MONOS . A BORD DU FANTOCUR I
pour me donner la main. Ne voulant pas être en retard de politesse, j'en fis autant; mais ayant mal calculé mon mouvement, je perdis l'équilibre, et crac! me voilà hors de la hune, tombant avec une vertigineuse rapidité et exécutant des culbutes dignes de faire envie au meilleur des clowns. En fin de compte, j'arrivais lourdement sur le pont du Fantoch:. La douleur du choc me fit jeter un cri formidable, et je m'éveillais en sursaut, toujours couché dans mon hamac, mais, chose singulière, éprouvant réellement une sensation de douleur!
— Quelle bête de rêve, me disais-je en m'é veillant complètement; je le dois sans doute à ce satané morceau de minerai que j'ai eu la sottise de pêcher cette nuit.
Une fois debout, je racontai mon expédition nocturne à Latulipe, qui
s'empressa de la raconter au quartiermaître; celui-ci n'eut rien de plus presssé que d'aller la transmettre au second enseigne qui, à son tour, la communiqua au premier, lequel en fit part au capitaine. En un clin d'œil, et toujours grâce à Latulipe, elle fit le tour du bord. Tout le monde en riait beaucoup et la chose en serait restée là, si, comme par un fait exprès^, le fameux bloc en question ne s'était déplacé à la suite d'un coup de tangage.
— Tiens, m'écriai-je en le voyant rouler à mes pieds, voilà l'objet auquel je dois l'honneur d'avoir fait la connaissance de Monos, suivie de ma folle dégringolade et de mon retour précipité sur le pont du Fantoche; attends, polisson, pour t'en punir, je vais t'offrir pour leur déjeuner aux baleines des deux sexes qui se pavanent dans l'onde.