‹ Souvenirs d'un vieux libraireChapitre 32 sur 39 · Seigneur, c'est parfait · texte numérisé non relu

Seigneur, c'est parfait

T. — Et le Seigneur, rayonnant de satisfaction, répondit : « Pour cette bonne parole, Lucifer, je te pardonne. »

VIII. — Srola Lucifer tue emi éedi elanrefni : li tiiliiov, iîu'd lues puoc, risiasser eripme'l rus erret, ertè tnassiup , te suJp erocne euq Jéhovah.

IX. — Te Lucifer tnanilcni's enu emèixuea siof, tid na Ruengies sec selpmis selorap : « Te tnatniop » . . .

X. — Jéhovah, tnaçnorf el licruos, adnamedà Lucifer, « Euq xuev-ut erid? » Siam iulec-ic, sïm ue edrag rap el èssap, en tuluov tniop relrap suas al essemorp ed n'ertè tuiop étéiuqni ed as esihcnarf.

XI. — Te Jehovah, étropme rap al étisoiruc, ml tifettec essemorp.

XII. — Srola Lucifer assilg nu liesnoc à l'elliero ed Jehovah. îulec-ic es tnapparf el tnorf, s'aircè : « Lucifer, /// sa nosiarl »

XIII. — Te iiep sèrpa, Jéhovah arit ed Adam, sruojuot ne lieninws, enu ed ses seiàc, ne amroj « Eva y> te Tanema à Adam ; Lucifer avuort nob ed ertîarapsid ne tnairces :

XIV. — « Iciov nom ervuœ, à ellun ertua « ellierap; ej sius ègnev, te rap Eva ej iares » lor ed al erret! »

8. — Alors Lucifer eut une idée infernale : il voulut, d'un seul coup, ressaisir l'empire sur terre, être puissant, et plus encore que le Créateur.

9. — Ft Lucifer s'inclinant une deuxième fois, dit au Seigneur ces simples paroles : « Et pourtant. »

10. — Le Seigneur, fronçant le sourcil. demanda à Lucifer : « Que veux-tu dire ? )) Mais celui-ci, mis en garde par le passé, ne voulut point parler sans la promesse de n'être point inquiété de sa franchise.

11. — Et le Seigneur, emporté par la curiosité, lui fit cette promesse.

IS. — Alors Lucifer glissa un conseil à l'oreille du Créateur. Celui-ci se frappant le front, s'écria : a Lucifer, tu as raison. »

13. — Et peu après le Seigneur tira d'Adam toujours en sommeil, une de ses côtes, en forma Eve et l'amena à Adam ; Lucifer trouva bon de disparaître en s'écriant :

14. — « Voici mon œuvre, à nulle autre « pareille; je suis vengé, et par Eve je serai (( Roi de la terre. »

LE MANUSCRIT DK MÛNOS 253

Je laisse aux penseurs humains le soin de préciser l'importance de ce document, qui donne une explication très inattendue sur l'origine de la femme. On comprend que ces quatorze versets aient été rayés des livres saints dés que l'influence de celle-ci se fut fait sentir, c'est-à-dire dés les commencements!

Je compte aussi sur la reconnaissance des philologues, archéologues et autres savants en a logues », à qui les quatorze versets, écrits dans une langue si prodigieusement préhistorique, fourniront occasion d'élucider bien des points restés obscurs jusqu'à présent dans leurs études sur l'origine des langues.

Malgré ma solitude, les siècles ont passé pour moi avec rapidité. L'ennui dit un proverbe, naquit un jour de l'uniformité; c'est dire que jamais il ne saurait s'emparer de moi. J'ai sous mes yeux le spectacle toujours merveilleux, des astres que la puissance divine a semés à travers les temps. Grâce à ma vue, développée com^me je l'ai déjà dit, plus puissante qu'aucun des instruments employés par les astronomes, je pénétre facilement dans le domaine des planètes, soeurs de la Terre. Je ne veux pas être désobligeant pour mes frères terrestres, et je passe sous silence les réflexions qui me sont venues bien des fois en comparant la félicité relative des habitants de Mars, Vénus et autres; mais franchement je me demande par

suite de quelle fotalité les habitants de la planète de prédilection du Créateur soient précisément les êtres les plus obstinés à se rendre malheureux?

Mais passons. Les étoiles ont leur destinée et les imperfections humaines sont peut-être des nécessités. Je reviens sur les merveilles du firmament qui absorbent la majeure partie de mon temps. Messieurs les astronomes sont loin de se douter de la grandeur du mécanisme céleste. Que l'on me pardonne cette antithèse : mais ce qui constitue le plus merveilleux de toute cette organisation, c'est précisément l'absence du merveilleux!

Un habitant de la Terre serait bien surpris, par exemple, s'il débarquait soudain cà un port quelconque de Mercure.

Il ne serait point reçu par des êtres fantastiques, mais simplement par un gen-

darme qui lui demanderait ses papiers!

La logique seule, superbe et implacable, a présidé aux choses. Pénétrer les régies de cette logique divine constituerait, selon moi, la félicité suprême. J'ai communiqué jadis cette pensée à un des poètes latins, qui l'a traduite de la façon suivante :

Félix qui potuit rerum cognoscere causas.

Ce désir, inné chez tous les êtres qui pensent, sera satisfait. Je pourrais en dire bien long là-dessus; mais on ne me croirait pas. Toutefois, je ne veux termi-ner ce chapitre sans lancer quelques mots de consolation à ceux qui souffrent des petitesses des humains et de leur étroitesse d'esprit :

— «Espérez, espérez follement; tout (( ce que votre pensée concevra d'espoirs a. n'atteindra pas la somme de satisfac-

« tion qui vous est réservée. La pensée « humaine, en effet, ne ne peut rien « concevoir d'impossible ».

De toutes ces merveilles, la princicipale, objet perpétuel de mes joies comme de mes soucis, c'est, à peine estil besoin de le dire, la Terre d'où je suis banni. Ceux qui cultivent la science des astres se rendront compte à peu près du spectacle grandiose auquel j'assiste; je dis (( à peu près, » car, les humains ignorent les facultés primitivement accordées à l'homme, et qui me sont restées à moi seul. Grâce à ces facultés, le tableau que j'ai constamment devant moi gagne en beauté et en intérêt.

C'est ainsi que, depuis six mille ans, j'ai suivi les évolutions des mortels.

On serait bien surpris, soit dit entre parenthèse, des contradictions qui exis^ tent entre la relation de ces faits consignés par moi, spectateur impartial, et celle publiée chez les divers peuples et à travers tous les âges avec l'esprit de parti que j'ai constaté et sur lequel il ne me paraît pas utile d'insister.

D'autre part, il n'entre pas dans mes vues de m'ériger en critique influent; je craindrais de m'attirer des ressentiments nuisibles au sort de mon manuscrit, si je ne couvrais pas d'un voile discret les misères morales, par moi obser\Tes, qui viennent s'ajouter aux misères physiques que la Nature, cette fille insoumise et capricieuse du Créateur, se plaît à répandre généreusement parmi les humains.

Le lecteur pensera peut-être qu'après

tout, ce qui se passait sur Terre ne pouvait être pour moi qu'un sujet de curiosité. Erreur profonde. On ne reste pas impunément devant un pareil spectacle. Dans une maison de fous, le médecin chargé de les guérir est souvent atteint lui-même.

Je n'ai point échappé aux conséquences de cette influence, comme on pourra s'en convaincre en Usant le récit qui va suivre et qui constitue la période la plus pénible de mon existence.

Un soir, en effet, j'étais absorbé par les réflexions qui m'étaient venues au sujet d'un récent événement terrestre.

Je ne sais plus quel peuple s'était rué sur un autre, ni sous quel prétexte.

Toujours est-il, qu'après une guerre

acharnée, où des milliers d'êtres avaient succombé, on venait de conclure la paix. Selon la coutume, les vainqueurs étaient en liesse, tandis que les vaincus contemplaient avec douleur leurs champs dévastés, leurs maisons en ruine. Les veuves et les orphelins des deux pays pleuraient leurs morts.

Le résultat pratique et malhonnête de cette guerre était consigné dans un « traité de paix et d'amitié perpétuelles » qui enlevait aux vaincus plusieurs provinces et un nombre assez respectable de milliards (cinq cents francs de ce pécule ont été remis, ainsi que je l'ai appris plus tard, à un poéte-musicien qui a composé un cantique de gratitude, chanté dans les temples des vainqueurs en l'honneur du Dieu des armées).

Soudain, une pensée singulière s'empara de moi : J'avais ramassé à travers

les âges un trésor assez considérable, consistant en métaux précieux, tirés par moi des entrailles de Monolithos, et en diamants d'une grosseur inusitée sur Terre. Ils étaient exposés dans une sorte de Musée ouvert à tous les vents.

S^emparer fallacieusement de ces joyaux devint chez moi une idée fixe.

Je rentrai cependant chez moi, mais grelottant d'une maladie qui m'était inconnue jusqu'alors, et qui s'appelle la fièvre de l'or! Elle ne me quitta qu'après avoir exercé ses ravages habituels :

aucune ruse ne m'est demeurée inconnue pour arriver à mes fins; j'ai épuisé toutes les perfidies que cette maladie engendre.

Enfin, j'obtins mes trésors si convoités, et dés le lendemain, devenu soudain extrêmement conservateur, je me mis à creuser des tranchées autour

de mon trésor, et à cadenasser les ouvertures dont je surveillais les alentours avec inquiétude !

J'avais été jusqu'alors, et un peu malgré moi, le maître unique de mon petit domaine extra-terrestre. Cette paisible possession si incontestée ne me parut plus suffisante. L'amour des grandeurs m'envahit.

Je tirai de mon trésor les matières nécessaires 3. la confection d'une superbe couronne dont je me ceignis solennellement le front.

A partir de ce moment, je lançais des regards provocateurs et insolents autour de moi. Des idées belliqueuses hantèrent mon esprit; il était heureux que la Terre et ses sujets ne fussent pas à ma portée; j'étais arrivé

à souhaiter la guerre pour le seul plaisir de me battre. Mon immortalité m'a préservé Je succomber sous le poids du ridicule qui d'ordinaire tue, et c'est vraiment dans un accès d'humilité que je rappelle ici cet épisode si pénible pour mon amour-propre.

J'en fus, d'ailleurs, puni assez sévèrement. Peu à peu je devins jaloux de ma grandeur; les prérogatives de ma couronne me pesaient. Des projets noirs ne tardèrent pas à naître. Comme souverain, je les repoussais avec indignation, et je me méfiais énormément de mon esprit d'indépendance. Je pris des mesures. Méfiance et mesures inutiles, comme on va le voir : j'avais pris de longue date la précaution de déjouer un coup de main et ma demeure n'était plus, à vrai dire, qu'un amas de fortifications.

Néanmoins, un matin, sous l'impression d'événements analogues observés sur Terre, mes projets de rébellion prirent le dessus. J'eus, au préalable, le soin de fermer hermétiquement les issues, portes et fenêtres de ma royale demeure, et je descendis dans la rue.

Tout d'abord, m'étant éloigné jusqu'à une certaine distance de mon palais que je traitai immédiatement de ce repaire de tyran, » je lançai des imprécations sans suite, mais aussi sans mesure. Arrivé en face de mon domicile, je me mis à dépaver la route avec acharnement. En très peu de temps ma maison était dans le plus triste état, car je la bombardais de tous les objets se trouvant à ma portée. L'air retentit de

mes cris de « déchéance! démission! »

dont j'accompagnais mes projectiles.

Finalement, c'est avec un enthousiasme indescriptible, mais aussi au milieu d'un désordre et d'une dévastation sans bornes, que je repris possession par la violence de ce qu'il m'eût été si facile de reprendre tranquillement.

Ma couronne, en tout cas, était irrévocablement condamnée; après l'avoir mise au rancard, ma préoccupation immédiate était de faire disparaître toutes les traces, tous les emblèmes de ma royauté éphémère et exécrée.

Dans les premiers jours, je me surpris néanmoins à regretter l'état des choses ainsi disparues. On comprend que je ne pouvais tolérer de semblables regrets. Aussi je construisis à la hâte^ et pour la première fois depuis six mille ans, un petit bâtiment, un mal-

retîro, au-dessus de la porte d'entrée duquel j'inscrivis ces mots:

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