‹ Souvenirs d'un vieillardChapitre 29 sur 30 · partie de ceux de mon temps ton père Jérôme · texte numérisé non relu

partie de ceux de mon temps ton père Jérôme

Madeleine, et bien d'autres encore 1 Au diable la tristesse ! vivons jusqu'à la mort.

J'étais étonné de ces propos décousus , Mauricet n'avait pas assez bu pour être troublé à ce point ; sa gaîté ne me rassnrait pas; je lui trouvais un air égaré qui m'inquiétait. Comme il riait tout seul; il s'arrêta bientôt. Geneviève lui parla doucement de ses enfants qui étaient en province, et dont le petit commerce prospérait. Alors il s'attendrit, il fit longtemps leur éloge ; puis, s'interrompant tout à coup, il se leva avec un effort désespéré, et dit d'une voix entrecoupée :

— Allons, les amis assez causé le moment

est venu d'aller à mes affaires.

Il chercha quelque temps son chapeau qui était devant lui, le mit en tâtonnant comme s'il n'eût pu trouver sa tête, fit un pas vers la porte, puis s'arrêta pour tirer sa montre qu'il déposa sur les papiers.

— J*alme mieux te laisser le tout, me dit-il en

balbutiant je pourrais les perdre, ici c'est plus

8ûr.

Nous essayâmes de le retenir, il refusa; je voulus alors le reconduire, il se fâcha et partit bruscpiement ; mais arrivé à moitié de Tescalier il re- Vml sur ses pas.

— Allons^ mine diables! dit-il ne nous quittons pas sur un mauvais mouvement !

II embrassa ma femme, me serra la main et disparut.

Ndn? étions restés sur lé palier tout émus et tout inquiets. Quand on n'entendit plus ses pas dans l'escalier, Geneviève se tourna ^ vivement vers moi:

— Mon Dieu t Pierre Henri ; îl y a quelque chose, me dit-elle.

— C'est mon idée, répondis-Je.

— Il ne faut pas laisser Mauricet tout seul.

— Mais lise fâchera si je ytxyx. le suivre.

— Allons ensemble ! reprit-it, en nouant son bonnet et rajustant son petit châle de laine.

H ceums chercher mon chapeau et nous de9«

ee&t(!mes. La nuit était venue^ on n'aperce¥ait plus Uafticicet; oôus primes notre course jusqu'à la première rue qui tournait. Là, par bonheur^ oous rô- Qotmûmes te maître compagnon cpâ suivait les maifions. Il marohait d'un pas lanUVt vif, tantôt ral^li en faisant des gestes et en parlant tout haiil^ mais nous ne pouvions entendre ce qu'il disait* U fijuivit plusieurs rues au basard, revenaat parfois sur ses pas^^ comme un homme qui ne prend pas garde à sa route. Enfin, il atteignit les liaUes^ et^ de là^ SB dirigea vers^ les quais.

Arrivé au pont du CMtelet, il s'arrêta encore, puis tounia bmsqnament tcis une des cales qui diesaendentàta rivière» GeneiâèYe me serra te bras atec un <m élmiilé. La méEme pensée nous était rende à tous deus.. Nous courûmes ensemble. La^ unit était déjà nmre; Hauricet glissait devant nous comixie one ombre ; il s'enfonça sous une des fiurches du pont. Quand j'arrivai» il venait de quitter son bàbît et il jsr'approchait de l'eau qui t^'engouffi«iit aux fveds de U pile en formant un grand remous. 11 entendit ymak, il ve^ut ae jeler en avant, . fè ii'€«6 que le temps de le saisir par le milieu dq^

180 — corps, n se retourna avec une malédiction, Tobscurî/ ' l'empêchait de me voir ; il reconnut seulem- lit ma voix.

— Que fais-tu ici? Que veux-tu? s'écria-t-il ; ne t'avais-je pas dit de me laisser? Bas les mains, Pierre Henri, mille tonnerres 1 je te dis de me lâcher!

— Non, je ne vous quitterai plus, m'écriai-je, en m'efforçant de le ramener vers la berge.

Il fit un effort pour se dégager.

— Mais tu n'as donc pas compris, malheureux, que j'étais perdu ! s'écria-t-il ; je ne peux plus faire honneur à ma signature I que maudit soit le jour où j'ai appris à la mettre sur lé papier 1 Tant que je n'ai pas su l'écrire, j'ai gardé ma réputation Mëlement ; je ne l'ai pas engagée sur ces billets, que Dieu confonde 1 mais à cette heure la chose est faite, il n'y a plus à reculer, faut être banqueroutier ou mort; j*ai choisi ! ne m'ostine pas, Pierre Henri, je suis dans un moment, vois-tu^ où rien ne m'arrêterait; je suis capable de tout; au nom de Dieu ou du diable 1 laisse-moi 1

il se débattait avec rage ; malgré ma résistance;

fl allait m'échapper, quand Geneviève lui jeta les deux bras autour du cou et s'écria :

— Mauricet, pensez à vos enfants !

Ce fut comme un coup de massue. Le malheureux poussa un gémissement; je le sentis chanceler et il tomba assis sur la grève. Nous entendîmes qu'il pleurait. Geneviève se mit à genoux d'un côté, moi de l'autre, et nous commençâmes à l'encourager en pleurant avec lui; mais je ne trouvais rien de bon à lui dire, tandis que chaque mot de Geneviève lui allait jusqu'au cœur. Il n'y a que les femmes pour cette science-là. Le maître compa* gnon, tout à l'heure si terrible, n'était plus qu'un enfant incapable de résister. 11 nous raconta, en sanglotant, tout ce qu'il avait souffert depuis huit jours qu'il commençait à voir clair dans ses affaires; je compris alors que son incapacité à tenir des comptes avait été la véritable cause de sa ruine» Emporté par le courant des entreprises, rien ne l'avait averti du danger et il ne l'avait connu qu'en, faisant naufrage.

Je profitai de cette même ignorance pour pèr-

wader à Mauricet que tout n'était point désespéré,.

— la —

ipït m mtualioff otBmt des ressources qu'il ne coimaissaii pas Im-méme, et qu'il s'agissait setdement de 1& débrouîfler. Le maître compagnon était émane tous ceux qui aifeotent de mépriser l'écriture et les chiffife»; ao fbûd, il leur croyait une puissance seesTète" à laquelle tout devait céder. N9U8 réussîmes donc à le ramener cbesff nous^ an non consolé, du moins fdilkmd.

A la Térîlé le péril nfétait que reculé; Je savais que dès le lendemain les mauvaises^ pensées al* laioit revenir. Je craignais surtout l'espèce de bxmte que donnent ces suicides manques^ De peur dé l£â9ser' croire qu'on a été lâch3> on revient à son idée première avec acharnement; on regarde lamort comme le seul moyen de* prouver son cou^' ragiey et Ton met de ràmomvpropre à se tuerl /'av terUs Geneviève qui ptt)mit de veiller sans relâche. A vrsi dire; elle seule pouvait le faire, sans irriter ]MMuvicet> les' braver cœurs n'ont de force ni coh'^ tre> M fènunes' ni' conlre les' euftoty.

Quant à moi, j'avais L voir ce qu^on pouvait m^ s8cy«rpo«ir éviter una débâcle dépassai une partie 4erla nuit à établir le billm d^ maitre maçon^ en

me servant de ses actes et de ses renseignements^ mais j' }us beau retourner les cbii&es et refaire les calculs, le déficit restait toujours à peu près la même. En continuant TafiTaire engagée, il y avait bien chance de rattraper le tout et d'étaler y comme on dit dans le jargon du métier > mais pour cela ijl fallait de l'argent ou du crédit, et où en trouver? J'avais beau me creuser le cerveau, aucun moyen ne se présentait. J'essayai pourtant dès le lendemain, mais toutes mes tentatives furent inutiles; je fus renvoyé de l'un à l'autre avec force rebulïîh .des. En me voyant prendre tellement à cœur les affaires de Mauricet, on m*y croyait intéressé, et je me nuisais sans le servir.

Cependant je persistai, décidé à remplir mon devoir jusqu'au bout. Le maître maçon était tombé dans un découragement muet; on ne pouvait ai^ tendre de lui aucune recherche,, ni aucun eifort. Quand j'essayais de. le remettre sur pied» IL me disait simplement :

— J'ai les j.arrets coupés, laisse-moi où je suis l Et je ne pouvais pas obtenir autre chose. J'étais au bout 4e mes imaginations^ quand je me souvins

-^184 — du riche entrepreneur qui m'avait autrefois encouragé à m'instruire. J'y avais souvent pensé dans mes propres embarras, mais sans vouloir lui demander secours. Je me rappelai toujours notre première entrevue, dans laquelle il m'avait prouvé que Ja réussite était la récompense du zèle et du talent ; aller lui avouer qu'on avait échoué^ c'était convenir qu'on s'était montré négligent ou incapable ; à tort ou à raison^ j'avais toujours reculé pour mon compte devant cette confusion; pour Hauricet^ j'eus moins de scrupule.

Je craignais que le millionnaire n'eût oublié ma figure ; mais dès le premier coup d'œil, il me reconnut. C'était déjà quelque chose ; cependant je me troublai quand il fallut dire le motif de ma visite. J'avais bien préparé mon discours ; au moment de le débiter je m'embrouillai. L'entrepreneur comprit que j'étais dans de mauvaises affaires, et que je venais lui demander de l'argent; je le vis froncer le sourcil et serrer les lèvres comme un homme qui se met en défiance } cela me redonna 8ubitemeùt courage.

— Faites attention que je ne viens point pour

moi> m'écried-je^ mais pour un braye compagnon; qui m'a quasiment servi de père, et que vous connaissez, le père Mauricet. Ce qu'il vous demande, ce n'est ni une avance, ni un sacrifice^ mais seulement de lui sauver la honte d'une faillite, sans vous faire tort. Il s'agit d'une bonne action qui ne vous rapportera rien peut-être, mais qui ne doit non plus vous rien coûter.

— Voyons, dit l'entrepreneur, qui continuait à me regarder.

Je lui expliquai alors rapidement toute rafTaire, sans faire de phrases, mais sans perdre le fil de mon discours^ et comme un capitaliste qui discute avec son égal. La force de la volonté m'avait élevé au-dessus de moi-même. Il écouta tout, me fit plusieurs questions, demanda les pièces justificatives, et me renvoya au lendemain.

Je m'en allai, n'ayant plus d'espoir. La chose me semblait trop claire pour qu'on remît la réponse, si on eût voulu accepter. Cet ajournement n'avait certainement d'autre but que de donner au refus une apparence de réflexion. Je retournai pourtant à l'heure convenue.

— J'ai tout esminét tte dit rentrepren^or, vs calcukaoKHjuet66jeme«oharge deraffîure,- -vans pcmivez dire k Mitsiieet de yenir me Toir, c'^t wi brave hamme^et bous iuitocfnreroosimeinplm 'dûQt il jeia eâDteaU

XTI

Noiif qnîttonf Paris. — Un noaveaa logement. — Le mal* tre maçon de Montmorency. — Ita vengeance d'un iumaète Iwaune. —^ Quel profit om pent Aîvar 4Wâ infirmité. -» Tout va biena

Après le départ de Tami Mauricet, Je m'occapid de terminer mes propres affaires. La justice avait enûû prononcé^ et je pus me libérer. Liquidation faite^ il ne me resta que du papier timbré I J'ayaig satisfait à tous mes engagements, mais je me trou- Tais pour la seconde fois ruiné !

^ J'allais encore reprendre la truelle, quand un

architecte sous lequel j'avais travaillé me proposa de quitter Paris et d'aller m'établir à Montmorency. Il m'y assurait des travaux pour la saison et projnettait de me pousser.

— Le pays est bon, me dit-il; il n'y a qu'un maître maçon, habile ouvrier, mais brutal, et dont on se sert faute de mieux. Avec un peu d'eCTorts, la meilleure partie du travail vous viendra. Ici vous végéterez toujours entre les gros entrepreneurs qui vous étouffent : il vaut mieux être un arbre parmi les buissons, qu'un buisson dans la forêt.

Je sentais trop bien ces raisons pour hésiter; tout fut bientôt conclu. L'architecte me mena aux travaux, m'expliqua ce que je devais faire, et je revins à Paris pour chercher Geneviève.

Le moment du départ fut rude : c'était la première fois que je quittais la grande ville ! J'étais accoutumé à sa crotte et à ses pavés, comme le paysan à la verdure ou à Todeur des foins. J'àvaii mes rues d'habitude où je passais tous les jours^ mon œil était fait aux gens et aux maisons ; tout était devenu, par le long usage, conmie une part de moi-même : abandonner Paris, c'était démena-

ger à la fois mes goûts^ mes souvenirs^ ma vie entière. . Les voisins/ qui nous connaissaient depuis longtemps, vinrent sur leurs portes pour nuus dire adieu; quelque&-uns nous plaignaient! cela me fit faire bon visage, je les saluai en riant. Pour rien au monde, je n'aurais voulu laisser voir ma tristesse 5 je sentais bien que ce départ forcé était une humiliation ; il prouvait que le mauvais sort avait été plus fort que moi; je voulais protester contre la défaite en ayant l'air de ne pas la sentir. Quant à Geneviève, qui avait moins de regrets, elle ne songeait pas à cacher qu'elle pleurait. Chargée de paniers et de paquets, la pauvre femme répondait à tous les saluts et à tous les souhaits d'heureux voyage par des remercîments accompagnés de soupirs. Elle s'arrêtait à chaque porte pour em* brasser une dernière fois les enfants ! Je m'impatientais de ces retards et j'allais toujours en sifHant, afin de me donner une contenance. Enfin, au dëtour de la rue, quand la dernière maison du faubourg eut disparu, je respirai plus Ubrement. Geneviève m'avait rejoint; nous montâmes en:-

semble dans la voiture qui portait notre pauvre

— nomobilier, et nous pilmes le chemin de Montmorency. Dieu sait combien de malédictions j'adresstà en moi-même, pendant le chemin^ à la lenteur du choirai et aux haltes du conducteur. Le sang me bouillait dans les Teines. Cependant je me taisais i j'aurais eu peur, si j'ayais parlé, d'en trop dire. Geneidève faisait comme moi ; enfin nous arriT&mes à la tombée du Jour.

Le petit logement que j'avais arrêté était au bas du village, dans une ruelle étroite où la charette eut peine à passer. J'ouvris la porte^ mon cœur se serra; je fis signe à Geneviève d'entrer, et je retournai aider le voiturier à décharger les meubles. Je ne voulais point voir le désappointement de la pauvre femme devant notre misérable rédoit.

Elle comprit sans doute ce que je sentais ; car die reparut "bientôt sur le seuil avec un sourire, en déclarant que nous serions là & souhait. Ellemême aida à tout transporter et à tout mettre en

place. Quand nous eûmes achevé, la nuit était close j le voiturier repartit et nous restâmes seuls.

Notne logement se composait d'un rez-de-chaui-

sée plusJ9a8i(iueiaruelle.,UiaY»t étéauU^fcHg^^ rdé ; mais les tintes .biisées foniMâecit aUm une sorte de oiacadaflciisaee ûiégal ethMieus. JUiiej^ettte tsD&tte dosmaat «ur Ia cour du ^Aisîa apportait ^dee ^eursde f unmr, et une haute >ûfaei«9ée, qui occupait presque toute la largeiu* du pigBOO, neuiF07»tt d'^^ls tourbilkn» delumée. jeieantecaplais ee trtgtebouge^vecaiiiesoFiieiieiStepeur.âiéi^que ]e i-6tt88emal jsgéaupveiuief as9e<ri;9^fliiitq(jpH0.4^ <lûq)ci8itieM fa&smt éaSaûmtas, je lui tBomNôs un me malsaine délaJiré qui ue m'amt {las d^dbdrd autimtfrflifkpé. îNos metdïlesntis enplââe, <eft tof^ésenee de fieueidàre, loin de l'ég^ésa, BmMmni l'avoir assombri. Paré detout ce i^ui poumlivamlieUâr^ 4e logis ne laissait fius de daiiAe possible et 6e moB^ract dtas sa àé&mîiwe laideur I jlal^^es ribrts peur paraltse wtislàite, CieAe^ââve ^couva on malaise qu^eile ne privait eadiw. .EUe.s'âait assise sur le foyer^ les deux iceudes ^{myés kse& genoux, et regardant durant âUe. J'étais fiêcé à Ksictne bmA de la pièoe, les bias croisés. Une petite chandelle^ (|iii4iiiiâsait dans «in bougeoir de Jeriàesic^ ueus éfilsîrAit .sisulement iissôz |iowii0us

laire voir notre tristesse. Geneviève fut la première ï sortir de cet abattement; elle se leva en poussant on soupir, chercha le panier de provisions qu'elle avait apporté de Paris, et commença à mettre le couvert ; mais le pain manquait. Je sortis pour en acheter.

La boutique du boulanger était assez éloignée ; lorsque j'y entrai, plusieurs voisins se trouvaient réunis sur le seuil ; ils avaient l'air d'écouter un gros homme qui parlait très-haut et avec un air de colère. Je n'y pris point garde d'abord, et j'attendais la miche qu'on était allé me chercher dans Tarrière-boutique, quand j'entendis mon nom prononcé par le gros homme.

— n se nomme Pierre Henri dit la Rigueur , s'écriait-il ; mais le diable me torde le cou si je ne lui change pas son nom en celui d'affamé/ Quand je ilevrais vendre ma dernière^ chemise, je lui ferai plus de chicanes et d'avanies qu'il n'en faudra pour le mettre sur la paille !

—Au fait, si nous laissons les Parisiens s'établir dans le pays, ils viendront nous manger le pain jusque sous le pouce I fit observer un voisin, qu'à

ses mains noires je reconnus pour un travailleur de fer.

— Sans compter qu'ils finissent toujours par faire banqueroute ! ajouta l'épicier : à preuve, Thorloger de la grande place qui est parti sans me payer.

— Ëtattends-toi que le nouveau maître maçon n'aura pas meilleure mémoire^ reprit le gros homme ; m'est avis que c'estquelque filou qui vient ici pour se cacher de la police.

Jusqu'alors j'avais écouté sans trop savoir si je devais avoir l'air d'entendre ; mais à ces derniers mots^ le sang rue monta à la tête, et je me retournai vers la porte :

— Pierre Henri n'a besoin de se cacher de personne^ m'écriai-je^ et la preuve, c'est que c'est lui qui vous parle.

n 7 eut un mouvement général parmi les spectateurs. Le gros homme s'approcha du seuil.

— Âh 1 ah 2 voilà donc l'oiseau ? dit-il en me regardant en face d'un air insolent ; eh bien, je ne l'aurais pas reconnu au plumage ; pour un maître de la grande ville il a l'air un peu bonasse t

— i94 — — Vous «rerrcz à fœovre ce qtfil «ait pliquai*je brusquement ; les injures ne proo^mt qae 4a jakmsie on la malice : c'est au traTOiltpi'il fimt j«gf r l'ounier.

— Reste è saToir si î'tin ctiipenit ée twatrwpaM ! reprit le maître maçon grossièrement : ta «Pas enlevé une ijratique; tnais «i tu m'en enlè^esime seconde, missi vrai que jetne nonwne fean W^éif(m, je f ércinte à la première occasion.

Je sentis que je devenais pâle, «ondepew, niais de dépit. Cette grosse figure rouge de coièœ,-€^ ces petits yeux gris tjui ftanïboyâent de menace «e remuaient le sang , je regardai le maltiti mafowen face :

— Faudravoîr ça 1 mattrc Férou; Tepm&î c,cn me contenant ; les ^cns qu*ton veut érernier «e «e W&sent pas toujours faire. Jusqu'à présent, j'ai 4éfendu ma peau contre plus <F«n 'mauvais compagnon^ et j'espère ne pas 4a laisser & Montncrency.

—Eh bien I à laponne heure I s^§crtale'ma9ln qui releva sa casquette ; nousTerrcns ce fue tufiàis faire de tes poings l Le diable me în*ûte j'cnaurrfPle

— «5 — «œurnet, et^'Be sera pas 4it cpie Jean Pérou ise sera laisser <»iiper l'beil>es<ms le piedpar un bouiâlieuri!tePariB.

3ewerépeii*sf«s: kK^lèrexae gagnait et je me sentais près d*éda*er. Je pns vivement le pam tjue fêtais venu cbercher, tUfattais^orfirtiuancHeboulanger me réclama son paiement. Je répandis que fnws élépesé Targent sur le comptoir } mais le isso^and âéclaranlavoirneB reçu. Ils'^BSurvftmn débat que l'intervention du maître maçoniae tarda pasà aigrir.Iii:Mre6sé<él'he«meurJeBeiï^Haais mon afQrmation avec persistance. Au plus fort -de la conteslation/une petite iiBe^ qui se trouvait pré.isente, déclara à demHvoix que je tenais f argent cacbé entre mes doigts. Je rouvris vivement la main •: c'était la vérité 1 Dans mon trouble^ j'avais repris sur le comptoir une pièce de douze isous <et je l'emportais sans m'en apercevoir 1

Le mouvement qui se fft'parmi les spectateurs me donna le vertige^ je voiâus balbutier mie explication; mais me sentantvsoupçonné^jemetrou- Idai. J^ëtaisineouBU, entouré de malveillance;^sans aucunmoyen de prouver que mon erreurK^Edt^

involontaire; je compris que toutes mes justifications étaient inutiles : aussi, coupant court brus« quement, je payai le marchand et je voulus sortir. Le mattre maçon était debout dans la baie de la porte^ une épaule appuyée au chambranle et les pieds arc-boutés au côté opposé, n me regardait en ricanant.

— Manqué le coupi me dit-il ironiquement; pour ai:gourd'hui^ il faudra payer son pain au prix du tarif.

—Laissez-moi passer ! m'écriai-je, à bout de pa;tience.

— De quoi! de quoil reprit-il d*un ton de plus en plus provocant ; on dirait que le Parisien se

fâche.

— Le Parisien en a assez de vos injures^ reprisje tout tremblant de colère, et il faut que vous lui fassiez place.

— Vrai 1 et si je ne veux pasl — Alors il se la fera.

• — Ah î oui-dà ; voyons un peu ça.

Je m'avançai résolument jusqu'à lui^ il était toujours appuyé au mur, et les bras croisés.

,— Jean, Pérou, voule5&-vous me laisser sortir t m'écriai-je les poings fermés.

— Non, dit-il, en ricanant.

Je le âaisis par le bras et je le poussai rudement pour le forcer à me livrer passage.

Il ne s'attendait point sans doute à une telle hardiesse, car il fut sur le point de perdre Téquilibre; mais il se redressa sur-le-champ avec un jurement, revint à moi le bras levé et me frappa au front d'un coup qui m'étourdit. Je tâchai pourtant de me mettre en défense, et la lutte se soutint jusqu'au moment où je trébuchai contre le seuil, entraînant le mattre maçon dans ma chute I Tombé sous lui, je sentis bientôt ses deux genoux sur ma poitrine, tandis que ses poings me labouraient le visage. Les spectateurs, qui avaient laissé faire jusqu'alors, se décidèrent enfin à nous séparer. On m'arracha avec peine à maître Pérou -, on me mit sous le bras le pain que j'avais acheté; on me montra mon chemin, et je repris machinalement la route du logis.

J'allais devant moi comme un homme ivre ; j'étais endolori dans tous les membres, et navré

jasqu^ttu fim prafond du eûMir. A la ,we de la maison Je ralentis le pas; fairaîs paur des qaeBtions de Genevièye quaod elle aperoerrait mon visage sanglant ^ meortn. iene pouvais me &ure à ridée de lui raAonter les homîiîations que je w»^ Lais de supporter. Heureoaeoienlqu'elleavatt eédé aux fiiligues de la jouiBée ; je la traorai conohéa et endonnie.

Je me bâtai d'éteôodre la chandelle ^û iirâiatt encore, et de ne mettns aa lit. Mais j'y cherclutt«s irain le aommeil ; j'étais dévoré d'une sourde cagel Laiiaine idu maître maçon m'avait gagné; je kai vo(ulai8 fliaintenant tmit le mal qu'il avait souhaité me faire ; je cbendbaB par qud moyen je pounaîB lai nuke et me vengerlTout le re^ m'était iaCf- €àrBntl Je demandais tout bas l'aide 4u bon fii^ fsootremon ennemL La réflexion, au &u de oie ciAaier, exdtait de nbis en nlus mes majEnàsaB pensées ; ma ranonne était «omme «n abîme qad SB cfiettse à masum 91'on y travaille. Si jemleodonnais de temps en temps, c'était pour jEaire ées xévùR de oolène. Tantôt je voyais mattoe Férou mmé, te bisflBc éa HMadîMift 4MH*l'épante ; tandt

je le tenais eous mes piede^fiomine fl m'avâst Imu Im-méme^ et fe le forçais à me «rier mém; d'autres feis je rapercevms, ks mains liées, ^nftre ^quatre gendarmes (jui le condwsaieiit à la prison des Tolewrs, et je Im rcnroyais ses injnrieïises rafllerîes*

Au milieu d'un de ces cauchemars, je fus réyeîllé en sursaut par Geneviève. Je me dressai sur mon séant : une grande hieur éclairait notre tegement ; on entendait nu dehors^n 1?umtflte de yea, le bruit de gens qai semblaient courir ; puis le «ri : Au feul reteirtit. Je sautait bas du lit, je m^<d>illai à la hftle, et je sortis. Deux hcramieg traversaienft la rue en courant.

— Oîi est le feu î demandai-je.

— Au cbantier de Jean Pérou 1 répondirent-ils en même temps.

Je m'arrêtai saisi : on eftt dit que Dieu avait écouté mes prières, et qu'il s'était chargé de me Tenger 1 II faut bien l'avouer maintenant, le piremier mouvement fat de satîisftiction; mais il ne dura que le temps d'un éclair : presque irassitôt je rougis en moi-même de mon contentement. Ra-

meDé aux bons sentiments, il me sembla que j'étais plus obligé qu'un autre de porter secours au maître maçon, et de racheter par Faction mes souhaits de malheur. Cette idée fut comme une flamme qui me traversa le cœur. Je m'élançai à la suite des gens qui passaient, et j'arrivai au chantier de Férou.

Le feU| d*abord mis à un appentis, avait bientôt gagné tout le reste. Au moment où j'arrivai, les amas de charpente et de voliges formaient autour de la maison une ceinture de flammes qui empêchait d'y arriver. Des ouvriers couraient au milieu de la fumée, écartant les matériaux en feu. Je me joignis à eux, et nous Animes par nous ouvrir un passage. Arrivés à la maison, nous la trouvâmes fermée. Quelques voix s'écrièrent que Jean Férou devait être chez son frère à Andilly ; mais plusieurs autres répondirent qu'ils Pavaient rencontré le soir même au village; Tun d'eux l'avait même vu rentrer, comme il le dit, avec tin coup d$ tisane daifis la tête et une bouteiuo sous le bras, ivre et endormi, il n'avait sans doute rien entendu.

Cependant le danger devenait de plus en plus

pressant., L'incendie, qui s'était étendu par derrière, passait déjà au-dessus de la toiture du petit payillon. Nous frappions en vain à la porte refermée, nous appelions le maître maçon de toute la force de nos poumons : rien ne répondait ! Dans ce moment, il se fit sur nos tôtes un effroyable craquement^ et les tuiles détachées se mirent à tomber avec une pluie de charbons : c'était le toit qui éclatait! Tout le monde s'enfuit. Je me précipitais comme les autres vers l'extrémité du chantier, quand un grand cri parti derrière moi m'arrêta court. Je me retournai : Jean Pérou, enfin réveillé, venait de paraître à Tune des fenêtres du pavillon.

Surpris dans son ivresse et encore tout étourdi, il regardait avec des exclamations d'épouvante, sans avoir Tair de bien comprendre. Toutes les voix lui crièrent à la fois de descendre et de fuir ; mais le malheureux, hors de lui, continuait à regarder les flammes qui couraient à travers le chantier, en répétant d'un accent lamentable :

— Le feu ! le feu î

Deux ou trois d'entre nous se décidèrent à rêve* nir sur leurs pas et à se rapprocher du pavil-

loD. L'incendie commençait déjà à fendre les

planchers. Nous avertîmes le maître maçon que le moindre retard pouvait lui coûter la vie. Il parut enfin le comprendre , car il rentra vivement comme s'il se fût décidé à gagner là porte^ et nous nous rapprcjhàmes pour lui porter secours. Des étincelles qui jaiUissaient à travers^ les volets du rez-de-chaussée, nous apprirent alors que les flammes avaient envahi en même tempsr 1 étage inférieur et les combles. Jean Pérou reparut bientôt à la fenêtre, en criant que TescaBer était en feu et en demandant une échelle. Quel* ques-uns coururent en chercher ; mais, au miliexT de ce désordre et de cette destruction, il était douteux qu'ils pussent en trouver à temps. L'incendie du rez-de-chaussée grandissait rapidement; au lieu de pétiller, la flamme commençait à gronder dans rinlérieur comme dans une fournaise. Jean Férou, chargé de papiers et de sacs d'argent, était à cheval sur la fenêtre, criant qu'on l'aidât à descendrej mais ceux qui se trouvaient là restaient immobiles par impuissance ou par épouvante. Je me sentis tout à cpup saisi d'une courageuse volonté ; l'idée

— îoa —

du danger disparate Je itô vis plus qufua bomn^: à sauver. .

Je courus à une des fenêtres du rezrde-chaussée* et, m'aidoQt des volets, j'arrivai jusqu'au cordœi du premier étage. Là, mes épaules étaient presque auniveaudes pieds du maître maçcni ; je lui criai de s'en servir comme d'un point d'appui. Férou^ que rémotion avait dégrisé^ ne se le fit point répéter ; ii enjamba la fenêtre et se laissa glisser jusqu'à moi. Son poids me fit d'abord perdre Téquilibre^ je chancelai; maiS; me rattrapant au mur, j'enfonçai les ongles dansiez jointures des pierres^ auxquelles je me retins par un effort de vaillantise^ et le maçon se servit de mon corps comme d'une échelle pour arriver à terre sans malheur.

Ce fut seulement quand je Ueus rejoint qu'il me reconnut. Il recula de trois pas^ porta la main à son frouv, et^ après avoir balbutié quelques mots que je ne pus comprendre, s'assit sur un débris de poutre qui fumait encore. Tant d'événements coup sur coup l'avaient anéanti^ il était sans forœ pou; s'ei^quer et pour remercier.

Peut-être lui manquait-il aussi la volonté. Jeaa

Pérou était un cœur où les sentiments entraient aussi difficilement que le coin dans la pierre. Rien que pour ne pas tous traiter en ennemi, il avait besoin d'un effort. Sa femme avait dû le quitter après dix-huit années de tourments et de patience; ses enfants avaient cherché hors de chez lui le pain des étrangers^ et, de tous ceux avec lesquels il avait travaillé et vécu^ aucun ne s'était fait son ami. Devenu mon obligé depuis Tincendie^du chantier, il renonça à me nuire,maiscefut tout. Quand je le rencontrais, il passait droit comme s*il ne m'eût jamais vu ; si Ton parlait de moi, il ne disait plus rien ou s'en allait brusquement : Tours avait seulement renoncé à mordre, sans s'apprivoiser.

Heureusement que les témoins, du service rendu me dédommagèrent de cette froideur. Ils racontèrent comment je m'étais conduit avec le maître maçon, et Ton m'en sut d'autant plus de gré que l'on apprit en même temps ce que j'avais eu à en souffrir la veille. D'avoir seulement fait mou devoir parut de la générosité, et chacun me paya en estime ce que Jean Pérou me refusait en recoi^naissance.

Une rencontre faite par hasard me senrit aussi de leçon et d'encouragement. On apercevait alors, sur le bord de la route qui conduit du bourg de Sarcelles à celui d'£couen, une maisonnette couverte de chaume, précédée d'un petit Jardin où les fruits, les légumes et les fleurs, se trouvaient mêlés sans ordre, mais non pas sans goût. Là, demeurait un pauvre manouvrier dont je fis la connaissance par aventure, et qui me fut un exemple.

C'était un enfant trouvé, d'abord élevé par la charité d'un hospice, puis obligé de vivre, sans état, du travail le plus grossier. Laid, chétif et abandonné, il avait dû remplacer tout ce qui lui manquait par la bonne volonté. On l'employait d'abord à cause de son zèle ; mais, insensiblement, ce zèle était devenu de la capacité. Sa persévérance lui tenait lieu de force, son application d'adresse; conune la tortue de la fable, il arrivait toujours avant les lièvres qui avaient trop compté sur leur agilité. Cependant, à toutes ses disgrâces. Dieu avait ajouté une infirmité qui semblait combler la mesure : François était ailligé d*un bégaiement confus qu'on ne pouvait entendre sans rire. Tout enfant, il avait

^pour seftCdmpBgQoiis mte perpéUieUe ôocasiin demoç[iierie;plaftgra&d, il deyîDt l'asausefiiettk des jeuoesi garçon» ei des jeunes fillea. YoulaoL échapper à leiâ»> rcttUeries» il s'interdit lApasol» toutes le» fois qu'elle ne Im élût pas iudispeo^iflK ble, et se résigna, à ne remplie, daw les réunîo&a de plaisir, que le xAla de eompairae muet, toi4(HUS si dur pa«r notee vauilé.

Seulementj,. coHune. il fallait un prétexte ^scuft silence Y il apprit d'un irannier à fabriquer des paniers eûmmufi& A la vëllée d'hiver, près du foyer, et ans: aauseries dfétè, devant les seuils, il apportait son trairail. Tandis que les antres jierune» gêna fu£aaienty riai^it et parlaient, les eoudes sur leuia genoux, il tressait son osier sana rien dixe. On avait d'abord plaisanté cequ'oa appdait sa mmàfff puiarhabitude empécbad'y prendre garda.

Le malheuir de François l'ayait ainsi conduU A utiliser des» heures perdues pour ses/eoiao^agnoDs: Il en tirai un autre profiL Sa langue, à demi exh chaînée, évitait toute parole inutile ; il ne parlait que quand il aurait qudque chose à dire : ttussidaïomafitHi le phi& couvent mmt Mais> dans ce rei^

Cttéittetnent forcé, son esprit mûrissait lentement^ il pottTsmTait, tout l)as et sans distraction, cha- ^cone de ses pensées! il recueillait et méditait celles qu'il entendait échanger entre les autres. Ses vanneri^es, vendues dans îe pays, grossirent peu à peu •ses épaa^n^ies. Son infirmité le tenait àTécart des gaatonsduifllage el hii évitait îes tentations de déçensô. Au bout de quelques années, il fut assez riche pour acheter un coin de terre qtf fl cultiva à «es moments de loisir, el dont les récoltes lui ftitent encore «plus -profitables que tcs paniers, n songea alors i se constnriTe lui-même un logis ! La knaismnette s'étevail lentement, maïs s'élevait toujours; enfin elle eut unioit, et le nouveau proçrîétaipe put dormir chez lui î

Tout cela avaK demandé dix années 1 Ttançois «n consacra dix autres à perfectionner son œuvre et à arrondir son domaine. Il creusa un puits, planta des arbres fruitiers, attira des abeilles qui multiplièrent leurs essaims, acheta deux autres champs dont il fit sa prairie et son verger Quand je le vis, il avait franchi ce fossé dîflicîle qui sépare la pauvreté de Taisance j M pouvait sacrifier quel-

ques firuits à de la yerdore et quelques épis à des rosiers. Sa cabane, ombragée d'acacias, apparaissait à la droite du cbemin, comme une ruche dans une touffe de fleurs. ^

n me raconta alors ce que je viens de dire, non pas d'une haleine, mais par réponses courtes et souvent interrompues. Bien qu'il n'en eût plus besoin , François continuait à tresser ses paniers pour occuper ses doigts et avoir le droit de ne point parler. Un jour que je parcourais son domaine, et que j'exprimais mon admiration pour tant d'ordre, de persévérance et d'activité :

— Le mérite n'en est pas à moi, mais à Dieu qui m'a ôté U liberté de la parole, répondit Franfçois en souriant. Ne pouvant perdre mon temps à causer, je l'ai employé à agir. Notre vie dépend de notre volonté bien plus que de nos avantages, et vous voyez vous-même ici qud profit onpetU tirer d'une infirmité.

Je profitai de l'exemple de François et je m'accoutumai à ne perdre aucun instant. Geneviève, de son côté, entreprit de blanchir le linge de quelques bourgeois du voisinage. Tout nous réussit. Ainsi

i^ 209 — que Parchitccte Tavait prévu, les travaux m'arrivèrent en foule. Après avoir lutté deux ans, le maître maçon quitta brusquement le pays sans rien dire, et je n'en ai jamais entendu parler depuis.

Bientôt un fils et une fille nous consolèrent de la perte de notre premier enfant. La bonne amitié, la joie, Taisance et la santé formaient les quatre coins de notre ménage. Geneviève chantait tout le jour; les petits grandissaient en gazouillant; l'argent Tenait de lui-même à notre armoire; la bonne chance brillait sur nous comme un plein soleil ! Je puis dire que ce temps a été le meilleur de toute ma vie, car c'est celui où j'ai le mieux senti la bonté de Dieu. A la longue, on s'accoutume au bonheur, et on le réclame comme le paiement d'une dette, au lieu de le recevoir comme un cadeau ; mais alors je n'étais pas gâté par la Providence; j'avais encore sur les lèvres l'amertume du pain de la misère, ce qui me faisait mieux sentir le bon goût du pain de la prospérité.

it.

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Ibnricwt repaniH. •' Le ciboiz d'un pamm. «- Nette fille

Blurnueiie* — t/eidiilMle.

Les tâtrq preniières années ik tiotre iHsMissement & MontmOTency ne m\)nt guère kdssédemu- Tenirs. Je me rappelle seatement tjue le IraTail dommit'de phisen plus/eftqaecetrctiai avsdenti'air de me mépriser lors de mtm urriTée ne passaient plus près de moi sans porter la main à leur chapeau. J'étais désormais un personnage dans le pays. Devenu locataire du chantier de mon ancien con-

murent, je m'y étais étaMî arec Gene^îèfB. Nous aTioDB tapisse la maisonnette, Tepcâflttes'Tieux plafonds, garni les croisées de liiieaux blancs, liasté Aes rosiers du Bengale aux denx côtés de la pofte. Un coin de terrain avait été transformé en jardin : ma femme y mettait des fleurs cftxlufinge à sécher ; elle aTait mêmerecaeilli un essaim égaré qui. Ma langue, nous avait donné plusieurs ruches, IWtre ms et noftre lille poussaient comme des pcruphers, couraient parmi uosplates-handes et nos tropeaux en gazomllant à fttire tmre les tnseaox. La tranquillité et l^ahondance avaient élu domicile au lo- Igis. Je ne me ^souviens de ce temps que par une ixintrariété <pn tlevint bien vite tme joie.

C'était à la naissance de la petite Hfariseme. Hkms avions pour yoisine une dame 'de Paris riche à tent mille francs eft bonne à proportion'; ime 'vraie providence pour tons ceux tpn Rapprochaient, j'avais bftti des serres dans Bon parc, à «on rentier contentement, et i^e avaéit, de plus, pris en "gré Geneviève tpn blanchissait «on Uhge^ aussi, deux ou trois mois avant la naissante de lapetîte, avaitelle demfandë ù être sa marraine, ce que Manière

— 512-^ et moi avions accepté avec reconnaissance. L'enftuit vint au inonde en bonne disposition de vivre; et J'étais dans le bonheur du premier moment quand Mauricet nous arriva. Je n'avais point revu le mattre compagnon depuis ses mauvaises affaires, mais je savais que l'entrepreneur, qui Tavait pris à gages, lui faisait la place commode, et qu'il s'était repris de bon cœur à la vie. De fait^ je le retrouvai aussi caiiseur, aussi jovial et aussi actif que dans les meilleurs temps; Tâge l'avait seulement un peu chargé d'embonpoint. Il nous embrassa à trois reprises, et ne put se retenir de pleurer.

— J'ai vu ton chantier en entrant, me dit-il, les deux mains posées sur mes épaules^ et ses yeux humides tout près des miens ; il parait que ça va, garçon... tu fais des provisions d'hiver pour les vieux jours... C'est bien^ mon brave I La réussite des amis me donne de la santé !

Je répondis que tout marchait effectivement à souhait^ et je lui expUquai rapidement ma position. U m'écoutait^ assis près du U d e Geneviève, notre petit Jacques sur ses genoux, et regardant la nouvelle arrivée qui dormait dans son berceau.

— Allons, vivat ! s*écria-t-il quand j'eus fini ; U faut que les braves gens prospèrent, ça fait hoci neur au bon Dieu ! J'avais besoin de savoir où t j en étais, et c'est pourquoi j'ai demandé au patroA quelques jours de eampo.

— Ainsi, vous nous restez I dit Geneviève avec une satisfaction visible.

— Si c'est un effet de votre part, répliqua Mauricet ; je ne suis venu que pour vous d'abord I Depuis tant de semaines que nous étions séparés^ j*a* vais faim et soif de ce paroissien-là !...

11 me prit encore les mains.

— Et puis, 6youta-t-il en se tournant vers la femme, je savais que la famille allait s'augmenter, et je mitonnais une idée, une idée qui me réjouit depuis trois mois I

— Quelle idée ? demanda Geneviève.

— Celle de vous amener un parrain pour Penfant.

— Un parrain î

— Et le voilà t acheva-t-il en frappant sur sa poitrine ; vous n'en trouverez jamais un de meilleure volonté, ni qui vous aime davantage.

flene^ve ne put retenir tin canurefMttt, etnous Miaogeftmes cm regard ; Mauricet s^n aperçut.

— Est-ce ^e j'arrive trop tardt demanda-4-fl; tratiez-Twis é^h choisi t "**

— Un parrain... non... balbutia la mèfe; iKms ifwom qu'tme marrahie.w

— Âlors^ c'est bien I reprit4e mdtPe40ofBpagmD; TCfOR melapréeentefee. Deme «etroirrerid^Toye^ "VOUS; fa me donne le ^ goût delà joie. Paatâ-aiiuser i tnort 1 Je Tenx «n baptême medMe, a^ecées dragées, du bordeaux àdiscfélfon^ fit desçbeMles de lapin !... Ah ça 1 efle tf est pas^ trop dàcJrârée, au moins, la niafraine î

Je lui répondis 'atec mi peu d^embarraS) '91e t'était madame Lefert, lîotre riche "vdstee.

— Une bourgeoise 1 répéta Mavnicet; excueoB^u peu ! En voilà un hmneur 1 tiiQrs, il fau^&^^enir fSOT son tpiattt^-^oi. Mais 'so^ec caimes, k l^occasion on sait avoir un certain genre. J'achèterai une paire de gants tricotés 1

IfouBn^vicmspaseiiielieiBps âeTépoiiâf«e'qaand la^evsine entra^Ue-m^siel Je Aisuu mosn^ttinterditiSeneviève s'était eoQl«vé64«»Mn lit. o^

position devenait véritablemmt embarratenteu Elle le fut encore biea davantage lofaqoe mariam^ Lefort rappela la promesse qu'elle nous avait feôte^ et déclara qu'elle venait s'entendre avec nous pour le parrain.

— Comment! s'écria Mauriceten se redressant; un parrain? présent! j'arrive pour ça de Bourgogne. A ce que je vois, c'est madame qui doit être ma commère... Enchanté de l'avantage!.... Il faudra s'entendre pour les dragées.

Madame Lefort étomiée nous regarda; Geneviève était devenue trèsi-rouge, et arrachait le duvet de sa couverture de coton sans oser lever le^yeux; il 7 eut un silenee assez long pendant lequel BfnuH ricet, qui ne s'apercevait de rien, faisait voyager Jacques sur sesf genoux avee la chanson d'usage :

A Paris, à Paris»

Sar un cheyal gris.

A Roaen, A Rooeo»

Sur UB. «hftral Uaat»

~GBGi cbangi^tout, dit enfin la.voi»n0i. d'un ton un peu sec; j9 venais proj^oser de^ mnmmt

l'enfant ayec mon frère^ le conseiller de préfecture; j'ignorais que vous eussiez fait votre choix à mon insu.

— Que madame nous excuse, répliquai-je, nous n'avions pensé à rien; c'est le maître compagnon qui, en arrivant tout à l'heure, nous a fait la proposition.

— Et nous comptions en parler à madame, igouta Geneviève.

— Minute 1 interrompit Mauricet, qui s'aperçut enfin de notre embarras; je ne veux contrarier personne ! Ce que j'en ai dit, c'est par affection ; j'aurais aimé à nommer la petite, vu qu'une filleule est quasiment une fille; mais ma bonne volonté ne doit pas lui faire tort, et si Pierre Henri trouve mieux, il ne faut pas qu'il se gêne.

n s'était levé; l'expression joviale désabonne figure avait disparu; Geneviève et moi nous fîmes ensemble un geste pour le retenir; nous avions pris notre résolution du même cœur.

— Restez, m'écriai-je, on ne peut jamais trouvw jDieux que de vieux amis comme vous, ^

— D'autant que madame Lefort tous comialt; ijouta Geneviève.

— Et se tournant vers la voisine avec un de ces sourires qui supplient :

— C'est le brave Mauricet^ continua-t-elle, Tan» den tuteur de Pierre Henri, dont j'ai si souvent parlé à madame ; celui qui l'a aidé, après Dieu, à être un honnête homme. Quand la mère Madeleine est morte^ il menait le deuil^ et quand nous nous sommes mariés il m'a conduite à l'église 1 Dans le bonheur comme dans la tristesse il a tou« jours été avec nousl Madame comprend qu'il a droit de continuer son métier de protecteur près de nos enfants

— Vous avez raison, dit madame Lefort, dont le visage avait repris sa sérénité; les nouveaux amis ne doivent point usurper la place des anciens; M. Mauricet, nous nonunerons ensemble.

—Eh bien I s'écria le maître maçon^ touché jusqu'aux larmes, je dis que vous êtes ime brave femme 1 Mais vous n'aurez pas de regret à ce que vous faites^ car ou a beau être dans sa grume; eomme le bois pas ég^uarri^ on sait ce qu'on doit

— fl8 — aux gens ^Uin iiis. Madame n*a riesiâ tratodre, elle sera contente de moi.

La voisiM sourit «i changea ^ eatuefsation. Elle se montra très-polie aTOC Màoiicet, qoijiiqffAt 000 dépâH, 4Maia qiie i^était to ii^iie A^ ims. Quanta iioiig,fl8irraiids'iiiaiW4laiÉ84si aleanea mee une »prM$itm de wemnaifesiiiwe qui noTattendrlt.

^ MèPGi, les amis/MUB dlMl d'ime voir «mue, jetivrals eentmiis^ toyes-voiis^ «pae je tf otAiiMA jamais cette heure! Yove n^atex pas «u bofite Ae totre Tieax oamarade, ei vousaves risqué pKM&f lui de pwlfeaue tiolie proteetion^e'^est brave ça, et c'est juste 1 Dieu vous en récompeusem.

Jjd taptAme se^tt à ht sattefoction de tout le monde* Maurlcet eut des manitos de préfet, h madame Leftirt ne semo&trapoiatlropgénée d'un setuUaMepamio*

Aprdsjqiielq«M joansipassés «foo ikOQs^ teunattre 06ni|Uigison iiciQS quitta ^omeàt de tout 4» monde. On ^«im^ un^psuan se disant aUfesu; liauitoet<n'espéraitf^uB ww wtr.

r>^ MOUS revoilà séparés Jusqu^au jugement dsr*

mer, diMl; maie n'importe, la dernière entcenue aura été bonne. Ce n'est pas chose si commune, savez-YOus, que de se retrouver siprès une longue absence et de se quitter sans avoir xienàsexfprocher l'un à l'autre Vous êtes sur la.grande route de la fortune, les enfants; ne «forcez point .les^ relais et continuez votre chemin, bu .{>renant garde aux ornières. Je vcms laisse là une petite .chrétienne qui me rappellera à votre souvenir. .Et toi, Pierre Henri, qui écris comme un parle, ne iàis plus le fainéant, |)ei»s-moi, der temps en temps, une lettre où tu me diras l'état du méntige; puisque le diable a inventé l'écriture, fautiûen s'en servir.

Il nous embrassa encore, revint au berceau de sa filleule pour la regarder dormir» puis -partit..,

X'espèce de pressentiment qu'il avait eu ennous quittant devait se réaliser; je ne l'ai Jamais revAi, bien qu'il ait encore vécu. Dieu merci I de longues années. De temps en temps seulement des ouvrieis m'apportaient verbalement de se& nouvelles avec de petits présents pour liIaiianne.Xe bon compa* gnon était, disaient4Is, taiyours aassLbraveàroiivn^ge et aussi chaud, pourras amis ; Tentr^preneurf

qni ayait yu à qui il avait affaire^ le laissait maître dans sa partie. Mauricet vieillit ainsi heureux et utile, sans jamais croire qu'il eût pu mériter une meilleure position; c'était, comme on dit, un cœur simple et qui n'avait pas l'idée de refaire les partages après le bon Dieu. Il y a un an seulement que j'appris subitement sa maladie et sa fin. Il était venu au chantier moins vaillant que d'ordinaire, avait reçu une pluie d'orage sans vouloir quitter, et^ pris de la fièvre dès le soir, il avait rendu le dernier soupir le surlendemain. Soldat du travail, il était mort, pour ainsi dire, sur son champ de bataille 1

Ce fut pour nous une rude nouvelle 1 Geneviève l'aimait d'une amitié spéciale ; elle fit prendre le deuil à la petite Marianne. C'était le dernier témoin de notre jeunesse qui s'en allait; notre dernier parent de choix qu'on mettait sous terre 1 Maintenant notre famille commençait à nous; nos enfants allaient peu à peu nous remplacer; nous entrions dans la descente, au bas de laquelle s'ouvre la porte du cimetière l Heureusement qu'on ne s^arrôte point à ces idées! Les hommes vivent comme le monde va, sous la volonté de Dieut

— Ml —

Cest à lui de penser et à nous de nous soumettre; Jacques et Marianne grandissaient sans nous donner de souci et sans en prendre; c'était la bonne humeur de la maison. Le garçon tournait d^à autour des ouvriers et apprenait en regap* dant; la petite fille suivait partout sa mère, comme si elle avait besoin, pour vivre, de la voir, de lui rire et de l'embrasser. Cependant madame Lefort nous Tenlevait par instants. EUe-môme avait une fille qui s'était prise de vive amitié pour Marianne et ne voulait jouer ou travailler qu'avec elle; Marianne était son encouragement et sa récompense. Insensiblement notre maison devint comme une dépendance de celle de la voisine. Une porte de communication, qui donnait autrefois du parc dans mon chantier, avait été rouverte. Quand mademoiselle Caroline n'était point chez nous, Marianne était chez elle. Tous les jours, l'enfant revenait avec quelques nouveaux présents : c'étaient des fhiits, des jouets, des bijoux mômel Plus d'un nous jalousait ces générosités ; quant à moi, j'en avais de la reconnaissance, mais seulement à cause de l'amitié qu'elles prouvaient; j'étais plus heureux des

oaraiMi datai petttâtwisîD^qiiftd» see eademm Pow dira kl TUté^madinfi Lefort n'y mettait aucuQâ muivaiflfi: fierté. Natr» ea&at était xour jours tiaitée oQDUoae Iféigalaclo sa iUle^^à (Siiontaia souvent eUa l'offmii eu, eifii&pk. Tout alla le Dûeux. dtt moado. jusqu'au laoamiL où. AL. Ldfoct aocei^ dMlauotioQS^lû forcèraut dexotouoiar irPaôB^EU' aMmoani qvCéOe. allait qpitler Hfrrianoatsai fille jeta ka hauts cri&; ou outbeaalui fitire des promasasa» rîau ne pouvait la oousotou Enfin» la veille du départ^, madame Lefort aniva pendant notre soiqpiei:; elle était suivie d^one femme de obambre.quLrepartit après avoir déposé un carton. Notce voîsinocGbercbawUn prétexte pour faire sortir les enfants,.et qiuand noua f lUnes seuls : «—Je viens causer. avAcvous de cboses .sérieuses, ditrelloî ne ccHumeocei point par vous récrier, et écoutezpxnolAvec tout votre bon cœur et (ouie votre raison. Nous le lui promîmes.

~ Je a-ai pas besoin de voua parler de rattachement de Caroline pourt Marianne, continuort-ella: vous en avez été témoin et vous ave2^ pa en jug|»r. Ma fille tfestaccoiilumée. à vivre de moitié avec la

vfttre; elle en a besoii» pour apprendre et; pour èiareheureufie; dapuis» qu'eUa craint d'eu âtra séparée^ elle n'a plus de goût à rien^ eUe refuse tout tauail.et toci^plaisir; ondiratt ip'QSf lui a.dté une iwtion de sa nâe^

GenAYiève lliitenfomf^it pour exprîiMr sa. i;«^ (MNQOiifitesaBce dhim paieUle affeetioa»

--«^ S'il e^ vrai <|w wuâ lu>. exk sashiies gué» ve* prit madame Lefoi!t>. youS:pecLye« le lui pvoi4¥€ar; votre fille e^ pour Caroline UiOe sm^^ de ébfoUy permettes qu'etted^evienne une soâiAr ^ritAMe.

—Commuait eela) demandaide*

— £n nous la cmflmk, j?épUq.uA*t^Ue>.

Et^ oomjxie elle yHt cpie. nous^ fateiona tou^4eux un mouf^nenly elle s'écija;:

— ^Ah 1 rappele^vous votre promesse j voua vqu^ êtes engagés à m'éoouter jusqu'au^ hmU Je. ne lieiis point vous proposer d'arracber Slarianad à votre ajnitiéy maisawlement de lui laisser acc^er laDfttre. Il ne s'agit pas de lui 6tei^ sa familto^ nous voulons lui en donner une seconde. J'aurai UP enfont de plus sans que vous enayea un d^ o^olns ;. car tous vos droita voua resteoeiit» et votre fille

^224 — TOUS reviendra aussi souyent que vous le voudrez.

Geneyiëve et moi nous primes la parole en même temps pour élever des objections.

—- Attendez^ interrompit de nouveau madame Lefort; il faut me laisser tout dire. Ce que vous voulez avant tout^ n'est-il pas vrai, c'est le bonheur de votre enfant; votre plus cher souhait est de lui assurer un avenir tranquille. Eh bienl je m'en charge 1 Non-seulement Marianne recevra la même éducation que ma fille, et partagera tous ses divertissements, mais je m'engage à assurer sa position, à la doter I Je n'ai qu'une ûUe, et je suis assez riche pour me donner ce plaisir.

La proposition était si extraordinaire, si inattendue^ que nous en restâmes tout troublés ; elle s'en aperçut et se leva.

— Réfléchissez, dit-elle; je ne veux pas vous surprendre; demain vous me donnerez votre ré*> ponse, je prendrai alors des mesures pour que mes promesses deviennent un engagement écrit et formel.

Geneviève lui saisit la main, et voulut dire combien elle était touchée de tant de bonté.

— Ne me remerciez pas^ continua madame Lefort; ce que je fais est pour ma fllle^ bien plus que pour la vôtre; en lui acquérant une compagne dé* vouée, je Fenrichis. Vous trouverez dans ce carton un des habillements de Caroline ; il est destiné à fia sœur d'adoption. Je sens ce que cette explication a d'émouvant pour vous; moi-même, voyez, J'ai peine à ne pas pleurer : aussi, je désire éviter un second entretien sur ce sujet. Si vous vous décidez à accepter mes propositions, conduisez-moi demain Marianne avec son nouveau costume, ce sera une preuve que Caroline peut la regarder comme sa sœur, sinon... épargnez à ma pauvre enfant et à moi-même le chagrin des adieux.

A ces mots, elle nous salua de la main et sortit. J'étais resté immobile devant la porte, le front baissé, les bras pendants. Geneviève tomba sur une chaise, se couvrit la figure de son tablier et se mit à sangloter. Nous demeurâmes ainsi longtemps sans nous rien dire, mais nous comprenant par notre silence. Le même combat se faisait dans nos cœurs. Malgré ce qu'avait pu dire madame Lefort, nous sentions bien qu'en lui confiant Ma^

TianiM Boœpeiioneions à Dsi meilleure part de nos droifSi qm renftuat changeait de femille et que BOUS ne ponvioDS plus espérer que la seconde place dans son attachement; mais les avantages proposés étaient sérieux. Quelque prospère que fût, pour le moment, ma position, Je savais^ par expérience, que d'une heure à l'autre tout pouvait changer. Una faiBite* n'ènr&^t qu'à compromettre mon crédit^ une maladie qu^à déranger mes affaires, ma mort qu^exposer ceux qui survivraient à la pauvreté I Ce que nous oifrait madame Lefort était pénible pour Geneviève et pom* moi, mais profitable à Marianne'. Si, en songeant à nous, il était tout simple dis refuser, en ne s'occupant que de notre fiUe , 11= était pefil«ète prudent de consentir. Cett» dernière idée finit pm? dominer. Après tout^ les paarents vivent posr leurs enfants^ non poureuxHnémesl Ghaeun de nous aviâ fait ces réflexions de sofic6té^ eiy quand nous pûmes causer, nous étions arrivés tous deux à la même pensée, fieneviève pkmfait ; bien que je ne fbsse guère ylms vaiihovt, je tàduu de la rafibrmir.

— Allons, du calme l kd dis^je en parlant lus

depew â9 Êôre comme elle; il ne s^agit pas de 8'aiXM>Uir> mais da> foire son devoir. Pourquoi s'affi}ger> si aotiie ôBfaal doîl être heureuse ? Remer* mm pltifAt Dieu da nous d^HiBer Poooasion d-un sacrifice à son profil; c'est preuve qu'il nous estime et qu'il oous ainie;.

' Cependant je ne dormis guène cette nuit, et Je ms lerai le lendemain au point du jour ; Geneviève étiât d^à debout^ préparant les habits apportés la veille par madame Lefort. Elle ne fit aucune plainte, n'exprima aucun regret } cMtatt une brave nature, qui ne remettail jamais en question ce qu'elle dioyait nécessaire. Quand Marianne se réveilla, eHe commença à lui revêtir en silence son nouveau ceBUsma. La petite filte parut d^abord surprise : elle voulait savoir pourquoi on lui donnasi ces beaux habits de demoiselle $ mais sa mère, qui élo^E^it ses sanglots, ne pouvait répondre. L'étonaement de ICarianne fit bientôt place à l'admiration ; elle poussait des cris de joie à chaque nou« v:eau détail de toilette. Espérant tempérer ;m peu ces transports^ je lui dis qu'elle allait nous quitter et-partir avec madame lefort; tnsàs cette nouvelle

•-• zzo ^

la laissa presque indifférente. Geneviève me lança un triste regard. L'enfant continuait elle-même sa toilette et racontait tout haut ses espérances : elle aurait une place dans la calèche découverte de madame Lefort ', toutes les petites filles du village la verraient dans son nouveau costume; on allait la prendre pour une demoiselle 1 Et comme sa mère, qui venait d'achever, voulut la serrer une dernière fois dans ses bras^ elle se dégagea en l'avertissant de ne point friper sa collerette.

Geneviève poussa un faible cri et fonditen larmes. Savais moi-môme tressailli ; un rideau venait de se déchirer devant mes yeux ; je pris Tenfant par la main, je la fis entrer vivement dans la pièce voisine, et je revins vers la mère qui continuait à pleurer.

— Écoute, lui dis-je à demi-voix, nous nous sommes décidés à donner Tenfant dans son intérêt; mais il faut savoir si, en voulant lui être utile, nous n'allons pas lui faire du mal !

— Ah I tu as donc vu... comme moi I... bégaya Geneviève.

rr J'ai vu, repris-je, que le bel habit lui faisait

oublier qu'elle allait vivre loin de nous^ et que la vanité lui étouffait déjà le cœur.

— EUe aime mieux sa toilette que mes baisers 1 dit la mère^ en redoublant de larmes.

— Et nous ne faisons que commencer I cy outaije. On peut à toute force se priver de l'enfant qu'on aime, mais non pas consentir à sa corruption. Je ne veux pas que Marianne devienne plus riche, si c'est à condition de devenir plus mauvaise. Hier, nous n'avions vu qu'un côté de la chose, celui de l'mtérêt ; il y en a un autre plus grave, celui de la moralité. En vivant comme une demoiselle, l'enflEmt oubliera bien vite d'où elle vient ; qui sait si eUe n'arrivera pas à en avoir honte ? Cela ne peut pas être, cela ne sera pas I Va lui ôter son costume, Geneviève, et reste sa mère, afin qu'elle reste digne d'ôtre ta fflle.

La pauvre femme se jeta dans mes bras, et courut déshabiller la petite. Nous laissâmes partir madame Lefort sans lui faire d'adieux, ainsi qu'elle nous en avait priés ; mais j'écrivis pour lui expliquer le mieux possible ce qui nous était arrivé. Elle ne répondit rien, et nous n'en entendîmes plus

parier : elto n'aTait pu, sans doute, nous pardonner notre refus.

Cependant Ptocbiteete auquel je devais ma position à Montmorency me continuait sa bonne to* lonté. n medonnut tous les travaux dont il pouvait disposer, et ne> n^ligeaH aucune occasion ^accroître mes bénéfices. Je le- regardais comme le iréritable auteiu> de ma réussite, et je ne son» haitais rien tant que de liS' voir prospérer. Par mal^ heur, c'était un homme que le [Saisir entralnatt. Gonflant dans sa science et son acHvité, il croyait pouvoir faire face à tout, et ne comptait jamcUs avec ses ihntaisies. L'habitation d'été qu'il avait construite était devenue le rendez-*vous d*)ane so* ciété brUlanie. Ce n'étaient que Mtes et fcsttes, sans parier des équipages e^^ du jeu. Je-m'aperçus bientôt que ses afiTaires s'embarrassaient : il fcisait attendre les paiemoits, demandait des avanoes, acceptait toutes les entreprises. Son crédit en souf* frit d'abord, puis sa réputation. On parlait, à demi^ voix, d'états de frnis grossis, de pot»dd-vin re» fus; mais Je repoussais ces accusations coiisna deft calomnies. Peur ma part , J'avais^ to«if ou»

troifTé' M. Duprè fttcile en afi&h*es, mais loyd. Une compagnie parisiiemie lui araîl confié, depuis deux années, la direction d^une briqueterie et de carrières dont Texploitation a^ait pris, grâce à so» activité, de très-grandes proportions. Cependant l'entreprise, prospère en apparence, n'avait réalisé jusqu^alors aucun bénéfice : les intéressés supposèrent que les absences fréquentes et forcées de H. Dupré fSsrvorisaient infidélité de quelque employé inférieur : ils pensèrent qu\ine surveillanee de détail élait indispensable, et me la firent proposer. Avant d'accepter, je voulus consulter BI. Dupré lui-mtoie : il parut embarrassé ; mais, après avoir hésité quelques instants :

— Si ce n'est Pierre Btenri, ce sera quelque autre, diMI, comme s'il se pariait à lui-mAne ; j'aime encore mieux avoir afftdre à une connaissance qu'à un étranger.

Il' m^'engagea donc à accepter, mais en me conseillant' de ne point me tourmenter outre mesure, de laisser les choses suivre leur cours, et, dans tous les cas, dé ne rien feire sans l'avertir

/ëBirai avssitftt en ibnctions. Les exploitations

me panorent en eioellent train, bien montées el TÎYement conduites. En Toyant Torganisation de f affiiire^ je ne pouvais comprendre qu'elle n'eût point donné de résultats plus satisfiiisants. La curiosité m'engagea d'abord à en chercher It cause, puis la probité m'obligea à poursuiwe. Dès le premier examen, j'avais reconnu des détournements considérables. Je réassis à en dresser la liste et i en apprécier la valeur : ils montaient à une somme d'environ vingt mille francs I Tourmenté de ma triste découverte, j'allai voir M. Dupré, à qui je la communiquai. Au premier mot, il fitime exclamation : je crus qu*il doutait, et je lui mis sous les yeux toutes les preuves. Quand j'eus achevé, il me demanda si j'avais quelque soupçon sur les personnes; je répondis que je n'en avais aucun, la chose s'étant passée avant mon entrée dans l'af^ faire. *

— Alors, n'en parle à qui que ce soit au mondel ditpil vivement; fais comme si tu ignorais tout ; rappelle-toi que tu n'as rien vu.

Je levai les yeux, stupéfsdt. n était très-pftle, et ses mains tremblaient. Un aSteux trait de lumière

— Marne traversa Tesprit; je reculai en le regardant, n porta un poing à son front avec désespoir... Je ne ws retenir un cri.

— Tais-toi, malheureux I reprit-il d'un ton qui me fit peur; ce n'est qu'une irrégularité momentanée... mes afEetires se rétabliront, et je dédom« magerai les intéressés; mais songe que la moindre indiscrétion peut me perdre 1

Il m'expliqua alors longuement les embarras dans lesquels il s'était trouvé, me développa tous ses plans^ et me fit la liste de ses ressources. Je récoutais, mais sans entendre; j'étais attéré. Je ne repris ma présence d'esprit que lorsqu'il me demanda de continuera ne point regarder pendant quelques semaines. Le sentiment de ma responsabilité me revint alors tout entier, et je compris ce que ma situation avait d'alTreux.

— Excusez-moi, repris-je en balbutiant ; je puis n'avoir rien vu de ce qui était confié à d'autres, mais non pas de ce qui a été mis sous ma garde ; à partir d'aujourd'hui, j'abandonne ma place de surveillant.

— Pour qu'on m'en donne un autre qui pourra

ftA^ le» méniee âéeoi^rertes et qui me tiendra ft sa mertiy s'écria l'êuraliitecte amèrement ; fespérate rous trouver plus de complaisance, Pierre Henri, et surtout plus de mémoire I...

-» Ah î ne erdj^a pas que j'aie rien oublié^ monsieurl m'écriai-je, remué jusqu'au fond du cœur ; je sais que jeyous^dois tout, et ce que j'ai tous appartient...

Il fit un mourement»

— Ne prenea pas ce que je dis poar des mots, ^joutai-je plus fbrt ; en réunissant mes ressources, je puisavoir dans quelques jours, onze mille firancs. Au nom d^DieuI prenez-les, tftchez de tous procurer le reste, et acquittez-yous !

J^àTais les mains jointes ; M; Dupré resta quelque temps sans répondre; lui-môme était trèsagité; enfin il me dit avec abattement :

— C^est impossible Je tous remercie, Pierre

Benri, mais it est trop tard; je tous ruinerais sans me sauver; tous ne pouvez savoir tout...

Il s'arrêta. A n\)sais le regarder, et je ne pouvais parler ; il reprit, après un silence : —Faites ce que vous vouliez...!, donnez votre

démissioû.... Toat ce. que je vous demande, c'est le silence sur ce que vous n'auriez point dû connaître.

n me congédia d'un geste^ et Je sortis tout hors de moi.

Ce fat environ un mois plus tard que Ton me proposa la grande entreprise qui devait me conduire en Bourgogne. Ge qui venait de se passer avec M. Dupré me décida à accepter. Sa vue me rendait malheureux, et le secret dont j'étais dépositaire me faisait trembler; en m'éloignant, il me sembla queje le laissais deirlàre moL MallxeureusAr amt, d'antres detaienMQ^omiaHre : j^apprîs peu après que tout avait été découvert, et .qu!à l'idée d'un déshonneur public, mon ancien patron avait perdu la tête et ^'était donné la mort.

Id le mémorial de Pierre Henri était interrompu. An milieu dfl coptes iPaiotee, do mémoireo do lirais ol do notes d'MWres se troHTAleat pourtant phisionn pages copiées, çà et \K ^^ indiesp tlon des sources; mais au haut desquelles le maître maçon avait éisil : Poon MES BKFsiiTsrI (maloiit deoréflsxISM moralis o«#« wwignemenU appropriés i lenrédocattoo^

HoIm naÎMf pour les enfaiiU de Pien« Henri. «- Ce tgam la eréetion dit aioc honunes. ^- Le mère de Wefhmy* ton. ^- Le tainboiir. — Les ein nutî^ei, — * L'aTOoeft et le payiaii*

PBSMiiBE NOTK.

Ce que la création dit aux hommes. — On sait que la plupart des essais tentés pour donner aux Indiens de l'Amérique du Nord le goût de l'agriculture avec les habitudes d'un établissement stable, sont restés incomplets ou infructueux. Les jésuites français au Canada et les missionnaires

anglais aux Ëtats-Uiiis ont vainement formé, à plu« sieurs reprises, des villages de Peaux-Rouges: l'humeur vagabonde qui semble inhérente à leur race, et l'horreur pour tout travail suivi, ont toujours dispersé ces colonies naissantes. Â peine si quelques hameaux indiens se sont maintenus sur cet immense continent ; encore les habitants n'y ont-ils point renoncé à la vie des forêts; souvent absents pour lâchasse ou pour des excursions sans but, ils laissent aux femmeà le soin de cultiver et de soigner le bétail.

Outre les instincts, pour ainsi dire héréditaires; qui entraînent les Peaux-Rouges vers la vie sauvage, le préjugé, qui rend le travail honteux pour rhomme, entretient chez eux ces déplorables habitudes. Lindien qui suit la tradition des ancêtres ne connaît que deux occupations dignes de lui, la chasse et la guerre ; tout autre emploi de ses forces est une sorte de dégradation.

Cependant il existe des exceptions individuelles. Un missionnaire américain, Heckewelder, qui a publié un livre sur les Mœurs et coutumes des Indiens^ raconte qu'il en a connu un dont l'activité soute-;

— «asnue avait réussi à créer une habitation abondamment fournie de tous les objetanécessaires à la ?iQ, et que Ton aurait pu comparer à «celle d'un.petit fermier américain. Comme il lui témoignait un jour son admiration et son étonnement;, l'Indien lui dit:

— Lorsque j'étai$ jeune, je^passais lesjouméeaà ne rien faire, oomme les autres PeauxrBoiiges, qui <]Usent que le travail est bon iseidement pour les nègres et pour les blancs. > mais un jour que. je m'étais assis sur les bords du Susquehannah, Je fus tt9f!fé de voiries m€ecky4ibifigm (lunes de mer>rassembler de petites pierres pour former 4ui entourage et déposer leur frai. J'allumai mar pipe etcontinuai à les regarder, lorsqu'un petit oiseauae mit à chanter. Je tournai la tète de son côté, et je le vis travaillant avec sa femelle à iaire son nid, touten chantant* J'oubliai la ^ass()ii et je juejnisà réfléchir. Je voyais lespoissonstmvaillergaiement dans Toau, et les oiseaux dans Tair; et, me regardant^ je vis que j'avais deux grands bras au bout des* quds étaient des maijdb que je pouvais ouvrir et feimer à volonté; que j'avais un corps robuste

80Ut6DUj»ar4euxfortesijainbes.4UB^ ni6

dis-ie, gu^ainsi fbnné. j'aie été créé pour idvre daas roisiyeté» tandis que leR oiseaux et les poissons, qui n'ont que leur bouche, travailleiàt joyeusement sans qu'on le leur dise I Le Grand-Esprit n'a* Yâllril donc aucun objet en vue quand il m'a donné ces membres? Cela ne. peut être.» Depuis j'ai élevé une cabane, cultivé du mais, et tandis que les autres passent leur temps à danser et eouffrent de la faim, je vis dans rabondance^ J'ai des dievaux^ des vaches, des cochons, de la volaille, et Je suis heureux. Vous voyez, mon ami, que, pour ai^eodre à réfléchir et à travailler, il suffit d'écouter ce iftM la création dit aux Peausi>IUmge$ comme aux vîsages pâles.

DEUXIÈICE NOTX.

Le tambour. — - Les hommes ne cherchent malheureusement les leçoQS 4e Texpérience que dans les actes importants qui intéressentleur fortune ou leur honneur ; ils négligent les mille enseignements qui naissent autour d^eux des faits les plus vulgaires. Engagés sur cette route diffidle de la

Tie^ ils ne s'efforcent point de reconnaître la bonne direction par les fossés ou les buissons; il leur faut des rocbers ou de grands arbres t Mais ceux-ci ne se montrent que de loin en loin, tandis que les autres se retrouvent à chaque pas ; le tout est de les voir et de les comprendre.

Je faisais hier cette réflexion en entendant le tambour d'un enfant.

C'est le fils d'un ami qui a tous les charmes de ses dnq ans; la santé qui fleurit, la joie qui vous égaie^ les caresses qui vous attendrissent Je l'ai tenudans mes bras le jour où il est né^ je l'ai vu grandir, et je dirais que je l'aime comme un fils si je ne savais pas ce que c'est que d'être père.

L'autre jour, je l'ai trouvé arrêté devant une boutique de jouets^ dans l'extase de la convoitise. Je Tai pris par la main, je lui ait fait faire le tour de l'étalage, et je lui ai dit de choisir. Imprudente permission 1 après une courte incertitude, l'enfant a choisi un tambour !

Depuis, je l'entends du soir au matin sous ma fenêtre, essayant toutes les ôa^iencs. Si je commence à Ure, il m'accompagne par un rappel ; si je veux

penser^ il me fait entendre le pas de charge ; si je cause, il m'étourdit en battant la retraite. Imposa Bible de compter sur un instant de repos 1 à toute heure et par tous les temps, l'apprenti musicien est là, frappant sur sapeaud'&ne. Tout le monde s'impatiente, et moi^ qui m'impatiente plus que tout le monde, je n'ose rien dire^ car je me sens la cause première de tout le mal : fai acheté le tambour l Que de gens en font autant chaque jour> et préparent eux-mômes ce qu'ils doivent maudire plus tardi

Vous d'abord qui gouvernez^ que ce soit une maison ou un empire, et qui engagea ceux qui vous obéissent dans la voie des gloires stériles^ en leur enseignant à faire du bruit plutôt qu'à étreheureux!

Vous qui fournissez à vos ennemis un prétexte d'accusation qu'ils vont faire retentir partout coutil votre nom i

Vous qui présentez à une imagination ardente de vaines espérances dont elle vous étourdira sans cesse l

Vous qui arrachez les paisibles à leur repos pour les lancer dans le tumulte de l'action I

Vous dont la pitime dMabBOt à L*iiV6Btiire, Véloge OU le bl&me, saaB floroir ce qu'A doit len lewnk aux autres et à YOUs-mémeBl

Ne £ûte8-v(Hi8 point tous pour kBèoauMS «a^w j'ai fût pour l'eniSuit î N^mtràmMMmmpmUun tamkourf

Son reteutisBement twas^pouBmiiira loogtamps et partout. Dbu veuille qu'il ne soit^iuHiirr^nt, jamais un remords !

Ifads j'entends mon petil> yaisia ^ pleuFS. n^ puis deux jours son père avait voulu exiger délai quelques heures de silence^ indociie à tous les avertissements, il a continué eon bruit , el l'«n vient de crever son tambour.

Éloquente leçon pour nous tous qui abusoos.da plaisir ou de la renommée. A la loogue^ la constance du sort se lasse, coanme celle du père derenfant ; quand la rumeur de notre prospérité a importuné tout le mimde, qndqu'nnfinitpaarilrire justice, il frq[>pe l'instr ament de notre joie, le bruit s'éteint^ et il ne nous reste plus qu'à pleiBcr le trésor perdu.

Gonsole-toi| pauvne enftmt I ce que. tu regrettes

aêm vite remplacé v maïs bientôt les épreuves deviendront^ plus sérieuses, et tu apprendras à tes dépens qm quiconque fait trop de brwt doit s'at-' t$ndr9 à voir or ewr non tambwr.

TRCHSiÈMB I90TE.

la mire d$ Wmhmgtom «^ On a dit que « c'étaient surtoQt les mècee qui préparaîeDt le» grands hoinines; » etpour leprouveFoaaJdsswé la liste der tous les personnages iUnsbBSi qui, depuis les Gificqoes^ furent élevés par des fiBmmes. Peutêtre eùtHbl été pltt8«xaci; d^étendre i'observatioD à tons les. hosunes^ oâèbBBft ou obseurs, et de dé- (darer que, leur earaotëre , leuv* conduite , leurs aptitaies mAmes, d^ndent, en grande partie, de réducationmatemelle.

Recevanl Tenfant à sa naissance, présidant à ses iflspiBSsions premières et lui montrant, avant aucun autre, les oheminfi de la vie, la mère est, en réalité, une institutrice toute-puissante qui décide des principes et des habitudes. Si elle transmet, te plui sautent, à ses flis son tempérament et ses

traite^ éBe ne leur commumque pas moins la physionomie de son &me. H semble que les germes^ bons ou mauvais^ conservés aurdedans d'elleméme^ se développent plus librement dans l'enfant élevé par ses soins, et c'est surtout dans ce sens qu'il est sa récompense ou son châtiment.

Parmi les mères qui ont pu regarder leurs fils comme la couronne de leur vie, celle de Washington occupe certainement une des premières places. Appartenant à cette vieille race virginienne que sa piété simple, sa probité et sa persévérance laborieuse avaient toqjours distinguée, elle éleva son fils Georges dans les habitudes stolques du tra* vailet du dévouement. Lorsque ce dernier eut atteint rfige de quinze ans^il voulut entrer dans la marine royale ; mais elle s'y opposa en déclarant qu'il devait vivre parmi ses concitoyens, travailler avec eux à transformer le pays, et mettre au service de ce dernier toutes les forces et toute rintelligence qu'il avait reçues de Dieu. Cette résolution hâta peut-être raffranchissement de KAménque en lui conservant le grand homme qui devait l'assurer. S'il tùi devenu ofiicier anglais, Washington eût

r^245 — sans doute bésité davantage : partagé entre son serment militaire et son patriotisme, il eût plus difficilement pris les armes contre rAngleterre, et eût trouvé chez ses concitoyens moins de confiance. Ce fait proteste en même temps contre Terreur des biographes qui ont répété, l'un après l'autre, que la mèrç de Washington appartenait au parti loyaliste, et qu'elle fit tous ses efforts pour 7 retenir son fils. Les historiens américains ont depuis longtemps fait justice de ce mensonge inventé dans rintérét du dramatique par des compilateurs plus occupés de l'effet que de la vérité. La mère de Georges s'effraya, il est vrai, de la lutte dans laquelle son fils s'engageait; elle craignait que l'inégalité des ressources ne compromit la cause américaine; mais elle ne tenta rien pour empêcher Washington d'accomplir son devoir.

Et comment l'aurait-elle pu quand sa vie entière avait été employée à le lui faire aimer? Elle vit Georges se mettre à la tête des insurgents avec inquiétude, mais sans faiblesse. Lorsqu'il essuya ses premiers revers, on ne l'entendit ni se décourager

ni 86 plaindre; quand vint le jour des triomphes, elle conserva le même calme.

Les Anglais, maîtres du New-Jersey, s'étaient éparpillés dans cette province, Washington, qui campait de l'autre côté de la Delaware, dit à ses

officiers :

— Nos ennemis ont trop étendu leurs ailes; il est temps de les leur rogner.

Et, traversant le fleuve, il remporta une victoire qui sauva l'Union américaine. Cette nouvelle flit apportée à sa mère par une foule d'amis qui accouraient pour la féliciter. Elle se réjouit avec eux 4u bonheur de la patrie; et, comme les éloges en l'honneur de Washington allaient toujours s'exaltant:

— Ceci est de la flatterie, Messieurs, dit-elle en redevenant sérieuse ; Georges se rappellera, j'espère^ les leçons que je lui ai données; il n'oubliera pas qu'il est tout simplement un citoyen de l'Union que Dieu a fait plus heureux que les autres !

Lorsqu'elle sut la prise de Gomwallis, elle ne songea point à la gloire de son flls^ mais elle s'écria. ;

•i^Dieu 9BitIoué! ncrtre potete egt libr0> el dms allons aToir la paix 1

\Jù ridie mariage a^frait fait de WaBfaingtoB un des prepriétaires les plw opulents de llbio»; il ¥OUlul bien des fois décider sa mère à^ venir demeurer dans sa belle habitation de Jfon^ F^nim; mois Me demeura toij^ours à FrédérickBliwg, sranreillant 1» petite fermeqfui luiétaitreatée peut douaire. A rage de quatre^-inq^t^en ane^ ou te voyait ^leore monter' à cheval tous te mâtine, panaittrir ses efaanpe et draner des ordres. Ses revenns étaient des pla^modeetei^ mai» aimteistféa avec tant d'économie, qu'ils loi penMttident de seeou* rir «n grand nombre de nttlheoseiii. Jamais , dattB ces temps de troidde^ un. compatriote; raiiLé par la guerre ne soHieita en vaâa sa généroailé : aœsi avait-elle coutume dédire :

«^ La charilé tfounire toii|oui3 queli|ue dioee dans les bourses qui nu sont paspereées*

Une msdadte crudle (un cancer à l'estomac) Tohligea eniln à garder la maison ; mais^ Ut encore elle s'ecciçail de radmiaistvation de ses attises.

Le colonel Fielding-Levis^son gendre, lui proposa un jour de s'en charger.

— Merci, ï*ielding, lui dit-elle ; je yeux bien que T0U8 teniez mes libres en règle, car vos yeux sont meilleurs que les miens ; mais pour le reste, je puis encore y veiller.

Elle fut près de sept ans sans voir son fils GeorgeS| toujours retenu à la guerre ; enfin, lorsque les armées combinées furent de retour à New-Tork, «Washington put prendre la route de Frédéricksburg. n envoya en avant un courrier pour faire demander à sa mère comment elle voulait le recevoir.

— Seuil répondit la mère.

Et le commandant en chef des troupes américaines, le maréchal de France, le libérateur de sa patrie, le héros du siècle, se rendit à pied à la maison de celle qu'il regardait, selon son expression, < non-seulement comme l'auteur de ses jours, mais comme l'auteur de sa renommée. »

Mistriss Washington reçut son fils avec une tendresse expansive ; mais ne lui parla point de la gloire qu'il venait d'acquérir; ce qu'il avait fiiit lui semblait tout simple.

— Je lui ai enseigné la Tertu^ disait-elle, la gloire n'est qu'une conséquence !

Elle lui parla de ses vieux amis en l'appelant par son petit nom d'enfance, et ne s'informa pas une seule fois des honneurs rendus partout au sauveur de l'Union. Cependant lorsqu'on vint l'inviter de se rendre le soir au bal donné par ses compatriotes en l'honneur des vainqueurs de Comwallis, elle l'accepta.

— Les jours de danse sont un peu loin de moi, dit-elle, mais je serai heureuse de prendre part à la joie publique.

Les of&ciers français^ qui faisaient partie de Tannée libératrice, avaient une grande impatience de voir cette femme extraordinaire. Elle parut, vers le milieu du bal^ vêtue du vieux costume des Virginiennes et, appuyée sur le bras de Washington, elle reçut les compliments de tout le mond^ avec bonté, fit quelques tours, puis se retira. Les Français restèrent confondus devsuit cette force et cette simplicité qui « la rendaient supérieure à sa propre grandeur. » En la regardant sortir avec Washington, Tun d'eux s'écria :

-«-«* De teDés mârefs font comprendre de tels enfiBints.

JMûsi 90D retour en Europe, Lafoyette se rendit

à Frédéricksbnrg pour voir la mère de son gêné-

wài, a conduit par un des petits-flls de mistriss

Wtohington, dit un biographe américain, ils ap-

pioehaient de la maison lorsque le jeune homme

if écria : -^ Voici magrand'maman 1 Le marquis de

Lafayette aperçut alors la mère de son honorable

«DQÂ qui traTaillait à son jardin. Le marquis parla

des heureux effets de la révolution, du glorieux

avenir qui s'offirait à rAmérique régénérée, paya

son tribut d'aoïitié et d'admiration pour Was-

khigton; mais àlous les éloges qu'il fit de celui-ci,

sa mèie népmidtt simplement qu'elle n'était point

Mirprise de ce que Georges avait fait^ parce qu'elle

VmmiÈ tôufours connu vraiment bon/ if Ainsi cette

ème naïve avait compris que toute grande action

iPtnail du oœw ;

Laftiyette ne quitta mistriss Wae^iington qu'alaràt lui avoir dmiaiidé et avoir reçu sa bénédie- UoB, comme s'il sê fAi agi de sa propre mère;. Lorsque Washingtan^ eut été nommé présent

dalanoumdie république, il vint voir 0a akm

—Le peuple, lui âit«il, m'a cheiâ pour pramtor magistrat des États-Unis, et je lôeus vous.liin mes adieux ; dès que le temps de tnas fom^km sera .acheTé, tous me reverrez daus laYû^gioie.

— Tu ue m'y trouveras plus I répondit sa mivc^ mais va, mon cher Georges,» acoompUs ta deatioéq^ et que la grâce du ciel ne t'abandonne ;pa8.

 ces mots, elle lui ouvrit ses bras : le président demeura longtemps le visage appuyé sur répaule de la vieille malade, dont les mains affaiblies ca* ressaient sa tète. Il vca^it .d'abondantes larotes^ et ne pouvait s'arracher à ce $upriôme emihrasfle» m^t; ce fut l'héroïque mère gui reprit; la pt»mière son calme et qui le congédia doueemanlL

Ses pressentiments ne l'avaient point tromptiq; elle mourut peu après, à l'âge de quatre^vingticii^ ans» a Bans ses derniers jours, dit le biQgECQ;rfie américain, mistriss Washington parla souvent 40 son hon Georges, jamais de L'iUu&tre général. » JSOb rendit le dernier soupir en recommandant à Xtet «on fils et sa patrie.

Xa fermeté stolque de cette twxsm remarquiU»

avait toijjours été tempérée par la piété; elle trou«^ TaitdâDSsa croyance une source inépuisable de consolations, et ce tendre courage qui en avait fait une chrétienne de Sparte! Chaque jour elle se retirai) dans la solitude des champs^ et là^ en présence de la création, elle avait^ selon ses expressionSi un entretien avec Dieu, et en revenait plus saine et plus affermie.

QUATRIÈME NOTE (potif ma fUe):

Les airs rustiques. — Les gens de la ferme se demandent ce que fera Jenny, en se montrant de l'œil la jeune fille qui vient des champs la faucille sur répaule. Jenny elle-même ne pourrait le dire : placée entre deux destinées^ elle ne sait encore que choisir.

Vers la montagne, sur l'escarpement revêtu d'un maigre pâturage^ est une pauvre cabane où demeurent sa marraine et Williams, le fils de la bonne vieille. C'est là que celle qui a longtemps remplacé sa mère voudrait la ramener. Bien souvent déjà elle Ta rappelée par ses messages, bien

souTent Williams est venu chercher sa réponse; mais Jenny ne sait que résoudre. Quittera-t-elle la grande ferme de Georges pour la petite chaumière où elle fut élevée? Échangera-t-elle les joies de la richesse contre les angoisses de Tindigence? Préférera-t-elle le pauvre ménétrier du village au riche laboureur^ Sera-t-elle la consolation de Williams ou le luxe de Georges?

La jeune ûUe hésite^ et cependant son esprit incline, à son insu, vers l'or et le plaisir. Elle compare, dans sa pensée, ces belles plaines couvertes de froment aux pentes rapides où Tépi de seigle perce le sol pierreux! En comptant les génisses dispersées au ntdlieu des grandes herbes, elle se rappelle les trois chèvres de sa marraine cherchant quelques broussailles amères dans les fentes des rochers ; et quand son œil s'arrête sur les vastes toits de la ferme dont les tuiles brillent au soleil, sa mémoire lui fait revoir la petite butte rongée de mousse, qu'un vieux lierre enveloppe et semble tenir suspendue au-dessus du ravin.

Où le bonheur sera-t-il donc plus facile, Tavenir mieux abrité ? De ces deux destinées, Tune semble

nedenandtr'que la bonne «vélonté d'être hearen; tandis que Tautre récktsie'lapatienoe, ledéroûment, le courage ! Rien que par obéissance à% raison^ ne faudrait41 pas choî^r la tâche la plos facile?

Jenny en est là de ses réfleiions quand die ap- Tive à la ferme. Sa faucille vient d'être suspendue au-dessus de la porte, près de celle de lasoBur de Georges qui Tattend et raceueille. Les deux jeunes filles causent à demi*voix, Tune gaie et caressante^ l'autre troublée et incertdne.

Tout À coup un air connu se^Mt ent^idre. BHe

tressaille et se retourne.

Anivé silencieusement prèschi seuil^ ^YiUiatts a déposé son bâton, s'est assis sansariendire.> et ià^ t«ous les rayons du soleil coudiant'6tson cbîûQuà ses jMeds^ il joue les airs de la mon^gœ.

Jenny écoute, joyeuse d'abord, puis attendrie. A chacun de ces airs se rattache un souTcnir ! Toutes les images du>passé se réveillent successivement; comme des oiseam endormis se ^redressent en ga« louillwt et en battant des ailes. Une main penliante et l'autre pensivement ramenée vers

— SK)5 —

tvisâge^ elle assiste arec uEio:émoiioanmette à eette éYOoation magique des: jeunesanaées.

D'abord elle se voit feible et timide, «gravissant les crétesaiguës sous Ja conduite de iWilliams qui la soutient, et airrachanti d'une ;main tremblante^ pour l'unique vache de sa. marraine, les touifes d'herbes poussées dans lesig^çures du rocher.

Puis elle a pris des forces ; elle peut suivre le jeune garçon à la pâture. Il a sculpté pour elle le bâton de coudrier qui lui servira de houlette ; il allume le feu de bruyère où cuisent les châtaignes qu'il est allé cueillir ; il drosse la hutte de ramée qui l'abritera de:la: pluie et du^soleil.

Oh ! comlûen de services ceodus ! que de sacrifiées devinés plus tard ! Gomme la pauvreté du fils et de la mère savait se faire opulente pour Torpheline ! La bague d'argent qu^elle a conservée ; la eroix d'or qu^elle ^sentsoussa main; les plus beaux rubans dont elle se pare aux jours de fête, tout ne lui est-il pas venu d'eux?

Et quaiid^la.maIadiePaf]iappée,<quede'veilles cpom kîdîqpttttear à.laBiort!^iquettesa:éjoui8san({es îquandelle a guéri! Oet.aif.ruslflque, Willian^ra

joué la première fois qu'elle a pu venir s'asseoir sous les sapins 1 Cet autre lui rappelle la première fête où ils ont dansé ensemble; ce troisième^ le retour des bergers de la montagne et la joie du jeune homme en la revoyant ; tous, quelque scène touchante dans laquelle la marraine et le fils lui apparaissent comme des anges gardiens 1

Oh ! joue, Williams 1 car chacun de tes airs lui fait mieux comprendre que les douces émotions ne sont point celles que procure la richesse, mais la bonne volonté ; joue encore^ Williams ! car elle se rappelle maintenant que depuis son enfance tu as marché dans sou ombre pour la protéger^ et qu'elle avait promis que tu ne la quitterais plus ; joue toijgours, WDliams ! car voilà que des larmes coulent sur ses joues enflammées ; les souvenirs du cœur sont les plus forts^ et demain tu ne partiras point seul ; demain ta mère aura deux enfants !

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