que la

hmw ToloBlé du eoBur insiâre l L'exempt et lli% bMudepeuYenUoiUS apprendre le métier; mâisUi^'j a quele goâl de l'œuvre qui fesse de vous w ouvrisr.

Au reste^ les o^DisetlSi du pèvQ Mauricet çii'étai^ pas mes seuls encouragemeots. ^ tirouvsâ^ 4 chaque instaut des excitoUau^ io/direQtes i^m ie^ eotreli^is des oompe^oosK Tout w joioloyanit Isk pienre, ou eu firépis$wt Im wurs^ i]^ racoiMaJi^^ les cbrouiqu^e^ ^ W^ti^ et les hm^ t^t^ de l^wa gçaods boQunes, A y ^vait ^rtout TlMsytoùrç du gr«ssjMw4uiiqueî9^e pouvais mielasser d'eujbeiiLdce^

Le gros Mauduit étaH u» mattre comps^^ natif de la Brie^. çi'on avait i;pmommé q^aêfa, maimf f9jm qu'il faii^ajitwitant d'ouvrçige quel^s deux meiUeiurs ouvriers* Q travail]!^ touiaur^. seul, servi par trois gouyata qui pouvajieijit à paiufi^ lui suffire* Vêtu d'un habit uoir, ehaussé d'escarpin&ciçés àl'oBuf, et coiffé à l'oiseau royal, il achevait sa journée sans qu'une tachede plâ;tre ouqu'up. cb^ de ^ou(in.(l) ç^uisU àl'âégarjtçe d)^.spQ costume On venait le voir travailler des quatre coins de la

(I) Nom donné aux perehes qni mpportent réchafaadage.

France, cl fl y ayait toujours sous son échafaudage autant de curieux que devant les tonvs de Notre-Dame.

Personne n'aYaitjamaiseatrepris de lutter contre le grosMauduil,quandilarrivaun[jour, de la Beauce, im petit homme appelé Gauvert, qui, après l'ar Yoir TU travailler, demanda à conco^^uraYec le roî des maîtres compagnons. Gauvert n'avait pas cinq pieds et était tout costumé de drap couleur marron, avec na petit catogaa qui pendait Srur le collet de son habit. On plaça les adversaires aux deux hosQàs dhm échafaudage, et, à un signal donné, la lutte commença.

Le mur grandissait à vue d'œil sous leurs doigts, mais en se maintenant toujours de niveau; si Inen (pif à la fin delà journée aucun d'eux n'avait dépassé Touvrage de son concurrent de Tépaisseur d^ua cailtou. Ils recemiioencèrent le lendemain,, puis le» jours suivants, jusqu'à ce qu'ils eussent conduit la maçonnerie à la corniche. Comprenant alors Timpossibilité de se vaincre. Us s'embrassèrent en se jurant amitié, et le gros Maudult donna sa lUle en mariage au petit Gauvert. Les descendants de ces

deux Taillants ouvriers ont aujourd'hui une maison à cinq étages dans chaque arrondissement de Paris t

Cette histoire^ racontée avec mille yariantes^ et dont je ne me permettais point de soupçonner Tauthenticité^ m'enflammait d'une passion fanatique pour la truelle et le marteau. Sans l'avouer tout haut, je nourrissais l'espérance de surpasser tous les compagnons de France et de Navarre, de devenir un second Gauvert ou un nouveau Mauduit! Cette ambition accéléra tellement mes progrès, que je me trouvai en mesure de prendre rang d'ouvrier à l'âge où l'on devient généralement apprenti. Un pareil succès m'étourdit : enlevé trop tôt à la dépendance que j'avais supportée jusqu'alors, j'abusai d'une autorité que je n'avais point appris à exercer. Mon goujat fut le plus mal mené du chantier. Mauricet m'avertit deux ou trois fois.

— Prends garde, petit, me dit-il, avec sa familiarité ordinaire ; tu n'as encore que tes dents de lail; si tu mords trop dur, tu les casseras.

Sa prophétie faillit s'accomplir à la lettre, car un beau jour mon servant, lassé de mes mauvais trai-

tements, s'insurgea tout de bon et me traita comme le plâtre qu'il avait Thabitude de préparer. Je portai pendant plus d'un mois les marques de cette correction trop bien méritée et qui me profita. Mais redressé de ce côté^ je me laissai tomber d'un autre.

Quelques-uns des compagnons du chantier fêtaient dévotement saint Lundi, et avaient essayé plusieurs fois de m'entrainer. Je résistai d'abord sans trop de peine. Les souvenirs de la barrière ne me riaient pas; mais on m'attaqua par la raillerie; on déclara que j'avais peur d'être fouetté par ma mère, que je n'étais point encore sorti de sevrage, et que le cognac me brûlerait le gosier. Ces sottises me piquèrent. Je voulus prouver que je n'étais plus un enfant, en me conduisant aussi mal qu'un homme. Entraîné hors barrière un lendemain de paie, et encore muni de l'argent de ma quinzaine^ j'y demeurai jusqu'à ce que tout eût passé de la poche de ma veste dans le tiroir du marchand devin.

Le dimanche et le lundi avaient été employés à cette loD^iie débauche; je rentrai le soir du se^. cond jour sans chapeau, couvert de boue et bat*

tant de mon corps toutes les murailles du faubourg. Ma mère ignorait ce que j'étais devenu, et me croyait blessé ou mort; eQe m'avait cherché à la morgue d'abord, puis & Fhôpital. Je ta trouvai avec Mauricet qui s'efforçait de ta rassurer. Ma vue la tira d'inquiétude, mais non de peine. Après ta première joie de me retrouver, vînt le chagrin de me voir en un pareil état. Aux lamentations succédèrent les reproches. J^étaîs tellement ivre que j'entendais à peine, et que je ne pouvais comprendre. Le ton seul m'apprit qu'on me réprimandait. Ainsi que la plupart des ivrognes, j'avai» le vin glorieux, et je me regardais, pour le quart dTieare, comme un des rois du monde. Je répondis en knposant silence à la bonne femme, et déclarant que je voulais désormais vivre à ma guise et porter tout seul, comme on dit, ma cuiller à ma bouche. Ma mère éleva la voix ; je criai plus fort, et ta querelle s'enveuimait, quand le père Mauricet mit le halà! IB déclara que ce n'était point le moment de causer et me fit coucher sans aucune observation. Je dormis d'un ti^rtil jusqu'au lendemain.

Quand j'ouvris les yeux, au petit jour, je me*

rappelai tOQt ce qui s^élait passé, et je sentis un peu de honte méSée de beaueoup d'^nharras. Ce< peDdaDty ramoufwpropfe m'empêchait de me re' pentir. En défloitive, j'étais maître de l'argent ga-gné par mon tm?aii} >e pouraé ài^pom de mon temps ; Bill n'a?tiit drcA é^ tMMrrer h redirek, et je résolus de couper court à toutes les ohseiryatkiyQs.

lia mère seolc> of înquîétaîlj r Ypu)a;at éviter ses reproches, je me. l6?«ii dâucement eye partis sans IftYoir.

Lorsque j^arrivai m €bmx\i%rj ja trouvai déjà les autres au travail ; mais ils ne parurent pas prenété gM^de à moi. Je me mist à Uma^smer d'assez mauTaise humeur et avec nosichalance* Ces deux jours de^débauehe mf avaient ôté le goût du mélien J'avais, de pkia, comm;Q une humiUatioa iotévieiire qpie je oachoâs^ awia un air de bravade. Je prétais l'oreille à ce que disaient les.autres compagnons^ eraiigBaïkt tau|[p<iffs^ d'^teo^re. ({ueltyie ]^ai^anterie on quelque fâcheux ju^j|9ôQt £iur mpn compte. Quaad If eatsei^iKçiu: 9^^ i^ t^iiffàxs de ne pas le voir, et j'évttaidB luÂBffckr,. de peur qu'il 90 tto demandât hLemsfi de. qion a^seiu^ de^ la

veille. J'avais perdu cette bonne conscience qui, autrefois^ me faisait regarder lo monde en face ; je sentais maintenant dans ma vie un souvenir à cacher.

Ceux qui m'avaient entraîné à la barrière n'étaient point encore de retour; Tentrepreneur en fll la remarque.

— Cest une infirmité qu'ils ont comme ça, dit Ib Icmstic du chantier ; quand ils travaillent par ha*^^ sard^ ils avalent tant de plâtre qu'il leur faut aa moins trois jours de vin d'Argenteuil pour se rincer le gosier.

Tous les compagnons èe. Wtî^nt à rire ; mais il me sembla qu'il y avait dans ce rire une sorte de mépris. Je rougis involontairement^ comme si la plaisanterie eût été faite contre moi. Tout nouveau dans le désordre^ j'en étais encore aux scrupules et aux remords.

La journée se passa ainsi assez tristement. L'espèce de malaise que j'éprouvais dans tous les membres s'était commu:iiqué à mon esprit ; j'étais fatigué au dedans et au dehors.

Tant que nous avions travaillé, le père Mauricet

ne m'avait point adressé la parole ; mais & rbeure de partir, il vint à moi et me dit que nous ferions route ensemble. Comme il logeait à Fautre bout de PariSi jb lui demandai s'il avait quelque af&ire dans notre quartier.

— Tu verras, me répondit-il brièvement.

Je voulais suivre mon chemin ordinaire; mais il me fit prendre par d'autres rues, sans me dire pourquoi^ jusqu'à ce que nous fussions arrivés devant une maison du faubourg Saint-Martin ; là il s'arrêta.

— Yois-tu dans ce bâtiment, me dit-il, la haute cheminée qui se dresse près du pignon, et que j'appelle la cheminée de Jérôme ? c'est là que ton père s'est tué 1

Je tressaillis jusqu'au fond des entrailles, et je regardai la cheminée fatale avec une espèce d'hoiv reur mêlée de colère.

— Ah ! c'est là, répétai-je d'une voix qui tre mblait; vousy étiez, pas vrai, père Mauricetî

— J'y étais.

~ Et conunent la chose est-elle arrivée?

— Ni par la faute du bâiimeni, ni par la faute

— fU —

du métier, répliqua Mauricet. L'échafaudage était bien établi, le travail sans danger; mais ton père est venu là en descendant de la barrière ; la yue était trouble^ les Jarrets ne se connaissaient plus ; il a pris le vide pour une planche, et il s'est tué sans excuse.

Je sentis le rouge me monter au visage et le cœur me battre plus fort.

— Le père Jérôme eût été un vaillant ouvrier, reprit Mauricet, si la gourmandise ne Tavait perdu. A force de s'attabler chez les marchands de vin, il 7 avait laissé sa force, son adresse et son esprit. Mais bah t on ne vit qu'une fois, comme dit cet autre; faut bien s'amuser avant son enterrement. Si les veuves et les orphelins ont faim ou firoid plus tard, ils vont au bureau de charité, et ils soufflent dans leurs doigts. C'est-il pas ton opinion, dis?

Et il se mit à chanter un refrain bachique alors à la mode :

Occapons-Doos de bien boire.

Quand on sait bien boire ou sait toni*

rétais humilié, confiis, et je ne savais que répondre ; je sentais bien que Mauricet ne parlait pas

iirienseraeni; mais FapprouTer m'eût Ihit boute; le contredire^ o^était me condamner. Je baissai la tète sans rien dire. Cependant il continuait à regarder ce pignon maudit.

—Pauvre Jérème, reprit Hauricel, en changeant de Toix et comme attendri, s'il n'eût pas suivi les mauvais exemples quand il était jeune^ nous Taurions encore ayee nous ; Madeleine reposerait son vieux corpSy et toi tu trouverais quelqu'un qui te montrerait la route. Mais non^ il n'y a plus rien de luiy pas même un bon souvenir, car on ne regrette que les bons ouvriers. Quand le malheureux s'est écrasé là sur le pavé, sais-tu ce qu^a dit le tâcheron t.. . — - Un ivrogne de moins, enlevez et balayez 1

Je ne pus retenir un mouvement d'indignation.

— Dame ! c'était un dur à cuire , continua Mauricet ; il n'estimait les hommes que pour ce qu'ils valaient. Si la mort avait pris un bon travailleur, il eût dit : — Cest dommage f Au fond; tout le monde pensait comme lui , et la preuve, c'est qu'il n*y a eu que les amis à suivre le corps de Jérôme jusqu'à la fosse. Ceux-là même avec lesquete il trio-

quait lui ont tourné le dos dès qu'il a été dans sa bière; car les vauriens se fréquentent, vois-tu^ mais ils ne s'aiment pas.

J'écoutais toujours sans répondre. Nous nous étions remis en marche : au premier carrefour, Mauricet s'arrêtai et me montrant la cheminée qui se dressait au loin par-dô^us les toits :

— - Quand tu voudras recommencer ta vie d'hier, dit-il, regarde d'abord de ce c6té, et le vin que tu boiras aura le goût du sang.

Il partit en me laissant tout saisi.

Mauricet avait une manière à lui que j'ai remarquée pliis tard, et qui empêchait d'oublier ce qu'il avait dit. C'était mi homme ignorant, mais qui frappait toujours droit* Ses paroles vous arrivaient à l'esprit comir/a les images & notre œil; on les voyait sous une /orme et avec une couleur. Ce n'était pas tou/ours le mot seul qui en était la cause, mais le geste, le regard, l'accent, je ne sais quoi eofm qui sortait de lui pour venir [à vous* Depuis que j'ai un peu lu et un peu pensé, je me suis dit que c'était là ce qui devait faire les hommes éloquents.

Je rentrai chez ma mère très-troublé, sans vouloir le paraître; je luttais contre la leçon que je venais de recevoir, je me révoltais en moi-même de me sentir ébranlé; je jurais tout bas de ne point céder et de continuer à prendre la vie joyeusement. Je cherchais d'autant plus à me fortifier 4ans mon impénitence que je m'attendais aux reproches de Madeleine. Préparé à y couper court par une déclaration d'indépendance, j'entrai dans notre pauvre demeure le front haut et d'un pas délibéré.

La vieille femme achevait de mettre le couvert et me reçut comme d'habitude. Cette bonté déconcerta toutes mes résolutions. Je me trouvai tellement saisi du sentiment de ma faute, que si je n'avais fait un effort j'aurais pleuré. Ma mère n'eut l'air de rien voir (j'ai su depuis que Mauricet lui avait fait la leçon); elle causa aussi gaimentque de coutume, ne parla point de l'argent de ma quinzaine dont je l'avais frustrée pour la première fois, et ne parut nullement inquiète. Je me couchai complètement désarmé et le cœur bourrelé de remords. Toute la nuit, je crus voir mon père chan-

«ttent sur f édiaftiudage ou m brisant sur U pâté. Moî-méme je me trouvais ivre au plus haut d'une eormehe» suspendu sur l'espace et j^ de me précipiter. Lorsque je me levei le lendemain^ j'avais la tète lourde et tous les meofttoes douloureux.

Cependant j'arrivai au travail à l'heure ordinaire : ee Alt encore un mauvais jour « J'étais moms élourdi que la veille, mais plus tristOé À l'onbarras avait succédé le regret. H fallut prèè d'une semaine pour me rendre ma vigueuf et mon entraia. La première fois que Mauricet m'enteodit chanter, il passa prèe de m^ en me frappant sur l'épaule :

-^ Le contentement est revenu au legts^ me dttil; à la bomie heure, /bu/ gardenonoi bien cet oi« seau-là. .

-^ Ne craignez riea» répondisse en riant^ nous lui ferons une jolie cage où il trouvera k maagor...

-^ Tâche, surtout, qu'il n'ait pas trop à boire I réphqua Mauriost.

Nous échangeâmes un regard, et il passa en sifâant.

Trente^troîs ans se sont écoulés depuis ce jomr, et je n'ai jamais oublié la promesse que je me fis

alors à moi-même. Exposé à toutes les tentations de Fintempérance^ j'ai fi!ii par ne plus y prendre garde. Dans le bien comme dans le mal^ ce sont les premiers pas qui décident de la route ^ une habitude est quelquefois impossible à vaincre, mai? presque toujours facile à éviter.

Vm niAlheinr domMitiqiM. — Je tna» wûSê à Pèpreave. •« Bla mève part. — Hûtoîre du petit Terre d*een-de-¥Îe. — CSe qu'est la yîe de garçon pour Touvrier. — • La éhambrée; le bonhomme Maroille et Faroumont La Ckiourmê, — Une poehitoo iliffieile»

Depuis que je gagnais des journées d'ouvrier, le ménage ayait retrouyé un peu d'aisance. Nous avions pu quitter notre cave pour reprendre Fanden logement. Les meubles quMl avait fallu vendre après la mort du père, avaient été remplacés; nous remontions décidément sur l'eau et les voitins nous traitaient déjà de richards*

Tout alla bien jusqu'au moment où ma mère commença à se plaindre de sa vue, qui avait baissé, petit à petit, sans que la chère femme y prît garde, ou plutôt sans qu'elle voulût se Tavouer. Il y avait toujours pour elle un prétexte. Aujourd'hui c'était la fumée, demain le brouillard, le jour suivant un rhume de cerveau ; ce fut seulement au bout de dix ans qu'elle s'avisa de s'en prendre à ses yeux. Elle ne distinguait plus les menus objets ; il avait fallu renoncer à la couture et au ménage du vieux géographe; je commençai à m'inquiéter; Mauricet, dont je pris conseil, me proposa de consulter un oculiste pour lequel il avait travaillé et qu'il connaissait

On eut grand'peine à persuader ma mère qui, n'ayant jamais été malade ne voulait point croire aux médecins; enûn, pourtant, elle se laissa conduire.

L'oculiste était un homme de moyen âge, grand, maigre, d'un cahne superbe. Il regarda les yeux de la mère, ne dit pas un mot et écrivit une or« donnance qu'il me remit. J'aurais bien voulu avoir une parole qui pût me rassurer; mais d'autres

attendaient lëu^ toMt, Je n'osai rien dire, et il fallut partir odinïne nous étions Venus. Cependant^ i la porte^ je m'aperçus que Mauricét ne nous avait point suiTîs. Plus hardi atec Toculiste^ il avait toulu^ Sans doute, l'interroger. Nous Patteu'dlmes quelques minutée au bas dé l'eâcalier où il ilous rejoignit enfin.

— Eh bien, qu^a dit votre chârlatêcÉLf demanda tûk uîêré, qui né pouvait pàrdonnéir au médecin sa ftoideuî* silencieuse.

•^ a tous ordonné de mangei* du rôti & discrétt«ni et de âormir sur les deux oreiUèd, iréçondit Haùfieét.

— Mais est-il sftf dé la guértétait demanddi-je. -^ Bél^cé qu'S tle t'a pas donné un papier? ré-

ffliqttàtoma<^n.

'^ Le voici^

— Alors, fais ce qu'il a écrit dessus et laissé

Vmtï èouter sons le f^ont-Heuf.

L'aecënt de Haùricet avait Quelque chose dd bref qui me frappa} mais je ne voulus lien dire wst le mintnent II prit le bra;^ de la chère femme auquel il âl cent eontes pendant le chemin ; jaottiië

je ne ratais tu si boute-ea-trai&. Cependant, une fois arrive, je le tirai à part pour Tavertir que je voulais lui parler.

— ^Moi aussi j répliqui^t^il tout b^; quand je sortirai reconduis-moi.

La mère s'était déjà remise ^ ses f^apgements de ménage; Mauricet i^e tarda pas à prendre congé, et je le suivis.

Comme nou^ descendions Tescalier, je lui demandai avec inquiétude oe qu'il avait à me dire.

— Attends que nous soyons dans la rue, me répliqua-t-îl.

Nous 7 arrivâmes et il fit encore une dizaine de pas sans parler; je ne pus attendre davantage.

— Au nom de Dieu ! Mauricet, que vous a dît Tocullste? demandai-je avec angoisse.

Il se retourna de mon côté.

— Ce qu'il m'a dit? tu feu doutes bien, reprit-il brusquement; il croit que la mère Madeleine est en train de devenir aveugle.

Je jetai un cri ; mais il continua presque en n'empertaut ; — AUon^j tonnerre I il ne s'agit p^ i% pau9$tr dea

hélas I causons tranquillement comme des hom« mes.

— Aveugle ! répétai-je, et que deviendra-t-elle? Comment lui trouver une compagnie? Qui la soignera I

— Ah ! voilà 1 dit Mauricet ; il est clair qu'il faut prendre un parti, et c'est pourquoi je t'ai parlé de la chose. Une vieille femme aveugle sera une rude charge pour un jeune gars ; c'est à toi de voir si tu la trouves trop lourde.

Je le regardai d'un air qui lui prouva que je ne comprenais pas.

— Eh bien oui, oui, conlinua-t-il, en répondant à ma physionomie, tu peux t'en décharger si le cœur t'en dit. Il y a des retraites pour les pauvres gens incurables I

— Où cela?

— A Thospice.

— Vous voulez que je mette ma mère avec It ndiants ? ra'écriai-je.

— Parbleu 1 vas-tu pas faire le sénateur, dit Mauricet sans me regarder; il y en a de plus bup«

pees que Madeleine, de vraies dames qui ont eu laquais et équipages. ^

— Alors c'est qu'elles n'ont pas de fils I repris-je.

— C'est à savoir, continua le maçon, en pliant les épaules, les fils ne sont pas plus obligés que les mères, et il y en a pas mal de celles-ci qui portent Tenfant au tour des orphelins.

— Mais ce n'est pas la mienne, interrompis-je vivement; la mienne m'a gardé dans ses bras tant que j'étais petit; elle m'a nourri de son lait et de son pain, j'ai grandi comme un espalier contre la muraille de son amitié, et maintenant que le mur a des lézardes, je laisserais d'autres le soutenir I Non pas, non pas; père Mauricet, vous ne pouvez

> pas avoir cru ça. Si la bonne femme perd vraiment la vue, eh bien 1 il lui restera la mienne ; entre deux ça ne fait qu'un œil à chacun ; mais, faute de mieux, on s'en contentera.

— Tu dis ça dans un accès de cœur, fit observer Mauricet ; mais faudra réfléchir de sang-froid. Songe bien que c'est un boulet que tu te rives au pied. Adieu la Uberté, les économies , le mariage même, car de longtemps tu ne gagneras assez pour

mtreprmdre une famille avec une pareille rpn-valeur.

— Uneçojt-yaleur, répétai-je scandalisé. ^ vous vou§ trompez, Mauricet; la vieille femme me donnera du contentement et du courage. Quan^ je suis . pé , j['étais aussi i^ne pon-valeur pour la pauvre créature, et cependant elle m'a reçu volontiçrs. Bien sûr que jç sais à quoi je m'engage et que je n*ai pas la tête dans le cœur comme vous paraissez le croire. Je trouve l'épreuve rude et j*£^urais voulu ne pas avoir à la supporter ^ pais, puisqu'elle est venue, que Dieu me punisse si^ je ne fais pas mon devoir jusqu'au bout!

Ici Mauricet, qui ne m'avait point encore rc; gardé, se tourna vivement de mon côté et me prit les deux mains.

— Tu es un vrai bon ouvrier ! s'écria-t-il tout épanoui; j'ai voulu voir ce que tu avais là et si les fondations étaient solides; maintenant je suis content. Au diable la frime ! causons à cœur ouvert.

— Mais Toculiste pense-t-il réellement qu*il n'y ait aucun remède? demandai-je.

—C'est son opinion, répondit Mauricet; cepen-

imi i comme je le quittais , il a dit qu'il restait p^uV^tre espoijp d'çurayer \d mal si la bonne femme pouvait vivre à la campagne, avec de l'air à discrétiK>u et de la verdwa $ous \^ yeux.

Je Fintevrompis eu m'écriant que je Ty enverra...

— Ça ^^a difficile^ objecta Mt^uricet ; en vivant séparés, vous dépenseras quasiment le. double , .et j'ai peur que le^ cordons de ta bourse ne i^ient moins longs que tes l^ns^ désiars.

Mais Vespéraiice iucertaixue donnée par le médecin me préoccupait par-dessus tout , je ppe n^s à chercher aveq Mauricet quelque expéi(Ji,eut pour tenter ce dernier moyen. Il se rappela enfin une pas$e, la mère Riviou, éts^blie près de tonjumeau> et chez laquelle Ifodeleine pouvait trouver peutêtre , sans beaucoup dQ fr^ > la vie et les soioç, dont elle avait besoiii^ IL lu^ % écrire et reçut une réponsie telle que nous pouvions la désirer.

Ratait à faijçe «onsi^^tir. la» ijoalade eUe-méme. U^ fallut pour cela, que Mauricet appuyM me» prière*, d» toute 9on élo|i|i|iLencï9. La chèf*e (eimcae rega^dc^it son. a^our à \h Wà^SNBf^ Q<U9me un exil \ 9K^

m'en voulait seulement d'y avoir pensé. Eufln pourtant elle céda, et j'allai moi-même la conduire.

La mère Riviou nous reçut comme de vieilles connaissances. Jamais femme plus brave n'avait mangé le pain du bon Dieu. Elle comprit tout de suite le caractère de sa nouvelle pensionnaire et me promit de lui donner contentement.

— Nous passons notre vie aux champs, me ditelle, si bien que la maison sera à votre mère ; elle pourra la conduire comme on fait de son àne, par la bride et le licou. Nous avons trop à faire pour chicaner à quelqu'un sa fantaisie ; ici chacun aime son repos, ce qui fait qu'on ne touche pas à celui des autres. Dans un mois, j'aurai une filleule qui tiendra compagnie à la bonne femme et Paidera pour le ménage. C*est un vrai chien de berger que votre mère pourra faire obéir au doigt et à ToBil ; par ainsi , il faudra bien qu'elle se plaise parmi nous ou le diable s'en mêlera. — Je partis complètement rassuré.

J'avais pris pour revenir une de ces charrettes de messagers, encore communes dans ce temps-là

aux environs de Paris, et qui transportaient, pêlemêle, marchandises et voyageurs. La carriole était attelée d'un seul cheval, qui allait au pas, la route cahoteuse, les bancs formés d'une simple planche mal rabotée, de sorte que je perdis patience à michemin j je descendis près du conducteur et je me mis à suivre à pied, comme lui.

Ce conducteur était un homme encore jeune, de belle apparence et dont le visage annonçait cette santé robuste qui est le salaire d'une bonne con* science. A tous les hameaux où nous nous arrêtions, je le voyais donner eu recevoir des commissions sans entendre jamais aucune plainte. S'il avait à rendre sur une pièce d'argent , on prenait toujours la monnaie sans compter; les femmes lui demandaient des nouvelles de ses enfants, les hommes le chargeaient d'achats au bourg; la conduite de tous prouvait enfin l'amitié et la confiance.

Autant que j'en avais pu juger par ma conversation avec le voiturier, il me semblait la mériter. Toutes ses paroles exprimaient un bon sens et une bienveillance auxquels les charretiers de Paris ne

m-ayaient pas accoutumé. Il connaissait les améliorations tentées dans le pays; il nommait les propriélaires de chaque cbamp que nous dépassions et s'intéressait à sa^ boQpe ou à sa mauvaise réçoltç. J'appris bientôt que lui-même avait quelques arpents de terre qu'il cultivait entre ses voyages , et pour lesquels il profitait de tputes lep observaUons recueillies ipur le chemin. Il vç\^ racontait l'bistoire (Je çon domaine^ commet il l'appelait en riante quand nous fftmeç croisés sur la rput^ par un homme pauvrement vêtu , courbé et dont les cheyeux grisonnants retombaient en désordre sur «W yisage bourgeonpé. Au moment ou il passait près ^e npus, je m'aperçus qu'il chancelait. JX salua le voiturier avec la, chaleur bruyante de V'i^ vresscjj et celui-ci répondit d'un ton de familiarité qui me surprit.

— G^X un de vos amis ? demandai-je quand il fût éloigné.

~Get honame-làî répéta-t-il; c'esJ mon bienfaiteur et mou maître!

Je le regardai comme si je n'avais pu comprendra

—Ça ¥ous étonne , reprit le messager en riant ; c'est pourtant la vérité. Seulement le malheureux ne s'est jamais douté de la chose. Faut tous dire d'abord que Jean Kcou (c'est c-omme ça qu'on le nomme)^ Jean Picou donc est Un ancien camarade d'enfance. Nos parents demeuraient porte à porie^ et nous avons fait notre première communion la même année. Seulement Picou était déjà^ pour lors, un peu folâtre^ et, en prenant de Tàge^ il a eu bientôt adopté toutes les habitudes des bons vivants. Je ne l'avais pas beaucoup fréquenté d^abord; mais le hasard finit par nous mettre ouvriers chez le même bourgeois. Le premier jour, au moment de partir pour le travail , voilà que Picou et les autres s'arrêtent au cabaret pour boire le coup d'eau-de-vie du matin. Je restai à la porte sans trop savoir ce que je devais faire; mais ils m^appelèrent tous.

— N'a-t-il pas peut que cela le ruine I s^écria tHcou en se moquant ; deux sous d'économisés i il croit peut-être que ça le rendra millionnaire 1

tes autres se mirent à rire, ce qui me tft honte, et 'j'entrai boire avec eux. Cependant, arrivé au

champ, et, tout en m'occupant du labour, je commençai à ruminer ce que Picou avait ait : Le prix de ce petit verre du malin était, dans le fait, peu de chose, mais répété chaque jour, il finissait par ^produire trente-six francs dix sons/ Je me mis à calculer tout ce que l'on pourrait avoir avec cette sonmie.

Trente-six francs dix sous, dis-je en moi-même, c'est, quand on est en ménage, une chambre de plus au logement, c'est-à-dire de l'aisance pour la femme, de la santé pour les enfants, de la bonne humeur pour le mari. — C'est le bois de l'hiver, ou le moyen d'avoir du soleil à domicile quand il n'y a que de la neige au dehors. — C'est le prix d'une chèvre dont le lait augmente le bien-être du ménage. — C'est de quoi payer l'école où le garçon apprend à lire et à écrire. — Puis, retournant mon esprit d'un autre côté, j'ajoutais : Trente-six francs dix sousl Notre voisin Pierre ne paie point davantage pour la location de Tarpent (^a'il cul* live et qui nourrit sa famille ! C'est juste Tintérêt de la somme que je devrais emprunter pour acheter au commissionnaire du bourg; le cheval et la

charrette qu'il veut Tendre 1 Avec cet argent di^ pensé chaque matin, au détriment de ma santé,' je puis me faire un état, élever une familla ramasser les épargnes nécessaires à mes yieux jours.

Ces calculs et ces réfleûons me décidèrent. Je laissai de c6té la mauvaise honte qui m'avait fait céder une fois aux sollicitations de Picou; j'épargnai sur mes premiers gains ce qu'il m'aurait fait dépenser au cabaret, et bientôt^ je pus entrer en marché avec le voiturier auquel j'ai succédé.

Depuis j'ai toujours continué à calculer chaque dépense et à ne négliger aucune économie, tandis que Picou persévérait, de son côté, dans ce qu'il appelle la me des bons enfants l Vous voyez où cela nous a conduits tous deux : les haillons du pauvre homme, sa vieillesse avant l'âge, le mépris des honnêtes gens et mon aisance, ma santé, maboime réputation, tout vient d'une hahilude prise ! Sa misère, c'est le petit verre d*eau-de-vie qu'il boit ea se levant, comme mes joies sont les deux sous épargnés chaque matin 1

Ainsi parla le messager ! Depuis, je me suis bieu

des fois rappelé l'histoire du petit verre d'eau-4^

leçen.

dépendant^ l'absent» demamère ohangeait toul pour moi. Maintenant j'étais seul, obligé de man^ ger ch^z le marchAnd ée im et de coucher à la chandM'ée . Ne pattageam point les habitodes é» aratrcs compagoons^ je ne savais t}ye fiaire^ mes dimanches et de mes soirées. Maoriew^ s'iiie^ut <|ue je tombais dans la tristesse.

— Prends garde, me dit-ïl, ftiut tirer parti <te lotîtes les positions. J'ai passé par là, mm pettt» et jî5 sais ce que c'est que 4e bivouaquer aiasi^dftwlô proTisoiiiB et d'avoir toujours sa Yie s»iis te pouce^ comme un déjcmier do passage. Au coiïimenc^ mtîût, ça vous embronille, ça wos enmiie, on ai'* merait mieux coucher sur la paille que dans iés draps de tout le monde; mais c'est un apprentissage, vois^tu, il n'y a pas de mal que tu te trouves abandonné à toi-même et obligé de veiller au grain* km^ tes mères ofntfest j^uuafs smvé ! Quand noui sommes tout petits et que le bon Dieu nous les donne, il nous fait u»b gr&ce; mais quand nous «omtnes deTeïmsi4«5homttH?s, et qu'il nous les Wh

fixe Dour un temps, c'est nous rendre service. Si Madeleine n'était point partie, tu n'aurais jamais appris à remettre tes boutons de bretelles.

le.sentais la Térité de ce qu'il disait; mais je Pouvais ce nouy^ apprentifisage autrament dur que cdui auquel j^avais dA, me soiunettre pour un métier; Je commeQfi«l£i à comprendre qu'il était plus difficile d'être «m honune quede devoir un 4M£raer«

La chuabrée où je ooucbâifi Amk une dawutine de lite.e<Msv^ p£u* des compagnons ^a^paDteaanjt aux différentes parties du bâtiment^ tels que ma- .^ons, charpentiers, peiQtres -ou serruriers. Pânxn eux^e trouvait un Auvergnat déjà sur le retour qu'on nommait Marcotte, et <}ui avAilautcefois Umomné dans noire ctaaotier. C'^était «in homme tranquille, iout à sou ttcavaii, sans être grand .mi* vrier, et quine parlait que lorsqu'il ne{M>uvait pas âe tatro. Le bonhomme Mancûtte vivait de noix ou de radis, selon la saison» et >ea¥oyait tous ses gains aupa;s pour acheter de la terre II possédait déjà une dizaine d'arpents et atteadait qu'il fût arrivé jt.ladou2aine pour se rotirâr sur son domaiM'

n devait se bâtir luhméme une maidonnette^ avoir deux vaches, un cheval, et vivre là en cultivateur.

Ce projet, poursuivi depuis l'âge de quinze ans, était presque accompli : encore quelques mois et il touchait au but. Nous plaisantions parfois le bonhomme qu'on avait sumonnné le propriétaire ; mais les moqueries glissaient sur son amourpropre conmae la pluie sur les toits. Tout à soô idée, le reste n'était pour lui que du bruit. Ce Ait en le voyant que je réfléchis pour la première fois à ce qu'il y avait de force dans une volonté toujours la même et toujours active. Avant cet exenople, je ne savais pas ce que peut la persévérance du plus faible contre l'obstacle le plus fort.

Le voisin de chambrée du bonhomme Marcotte acheva la leçon. Celui-ci était un compagnon serrurier jeune et habile, mais qui ne travaillait qu'à ses heures, s^amusait à discrétion ot ne restait jamais dans un atelier plus d'un mois, de peur d'y être pris par la mousse, comme il le disait. Tout ce qui le gênait était traité par lui de superstitions* Parlait-on de la régularité dans le travail : su*

perstition ! de la probité envers le bourgeois : superstition 1 de l'obligeance pour les camarades : superstition I de ce qu'on doit aux siens : superstition! Faroumont déclarait hautement que chacim vivait pour soi et devait regarder les autres hommes comme un gibier excellent à frire quand on pouvait rattraper. On riait de ses idées^ mais il courait sur son compte des bruits qui sentaient la correctionnelle f elles bons ouvriers s'en tenaient avec lui à bonjour et à bonsoir.

Pour ma part, je l'évitais le plus possible, moins par raison que par répugnance. Aussi, dès le premier jour, il m'avait appelé la Rosière, on raillerie de quelques scrupules que j'avais laissé voir, et j'avais répondu au sobriquet en le nommant la CMourmey par allusion au bagne, où ses principes me paraissaient devoir le conduire. Depuis^ les deux noms nous avaient été conservés par la chambrée. Bien que Faroumont eût paru prendre la chose en riant^ il m'avait gardé rancune, et £ essaya plusieurs fois de me chercher querelle^ sachant bien que je n'étais pas de force à Im résister; mais j'y mis assez de prudence pour tromper

ses îDlMtioBB. Mmirieet, témoiiD d'une de ses tatiyes^ m'encooFagea à porsister.

— Défie-toi de la Chiourmê conune du dûdiie, me dit-i) eénMsemenl ; tu sais que je ne sois pas un enfant et que j^ai tenu tâle à des torons aalides; maïs j^aimereis mieux une maladie de six meia que d'avoir offaiFe à celui-là*

Je pensais de même ; Pintelligenee et la méchanceté de Faroumont rendaient sa vÉgnainvié»* tablement redoutable ; car une des misènes deno» tre condition, à nous autres gêna de métier, est le respect atevigle que nous avonst pour la force. UnQ sorte de point d^honneur réduit )\>u\rier à ses moyens personnels de défense >. il tient à glokre de tf en point chercher au dehors, de sorte que celui qui peut avoir raison de chacun en particulier, se trouve en mesure de tyranniser tout le monde. Si ht race des dudlistes à coups d'épée disparaît dans les autres classes, celle des duellistes à coups de poing est toujours aussi nombreuse parmi sooew Combien n*ai-je pas vu de ces vauriens féroces qui avaient estropié de braves ouvriers, ou même fUt des veuves, et à qui leur scélératesse tenait hra

Û6 cûQgidératktf) ?Nul n'osait leur montrcir Sf^a «^ pré, de Çiour de grossir la Uste des Ytatiines. Imt h mondo disait : « Faut prendre garde ^ c^e$b w méchant g«e«QLU Si w &vait pour lui des ég!ir«tef Qij'eûWl éié cependant contre tous? Puiatjp*'»» était d'açQowi pour le juger, d'où ^ient qu'an ne s'entendait pas pour eiiécuterie jugement? Sérails U donc si di0iûi)e mn honnâteaouvriers de setéufiir contre ces b^tes engagées pour les diasser de leurs rangs? Mais nous a^ons eacore, à pke d'un égard, des idées de sauvages : comme eux, nous prenoiis l'esprit de brutalité et de bataille pour le courage et nous en faisons une vertu gui rachète tous les vtoesl

Le voisinage de la chambrée m'avait lié avee le bonhomme Marcotte, autant du moins que le permettait la difiérenee d'âge et de goûts. Il me Qonfia son projet de retourner prochainement an pays; il n'attendait pour cela qu'une occasioii d'achever l'acquisition de son petit domaine.

Deux ou trois jours après cette confidence, il rentra plus tard qu'à l'ordinaire ; une partie de nos compagnonsétalent déjàoouchés; j'avais veillé

^80 — ]K)tir écrire à LoDjameaû ; et j'allais éteindre m& diandelle quand j'enten4is le bonhomme qui montait en chantonnant. U (Sùmt la porte avec une assurance bruyante qui m'étonna. Contrairement à toutes ses habitudes^ il avait la voix haute^ l'oeil brillant et le chapeau crânement penché sur Toteille. Au premier regard, je compris que lepr(h priétaire avait dérogé à sa sobriété habituelle. Le Tin le rendait causeur^ et il s'assit sur le bord de son lit pour me raconter sa soirée : il Tenait de quitter le TOiturier qui faisait les commissions au pays. Il avait appris de lui que la pièce de terre, longtemps convoitée et qui devait compléter sa gagneriey était enfin à vendre; le notaire n'attendait que son argent.

— Vous avez la somme? demandai-je.

— Comme tu dis, mon vieux, reprit Marcotte; en baissant la voix et avec ce rire mystérieux de ceux qui n'en ont pas l'habitude : livres et ap« points, tout est prêt.

Il regarda autour de lui pour s'assurer que tout le mondé dormait, puis, fourrant le bras jusqu'à l'épaule dans sa paillasse , il en retira un sae

qu'il me montra avec une expression glorieuse*'

— Voici la chose, me dit-il; il y a là un l)on lopin de terre et de quoi me construire un chenil.

Il ayait déroulé la corde qui serrait la poche de toile et plongé la main au dedans pour toucher les écus ; mais au bruit de l'argent, il tressaillit, jeta un regard de côté, me fit signe de ne rien dire et referma le sac qu'il cacha sous son traversin. Luimême fût bientôt au lit et endormi.

Je me déshabillai pour en faire autant ; mais, au moment d'éteindre la chandelle, je me retournai vers le Ut de Faroumont ; le compagnon serrurier avait les yeux grands-ouverts l il les referma brusquement sous mon regard. Je n'y pris pas autrement garde et je me couchai.

Je ne puis dire ce qui troubla mon sommeil au milieu de la nuit; mais je fus réveillé presque en sursaut. Le clair de lune arrivait à travers les fenêtres sans rideaux et jetait une lueur très-nette de notre côté. Je me trouvais en face du lit de la Chiourme ; il était vide T Je me redressai sur mon coude pour mieux voir : le doute était impossible^

Taroumont s'était levé ! Au môme moment, f entendis un craquement an plancher à ma droite ;

Je tournai la tête; une ombre s'ibafssa érusqn»^-

ment et eut Tair de se perdre sous le lit du père

Marcotte 1 je me flrottai les yeux pour nï*assurer

que je ne rêvais pas, et je regardai de nouveau.

On ne voyait rien; tout était redevenu sileneieux !

Je me recouchai en traant les^ yeux à demi entr'oa-

verts. Un quart d'heure se passa et ma paupière

comm^çait à se refermer tout de bon, qnand un

nouveau craquement du plancher me la flt ouvrir.

Je n'eus que le temps de voir passer Paroumoïft

qui rentra au lit et disparut sous ses couvertures.

n ne me vint aucune idée dans le moment; je me

rendormis.

Des cris mêlés de pleurs et dte gémiasement» interrompirent brusquement mou sommeil. Je me redressai d'un bond ; le jour commençait à poindre et j'aperçus l'Auvergnat qui s'arrachaiMes cheveux devant son lit bouleversé. Tous les compagnons de la chambrée étaient sur leur séant.

— Qu'y a-t-il donc ? qu'y a-t-il ? demandaient plusieurs voix

— Oq lui a Yolé son argent I réj^ondirent q^iA^ ques autres.

— Oui, volé, cette nuit, répétait Marcotte ayw un désespoir qui le rendait fou; hier il était là... je Fai touché, je Tavais sous ma tête en dormant* Le brigand qui me l'a pris est ici 1

Un souvenir m'éclaira subitement : jeme retournai vers la Chiourme; il était le seul qui eût l'ai? de dormir au milieu de ce tumulte et de ces ciî^. J'envisageai rapidement ma position. Il n'y avait probablement que moi qui eût connaissance du vol j si je gardais le silence, l'Auvergnat perdait Ja somme laborieusement épargnée et qui devait réaliser les espérances poursuivies pendant quarante années l Si je parlais^ au contraire, je pouvais foro^ la Ohiowmû à une restitutioui mais je m'exposais à toutes ses vengeances ! Malgré le danger de choisir, ma délibération ne dura pas longtemps. J'étendis la main vers l'Auvergnat et je le tirai à mQi.

^ Remettez-vous, père Marcotte, m'écriai-j«; votre argent n'est point perdu.

— Qu'est-ce que tu dis? s'écria le vieil ouvrier dont les traits étaient égaréSi tu sais où est la

^c! malheureux 1 estK^e toi qui l'aurais pris?

— - Allons, TOUS êtes fou 1 lui dis-je tout en colère.

— Où est-il alors 1 où est-il î coramença-t-il à crier en me regardant.

Je me retournai du cAté de Faroumont.

— Voyons, la Chiourme, lui dis-je, c'est assez rire comme ça, faut pas qu'une plaisanterie donne la jaunisse au propriétaire. Rends-lui vite son argent.

Bien qu'il eût toujours les yeux fermés, sa figure changea de couleur ; ce qui me prouva qu'il avait entendu. Marcotte s'était jeté sur lui comme un chien qui pille et le secouait en réclamant ses écus. Faroumontjoua assez bien l'homme qui se réveille et demanda ce qu'on lui voulait; mais les cris de TAuvergnat le lui apprirent trop vite pour qu'il eût le temps de prcpai^er im faux-fuyant. J'insistai d'ailleurs avec résolution, en présentant toutefois l'enlèvement du sac comme un mau>a.is tour joué au père Marcotte dans l'intention de l'inquiéter. £a Chiourme ftit obligé de restituer l'argent, en répétant qu'il avait voul faire une farce : cepeDdtnt

il lut sans peine sur toutes les figures qu'on savait à quoi s'en tenir. Chacuii s' habilla à la hâte et sortit sans lui parler. Lui seul affecta de ne point se presser et acheva sa toilette en sifflotant ; mais lorsque je passai devant son lit^ il me jeta un regard de froide rage qui me fit courir un frisson dans les cheveux. Désormais, j'étais sûr d'avoir un ennemi à mort.

n* ménTaTeugle. — Geneviève et Robert. — Je retrouve Faroumont. — La oorde de l'échafaudage. — Mon féjouff à Thôpital. — Vie et mort du bonhomme Numéro douse.

Un jour, Mauricet me dit :

— J'ai, devers Berny, une manière de débiteur qui a fait le plongeon Tan dernier, et qui vient de rejparaître sur Teau; faut que j'aille m'assure'^ du phénomène et repécher, si c'est possible, mes cinquante écus. Prends les voitures avec moi samedi soir, tu pousseras jusqu'à Lonjumeàu pour voir

Hadeleine, et J'irai te rejoindre le lendemain^ au hois Riaut

La chose ftit convenue. Je n'avais visité ma mère que deux fbis depuis son départ, et la dernière, je Pavais trouvée presque complètement aveugle, du reste, mieux portante que jamais, et tout à fait de belle humeur. Mais il y avait de cela près de trois mois, et, depuis, le travail m'avflfft toujours retenu an chantier.

Lorsque j'arrivai à Lonjumeau, le jour était déjà sur sa fin. Je pris le chemin qui conduisait chez la mère Riviou ; mais on avait coupé des arbres, abattu des clôtures ; |e ne reconnaissais plus ma roule. Après m'être embrouillé dans deux ou trois sentiers. Je cherchai autour de moi quelquhinqui pût me mettre en bonne direction. Les plus proches maisons étaient loin, et je n'aperçus d'abeid que des cultures pour le moment désertes. Une voix qui chantait arriva, tout à coup, jusque mon oreille ; je reconnus le refrain d^ine vieille ronde que, daoîs mon enftince, j'avais souvent entendu répéter à ma mère. Je m'arrêtai tout surpris de contentement. C'était la première fois que je retrouvais ceîk

ait depuis quinze années; il me sembla que j^étais redevenu enfant et que j'entendais Madeleine rajeunie. Dans le fait^ bien que la voix fût ferme et fraîche, elle rappelait celle de ma mère; c'était la même manière de jeter les sons aux vents avec une gentillesse un peu triste^ comme je l'ai entendu faire depuis aux bergerettes de Bourgogne €t de Champagne. Je m'approchai de la chanteuse, qui s'occupait à détacher du linge blanc des cordes d'un séchoir. Je trouvai une grande fille de mine avenante, qui me regarda en face quand je lui demandai le chemin daboisRiaut, et qui se mitàrire .

— Gage que vous êtes le fils de Madeleine, me dit-elle.

Je la regardai à mon tour en riant.

—Et moi, je parie que vous êtes la jeune Alla que la mèreRiviou attendait, répondis-je.

— On vous appelle Pierre-Henri?

— Et vous Geneviève?

— Eh bien, voilà comme on se rencontre.

— ^Et comme ousereconnattsauss'étre jamais vul Nous éclatâmes encore de rire, et les explications commencèrent.

J^appris que ma mère avait complètement perdu la Yue^ mais sans vouloir eu convenir. Du reste, Geneviève me déclara qu'elle était plus vaillante que toutes les jeunesses de la maison, et toujours chantant comme un pinson.

— C'est elle qui vous a appris le refrain que vous répétiez tout à l'heure? lui demandai-je.

— Ah ! vous m'avez entendu? répliqua-t-elle ; oui, oui, la bonne Madeleine m'apprend toutes ses vieilles chansons; elle dit que ça me servira pour bercer mes enfants ou ceux des autres.

Tout en causant, elle se hâtait de réunir son linge. Je l'aidai à en faire un paquet que je pris sur mon épaule.

— Eh bien 1 voilà-t-il pas que j'ai un serviteur l dit-elle galment.

Et comme je lui disais qu'il était juste au fils de rendre ce qu'elle faisait pour la mère, elle commença à me parler de Madeleine avec tant d'amitié que, quand nous arrivâmes au bois RiatU^ je m'étais déjà déclaré son obligé au fond du cœur.

La mère, qui était à la porte, reconnut ma voix et ne manqua pas de dire quVte m'avait vu! Dôr

— gopris qu'il AdstH irait close pour eHe, tout son amour^propTe était de ne pekit parattire aveugle. GenerièTe Taidaît sans eu avoir Vmr. Elle arait en^ touré la maisoD, au dedans et au dehors, d'une grosse corde qui formait maîn-courante et dirigeait rayeugie ; un nœud servait d'avertissemeut quand elle approdmt d'un porte, d'un meuble ou d^nne marche ; im taquet, mû par le vent, indiquai t à son orçille la plaee du puits ; des signes de reconnaissance avaient également été placés dans les allées du jardinet; grâoe^ à Geneviève enfin, le bois Siaut était une vraie cen*le de géographie que Ton pouvait lire à tâtons : aussi la chère femme était-elle toujours en mouvement, trouvant tout, parce qu'on hn mettait tout sous la main, et se glorifiant, chaque fois, comme d'une preuve de sa clairvoyance. Tout le monde, au reste^ dans la maison, respectait son erreur et mettait ime mnocente malice & Ftotretenir ; elle était là comme Tenfant gâté dont tout fkit sourire et paraît bien venu.

Mauricet, qui m'avait rejoint selon sa promesse, eompnt sur-le-champ la position faite à Madeleine par la bonté de ses hôtes.

— Vous rfafvez pas toujours eu votre eCKîipte; en fait d^âisance et de bonheur^ lui diUl;mfti8il me semble que pour le quart (fbeure oo vous paie TOtre arriéré, ma yieflie.

— lui est certain que le pays est agréable I répliqua la bonne femme, qui n'aimait pas à ayouer trop haut son contentement.

— Oui, reprit Maftricet; mais ce sont les braves gens qui font les bons pays, et vous êtes tombée ici dans une colonie de chrétiens d'une espèce pas trop commune.

— Aussi ,. je ne me plains pas ! fit observer Mad^ioe.

•-** Bt vo«iB avezraisou I cantinuale maître mar çon; les bons oœnrs ^us ont rendu plus que la ehance ne vous avait ôté : voilà poarq«K>i je vous conseille de remerder la miEdadie qui vous a valu tant de serviteurs et d'amis. Si vom aviez encore vosyeoK...

— De quoi ! de quoi ! mes yeux i isteirompit la vieille mère impatientée ; va-Ml pas s'imaginer, par hasard, que je suis aveugle !

— Cest juste 1 vous êtes guérie^ répliqua Mauri* oet en souriant.

— Et la preuve^ c'qmt que je tous Tois, continua Madeleine qui entendait le bruit des fourchettes; TOUS êtes à table avec Pierre Henri 1 Âh I ah 1 Et tout à l'heure vous avez demandé le pain, et vous en avez coupé. Ah 1 ah 1 ah 1 c'est que rien ne m'échappe^ et il y en a encore plus d'un qui ont leurs yeux de quinze ans^ et qui ne feraient pas ce que je fais ici.

La' mère Riviou Tint appuyer le dire de Madeleine en rapportant tout ce qui était laissé à ses soins dans la maison. L'excellente femme avait compris que pour l'infirme qui a du cœur la plus dure épreuve était le sentiment de son inutilité ; Genevièye renchérit encore sur la fermière. Quand nous fûmes en route pour revenir, Mauricet me fit remarquer cette bonne entente de toute la famille pour contenter Madeleine.

— On dit pourtant que le monde est méchant! ajouta-t-il avec chaleur; que les bons sont devenus des espèces de merles blancs impossibles à trouver; mais ceux qui le répètent, vois-tu, ne les cher-

— gâchent pas^et le plus souvent ne s^en soucient guère. Pour ma part^ je n'ai janiais passé un jour sans recevoir de quelqu'un une bonne parole ou un bon service. Par malheur, il y a des gens qui ne tiennent compte que du mal qu'on leur fait, et qui reçoivent le bien comme un paiement en retard : c'est presque toiqours parce qu'on est trop content de soi qu'on est si mécontent de tous les autres.

Quelques mois se passèrent sans amener rien de nouveau. Je fis plusieurs voyages au bois Riaut, et Geneviève m'apporta plusieurs fois des nouvelles de la vieille mère. L'excellente fille venait à Paris aussi souvent qu'il lui était permis pour voir son neveu Robert, placé par elle en apprentissage. Robert avait alors dix-sept ans, et travaillait dans la bijouterie en faux ^ mais comme un fils de famille qui compte sur des rentes. Son maître j que j'allai voir un jour de la part de Geneviève, me déclara, qu'il ne sortirait jamais des bousUleurs qui fabriquent la camelotta des boutiques à trois sous.

— Ça veut faire le muscadin, me dit-il; mais ça n'a ni le cœur ni les bras au travail.

A vrai dirç, monsieur Robert ressemblait plutAt

à on flis de sénateur qu'à un apprenti b\|outier ;

Geneviève lui donnait jusqu'à son dernier sou, et quand on Pen blâmait, elle revenait toujours à raconter comment son frère lui avait recommandé Fenfant à son lit de mort, comment elle avait promis d'être pour lui toute une famille , et alors il lui roulait de si grosses larmes dans les yeux et sur les joues, qu'on tf avait plus le cœiir de rien dire. Slonsieur Robert connaissait son faible, et ne manquait pas d'en abuser. Il avait une jolie petite figure rose , les mains blancbes et la Yoix douce comme une jeune fille. On eût dit un de ces agneaux qu'on mène avec un ruban; mais, en réalité, aucune force ne valait contre sa volonté , et un dogue enragé eût été plus farlle à conduire. Je Tai bien su dans la suite, à mon gil'^d dommage. Pour le moment, tout se borna entretenons à de courtes conversations. Il me parut même que le petit neveu n'était guère enchanté de la connaissance de sa tante, et qu'il avait peur de salir sa veste à un bourgeron. Au fait, nos amitiés et nos occupations nous éloignaient l'un de l'autre. Jlfoniieur Robert était lancé dans la société des gnset-

tes* et ômtxmaàs mErchaocte; il «hantiit îles; ëx^ mnoc^ «lisait des tooss de cartes , erl fré^ventait las bais de miit.

Moi , je vivais à récart plus que jamAisu Ce qfai iBfétQit armé avec Fi»xmmoiit m'avait éégoùAé de Aa cbambrée, et j'avtis loué un petit cabia&t sdUB tes teifts. Une cliaise, uoe malle, un lit de sangle y fiîirmaieiLt tout mon mobilier ; mais^ du miete, j'étais seul; Tespaed i^ompeis entre Les qiialienrai^ja'.appaffteDaitqu'àa»€)i$ oaaeveaaît pas^ 'CDmme à la chambrée, me raAagB' mea air, melmubter imoa sileeee, interrompre mon chant ott 4»oa ^mm^k J'étais maitre de ce qtii m'eu*tMrait, ce qui est le seul moif&n d'èUte aatiaitre de sm-mêtne. Cela oie ipanUt d*aJ)ord6i bon que je T/O sM^sai qu'àen jouir ; j -étaisrcûaiiia£ le frileiUXjqui» une fois enfoncé sous ses couvertuives, ne peut phis en soinir. Je me doiiotais dans ma liberté novvirile, et je ne quittais guère sna maasarde après mes heures de tmvail. Mauncet se plaignit àeuxou trois fois de ne pltts me V4ftir.

— Va pas t'habituer à vivre en sourncrfs, iiaediU ît; dns le monde comme à l^'^^mée^ vois-ta, il est

-«-96 — bon de sentir un peu le coude de son voisin ; tu es trop jeune pour te faire colimaçon et rentrer ainsi dans ta coquille ; viens voir les amis; c'est sain au cœur et ça fait prendre Tair.

Je n'avais rien à répondre ; seulement^ je continuais à rester chez moi. J'aurais pu utiliser cette espèce de retraite en reprenant mon instruction interrompue ; mais personne ne m'y poussait et je n'en sentais pas le goût. Je ne puis dire ce qui se passait alors en moi; j'étais comme engourdi dans ma nonchalance ; je restais des heures entières sans penser précisément à rien, mais allant d'une chose à l'autre, comme quand on se promène sans but. J'avais besoin d'une secousse pour sortir de ce sommeil éveillé ; la maUce de Faroumont m'en préparait une sur laquelle je n'avais point compté.

Nous ne nous étions point revus depuis plusieurs mois lorsque je le rencontrai à la bâtisse que nous achevions, rue du Cherche-Midi. Il venait poser les gros fers de la charpente. En me reconnaissant^ il s'interrompit de son travail avec un méchant rire.

^ Eh bien 1 failli chien j c'est donc ici que tu ca-

melottes ! me demanda-t-il avec son insolence habitueUe.

Je répondis d'un ton bref en montrant une fenêtre percée, après coup, près des combles, et que je venais achever.

— - Ah I c'est pour toi l'échafaudage I dit-il.

Et son regard se tourna vers la planche qui flottait au haut du pignon. J'allai déposer ma veste et mon panier au rez-de-chaussée; puis je me diri*

geai vers la nouvelle fenêtre. L'échafaudage était solidement suspendu à deux cordes que j'avais moiHDQême attachées à la charpente ; mais à peiné y eus-je posé les pieds que le mauvais visage de la Chiourme se montra au-dessus^ entre les solives; au même instant^ une corde fut dénouée^ la planche bascula et je fus lancé d'une hauteur de qua* rante pieds sir les décombres.

Je ne puis dire combien de temps Je restai éva« noui; la douleur me fit reprendre connaissance au moment où l'on voulut me transporter. Je poussai des cris aigus en suppliant de me laisseï . JDi me semblait que la terre sur laquelle j'étais étendu faisait partie de moi-même, e£ qu'on ne pouvait

Ij^^'ea arracher sans dé(M^ments. Quelques camarades allèrent chercher un médecin et un brancard» tandis que les autres; parmi lesquels se trouvait faroumont, continuaient & m'éntourer. Je souffrais cruellement; mais il me semblait bioQ. que aies blessures n'étaient cas morteUes.

Le médecin qui arriva^ peu après ne dit rien ; il nXQ donna seulement les premiers soins» me fit étendre sur le brancard et conduire à l'hôpital.

Je n^ me rappelle que confiisément ce qui ^^ passa pendant quelques jours. Mon premier souvenir distinct est la visite de Mauricet. Ce Ait lui qui m'apprit que fêtais là depuis une semaine; . qu^n avait désespéré de ma guérison, et que maintenant le chef de service en répondait. Le brave maçon était à la fois tout réjoui de ta nouvelle et encore un peu en colère contre moi. Quand il avait voûta connattre la cause de facddrat^ on hn avait parlé d^me corde ma) attachée, et it me reprwJbA énergiquemenl ma néghgf^nee. Je mte justifiai sans peine en lui racontant ce qui s'était passé, tf fil uO

mottremeirt en arrière et tfwppa se» mmm Pmie contre Tatitre :

— Voilà le mot de la charade, s'écria-t41. Nmn d\me trfqtte! j'aurais êA itfen donCer! Dès que la Chiourm^ était là, il y avadt à parier qm le diable s'en serait mfté. L'as^u défà dit à qmhqtfunT

—A personne.

— Et il n'y a point de témoins t

— Nous étions seuls au Mit du Mtiment.

— Alors^ motm, dit-il, après un instant de réflexioD ; accuser sms preuves un enoenri ne v&m en débarrasse pas, et ça Pemminie! Si tu ne dis rien, la CMourme r^ardera peut^re voira compte comme réglé et n'y reviendra pkis, tandis qu'en causant, tu TobMgerQis à recommenœr* Ce qui f arrive est arrivé à bien d'autres dans notre état; comme on dit, le moyen est' connu f Moinaoéme, qui te parle, j'ai fait un fatix pas de dcufx étagigs par la malice d'un compagnon qui me devait quarante écus, dont il espérait comme ça avoir (pâ^ tance, n n'y avait que nous deux à savoir la chose; je n'ai soufflé mot,* j'm laissé le tenq^s fiiire juft»

— 100^ tice du brigand, et six mois après, deux de ses pareils l'ont assommé comme un chien pour lui voler trente sous.

Je compris la prudence des conseils de Mauricet, et cependant je ne m'y soumis qu'avec répugnance. J'étais révolté^ en moi-même, de l'impunité que s'assurait ainsi le coupable. Depuis j'en ai vii bi^n d'autres exemples, et j'ai dû reconnaître que, parmi nous autres ouvriers, la force et l'audace étaient trop souvent une sauvegarde pour les méchant^. Le temps, l'argent et l'instruction nous manquent pour réclamer régulièrement justice , si bien que quand nous ne pouvons nous la rendre à nous-mêmes, nous nous résignons à nous en passer. On encourage ainsi bien des oppressions, bien des iniquités, et même des crimes I Si les ouvriers s'entendaient entre eux, s'ils comprenaient bien ce qui fait leur sécurité et leur gloire, ils auraient toujours parmi eux des arbitres d'honneur qui jugeraient ce qui ne peut être jugé par la loi, et qui empêcheraient de frapper quelqu'un en passant son couteau à travers les jointures du Code. Plusieurs corps d'état ont ainsi des jurys de famille

qui tiennent en respect les mauvais et qui protègent les bons.

Ma chute me retint pendant plus de deui mois à Fhôpital. Je me désespérais parfois de guérir si lentement; mais j'avais un voisin qui me donnait courage.

C'était un pauvre vieux tout courbé par la souf franco, et qm se nommait, je crois, Pariset; mais on ne l'appelait guère que par le numéro de son lit, qui était douze. Ce lit Pavait déjà reçu trois fois pour trois longues maladies, et était ainsi devenu, en quelque sorte, sa propriété : aussi M. Numéro douze était coni>u du médecin en chef, des élèves et des infirmiers. Jamais plus douce créature ne marcha sous le ciel. Quand je dis marcher, ce n'était plus, hélas I pour le brave homme, qu'un vieux souvenir ! Depuis bientôt deux ans, il avait perdu presque complètement le mouvement des jambes. Cependant, conme il vivait de copies pour le Palais, il ne s'était pas trop déconcerté, ainsi qu'il le disait, et il avait continué à expédier ses r61es sur papier timbré. Un peu plus tard, la paralysie atteignit le bras droit ; il s'exerça alors à

— 102 -*■ ieri re de la main gaucbe ; mais le mal gnmdi^ sant^ il avait fallu le transporter à l'hôpital, rà fl araît en le bonheur de re!r»mer lîtee son mdme Bt, ce gui VareÂi pvesque consolé.

--* La matttaise (^oeen'a qa'im tem^^ dinMil à cette occasion ; tous les jours ont im imd»-

HMflfl*

Le bonhomme Numéro doum afatt pris possession de son lit avH altendrisseniettl. Lli6pîtel^ dont le séjour paraît si dur à osftainee geni^ était pourhri une maison de pkdsaace« n ytinRHalt tout à souhait. Ses admimttons pewr let moinâvas commodités prouvaient qcelles privations il avait Jusqu'alors supportées. 11 s'eictaslait sur ta ptoprêté du llnge^ sur la Manebeur ^ pain^ sur la succulence des potages t et je ne m'ea étonnai plus quand j'appris que, depuis vi»gl ans, ii vivait de pain de munition, de bouillon d'herbes et de ftromage blanc ! Aussi ne pouvait-il assesi vemter la munificence de la nation qui avait ouvert de pareilles retraites pour les pauvres malades* Au reste^ sa reconnaissance ne s'arrêtait point là; elle embrassait tout. A l'entendre, Dieu avait eu pomr

lui des faveurs particulières; leshoomiies grêlaient montrés pleins âebîeQTeiIlaBce> etloachoaea tour* naient toujours à son ayautage : aussi rint^ne dir sait-il que Nvméro douze avadt la a UâmXè da bonheur ! » mais oette fotuiié4à ne vous donnait que de l'estime pour le brave homme et des encourir gements pour vous-même.

Je crois le voir enocure assis sur son séatii avec son petit bonnet de soie noîre^ ses kmettes et le vieux volume de vers qu'il ne cessait dB reUre. Son lit recevait^ dès le matin, les premiers rayons du jour, et il ne tes apercevait jamais sans se réjouir et sans remercier Dieu. A voîr sa reconnaissance^ on eût dit que le soleil se levait pariiculiô- Tement peur lui. Il s'informait régulièrement du progrès de ma guérison, et trouvait tai4ours quelque chose à dire pour me donner patience. Lui-^même était un exemple vivant qui en disait plus que ses paroles. Quand je voyais ce pauvre corps sans mouvement^ ces membres tournas, et , au-Klessus ^ œtte figure souriante , je n'avais le courage ni de m'empovter ni de me dre.

^ (f est un mauvais moment à passer^ disait4\ à chaciue crise; bientôt le soulagement viendra; (OUI fes jours ont un lendemain*

(Tétait le mot du père Numéro douze, et il le ramenait sans cesse. Mauricet, qui^ en venant me voir, avait fini par le connaître^ ne passait jamais devant son lit sans le saluer.

— C'est un saint I me disaitril ; mais il ne gagne pas seulement le paradis pour lui, il le fait gagner aux autres. Des hommes pareils devraient être au haut d'une colonne pour être vus de tout le monde. Quand on les regarde, ça fait honte d'être heureux, et ça donne envie de le mériter. Qu'est-ce que je pourrais faire à ce brave père Numéro douze pour lui prouver que je l'estimet

— Tâchez, lui dis-je, de trouver sur les quais le second volume des poésies de Jean-Baptiste Rousseau; voilà six ans qu'il l'a perdu et qu'il relit le premier.

— Quoi ! il tient aux Uvres ! répliqua Mauricet un peu fâché; parbleu! on dit bien qu'il faut que chacun ait sa faiblesse « N'importe, écris-moi sur

du papier le bouquin que tu dis, et je le lui chei^ cherai.

U revint effectiTement huit jours après avec un volume relief qu'il présenta triomphalement au vieux malade. En l'ouvrant^ celui-ci ^arut d'abord étonné ; mais Mauricet lui ayant dit que c'était sur nîa recommandation qu'il avait voulu lui procurer ce second toDJ de Jean-Baptiste Rou&* seau^ le père Numéro douze le remercia avec effusion. Cependant je conservais quelques doutes, et quand le maître maçon fut partie je voulus voir le volume; mon vieux voisin rougit, balbutia, essaya de détourner la conversation; mais enihi, forcé dans ses derniers retranchements, il me tendit le livre : c'était un vieil almanach royal I Le bouquiniste, abusant de Tignorance de Mauricet, l'avait substitué au volume demandé. J'éclatai de rire, mais Numéro douze m'imposa silence avec une certaine vivacité.

— Voulez-vous que M. Mauricet vous entende? s^écria-Wl. J'aimerais mieux perdre mou dernier bras que de lui ôter le plaisir de son cadeau. Je ne tenais pas hier à l'almanach royal; mais plus tard.

JeFatirais peut-être désiré; tous les jours ontmi lendemain» C'est d'ailleurs une lecture très-instntctrve; j'aî vu les noms et prénoms d'une fonte de princes dont je n'avais entendu jamais parler. ..

L'almanacb ftit précieusement conservé à côté du volume de poésies , et le vieux malade m manquait jamais de h fetrîlleter quand il apercevait Mauricet. Celui-ci en était tout fler et tout nyoui.

— Il paraît, me dîsait-II chaque fois, çoe je Im' ai fait un fameux cadeau.

Vers la fin de mon séjom* à l'hôpital, les forces du père Numéro douze diminuèrent rapidement. D perdit d'abord tout mouvement, puis la langue dte-môme s'embarrassa, fl n'y avait plus que les yeux qui nous riaient encore. Un matin pourtant^ 11 me parut que le regard était plus éteint. Je comfmençais alors â me lever, et je m'approchai pour lui demander s'il voulait boire ; il fit nn mouvement des paupières qui me remerciait, et dans cemoment, un premier rayon de soleil brilla sur son Ht. Alors son œil se ranima comme une Itimièi^ qui pétille avant de s'éteindre; il eutl'finr de «âtaMr

ce dernier présent du t)on Dieu; puis je vis sa tête retomber de c6té ; son brave cœur avait cessé de battre^ et il n'y avait pit(s de jours pour lui; il venait de commencer Vétemel tundémainl

vu

Jmqv de aoDohalvnoe.— La visita ohez l'entreprimeiir ; le viens portrait à baguettes noitet; je reçois une leçon. «— Ifoiivellei études.

En sortant de rhOpital^ je repris mon trayaiU mais tout doucement ; je n'avais plus autant de forces ni surtout autant d'ardeur. Ce long repos paraissait avoir mêlé de l'eau à mon sang. J'étais, de plus> si bien guéri de mon ambition par l'exemple du vieux copiste , que j'attendais trauçulUement le pain de chaque jour sans m'occuper

de savoir s'il serait noir ou blanc. Mauricet finit par s'impatienter de mon apathie.

— Faut pas non plus exds:érer les choses, dit-il : une fois la soupe trempée , les bons enfants la mangent comme elle est ; mais tant qu'elle est à faire, ils tâchent de Tengraisser 1 Après tout, nous ne sommes plus en nourrice; c'est pas à la Providence de nous cuisiner notre avenir; chacun doit y mettre la main. La sagesse', pour un gaillard qui a ses quatre membres, n'est pas de vivre comme un paralytique, mais de s'en servir le mieux qu'il peut.

Je ne lui contestais rien; seulement mes mains avaient beau continuer à maçonner et à crépir, le cœur n'y était plus! Je n'aurais pu moi-même dire pourquoi. Rien ne me déplaisait dans l'état, ni ne me plaisait davantage ailleurs : c'était sim* plement le courage qui dormait. Il fallait une occasion pour le réveiller.

J'allai un jour avec Mauricet chez un des pins forts entrepreneurs de Paris pour un renseignement demandé au maître maçon, et que, sons sa liclée, j'avais couché par écrit. L'entrepreneur

n'était pae dans son cabinet, ei Um qu'on ^^w» Ht traverser plusieurs piôœB pcoar attar l^ffcg^i». dre au jardin. C'étaient partout das tapis de «ûlla couleurs, des meubles à pieds :dort8,des imtium de soie et des rideaux de volouus. danais je n'a^ vais vu rien de pareil; aussi f oovraés de grands yeux et Je marchais sur la ^poîate des pieds d^ peur d'écraser les fleurs des (tefiis. ilaurifiet ma regarda de oàtë.

— Ëh bien, eonomeni >trotiTas>lii te tttmJ^ 4$' manda-t-il d'un «ir maiki ; ça te paiat(4i m^ samment soigné et cossu ?

Je répondis cpte la «udson .snM i'jdr de celle d'un prince.

— Prince de la truelte et de Téquenre, répliqua mon compagnon. Sais-tu quec'esttioiMffable pow la partie! Encore a*Ml troki autres bâtda dioa Paris , sans parler d'un château en provioae.

Je ne répondis pas dans le moment ; toute aeftte opulence venait de remuer quelque «hoso de mauvais au dedans de moi. En voyant tmat 4^ velours et de soie, je me regardai, je ne sais pemv. quoi^ etj'eushonto d'être £i mal vêtu. Mais^oana

— lit —

ma àente, ii y avait du métonteiafteinoift; je me fiffîliais disposé ÀimSar Jtejcnaltre 4e tontes ccfsiichesses puur m'avoir fait remaapq^er o» pauwstt. .Maurioet, ^ oerse dou>taiit de rien , conKBiiixmt à me détailler ies beautés du logis; j'écDUtais ^ffwc iiopaUence^ le cœur me battait, le ^mog me motttait au Yisâge , mes yeux ne poui^aieiit âair 4te regarder, et plus je voyais, plus j'étais efloveoiraé. Mon ambition, qui dormait depuis guélque teszfffs, Tenait de se réveiller, mais par Ten^e 1

Mous nous étions arrêtés dans im deoroier satan, tandis que le domestique <&erehaît son snattve. Mauricet me montra, tout à coup, un méchant fêUt portrait à baguettes noires accroché au mitien de grands tableauxrichem^i»tensadré& il représi»» tait im ouvrier en veste, tenant d'une main sa pq»e, et de l'autre un compas. C'étadt de «ette peinliire à six francs dont on voit des échantillons aux por^ tes, avec les modèles de corsets et les £aux Mt^i^i^s.

— Voilà le bourgeois, me dit le maçon.

— Ha donc été ouvrier t demandai-je.

«— Comme toi et moi, répliqua Maurioet, «t tu ^ :«Qis que ça se lui fait pas af&t)nt.

Je regardai le cadre de bois noir, puis l'opnlent mobilier^ comme si mon esprit chercbait la transition de l'un à l'autre.

— Âb 1 ça te chiffonne le raisonnement, reprit le maçon en riant; tu cherches l'échelle qui a pu le faire descendre ici du haut de son échafaudage. Mais tout le monde ne sait pas s'en servir^ yois-tu ; en voulant la prendre^ plus d'un a manqué les barreaux : faut du poignet et de l'adresse.

Je fls observer qu'il fallait surtout de la chance, que tout était heur ou malheur dans le monde, et que nous n'étions pour rien dans le succès.

— Par exemple, père Mauricet, ajoutai-je aigrement, pourquoi n'avez-vous pas un hôtel aussi bien que celui qui demeure ici? Êtes-vous moins méritant ou moins brave? S'il a mieux réussi que vous, n'est-ce pas tout bêtement une histoire de hasard?

Mauricet me regarda en clignant l'œil.

-^ Tu dis ça pour moi, mais c'est pour toi que lu le penses, fistot, répliqua-t-il avec malice.

— Tout de même, repris-jc, un peu vexé d'être ainsi percé à jour ? je ne passe pas pour mauvais

ouvrier, et je ne suis pas plus Champenois qu'un autre ; s'il suffisait de faire son devoir pour devenir milhonnaire, je pourrais aussi aller en carrosse.

— Et c'est une manière de marcher qui te conviendrait? ajouta mon compagnon ironiquement.

— Pourquoi pas? Tout le monde aime mieux ménager ses jambes que celles des chevaux ; mais n'ayez pas peur que ça m'arrive j c'est ici-bas, voyez-vous, comme autrefois dans les familles nobles : tout pour l'atné, rien pour les cadets ; et nous sommes des cadets, nous autres.

— Cest pourtant vrai I murmura le maître compagnon, qui devint tout pensif.

— Et il n'y a rien à dire, repris-je ^ puisque c'est convenu ainsi, c'est juste t Faut pas déranger le monde l Seulement, voyez-vous, ça me fait bouillir le sang quand je regarde la part de chacun. D'où vient que celui-ci loge dans un palais pendant que d'autres perchent dans un pigeonnier? Pourquoi est-ce à lui plutôt qu'à nous ces tapis, cette soie, ce velours?...

— Parce que je les ai gagnés, interrompit quelqu'un brusquement.

Je fis on soubresaut ; rentrepreneur était isac^ rière nous en pantoufles brodées et en robe de chambre de basin ! C'était un petit homme grifsooaant, mais taillé en force et avec une voix de commandement.

-— Ah I il' poxâit que tu es ua raieiNdnew, toi^ reprit-ily en me regardiant entre les deux yem; tu me jainusftd). tu demandes de quel droit ma mai* sûB esA à mo4 plutét qu'à, irouft;. ebbieatuYaa k savoir; Yien&.

Il avait fait un mowrement vecs une perte inté'rmxte; j'hésitai à. la suivre^ il se retournai ^^^ers moi:

— Asrtu pew? me^ demandË^il. d'an. tcm qui ae^fil naonter le rouge' juaqm'aax. yeux.

-** Que: le bourgeois m^^ montce^ k cbacâki^. ré* pUquai*je pnesqua ciFrontémenL.

U aûifts conéoiesit daus un cabiitet au:miliea do* 4981 se dressait, une loi^e table eounerte de 'gO¥ dets^ de pineeeux, do règles et de compaa Aumnr étaient suspendus des plans lavés, repréfientasi iKMiles.lesfîovpes d'un bâtiiment^ Çà et là^^r des étagères^ on voyait de petits mAdiètea d'escalieia

— lïB —

wi de ebarpentes, des boiissoiefl et âés grtipho«> mètres avec d'autres instruments dont j'igncN^ail Fusage. Un immmse cantonnier à campartimeots étiquetés occupait le fond, et, sur un bureau* étaient entassés des mémoires et des devis. Veu trepreneur s'arrêta devant 1& grande table^ et iïm montrant un lavis i

-^ Voici un plan à mo(Ufler^ dit^il ; on veut ré^ ivédr le bâtiment de trois mètres ; mais sans di« minuer le nombre de chancres, et il faut trouver place à Tescalier. Mets-toi là et fais^moi un croquis de la chose.

Je le regardai tout surpris^, ert lui fis observer qfieje ne savais pas dessiner.

— Alors examiB6-moi oe mémoire de toiseur^ r^priUt, en prenant wie liasse de papiers sur soii bureau ; il î a trois cent douze articles à discuter» . Je répondis que jp a'étais^ point assez au courant d*un pareil travail pour discuter le prix ou vérifier les mesures.

— ' Ta pourras au moins me dire^ continua, l'en* teepi^eneuF,. qjieU^s sont les formalités à remplir pour les trois maisons que je vais bâtir ; lu coiit:

nais les règlements de yoierie^ les obligations et les droits envers les voisins Y

Je l'interrompis brusquement en disant que je n'étais pas avocat.

— Et comme tu n'es pas nonplusbanquier^ reprit le bourgeois^ tu ignores sans doute à quels termes il faut échelonner ses payements ; quel est le temps moyen nécessaire à la vente^ quel intérêt on doit tirer de son capital pour ne pas arriver à la banqueroute Y Gomme tu n'es pas négociant^ tu serais bien embarrassé de me nommer les provenances des meilleurs matériaux^ de m'indiquer la bonne époque pour l'achat^ les moyens les plus économiques de transport Y Comme tu n'es pas mécanicien, il est inutile que je te demande si la grue, dont tu vois là le modèle, donnera une économie de forces ? Comme tu n'es pas mathématicien^ tu essayerais vainement de juger ce nouveau système de pont que je vais appliquer sur la basse Seine ? Enfin, comme tu ne sais rien que ce que savent cent mille autres compagnons^ tu n'es bon, comme eux, qu'à manier la truelle et le mar^ teaul

J'étais complètement déconcerté, et je tournais mon chapeau sans répondre.

— Comprends-tu maintenant pourquoi je demeure dans un hôtel, tandis que tu demeures dans une mansarde 1 reprit rentrepreneur, en élevant la voix 3 c'est que je me suis 4oimé de la peine; c'est que j'ai appris tout ce que tu as négligé de savoir ; c'est que, à force d'études et de bonne volonté, je suis passé général, tandis que tu restais parmi les conscrits 1 De quel droit demandes-tu donc les mêmes avantages que tes supérieurs ? La société ne doit-<elle pas récompenser chacun selon les services qu'il rend ? Si tu veux qu'elle te traite comme moi, fais ce que j'ai fait; retranche sur ton pain pour acheter des livres, passe le jour à travailler et la nuit à apprendre ; guette partout l'instruction comme le marchand guette un profit, et quand tu auras montré que rien ne te décourage, quand tu connaîtras les choses Cv les hommes, alors si tu restes dans ton grenier, viens te plaindre et Ton verra à t'écouter.

L'entrepreneur s'était animé en parlant et avait

fini par être un peu en rolère ; cependant je ne ré-

lai rien, ses raisons m'ayaieni ûl6 lapaiole: Mauricet^ qui vit mon «nharrasv MSftfà. (|wl({uefl mets peur «m JuaMteT) puis co lÉi* au. sujel de aelfi» i^fflîtei Le^ bom^ois fgnmia» to.Aoto^pie ftkiBÊB^dfeBséj dto«n«nda^puriq<tasfldftMWWWieBt6, piûls^now ooBgédiaL Môisy au :nomeBtiOù^jfattai8 pnssef la poit^^ il me rappela».

^-^ Seojriens-tot. âB ce que îB' t'ai dit^. eMûrie^ repDb-yi acvec oaa braboBÛa famfliàrey. %t^ au. lieu #bYoiv'de yeuvia» tâc^d'axom uu paad'hûQuâte Mriiiiiaiii. Ne pteda paa taa iem^s^ h maagcéer 4matm oam que sont 6n:haut^ tfaxaiUe plul4t.àte liter uoecordepourlas n^màxe j^ ai jf» peui.j^u]Qais tr^^aidur^ ta idauisas. quià dûse^ ja tarpcétamles promiecsbriaaîda clim»riKrI;

M*ls pcfloaiMûat tnèfr-briàffeBOttat^ al. j^ ai&bâtaL â0>6O9U0. Lonnina ufmsifjtoiâSr dana^la. RUttji Maurket éélalB de liroi.

— Bb^hton, en Toiiài uuer buoiûIiBtioa pour.. un ULYmi>omïmBiXoil si^Muiar^ilf^ étaiit-il.deua<âeiP'de

El' Gorann; ik vitr qua jj» £aî5aiar.uatttousemeat d%ipali«Daa»

-^ AUon», vas-tu Voalimr prar liie {maille f!su*ceY ajouta-Ul amiealeomit; kr boorgeois a pifeddé sa causO; c'est ti?op juste ; mm i\ aura beau 4ite, quoiqu'on B'aîi pas éqnqpAgfe^ on ccnonoalt les couleurs \ un miBionnaire, toi^^u^ çanese^eon- Anfît m avec les compaa ni a^ee le tire^igoca;

-^ Et aveo qnoi douer? demandaUj e;.

-^'Afeete'éeasl

lofas œtte foîd del^atiA du maltter eocn|M#mt; mm vuaiigtémon.ééipi€^ lalegM de FeittrepNnottr ayait porté coup ; quand Je me ntf oiDrair de iwngfiroid J'arrivai à penser que la raison pourrait bien être de son côté ! Ceci avait donné comme une secousse à mon esprit; je repris mon activité d'autrefois ; convaincu de la nécessité d'apprendre, je revins au goût d'étudier. Le difficile était de s'en procurer les moyens ! Bien qu'il m*en coûtât de retourner vers l'entrepreneur à qui j'avais dû laisser un mauvais souvenir, je me décidai à lui rap? peler sa proposition de me venir en aide. Il me reçut bien^ s'informa de ce que je savais, et m'a-r dressa à un toiseur qu'il employait. Celui-ci m'ad-f mit gratuitement à une classe du soir, où venaieol

— «0 — quelijaes Jeunes gens auxquels il enseignait la géométrie et le dessin linéaire.

Je ne me fis d'abord remarquer que par ma bêtise et ma maladresse ; il fallait toujours m'expli- •quer deux fois ce que les autres comprenaient au premier coup ; ma main, habituée à manier la pierre, perçait le papier ou écrasait les crayons ; je ne suivais le dernier élève que de très-loin ! Cependant^ peu à peu, et à force de persévérance, la distance s'amoindrit, et j'arrivai tout doucement à prendre le niveau»

vrii

Lft mire Madeleine s'afialblît ; averliitemeiii de Heorieel. — Un «dieu. — J'époofe Géneviète*

Ma vie se passait tranquillement entre le trayail du chantier et celui de la classe. De temps en temps j'allais voir la mère à Lorjumeau, et Geneviève m'apportait de ses nouvelles. Depuis quelques mois les forces de l'aveugle baissaient sensible* ment : elle ne quittait presque plus son fauteuil, et ses idées n'étaient plus aussi nettes. Mauricaf en fût firappé comme moL

— La quenouille s'embrouille^ me dit-il avec sa brusquerie ordinaire : gare la fin de Técheveau 1

Je repoussai cette sinistre prédiction avec une sorte de colère.

— De quoi ! de quoi 1 reprit le maître compagnon^ est-ce que tu penses que la chose me sourit plus qu'à toi? Mais Tavenir est comme les hommei^ faut tom'ours le regarder en face. Voilà-t-il pas une belle avance de fermer les yeux pour ne pas voir le mal qui vient ? On a beau s'aimer^ mon pauvre fieu, un jour ou l'autre faut qu'on se quitte ; tant mieux pour ceux qui.parient les premiers.

— Et pMiifMi piUMr d'avme» è ces cruelles séparations? demandai-jeî

— Pourquoi î répéta Mauricet, pour ne pas être ]imf 4MI 'Hftslv nMNir ptli*y patiir M Eritonâr le oBQfi «eftMBttf tmudalre'eailioixiBto fpmé.^çriBnk iâ nrt»* imoM Dana lft^ ¥i«v voia-tu^t it aers'^ juà» loufir. à «aebe-eachi^ ai?deia venté y les beitves g^BS

M montent B&ftui£Àutresy^ ni à eux-fostadesk— I^aiittoMi, aj»ata>4til «vm émolkiti^i dr panser h la WMrtv ^e!tÈ* teojéwsr sain/ QHfoapa9téou;qai*M voie partir^ on veut laisMir wo^bniDanaMtoà q»-

-lui qai s^èn tel ou à celw gui reste^ et MPttefienlD meilleur. Mamtefiaiit> quel» e^tkv&eti^ ieg^pjfav ta f occuperas idos de ]!if&âtiehie>; etque^tvvoiM dras Icfi ftl&« une belle seivée^apfiBmaA'rïnamii jemr;

Mtarîeetia^fi mison ? <sen> avevtiàdemeftt: eut pQwtpéëéltàt^ d6i me-fMve iBtbuvn^pftistsoiBvent kHe^iêftm' eH' (]to mei pa|pel«r phts omslasmiBal

mère ce que je savais daaon gnulyet elk^niB bch fflereiài04n,mrsiidiiafl9BaÉ eonânB* eU&no ao^asait jamais embrassé. Peut-être. bûiir.seiitaîfrf6lier«ftsi& lfr'^149 i^QLd]ft9).£lr>3er repofioaitHiiUe' de^ osuc à eeiBTi^i^ 'âdit)prted6Dqui*t8iâ

— Tu veux me faire remercier l^iboiàDieikid'ètet iMHètliBoiéitoîl^dfe. à^dkAquAâoinqiutt jetijrexiais d'eUe.

PfidÉ^^të^M meltBtitèPHMii'pMterdpfla jbmmwp, des premières années de son mariage, de monta» mmi Ell6f'8ern9peliattliH]lt4Bfqn6gfiK«a^ f60^<w^^qfife^ j'tamift >d^ le^' jinan^temadoi»

^ÉÉM^rc^ AtfPpiêW eflecVUistoise dn moiide^.âeatviève écoutait aussi attentii?aQieD^ :qtie'ai;)OiBjlaL

eût raconté la vie de Napoléon 1 Toujours alerte^ « toiqours chantant, elle apportait a^ec elle la gaieté. La vieille aveugle la grondait toujours, mais de ce ton qui veut dire que c'est seulement pour s'occuper de vous, et quand nous étions seuls, elle répétait : — Cest la fille cadette du bon Dieu I Gene- Yiève, qui l'entendait quelquefois^ n'en faisait point semblant, afin *de laisseï* à U bonne femme le plaisir de gronder. — Cependant, à mon demiervoyage, elle m'avait paru inquiète.

— La mère Madeleine ne va pas bien^ me dit-elle au moment du départ.

— Hélas ! mon Dieu i Je l'ai bien vu, rendisje ! mais elle prétend ne pas souflHr et refuse de voir un médecin.

— Elle a peut-être raison^ dit la jeune fille; ça ne ferait que l'attrister.

Nous échangeâmes un soupir et je partiale ccMir serré.

Le surlendemain^ j'étais au nouveau bâtiment, sur le plus haut échaflEiudage, quand je m'entendis appeler. Je regardai en bas, et tout mon sang 3'arr réta : c'était Geneviève.

—^ Comment va la mèpe? lui criai-je.

— Mal^ répondit-elle d'une Yoix altérée. En un instant je fus descendu.

— Elle veut vous voir, reprit Geneviève précipt tanmient; venez tout de suite; le médecin a dit que c'était pressé.

Nous partîmes sur-le-champ. Jamais route ne m'avait paru si longue. U me semblait que les chevaux marchaient moins vite, que le cocher s'arrêtait plus souvent. J'aurais voulu connaître au juste rétat de la vieille mère, et je n'osais interro* ger Geneviève. Nous arrivâmes enfin à Lonjumeau» Je pris la route de la ferme presque en courant... La mère Riviou n'était pas aux champs selon l'ha* bitude ; je l'aperçus à la porte qui avait l'air d'attendre, ce qui me parut un mauvais signe. Elle s'écria en me voyant ; je la regardai d'un air qu'elle comprit ; car elle s'empressa de me dire :

— Entrez, elle demande après vous !

Je trouvai la mère au plus mal ; cependant elle me recoimut et me tendit ses deux mains. Je ne puis dire ce qui se passa alors en moi; mais quand je la vis ainsi, les traits couleur de plombi l'ooil

luisant et les ièvoes a^fém ^t le frifl^m demort^ le souvenir de toat ce qu'elle avâiU ftét pow moi me traversa subitement Feeprit. L'idée ^e J'alhds la perdre sans avoir reconnu tant d» bonté, me fittppa comme un cMiteau ; je poiiBiai un grand cri, et je me jetai dans ses bras.

~ Altom^ Pierre^ n'aie pas 4e di8^B> me ditene Itid-htm; je meurs conteste pufeque je tfai vu*

Je senti? quil fallait BEie rendre nMMre de mt peine^ et je m'assis près du Ht e» ctievebani'à de»ner des esp^anees^r m&is elle ne voulut pas mf^éoMter<

-^ Reperdons pas te tempe ànot» tromper^ me dit^e d'une voix toufotms pliss fMble; je veusr te dim mes deniières vAoîaU&y appeUe Gène-

La jeune mfb s'^pproeha : ta malade lui dtonna les clefs de eon.aniiot]«'en'<temandaiEitphi8iBum choses qu'elle déa^na : c'était! une* montre qui amdt apparlftmi àimonpèreydvs bo«eles^d^oi«âles de son mariage^ un p^ttt gedMelen argeM et^^uel^ (pies bij««aD. Site fit ranger le tout sur ^d&lit$ 0p^ pcdia Y^m aprèg' l^àMre^ les gen» d&la maii«)n>^«

donna quelque chose à cbacun. La mère RMou eut le gobelet d'argent^ elle me remit la montre et voulut que Geneviëva mit les boucles d'oreilles. Elle choisit ensuite le drap dans lequel on devait Tensevelir, dit comment elle voulait être enterrée, et demanda qu'ily eût sur sa tombe une pierre taillée par moi-même 1

Nous écoutions en retenant nos pleurs à grand' peioe, et promettant tout ce qu'elle demandail. Ce fut alors que le prêtre arriva. J'avais le cœur trop plein; j.e sortis pour aller pleurer derrière la maison.

Je crois que j'y restai longtemps, car lorsque j'entrai, il faisait nuit*. Le prêtre n'y était plusu J'enteudis Geneviève qui répondait à ma mère. Au premier mot^ je compris au'il était question dû moL La mourante, qçA s'inquiétait de me laisser seul au monde, avait communiqué à la jeune flllîô un souhait auquel cell^Kû avait l'air de résister doucement.

— Pierre Henri a trop de sagesse et de bon cœur pour ne pas savoir ce qu'il. doit Caire^ disait^a d'une voix un peu troublée.

— Mais alors^ pourquoi ne veux-tu pas l'épouserY demanda la malade.

— Je n'ai pas dit cela, mère Madeleine^ répondit Geneviève.

— Laisse-moi donc lui parler.

— Non, reprit-elle vivement; a^]ourdllui il n'a rien à vous refuser, et plus tard il pourrait se repentir. Il ne faut pas qu'il se décide pour vous... ni pour moi, bonne mère; il doit choisir selon son goût et sa volonté... Quoi qu'il fasse, vous savez bien que je serai toujours prête à le servir.

— Jésus 1 murmura ma mère plaintivement ; j'attendais encore pourtant cette joie sur la terre.

— Et vous l'aurez s'il ne dépend que de moi^ m'écriai-je en m'approcbant du lit; personne ne peut craindre que je me repente, car votre choix est mon choix.

Yoilà comme j'ai épousé Geneviève, et je puis dire que ça été le dernier bienfait de celle qui m'avait mis au monde.

Elle mourut le lendemain, quand midi sonnait, en tenant ma main et celle de Geneviève. Que Dieu

kl récompense de ce qu'elle a souffert et la dédommage de ce que je n'ai pu lui rendre I Une mère est trop forte créancière pour que ses enfants la paient jamais Ici-bas.

Ii'ovwier dans wn méiM^. *• Une limv» joune. — tm fublefie d'un bon c»av. — Lm biUetf de Robdt. —

Mon mariage avec Geneviève ftit le terme de mes études. Jusqu'alors j'avais travaillé à devenir capable ; une fois chef de famille, je m'occupai à tirer parti de ma capacité.

Pour celui qui a vécu dans Tordre et le travail, cette entrée en ménage est une grande joie et un grand encouragement. L'idée qu'on ne se fatigu»

plus pour soi tout seuîlTous met au coBurplus de couret^ ; on eommeoce & penser au lend^fnaia quand en doit 7 arriver de compagnie; en ^sentant que désormais tm egt deu^, en noue phis feraie les cordes de son é<ftiafQudage, et on «foute mi atançon pour plus de sûreté. Depuis mon premier jour de nooes, j'm bien eu des ^son^îs ou des bo*naeufis noires; plus d^une fors, soosla tburge lourde de la farniUe J'ai senti quêtes breteUesime tiraient à répaule ; mais quand je Miis retenu defeoa sens, j'ai toujours trouvé que le inaftage était une sain.* te et brave diose, le meiUeur secours seotre le» mauvais ooups du sort , et , peur lout dire, la véritable force des hommes de bonne Yolonié. Aussi faut41 savoir 7 mettre du ehoix. Avant d'aj^peler ainsi dans votre vie un au)(irevou&-même, qui devient comme votre ombre vivante, il est bon de lui regarder à la tête et au cœur, de s'assurer cpf on aura près de eoi, dans la maison^ une se» coiMi&coiiseienGe et non pas un tentateur. 8i, pour un associé d'affaires, on hésite de peur qu^il ne voue prenne votre crédit et votre argent, qu'est-ce donc pour un asBDodé d'axiskoce, qui peut mus preor

dre votre repos et votre honneur? A dire le vrai, les femmes qui tournent ainsi contre vous sont le petit nombre : presque toutes apportent au ménage pour le moins autant de droiture, de bonne conduite et de dévoûment que le mari. Elles peu* vent avoir plus de menus défauts^ mais elles ont bien moins de vices; il est rare de les trouver endurcies dans le mal ; encore, si cela arrive^ hc le sont-elles, le plus souvent, que par notre faute.

Ceux qui vivent au-dessus de nous, dans une aisance qui leur est venue d'héritage ou que le travail leur gagne sans trop de peine, ne savent pas tout ce que vaut ime brave femme d'ouvrier. Ce n'est pas seulement la ménagère de notre pain, c'est la ménagère de notre courage et de notre probité. Que de tentations entreraient au logis, si elle n'était point là pour leur fermer la porte I que de laides idées qui n'osent pas naître parce que son regard va jusqu'au fond de nous ! L'embarras d'avouer une mauvaise intention nous force souvent de rester honnêtes; car ce n'est pas chose ,si facile qu'on croirait de s'avouer, l'un à l'autre fia méchanceté et de marcher à deux dai^s le maï.

Quoi qu'on fasse^ la hardiesse n'est point égale ; il y en a toujours un qui s'inquiète^ qui tire en arrière^ et c'est la femme le plus souyent. D'habitude^ où on récoute, tout va en droite ligne et sûrement.

Pour ma part^ j'avais eu la main heureuse. Je trouvais dans Geneviève ce que j'avais espéré, et au delà. Telle je ravais vue le premier jour, telle je la visaprèslemariage, telle elle est toujours restée. Je lui confiais tous mes projets, je lui racontais toutes mes affaires, et elle me donnait ses conseils sans trop en avoir l'air. A mon idée, la plus grande joie du ménage est dans cette confiance qui fait que le cœiu* est, comme la bourse, toujours en commun. Que vous ayez de la tristesse, de la colère ou de l'espoir, vous trouvez du moins quelqu'un pour en prendre sa part; vous ne laissez pas grandir en vous-mêmes tous ces petits ruisseaux qui, à la longue, forment un étang et emportent la «haussée. CSe qui vous arrive chaque jour par le cj^urant de la vie s'en va par les confidences, «omme par un trop plein, et, de cette mamére l'âme garde à peu près son niveau.

— iM — J)epiiis ttea mariage, fmm iaàtt MmaAM-: je m'éUds kncé diOB t4e petites ento^piises ^ «vaieiit Timm; mais, à l'èxniq^le de tous ceux^ 4â>ute]tfy famis dû eeumissiaBBer .au nbaifr«l exécuter avec de faibles ressources : aussi Je Jmui fésuttat était-il moiiisdaQfiiesbéiiéikes^ àÊûs la séttsaHa. J'aiveis .gagBé peudet^lèeae^jBaisJc commençais . à niB Caûre oomiatise. :Bioiitât jane trouvai ei^p^ dans un^aasez grauddMHibced'flf- Juses. MoBiegaoUtode «et mon 4ictiyiié>ayaîimtJM*pire de la^eautianoe; àdéfaut de capital, j^nhf anafe des crédits. Il fialkât avoir l'esprit^t laxaain^ \oi9l^ conduire les «choses virement, sûrement, et arrîT^ à heure fixe, «ous peiae de veiser . Xa tftehe était rude» mais ext définitive tout marchait ; 4es i:eatrées et ks paiements étaient échelonnés de m»nièreÀ se coin()enseir, et j'espérais cernes afforls finiraient par me desserrer un peu les coudes« Une fois maître d'un capital suffisant, les choses dataient aller d'elles-mêmes; seulement il iaUai^, pour le quart d'heure^ monter au toit sans échelle, en attendant qu'on reût fabriquée barreau §sr barreau.

Robert venait nous voir asse^ souvent, et je m'étais aperçu plus d'une fois que les petites épargnes destinées à gudqnes rares parties de plaisir oh à kr toilette de Geneviève, passaient invariablement du' tiroir de la tante dans la poche du neveu. Je ne m'en plaignais pas^ parée qu'il m'était, après toisd^ptos facile de sacrifier cepeudTargent que d^af* figer Fexeelteste créature^ e41e rachetait ces petites proottgalités par' tant de travail^ de frugaHté et d'écnomie, que }*arvai& l'air de ne^ rien voir. En cela j^ cherchais piut6t mon repos que son avantage^ el, si j'avais eif plus dis sens, j'aurais eomprisque naerdevoir était de Téclairer. Parce que TinOrmité â0 eeui qui vivent à vos côtés est encepe peu de cfeofiB et ne vous catee nulfo gdne^ il bq fkut pas ftemer les yeux ; maisr, bien au contraire, y pren- *e^ garde-, lia soigner* et la guérir.

J'étais parti potrr la Bourgogne, où j^allais étur Werun travail qu'on voulait adjuger prochaine*ment; laoït abspnee devait durer une douzame de Jours. Geneviève était seule avec notre garçon, Wireel, qui n'avait que trois ans^ Je* n'a^ dene

8U -que par elle tout ce qui se passa alors et que je vais raconter. ^

Le surlendemain de mon départ, Robert vint la voir. Il lui parut inquiet et abattu. A toutes les questions^ il ne répondait que par des mots interrompus ou par des soupirs. Elle le retint à dîner; mais il ne mangeait rien et devenait toujours plus triste. Tourmentée^ elle le pressa davantage; alors il se mit à dire que la vie lui déplaisait, et qu'un jour ou Tautre il la jetterait là conune une paire de souliers usés. Geneviève, saisie, voulut en vain combattre son découragement -, plus elle parlait, plus Robert s'exaltait dans sa résolution, jusqu'à ce qu'il eût fait entendre qu'il ne lui restait plus d'autre parti. Sa tante le pressa de s'expliquer ; mais il s'obstinait dans ce silence têtu des coupables qui ne veulent point avouer. Tout à fait épouvantée^ elle alla reporter dans son berceau le petit Marcel, qui s'était endormi sur ses bras, et revint vers Robert, décidée à lui arracher son secret.

Elle le trouva les deux coudes sur ses genoux et la tète dans ses mains comme un désespéré. 6e«

neTièye lui dit tout ce que son amitié pouvait in- Tenter 1 elle lui parla de son père, de la promesse qu'elle avait faite de le remplacer > elle nomma^ l'une après Tautre, toutes les fautes qu'elle pouvait supposer^ en lui demandant de répondre seulement par un mot, par un signe ; mais 'Robert secouait toujours la tête. Enfin, à bout de patience, elle venait de s'interrompre, lorsqu'il se redressa brusquement, et s'écria que s'il n'avait pas cent louis pour le lendemain il était perdu. Geneviève fit un bond en arrière, comme si on lui eût demandé la couronne de France.

— Cent louis 1 répéta-t-elle; et qui veux-tu qui te les donne? Pourquoi en as-tu besoin ? Qu'en^ veux- tu faire?

— Je les dois, répondit Robert.

Et comme sa tante le regardait d'un air de doute^ il se mit à lui dérouler la liste de ses désordres depuis trois années. Il avait sur lui des lettres de créanciers, des factures non acquittées, et jusqu'à des assignations sur papier timbré; mais à mesure qu'il expliquait le tout à Geneviève, celle-ci s'indi-^ gnait et sentait la pitié s'en aller.

— Eh bien 9 puisque vous aves pu déptosep pMfoffli» somme, i«>u& verres à la gi^œr, dilrelb réetimnent. Je la tiendrais là, dans^ mon tabBer^ à mm et ne serTsat à rien> que yeud&^eB anneas^pas le premier écu. Ah 1 on a raison de' dire que-Dian nous aime mieux que nous ne limons- »o«9mAmes l Quand i( a r^rà. qmt pauvre ftéfe> je Itt aoousé danst mon^cœur, et main tenant je vois qn^M aurais fallu le remeroi^ ; car il lui a épai^Bé dn^ohagrin et d«ila bonta

-~Otti^ ihterrempil^Robept avee ufiesoiie d^«i^ dace désespéréei plus^ de hODte> qoê^ vcms^ ne^ A orpyeifr; ear je n'ai pas tout dit;

-^£t .que vous resto-Wb dieoci enooreà dir», malheureux? s'écria Geneviève.

Son neveu s'était, levé^ pftlpi et oomnae hors- de lofa

•«p-Gh bien, dit^il en: mentrantt les papi0r9>des ODéamners^ il'Maitpayepteut cela sous^peine dfal^ lervett.pnsQB..* ûtijei'dpayéi

-^ Von»:? OQiDiQenkt

<mAi«eauft) billet.

Elle le regarda SiflSccompBindim

•^ Ub billel sigBé du nom de io4ve inari.

— Que (fiis^tu, malfeeweux? unfâtix?

n baissa la tête; Geneyiève joignit les main? em polissant im cri î Tous denx restèrent un* instant dons parler. Enfin fa tante se releva, prit Ro&ert partes coudes et le secoua.

— Tu m'ias menti f s'êcria-t-elle; tu ne doîs^pas cent louis, tu n'as pas fait un faux, et tu ne veux que me soutirer de Targentî

Le ieune Itomme releva la tête en rougissant. —• Ah 1 j'ai meoti, bégaya-t-il; eh bien, c'est bon ! alors, n'en parlons plus.

Ilprife3on.chaBeau et: sortit précipitamment.

. teoevièBiciile.lais&apaisti];; iwi^^r eUet passa^une màt temfidfikiJBlleise uedi^cisedit à ebâr(gae< bruit, doyfiot .q«i$en^ >^nait lui. a^saa4re raorcstatiou mkihirmr^iiî^ ftohaclt; eUas'^GOLsait^ de dureté. Deux fois eHô.aHtsmcbâleppur courir obe^^^on :Wv^ii$ et^dw}(,forê„ iiQ( doute cp'eUa. ne. pouvait 4iiiwyQyec laj:etint..Le lfiQ44H2aîa,>UjQe paxtie de. la journée se passa de même; enfin, vers raprès-midit"

nnincoima àgros favoris, coorert de bagues et de breloques, se présenta avec trois Ullets signés de mon nom. (Tétaient les faux demi Robort avait parlé 1

Quand elle les vit^ Geneviève devint très-pftle^ si pâle, que Tétranger^ qui s'appelait IL Dumanoîr^ s'informa de ce qu'elle avait Hais la pauvre femme

continuait à tenir les billets qui tremblaient dans sa main et ne pouvait répondre. IL Du* manoir fronça le sourcQ; enfin^ ne sachant que dire, elle lui demanda de qui il tenait ces valeurs.

— Vous pouvez voir^ répliqua l'inconnu en montrant, au revers, la signature de trois ou quatre endosseurs.

— Et Monsieur a besoin... tout de suite... de l'argent, dit ma femme de plus en plus troublée.

— Parbleu 1 répliqua-t-il, j'ai demain deux paiements, et j'ai compté sur mes rentrées. On m'a dit que votre mari Haii bon; j'espère bien, nom d'un diable, qu'on ne m'a pas trompé 1

En parlant ainsi, il regardait Geneviève entre les deux yeux; celle-ci n'y tint plus, et se mit à jdeurer.

— Helnl s'écria M, Dumanoir, des larmes ! Estce que ce serait par hasard tout ce que vous auriez à me domier 1 Mais vous n'êtes dore pas sol vables? Tous n*avez point les cent louis f Ah ) mille ton^ nerres I je suis ruiné ! ^

Il se leva alors avec tant de malédictions et d» menaces contre moi, que ma pauvre femme effrayée avoua tout. A l'annonce que les billet* étaient faux, M. Dumanoir fit un bond.

—Ainsi, je suis volé, s'écria-t-il; et par qui? Vous connaissez le faussaire ; vous vous intéressez à lui, car vous n'avez pas déclaré tout de suite la fraude. Je veux que vous me le fassiez connaître, ou je vous dénonce, je vous poursuis, je vous fais condamner comme son complice.

Geneviève allait répondre quand la porte s'ouvrit brusquement : c'était Robert. Au cri qu'elle poussa, M. Dumanoir se retourna vers le jeune homme, ei celui-ci, qui vit entre ses mains les billets, tomba à genoux. *

n y eut alors une scène que ma femme n'a jamais pu me raconter, parce que, seulement quand elle y pense, la douleur lui coupe la voix. Tout ce

que j'ai su, c'est qu'après beaucoup de larmes et de prières^ voyant rhomme aux billets décidé à faire arrêter Robert, et celui-ci cramponné à la fenêtre, où il menaçait de se jeter dans la cour, son cœur n'y put tenir; elle courut au secrétaire qui me servait de caisse, y prit treize cent cinquante francs qui étaient toute ma résenre, et les offrit pour racheter les billets. Le créancier parut d'abord hésiter, mais, sur Tobservation que Robert était sans ressources, et qu'en refusant cette transaction il perdrait tout, l'échange se lit de la main i la main, et M. Dumanoir partit. Après avoir renercié rapidement sa tante, Robert le suivit.

11 y avait eu dansson accent et dans son attitude un changement si subit, que Geneviève en fut ftappée. Restée seule et remise de son émotion, elle repassa dans sa mémoire tout ce qui venait d'avoir heu, et y trouva quelque chose de singulier. Plus elle réfléchissait, plus les paroles et les actions de Robert lui laissaient de doute. Elle ne pouvait dire ce qu'elle soupçonnait, mais elle sentait qu'il y avait là quelque mensongel Elle espérait tout éclaircir à la prochaine visite du jeune honmie.

jnsux jours sepassèrôBt saes qu'il reparût ! Gène- \ât^ dont l'inquié^de^ugmeiîiait^ confia Marcel àimenroisifiey et coariit. le oberclfôr rae Bertin- PcArée.

^£% 4ErrivaQt au «eioqaiàme, siar le palier de la ..pe» tile chambite «qu'il habitait^ elle ^itia porte s'en ?Pir et un homme de mauvaise mine sortir chargé d'an paquet. Bien qu'il eût changé de costume .et ^'iline portât plus de favoris^ elle reconnut M.Duisaaiairl celoi'-ci profita du mouvement de surfrise 'qui la tint un instant sans parole pour ipasser vivement et descendre. G^neAnève poussa la^porte^ 'de R^lNert; il n'^ avait personne ; mais les tiroirs diS8 metîbles Paient renversés, Jes ^wmoires ouvertes et vides; quelques vêtements hors d'usage irestaievt seuls dispersés à terre. Surprise de ce désordre, elle redescendit chez le portier pour lui. -demander des explications. Le portier ne savait rien et n'avait rien vu. Tout ce qu'il put dire, c'est que lUdiert 4tait rentré Tavant-vëille avec l'homme qu'elle venait de croiser sur Tescalier; que tous deux paraiasment en grande réjouissance et fai- :salent sonner les pièces de six livres dans leurs.^

goudsets. Geneviève n'en pouvait plus douter : la scène des billets était une comédie convenue entre Robert et le prétendu créancier ; on avait compté sur son effroi^ sur sa faiblesse; elle était victime d'une escroquerie dont le fils de son frère était Tinventeur 1 Cette idée fût pour elle un coup de couteau dans le cœur. Elle voulut la repousser ; elle attendit Robert tout le soir et encore le lendemain. Elle ne pouvait douter et pourtant elle ne pouvait croire. Le cbagrin, l'indignation, rinquîétude, la bourrelaient tour à tour. Lorsque j'arrivai , elle avait perdu, depuis cinq jours, le sommeil et Tappétit ; je la trouvai tellement changée^ que je lui demandai, tout effrayé, <û elle était malade.

— C'est bien pis 1 me répondit-elle d'une voix étouffée.

Et sans attendre mes questions, comme quelqu'un qui a besoin de soulager son esprit, elle se mit à me raconter en phrases interrompues ce qui s'était passé depuis mon départ. Quand elle arriva aux treize cent cinquante francs donnés pour Robcrt, je l'interrompis par un cri d'épouvante -, je

drus avoir mal compris^ je courus au secrétaire 1 La cachette ne renfermait plus que le sac ! Ma gorge se dessécha, mes jambes plièrent; il fallut m'appuyer au mur. Geneviève me regardait le» yeux grands ouverts, les mains pendantes, les levres agitées d'un frisson comme dans la fièvre. En la voyant ainsi, je sentis retomber la colère qui me roulait dans le cœur, et je lui dis très-doucement :

—Tu as donné l'argent... Je ne pourrai pas payer ce que je dois... Alors tout est dit... Nous sommes perdus t

Par le fait J'avais trois échéances pour le surlendemain, et la somme mise en réserve était destinée à y satisfaire. Sa disparution dérangeait tous mes calculs, détruisait mon crédit 1 Je le fis comprendre à Geneviève en lui montrant mon état de situation. La pauvre créature fut si altérée que je voulus <»acher mon propre tourment.

Ce bon mouvement me rendit content de moi et me releva le cœur. Le courage que j'avais d'abord montré par amitié pour Geneviève me gagna peu à peu; j'étais jeune, bien portant, je n'av£iis aucun

tort^ Je seotia qw toutes 0]ieB jG(n^s i»a «eatokiit pour recoiomeAcer. JU'importwt à cattelifwe était de faire honneur k mes eogagemwU. Je parlai 4 GeBeviève tranquillement, tendf e(neoi« emm»fm homme 1 Je lui dU que rien n'étattâéseq^r^» mm qu'il fallut venewer» P^ur le meq^Mt, à toutes k§ petites aisau^oes du mmiage, ^legarâer ^ue riodispensaUe eta^oefter la rude lâedes pluspau^nies

ouvriers. Elle ne répondifft qu'en pleurant et eu me ^errant les xaains. Quaudî'eus fini :

'^ Abl tu M enmre meilleur que Je iue croTrât me dit^Ue ; je ne demande plus quiune choee au bon Dieu» c'est de oxe iaieier ^iroef^s pour te payer ta bonté t

Dieu a écouté sa prière; et elle a rempli :sa pro» messe, car ce qu'elle appelait ma bomfeé % ékb payé eabonhaur^ iatérèts^t priiioiped 1 ^

Dès le soir m Amey je courus aies if autres ei»to»preneurs auxquels je cédai quelques nMorohés pour un peu d'argent comptant^ et qui me prirent mes matériaux. Pendant ce temps» flMierrièfe Msail "veiùr les marchands et vendait ie meilleur da noire mobilier. J^ tout réuni .fit Ia ^enoime -dont

f avais besoin, et mes billets furent payés à l'échéance.

Mais la débâcle avait été visible j on sut que

j^étais rentre dans le régiment des gueux, et on me retira la considération qu'on m'avait prêtée. Je me présentai inutilement pour soumissionner; nul ne voulait plus me faire d'avances ni de crédit; on voyait ma ruine sans prendre garde à ma probité. Pour dernier malheur,TRauricet était absent; le besoin pressait ; il fallut reprendre la truelle et vivre de sa j ournée. "

Cependant Robert n'avait point reparu! 'Malgré tout, Geneviève lui gardait une amitié incurable; je voyais qu'elle était triste de ne rien savoir sur lui. Deux mois s'étaient passés; et pour ma part, je tachais d'oublier le neveu, quand un sergent de ville se présenta dans mon taudis. J'étais heureusement seul. Il me montra un diiifon de papier avec mon nom et mon adresse à moitié effacés ; on l'avait trouvé sur un assassiné 1 Un peu troublé^ je suivis le sergent à la Morgue, et là je reconnus le corps de Robert. Il avait encore au cou la corde et la pierre qu'on lui avait attachée pour le noyer. Les

— U8 — complices de son vol ayaient voulu en profiter seuls, ei, comme il arriye si souTent, le crime avait été puni par un nouveau crime 1

Geneviève ne sut la chose que longtemps après. Jusqu'ici les meurtriers n'ont point été retrouvés : peut-être ont-ils subi à leur tour le sort qu'ils avaient fait subir^ car dans le mal, comme dans le bien, il est rare qu'on ne récolte pas ce qu'on a semé. Quant à nous, le jnuvenir du malheureux qui était venu jeter sa méchanceté à travers notre bonheur, se perdit bientôt dans des épreuves plus rudes; les mauvais jours approchaient et nous allions être obligés, comme le disait Tami Mauricet, de nom garantir de Forage sans cape et sam parapluie.

•€mâ^

La fête aux noix. *- Le point d'appui. « Maurioet bat moanaîe, — Ua prooè*. -^ Le pot de giroflée.

C'est une rude chose que de redescendre quand on montait de si bon cœur, et le pain noir semble dur à mâcher alors que les dents ont commencé à s'amolUr sur le pain blanc. Je faisais bonne mine au mauvais sort; mais, dans le fond, j'avais un dépit rentré qui me rendait tout déplaisant, et donoait, comme on dit, mauvais goût à la vie. Bien

qu'elle eût Tair aussi résolu, Geneviève n'était pas plus résigmée. Nous chantions chacun de notre côlé, mais pour narguer le sort, et non par gaîté. De peur de laisser son cœur s'ouvrir, on gardait le silence, on enveloppait sa tristesse dans sa fierté et on s'endurcissait tout doucement. Je le sentais bien, mais sans pouvoir faire autrement. J'étais comme les gens qui chtmcellent; pour rester debout, il fallait me roidir.

Un soir, je revenais du travail le sac sur l'épaule, et je montais le quartier en sifQottant; j'allais sans me presser, car la vue de mon ménage ne me réjouissait plus l'oâl comme autrefois. Je ne pouvais m'accouturaer aux vides qui rfétaient ftsts dans le mobilier, à la muraille sans tapisserie, et surtout à l'air soucieux de Geneviève. Autrefois tout était |kfûpr£ et gai,, tout me souhaitait la bien venues il y avaix dans notifia intérieur comme un étemel ra^yondjs soleil; mais, depuis notre ruine, on eût dit que les points cardinaux, étaient changes : du midi nou&nou&t2:Quvion& passés au nord I Je montais donc à petits pas, en suivant les maisons^ sans preadie trop garde à une neig@ une qui tombait

emimè A femverâ tm tami» et pcudraM te t^lM dont la ebansdéê était couiferte. Près d'anîTer au haut dfi faubourg) J'aperçus tme vieille fèmmequi i^é];mi$»it ft pousser detfl»t eOe une de ces petites charrettes de ccfwtmn qui sont les boutiques am* Mâities* du peuple de Pafis. Le verglas rendait la tâcbé dMMettié»t iaiboiieuse» uœ neige épeâsea layiit le gf 08 châle de krine dam lequel eUe ét«| 0ttVëlo9pée ei <ftargeaH les yii» dm madriw qui % eiâfiM. E11& balecait bnqfammeDty e'arrdtait deniiniMe en mtonte, à bout de* llwo», pUb redouHatl éeeodt^age. Je fto prti jrwiottteiwmeflt de pitié. Lesocrveuir^iiiAmère^mstiisiversii i'espri^^ et de lefgfiant la tuârèbaade qui vetnil^ei s^arréMer t

— Hé 1 la vieiUe^ MdiSije m souriant^ il y a là tM^ftMPteeh«rgepaarvoiis. ^

^ C^cM latédti, flum Ms^ réfiendit-eHey en es» suyântseu fttmt e^ù ta «eutf se œ^ail a« givre; les forces s'en vont avec Tâge, tandis que les noix |tseBi>1oiÔ0iirB leur pokb; otaid le bon Dteti £ait bien ce qu'il fait; ii n^abmdeime pas kspaavkcs gens;

Je M dediatidÉi oùdteettûtaiasi : eUe nio 010^

ira la barrière et Toulut se remettre en marcbe ; Je posai alors la main sur \m des brancards.

— Laissez, lui dis-je doucement, c'est mon che* min; il ne me coûtera pas plus de faire route avec Totre brouette.

Et^ sans attendre sa réponse, je poussai la charrette devant moi. La vieille femme ne fit aucune résistance ; elle me remercia simplement, et se mit à marcher à mes côtés. J'appris alors qu'elle venait d'acheter aux halles une provision qu'elle devait revendre. Quels que fussent la saison et le temps, elle continuait à parcourir Paris jusqu'à ce qu'elle eût tout placé. Depuis trente années, elle vivait de ce commerce, qui lui avait fourni les moyens d'élever trois fils.

— Mais quand je les ai eus grands et forts, onme ies a pris, me dit la pauvre femme : deux sont morts à l'armée, et le dernier est prisonnier sur les pontons.

—De sorte, m*écriai-je/quevousvoilàseule,saiic autre ressource que votre courage 1

— Et le protecteur de ceux qui n'en ont pas d*autre, ajouta-t-elle. Faut bien que le bon Dieu ait

quelque chose à faire dans son paradis; et à quoi passerait-il son temps^ si ce n'était à prendre soin des créatures comme moi ? Allez, allez, on a beau être vieille et misérable, l'idée que le roi de tout vous regarde, qu'il yous juge et tous tient compte, ça TOUS soutient 1 Quand j'ai trop de fatigue, que mes pieds ne peuTent plus me porter, eh bien ! Je me mets à genoux, je lui dis tout bas ce qui me chagrine, et quand je me relève, j'ai to^jours le cœur plus léger. Vous êtes encore trop jeune pour sentir ça ; mais un jour viendra où vous comprend drez pourquoi on apprend à dire aux petits en* fants : Notre Pire qui êtes aux deux.

Je ne répondis pas; je sentais que la lumière était venue l La marchande continua de même jusqu'au sommet du fauboiu*g. Pour toutes ses grandes épreuves, elle avait cherché une consolation, plus haut que la terre, dans un monde où rien ne pouvait changer. En Técoutant parler; mon cœur battait. Je regardais cette vieille femme boitant, la tête branlante, déjà courbée comme pour ramasser son drap mortuaire, et je m'étonnais de la trouver plus forte que moi et GenevièTe.

Cf était dDDe vrai qoe lluMinB; awi taBote dta

aatr&Trâfcd's^Kii (|uk les imamm^ «ti^Ér^panr 0» tenir «oUdemeaisar otàéÊbaiaaàt^^.tmBè' p» la ^e^ il.fall8it mut caaëm noaéti éam la aîëll

Qiuncl ÎB quittai la Btandiandl^ iirtedaîlai)ai> TËkre^ die m» rameMia;^ floai% à miaa dite^ «'était iHoi<9ai Ivi à&nS» dg iataejPiMaisHBneey eaa ette «rail "pfei^lâ de» idla& Qui dormaiCDf aa tendda ffiOB «sprii;. J^arrmd:a«1ogis< tout- aeciqiede bu MDOOBire. <lé soir-^, ams que fài» «« j^rqnoi . Qèciefiève ^Mt ^us trîB(e;ll: me moMt vAm qu'elle avait les^sas fowgesi 9» simpa* stao» vlm 4^8) Fênftifif s^eaniaraBit; p»i6'Dm:i»Bla|rèBiilaifeu ^ B)é1fe%B8ili Oe ful'sattidMcat iquabiÉ Ifkoda^e «ena» q»e eémvilTO sel»rajaYce(«Baau|iirL Gét laft l^bmra. im caudMr. ilters îa melevaèioian $ lé'fri» hiiâag^da ta chèm feaÉa»,. dt^ Itattinoa oeMPQ Bim épaule r

~1toRàtix)p loDgftnatpa qiie>DOWo|KiTtOB^ ^eÉJagite 'tdat8eiiU^lnidi8?je;^aç[Qe)bas; flfwaBi. éim» 1> Dteui d'en fseadm as'ptiÉ^

tt|amo HdauibgefieuBi^llaiiMiàiiv^im fib^^

i»s ma âiv^ Je commençai alors à répéter tou* tes les prières cpie j'avais apprises dan» moQ eor^^ fkiiee et qui étaient restées depuis^ comme en dé^ pAty dans un eoin de mon cœur. A mesure que les mots me revenaient à la mémoire^ il me semblait leur trouver un sens que je n'avais jamais saisi t c'était une langue que je comprenais pour la pre-^ mière fois. Je ne puis dire si quelque chose de pareil se passait chez Geneviève^ mais je l'entendis bientôt qui pleurait tout bas. Quand je me relevai^ elle m'embrassa en sanglotante

— Tu as eu une idée qui nous sauve, me ditelle; maintenant que tu m'as fait repenser à Dieu» je sens que je pourrai retrouver du courage I

Et, 'de fait, depuis ce jour tout alla mieux au lo-^ gis. Nos cœurs étaient détendus; nous recommençâmes à penser tout haut ; la prière du soir nous était toujours une espèce de repos et comme d'attendrissement. — Pauvre vieille femme I tandis fo^'elle me racontait sa vie, elle ne se doutait guère iu bien qu'elle allait me faire. Depuis je ne l'ai Jamais revue; mais plus d'une fois ^ Tai béiuip' raec Geneviève.

^ Tu vois bien que le temps des bonnes fées n'est point tout à fait passé, me disait celles^i, puisque tu en as trouvé une qui, pour payement r^^un léger service, t'a donné un talisman de résignation.

Quoique forcément revenu à la truelle, je n'avais point perdu Fespoir de rentrer dans les entreprises; et c'était souvent pour moi un crève-cœur de voir passer en d'autres mains des affaires dont je connaissais tous les avantages. Une surtout me tenta par ses profits; il fallait malheureusement^ pour la tenter, une avance de quelques centaines de francs!.. Je m'en retournais au chantier, assez triste de ne pouvoir saisir une si heureuse occasion, quand deux larges mains s'appuyèrent sur mes épaules. Je me retournai brusquement : c'était Mauricet.

Le maître maçon, retenu depuis plusieurs mois en Bourgogne, était revenu pour affaires à Paris, d'où il repartait le soir même. Il me fit entrer chez le marchand de vin, et, quoi que je pusse dire, il ' fallut redéjeuner avec lui. La prospérité avait en^ graissé Mauricet, qui était vêtu d'une splendide

Teste d'Elbeuf à petits pans» d'un castor à longs poils et d'un cravate de soie cerise. Le cœur était toujours le méme> mais le ton avait haussé d'un cran; Mauricet ne doutait plus de rien depuis qu'il se trouvait à la tête de cinquante ouvriers. Je Tavais toujours vu si raisonnable que son aplomb me parut seulement la conscience de sa prospérité.

Dès son arrivée à Paris^ il avait vaguement appris ma débâcle^ et voulut tout savoir. Quand je Teus mis au fait^ il frappa la table avec la bouteille de Bordeaux cacheté qu'il avait fait venu* malgré mes objections.

— Mille tonnerres ! pourquoi ne m'a&-tu pas écrit la chose t s'écria-t-il; je t'aurais trouvé assez de pièces de six Uvres pour faire marcher ton affaire. Que fais-tu maintenant? voyons, où en es-tu? Ne peut-on pas mettre un peu de chaux dans ton mortier ?

Je lui fis connaître ma position, en disant un mot de l'affaire qui se présentait.

— Et tu n'aurais besoin que de 600 francs î demanda Mauricet.

Ji.répwite qfue «ette somme me saflirah ef an iefth. Il ii|ipelâ a«s9Mt; m garçm eûMt. ^ Une plume et de l'werel eria le maKre ma-

Je regardai avec sorpnse;

-^ Ta ne comprends pa^ ce (|Qe}e fecccfisre de 069 drogiKs4à, pas "mil me dit-il eo* MSt; an fait, je ne suis guère plus partisan du blanc et eu mir (fom par ie passé; anâs il ftRit bien braire pour tes bandMs. Qoaod: j'ai ^ qBtom âe pourail brasser les afttees qu'avec lesi boMs d^âte et Yé-' esîloise, «» foi ! j'ai dtt : Qa afsut Tairièfe-garâel et aujourd'hui j'en use tout comme im autau

•-- Vous sivevûiiq;ffiB àécrirei os'écri&iH^

-^tcL ymÈ ¥0»! (Mt lienuriost en sHigiisiil ds roiL

a^^ntt.rstiséd'm pDrisfeiaiUeuBtpaftLerfimkBi sot ki|*8l il me iiA rédiger une; iQbUgfttkw dé 500 francs. Quand j*eus achevé, il signa son nom ca IstUaes in^aks et imitant l'imfpmesisti.

— Maintenant^ medit-il, cpAand. la pénibla dpè* sattoB fut ftehevéa, préseolep-nibi fa chez Périgeux, et tù aur toas nargout d'aplomb; le ssiagr da pèfs

^,Trw%-^,. •

ttnxksi esUûBnu. dausleiur botttigjie, «lia peut battfiÊ mo&aaîaà dificrétioa»

On me remit, en eiét» les foxids. sans ajucune <yfikidté, et, dès le leodemam^ j'a3irais rentrepnse klêtgieiia^ ils. ét«iaat destina Tout maiohad'a* baiéàMubaiU Us.tiavava fiirent ^vemejot condttUs..et.acbeTés aiaoUe. terme. J'&ws pi^Qaier8i|^;i3maati^reiuke4Maunoet soDAigeoit; d6.n(Mimaiiix<maii€bés.sieraaieiièi«Bt4anaie cour xaDtdefr affakes dtt bfttimex^ Jereprestais le flot elje Gonosaeaf ais à m^a seaiUr rem^cmter^ ({iiand un p^QfièfrjDteatéà BûIrepriafiliiAl entrepreneur vint ioatiarrôter* Moascfftet^^luideKiliX'autces était fcorcémeat lié ausian.^ noua nous tcoiri^iQDs les main&pEifies, sans. au6u& ^oy^. d^afft ni de nous retirer. Pendant^ lemss^ le» obligations parlicur lière» de* chaouA restaiesU entières ^ répoq^a de ])a(]femientaiarii^^pQttr le&marcbandises Bon emr pLof ées^ les. soldes d!aniéiés se. siiccédaient impip* toyaUemanfc:.iLfaUait£ûe'facaàtouJtes les attar 4iues, r>anne ny^ bras, comme on dit^ trouyer cbaipa jau^^elç^e noi»rel eyg^ termes, effectuer des reports, compensât desidettei)

et des créances I Mes journées entières étaient em* ployées à ce stérile travail. Je ne gagnais rien, et mes ressources s'épuisaient de plus en plus : taudis que j'employais mon temps à me sauver de la faillite; Genevièye et Tenfant manquaient du nécessaire. Je me mangeais la cervelle sans pouvoir faire avancer les choses. Le procès était toujours près d'être jugé, et reculait sans cesse. Un jour, quelque pièce avait été oubliée; un autre jour, l'avocat se trouvait absent; le tribunal prenait des vacances, ou l'adversaire avait demandé une r^ mise ! Pendant ce temps, les semaines et les mois s'écoulaient. Notre pauvre ménage ressemblait à ces équipages pris par un cahne plat au milieu de la mer, qui réduisent chaque jour la ration et re^ gardent en vain à l'horizon si les nuages leur annoncent le retour du vent. J'ai eu de dures épreuves dans ma vie, mais aucune qui soit comparable à celle-ci. D'ordinaire, les malheurs qui nous firappent laissent place à l'action; on peut chercher le soulagement ou le salut; mais ici tous nos efforts étaient inutiles ; il n'y avait qu'à se croiser les bras et & attendre.

A la longue, cette agitation dans Timpuissanoe me rendit sombre et hargneux. Ne sachant plus qui accuser^ je m'en prenais à Geneviève; je ne tenais point compte à la pauvre tréature de ses efforts pour me déguiser notre misère, de son tra* vail pour l'amoindrir. On eût dit que je lui en voulais des privations qu'elle supportait. Au fond, mon irritation était encore de Famitié : elle venait de mon chagrin de la voir souflHr. J'aurais donné mon sang goutte à goutte pour lui acheter de l'aisance et du repos d'esprit; mais ma bonne volonté était de mauvaise humeur faute d'avoir réussi : c'était conuBe une haie d'épines à laquelle je la déchirais, par dépit de n'avoir pu en faire une en-: veloppe pour la défendre.

Un jour surtout je rentrai plus aigri. J'avais passé trois heures chez l'avoué, qui causait avec des amis et que j'entendais rire, tandis que je me rongeais le cœur. 11 avait fallu attendre la fin de leurs histoires plaisantes * puis, quand mon tour était venu, j'avais trouvé un homme qui m'avait écouté en b&iliant^ qui ne savait rien de mon af» faire, et m'avait renvoyé à son prenûer clerc alors

absent, le retamis ékm gMffS ô» rMWsme eoscre les gens de justice, qoi emmdgasiAent dans leurs cartons notre fortune, notre repos, notre honneur, et qui, le pïus soutent, ne savent pas même ce qu'on leur a donné à garder. Pour m'acfceter, f avais vu refuser le payement dfe mon dernier billet I

Commis si tout devait fatfter ms* tf4stesse, je trouvai à Genevièfve un air de tkt. IBto mngeait en cbantant, et me reçut patr une «sdhmatfon joyeuse. Je lui demandai brusquement ce qu'il était arrivé tf heureux depuis mon d^iart, si neus avions reçu une succession d'Amérique. Elle ré» pondît en plaisantant, me prit par le cou, et me conduisit en face de Talmanach suspendu contre ta cheminée.

— Eh bien î lui demandais^|e.

— Eh bien î vous ne voyeaJ pofcrt Ut date, mon^ sieur 1 dit-elle gaiement ; (flest av^fofur dliuf te 2S.

— Oui, réplîquai-je en me dégageant avee Im« meur ; et UentOt ce sera le 9A, jour d'ëêitécmce. Que l'enfer confonde les biDets et les alaiaMcitasl

Elle eut un air de douloureur élennement^ *^

•^ Qif 7 ft441 donc encore, Pierre Henri t repritette iaqiâèie; atei^vons apjHeis qaelque mauvaise nûayellet

-*- Je n'ai cîod appris, oommedlidbiUide.

— Ators^r reivritrelle. en passani un bras sur le ïsàm, remeiUma tes inquiétudes à demain, et gardons ce jour-ci pour être heurem.

Je la regardai de maniée à kd pnmiver que je ne comprenais pa&.

~ AUons, Tikd& bemmel dit-eHed'im ton de bcmderie iaùkà\e, ne sayei*voo0 daoc plus que c'est l'anniversaire de notre mariage Y

Je rayais effectiyement oublié. Les années par4oédenies^oet anBiweraaire était; pour mai une oocasMMiLde r^oiûssttQceet d'attendrissement | ouôe cette fois il en fut tout autreoient^Le aouyemr du. bonbéor passé me rendit laa souffrances, présentes plus amèrea. La canqparaison que j'en (is^ dane ma pensée^ excita chez moi une sorte de déses<* poir, et je me laissai tomber sur une chaise ayec de sourdes, malédictions. Geneyièye, effirayée, youlut savoir ce que j'arrais.

— Ce que j'ai l m'écriai-je ^ Dieu me pardonne 1

on dirait que tous n'en avez jamais entendu par* 1er ! Ce que j'ai 1 eh bien^ parbleu ! j'ai des dettes que je ne puis payer, et des créances qui' ne me rentrent pas ; j'ai un procès qui me ruine en atten** dant que je le gagne ; j'ai trois bouches à nourrir tous les jourSi sans autre ressource que deux bras qui ne peuvent traTaiiler... Ah! ce que j'ai, demandez-vous î J'ai le regret de ne pas m'ôlre cassé les reins le jour où je suis tombé d'un troisième, parce qu'alors je n'étais qu'un ouvrier sans obligation et sans famille^ et qu'une bière de quatre francs eût réglé mes comptes sur la place de Paris I

Tout cela était dit avec un emportement qui fit trembler la chère femme ; elle me regarda, et des larmes lui vinrent dans les yeux.

— Au nom de Dieu ! ne parlez pas ainsi, Herre- Henri, me dit-elle ; ne me dites jamais que vous regrettez de vivre, à moins que vous ne vouliez aussi me faire mourir. Vous avez été tourmente tout le joui', pauvre homme, et vous me revenez outré ; mais oubliez pour aujourd'hui les aflftiires, et ne pensez qu'à ceux qui vous aiment.

J'allais peut-être faire ce qu'elle demandait^ car sa voix m*avàit remué le cœur, quand on frappa à la porte ; un sergent de ville entra.

— Pardon, dit-il poliment; je suis monté parce que vous êtes en contravention et que je dois vous dénoncer procès-verbal^ rapport au pot de fleurs de votre fenêtre.

J'allais répondre qu'il y avait erreur, lorsque Geneviève courut à la croisée et en retira précipitamment une giroflée encore enveloppée de sa jeuille de papier blanc. Elle déclara qu'elle venait de Tacheter et de la déposer à cette place, où elle était d'ailleurs retenue par plusieurs barreaux. L'homme de police écouta patiemment toutes ses explications ^ mais, après avoir constaté ce qu'il appelait le corps du délits il prit nos noms et prénoms, avertit que nous aurions à nous présenter au tribunal pour payer l'amende, et se retira en saluant.

Cette interruption inattendue et la perspective des frais nouveaux auxquels nous allions être condanmés, arrêtèrent brusquement mon retour de bonne humeur. Quand Geneviève voulut me par-

1er, je me levai exaspéré, en maudissant le caprice qui Tenait ainsi ajouter subitement à notre misère. Je me promenais à grands pas, j'élevais ia voix, je m'îmimais de mes propres paroles, tandis que la femme, pâle et tremblante, me regardait sans rien dire. J'avais éclaté quand elle s'était efforcée de parler, et son silence augmenta ina colère I Hors de moi, je saisis la fleur, cause première de ce débat, et je courais à la fenêtre pour la lancer dans la rue, quand un cri de Geneviève m'arrêta. La pauvre femme était près du berceau de l'enfant que je venais d'éveiller ; elle le pressait d'un bras contre sa poitrine, et son autre main était tendue vers moi.

— Ne la brise pas, Pierre Henri, me dit-elle d'une voix que je n'oublierai jamais, c'est la fleur de notre anniversaire !

Je gardais la giroflée entre mes mains, hésitant sur ce que je devais faire. Je me rappelai alors que tous les ans, à pareille époque, Geneviève avait célébré la date de notre mariage par l'achat d'une de ces fleurs que ma mère cultivait au Bois-Riaut. Â cette, pensée je sentis ime secousse au dt^dans;

loate ma colère tomba d'mi seul coup, il s'ouvril comme une fontaine dans mon cœur. Geneviève courut aussitôt vers moi, et se jeta avec l'enfant dans mes bras.

Quand tout fut pardonné et oublié, nous nous mîmes à table pour le repas du soir. Ce qui venait de se passer avait empêché la femme de rien préparer; je ne voulus poiitf k laisser sortir pour remplacer ce qui nous manquait. Nous soupâme» gaiement avec du pain et des radis, la giroflée au milieu de la table et embaumant notre festin I

GonimuatloB d*iiiqaîétiides. — Un malheur domestique^ — • Abattement. — Retour de Maurîcet. — Le pont dm Ghfttelet. ^- Un deroir accompli.

Nous avions obtenu un jugement qui reconnaissait notre bon droit, et assurait une partie de notre créance sur le cautionnement de l'entrepreneur, mailles formalités à remplir ne finissaient pas. Geneviève et moi en étions toujours aux expédients, vivant de hasards et n'ayant jamais, dans le buffet, le pain du lendemain. Mes journées se

partageaient entre quelques travaux passagers^ les courses chez les co-intéressés, et les visites au palais. Depuis^ je me suis dit que le plus sage eût été de chanter le De profundis sur mon sainifrusqain^ et de recomtncncer bellement, comme l'enfant qui vient de nattre ; mais j'étais acoquiné par ces quelques milliers de francs qu'on me montrait toujours en perspective, et je ne pouvais donner congé à mon espérance.

Des mois se passèrent ainsi. J'avais perdu Thabitude d'une occupation régulière, ma vie était dérangée. Au lieu de faire mon chemfn avec les travailleurs, je me trouvais arrêté parmi ces pauvres diables qui mangent leur pain sec à la fumée d'un rôti qu'on leur promet sans cesse et qui tourne toujours; j'employais le présent à faire queue à la porte de Tavenir.

Par surcroît^ l'enfant tomba très-malade ; j'étais forcé d'aller à mes affaires et de laisser tous les soins à Geneviève ; mais au premier moment de liberté, je revenais en courant. Le mal ne diminuait pas, au contraire ! j'entendais les plaintes de la pauvre créature et sa respiration étouffée. Quand

sa inère, cm moi, nous nous pencbioossur son lit, il nous tendait ses petites mains, «t nous i)&« ■gardait d'un air suppliant ; iX avait Tair de novs demander grâce. Habitué à tout recevoir de nou$, il croyait que nous pouvions lui rendre la santé ! Noixe y(ÀSa nos caresses, Tencourageaient un moment, puis la souffrance reprenait le dessus ; il nous repoussait , il semblait nous iaine dee reproches, il tordait ses petits membres avec des cris qui nous fendai^t le eoour. D'abord j'arais combattu les craintes de Jla xoèra; mais^ à la langue, je ne me sentais plus capable de lui rien date ; je restais là, les braa cnûsés^ .mécontent de ^soa désespoir qui a^gmeataît la mien, et nfajant point la force de iin donner de l'espérance. Le médeoin d'ailleurs ne se pronûoçait pas : il venait au berceau de l'enfant, rexaminast à la b&te, ordonnait ce qu'il fallait foire, puis disparaissait, sans un mot de consolation ; on eût dit un ardûtecte visitant du mortî^^t des moellons* Que^uefois j'aih rais voulu Tarréter par les dwx bras et lui crmr de parler, de nous ôter ^illusion ou le souci ; mais je n'en avais même pas le loisir; ce qui était pour

fiOiid la SDwrce de taot d!aQgcâaaeft, n'était pour \m qu'tm emploi de jouniée 1

Oh ! les tmlea heisrM, laoB. Dieu l passées près dft ee petn> lit 1 quelles loingues et froides maïs. I aomwm^ym déâré de fois pouroiir hâter le temps> dâcmm toQi de suite aa foad de moa malheuf 1 I>fipiii% tfi me rappeUeavoii^ lu que c'était eoeore là. \m bienfait de Qiau. Ëa mm faisait traverser tant d'angoisses^ il nous rend moins seuâible au decBier wo^ ; ist douleuir de l'attente bous le fait désirable, mtce pansée court à sa rencaotre^ et quand il. BOttsatteiftt^nous^raeoeptoBâ ousam ua malagienaâsl»

Apvès uae maladie de q^am. joura» Venfoot oiAUimil J'j étais prépftré^maisiiiiiiieipianili poii^ qag^ Qmmime le f<^ 1 Les iBèns\aei i enowent ja> iD^Jir^tmqu'eUe9«Biim&a«i!nHM)de; dksne pnjmid^ pas croire è la. pûBsilH)ii6 dâ s^cft . 8^^ Ce fut le pins rode de l^épreuve 1 les jours amifinft heaii passer^ tien ne consokit ma paufra femme. Je b trouvais' assise deivani le berceaiLwley ou Me» racocnimcNittnt lea petits Tétemeaiisi éa morf^' M nettaot «w diaque point une laroa^ et un baip

ser I J'avais beau parler raison ou me fâcher^ elle écoutait tout patiemment^ sans relever la tête; comme iid pauvre cœur dont le ressort est brisé ! Cet abattement finit par me gagner. Je me laissai aller à mon tour^ je me désintéressai de tout; j'étais des heures entières deboAt^ devant la croisée, tambourinant mr les vitres et regardant le vide ; nous nous engourdissions tous deux dans notre chagrin.

Nous n'avions pas revu Mauricet depuis deux ans qu'il habitait la Bourgogne ; on m'avait dit seulement que l'ancien maître compagnon s'était lancé dans les grandes entreprises. Deux ou trois fois j'avais eu l'idée de l'avertir de mes embarras, et de lui demander un coup d'épaule; je ne sais quelle fierté m'avait retenu ; maintenant que je le supposais dans les gros traitants, j'étais moins à Taise avec lui; j'avais peur qu'il ne me soupçonnât de vouloir exploiter notre vieille amitié.

Nous avions donc l'air de nous être un peu oubliés, quand je vis arriver, un soir, le nouvel entrepreneur, non pas en fiacre, comme j'aurais pu le croire, mais à pied, et une blouse de voyage pai^

dessus son habit de Louviers. Il descendait de diligence^ et venait nous demander à diner.

Dès le premier coup d'œii, je trouvais en lui un changement. Il parlait aussi volontiers et aussi fort que jamais; il riait à tout propos^ ne pouvait tenir en place^ et faisait plus de questions qu'il n'attendait de réponses ; mais tout ce mouvement et tout ce bruit paraissaient forcés ; sa gaieté avait la fièvre; à peine s'il nous dit quelques mots sur la mort de notre enfant; quand je voulus lui parler de mes affaires, il m'interrompit pour causer des siennes. Il apportait des notes et des mémoires qu'il m'expliqua en me priant de mettre le tout en ordre. Bien que ses manières m'eussent un peu refroidi, je fis ce qu'il désirait. Pendant ce travail, Mauricet parcourait la chambre, les mains dans les poches, et sitfiottant tout bas. De temps en temps il s'arrêtait devant la feuille de papier que je couvrais de chiffres, comme s'il eût voulu en deviner le résultat, puis il reprenait sa musique et sa promenade. Le calcul fut long à établir ; quand je l'eus achevé, je le fis connaître au maître compagnon : le passif était presque double de l'actif»

A dénonciation des chiffireSy Maaricet ne pot rete Dir un^ exclamation.

-— ES^tu certain da la dioseT demanda-t^L d\ui accent qui me parut aftéré.

Je tui expliquai les motife qui avtdent dftnéce : saîrement amener ce résultat. Le premier était la multiplicité des emprunts et faccumulalSon des intérêts^ dont il n'^ayait point semMé se prfiocct> per. L'absence de comptabilité écrite et sérieuse rayait éyidemmeut trompé t ri écouta mes-expB*^ cations les deux poings appuyés surfa tdde et les regards fixés sur les miens.

— Je comprends! je comprends^l dit-iï, quand j'eus achevé ; j'ai fait entrer dans mon écurie tous les chevaux qu*on a voulu me prêter saBs penser qu'Os me ruineraient en fburrage ! Mille mîEBbns de diables I voilà où Ton est conduit quand on ne sait pas tracer vos pattes de moucbes^et qu'on ne co]> naît pas votre grimoire T Cteux qui n'ont que teUF cabodie pour grand livre devraient tout régler de la main à la main, et ne pds se jeter dans les paperasses. C'est comme la m iëre^ vois-tu, onflnfl (oigours par s'y noyer.

— iW — Je M dMniidaî •?ee înfiuétade sll lAufsit Mit tf aMlig& lesaouTces qafrcelltsdDDije/venaiB de prendre note, elàc'iteiiiièmlàsQDliiknidéA-

•^ Bnieiit, Abi taity vcfxriM précipilaKuraeiil; ttt mtt disfa^il mmqiie viiigl4rois: milk^ froncstu. iBbiblaai oa lfistroinem;9lsMntaîUeacs»

Bt eiBBffle jf iflsi^Ms pins YiirejnenlL — Quand on te dit que tout peu t s'arranger! ixAer «Hfit# ai» îmfhtimftd^ cfs'éiaitiseiKilcnQrU^ue pour "Wêt, mmaaià omJàîi, jusçifaiii Jmdida pobtsl 4Mlt6h0iire^effiifc fiût^c YkigiNliré» onUe frams de^dÉint L.c Sh. biniit c'oefc. bon.».- ie véate. in tout seul.... Dliiaiifliaiv9m*sp{MisiW68^

Midgffè mULe dtenttreaffinnalioi^. Maatifiei na toangea presque rien; mais envfBnaiflfaeiibuÉ/hea;!^ mmpf €^ pailaieocoro âawDldg& i on eèbdS ^'il iiMmiud* ài s'iélMidkt QMBd uras qpillADMS h table, le jour commençait à tomber ; Maurieett»* prit ses papiers, le^tÊéiitnwàfiètBjgBLVàà qoel^ue M^^fe cosffleifuef aifti$d»ea5é, oommo s'i^ût ytt'toIIl^;i9ne*dMrfim^ moi^il'me segibi»fBtw

inaiû tremblait. Il posa ensuite le tout sur la cornmode» se remit à parcourir la chambre et nous demanda enfin où était notre fils I

GeneTiëve se retourna avec un cri ; je le regardai en face tout stupéfait. Lorsque FenfSeudt était mort, nous le lui avions écrit, et lui-même^ en arrivant, nous avait parlé de cette perte ; il s'aperçut de sa distraction, et porta les deux mains à sa tète.

— Tonnerre l il n'y a donc plus de cervelle làdedans 1 murmura-V-il avec une sorte de rage ; pardon excuse, les amis ; c'est la faute à Pierre Heur-

ri il m'a fait trop boire^ mais n'importe \

j'aurais pas dû oublier votre chagrin.

Il s'assit et resta quelque temps dans une espèce d'accablement. Je lui demandai encore si ses affaires l'inquiétaient.

— Pourquoi ça, reprit-il brusquement^ est-ce que je me suis plaint^ est-ce que j'ai demandé quelque chose?

Et se radoucissant tout à coup.

— Tiens, ne parlons plus d'affaires, continuat*il: causons de toi, de Geneviève.. • Vous é tes tou

jours heureux, pas vrai î qusmd on s'aime, qu'on

est jeune et qu'on ne doit rien I Ahl si j'étais

à vos âges, moi 1 Mais quoi 1 on ne peut pas être et avoir été; chacun son tour; j'ai déjà vu filer une

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