DEUXIÈME INTERMÈDE
DEUXIEME INTERMEDE
ES portraits si lestement croqués n'avaient pas réussi à chasser le froid que l'histoire de Vhomine fatal avait jeté parmi les convives. Il importait de le chasser au plus vite. Un bol de punch bien flamboyant nous rendit ce service. C'était notre geôlier, — devenu de plus en plus aimable à mesure qu'une douce ivresse nocturne s'était emparée de lui, — qui avait tenu à nous préparer lui-même ce réconfortant.
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Après quoi, la parole fut octroyée à Sylvain Rosé, bien connu de nous tous pour ce qu'il était non seulement le meilleur des gardes nationaux, mais encore le doyen des voyageurs en librairie.
Il était, de plus, conteur infatigable, et, nul ne sut mieux que lui échafauder une histoire dont la fiction suppléait souvent à la vérité banale ou défaillante.
Un détail qui intéressera ceux qui ont lu c( Robert-Robert » : Lié d'amitié avec l'auteur de ce conte devenu classique, il lui avait servi pour ainsi dire de type pour le Tarisien, celui qui raconte avec la verve endiablée que Ton sait, les aventures de son cousin Lave-
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nette et de son voyage dans la lune.
De fait, Sylvain Rosé, avant de se livrer aux joies problématiques du placement des livres, avait été marin et, comme tel, avait fait plusieurs fois le tour du globe bosselé que nous habitons.
Vivement sollicité par nous tous, Sylvain Rosé commença en ces termes :
Honorables éditeurs, nobles victimes de l'impitoyable discipline militaire, si c'était un effet de votre bonté de me prêter l'une ou l'autre de vos oreilles bienveillantes, ou toutes les deux simultanément; je me fais fort de vous débiter les très désopilantes, véridiques, mirifiques et abracadabrantes révélations du citoyen Monos d'après des docu-
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ments inédits recueillis par moi à bord du trois-mâts Le Fantoche, entre le 75'' altitude nord et le 153° longitude ouest, dans les circonstances que je vais avoir l'honneur de vous narrer incontinent.