‹ Souvenirs d'un vieux mélomaneChapitre 25 sur 29 · LE CHIEN DE L'AVEUGLE · texte numérisé non relu

LE CHIEN DE L'AVEUGLE

légèrement frisoté, au nez rose, aux yeux "tendres, qui répondait au nom de Médor, et dont la vocation était évidemment de conduire les aveugles h travers les âpres sentiers de la vie; un chien type, uù amour de chien I II fallait le voir dirigeant son maître dans les allées du parc de Gureuil; puis, dès que la marquise et sa fille paraissaient sur le perron, frétillant de la queue et regardant tour à tour Edmond et Diane, comme pour dire à l'un : « Bon courage I » et à l'autre : « Aimez-nous un peu I »

Diane ne tarda pas à rafToler de Médor; elle le comblait de caresses et de sucreries ; elle lui prodigua tant de gimblettes et de pralines qu'il faillit en faire tine maladie.

Cette situation se prolongea pendant quelques mois et ne manquait pas de douceur. On était à la fin de mai 1855. Un matin, madame de Gureuil dit à Diane :

— Chère enfant, je te trouve pâlie. On croirait que tu as un peu de fièvre...

— C'est que je dors mal.... je suis horriblement troublée... j'ai des remords... je songe sans cesse que je suis cause du malheur d'Edmond... Sans mon entêtement, sans mon refus, il n'aurait pas entrepris ce maudit voyage, et aujourd'hui il j verrait comme vous et moi...

La nuïrquise ne répondit pas. Sa fille reprit :

— Je voudrais réparer autant que possible le mal que je lui ai fait... Pensez-vous qu'il m'aime toujours?

— J'en suis sûre ; mais où veux-tu en venir?

Après avoir refusé le beau jeune homme dont les yeux se fixaient sur toi avec tant de passion, prétendrais-tu épouser un infirme?...

— Oui, murmura Diane à voix basse en se jetant dans les bras de sa mère ; les regards de ce beau jeune homme m'effrayaient... et maintenant cet infirme... je l'aime I

Edmond et Diane furent mariés dans la chapelle du château de Gureuil ; on n'invita, en fait de parents et d'amis, que le strict nécessaire. Cependant, en sa qualité de cousine et de «meilleure amie », Berthe de R... fut de ce petit nombre. Peut-être un observateur attentif aurait-il remarqué sur son visage une légère nuance de moquerie, tandis que les deux époux recevaient les compliments traditionnels. Quant à Médor, jl gardait son sérieux, et ressemblait à un auteur justement fier de son ouvrage.

Il ne fut pas destitué, au contraire ; seulement, le beau bras de Diane le réduisit peu à peu à l'état de sinécuriste. Elle s'emparait de son mari ; ils

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