‹ Souvenirs d'un vieux mélomaneChapitre 26 sur 29 · LE GHIEN DE L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

LE GHIEN DE L'AVEUGLE

falsaieni ensemble de longues promenades, et ils échangeaient de si doux propos, que le plaisir d'entendre dédommageait Edmond du chagrin de ne pas voir. Médor les accompagnait en amateur, et déployait des prodiges de pantomime qui signifiaient en langue canine : « Merci I Je ne suis pas jaloux I » Au retour, ils retrouvaient la marquise, qui décidément ne manquait pas à son programme. A force de tendresse et de bonté, elle réhabilitait les belles-mères.

Un jour, en septembre, madame de Gureuil, sa fille et son gendre étaient assis sur la terrasse, d'où Ton dominait le paysage. On attendait le facteur. Au bout d'un instant, Diane descendit dans le jardin situé au bas de la terrasse at encore plein des fleurs d'arrière-saison. De la place où elle était, elle vit arriver le facteur, qui remit des lettres et des journaux.

— Quel ennui I dit la douairière ; me voilà comme le podestat dans la Pie voleuse.,, j'ai laissé mon binocle dans ma chambre...

Elle voulut se lever. Dans ce mouvement, le Moniteur tomba aux pieds d'Edmond, qui le ramassa machinalement :

— Oh I bonheur Is'écria-t-il le front rayonnant de joie; Sébastopol est pris !

— Comment le savez-vous ? Vous y voyez donc assez clair pour lire le journal? répliqua la marquise stupéfaite.

Mais elle n'eut pas le temps d'éclaircir la situation. Diane accourait, aussi svelte, aussi légère que la divine chasseresse dont elle avait la pudeur et la beauté. Elle avait tout vu, tout deviné.

— Ah I bégaya- t-elle, le visage couvert d'une délicieuse rougeur; Bérthe m'a trahie!...

— A moins que ce ne soit, répondit-il, la caisse d'oranger derrière laquelle il était si commode de vaus écouter, le soir du bal, dans le jardin d'hiver de lady Stanley... Diane, je vous aimais comme un fou... Je soupçonnais une énigme... je m'étais fait votre espion.... me pardonnez-vous ?...

— Oui... à condition que vous me ferez cadeau de Médor; car ce n'est pas vous qui étiez aveugle; c'était moi !..

Page 1