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qu'elle cessera des ménagemeats inutiles envers les kéréliquei ennemie de F Eglise, et envers les puissances qui ne peuvent lui faire aucun bien. .Votre Sainteté est Souveraine de Rome, mais j'en suis l'empereur. Tous mes ennemis doivent être les siens. II n'est donc pas convenable qu'aucun agent du roi de Sardaigne, aucun Anglais, Busse ou Suédois, réside à Rome ou dans vos Etats, ni qu'aucun bâtiment appartenant à ces puissances entre dans vo» ports. Comme chef de notre religion, j'aurai tou-. jours pour Votre Sainteté la déférence filiale que je. lui ai montrée dans toutes les circonstances; mais, je suis comptable env^s Dieu qui a bien voulu se servir de mon bras pour rétablir la religion; et comment puis-je sans gémir la voir compromise par les lenteurs de la cour de Rome où l'on ne finit rien, où, pour des intérêts mondains, de vaines prérogatives de la tiare, on laisse périr des âmes,, le vrai fondement de la religion? Us en répondront devant Dieu ceux qui mettent tant de zèle à protéger des fnariages protestants, et veulent m'obliger à lier ma famille à des princes protestants, . . »
A cette lettre outrageante, le Pape répond, le 31 mars, par une digne et énergique protestation à laquelle sans doute n'était pas resté .étranger, le cardinal Consalvi. Napoléon ne l'ignorait pas, il avait à Rome auprès du Saint-Père, dans la personne du premier ministre, un puissant adversaire dont il
redoutait les talents et la fermeté. Cet adversaire duquel il disait : « Cesi là un homme comme f en ckerehe, i> il fallait s'en débarrasser à tout prix. Il fait ^OTs remplacer son oncle le cardinal Fescb, ambassadeur à Rome, par un agent obscur et servile^ le régicide Àlquier, auquel il confie le soin d'obtenir la révocation du secrétaire d'Etat. Mais celui-ci n'attend pas, il donne sa démission, et le cardinal Casoni, septuagénaire, est appelé pour le remplacer. Une fois PieVII privé de ses principaux conseillers, (( on détache du patrimoine de l'Eglise, lambeau par lambeau, les dernières provinces qui constituent l'indépendance véritable, la sauvegarde éss^tielle du Saint-Siège. Le passage incessant des troupes françaises à travers la Romagne, troupes qu'on oublie de payer à dessein, grève le trésor et appauvrit l'Etat ainsi que les particuliers. On s'empare de Rénévent, de Ponte-Corvo, pour en former l'apanage de Talleyrand et de Rernadotte. On cherche au Pape et au Sacré-Collége toute espèce de chicanes, on veut tenir l'un en tutelle, les antres en suspicion. D'incessantes escarmouches de plume entretiennent les inquiétudes. Napoléon a formé le projet d'être empereur d'Occident. Il dit que le sceptre pèse à la main débile de Pie VU et que sa tête aura assez d'une tiare à porter (1).» Mquier, pour précipiter les
(1) CRÉTivrNEAU'JoLT. V EçUse romoine en focc de k^Hévo-
lution.
évéDemeDts, el arracher Rome au Pape, a imaginé un moyen. Le 2 février 1808, une division française traversera Rome, se rendant à Naples ; Tambassadear fait semer le bruit que cette division doit occuper Rome ; on donne aux soldats pontificaux l'ordre perfide de faire feu sur les troupes françaises au moment oii elles s'empareront de la porte du Peuple, et on espère ainsi donner un prétexte à la violation de la ville sainte. Mais le Pape a été prévenu, le complot échoue et Pie VII, « dont ladiplomatie essaya défaire un agneau seréveillelion.Le 30 janvier 1808, il réunit autour de lui le Sacré-Collége et la prélature, puis, revêtu de sa chape pontificale et assis sur son trône, il commande d'introduire Alquier, appelé au palaisparun billet de la secrétairerie d'Etat. Alquier se présente, et le Pape lui adresse ces paroles :
« Vous êtes un de ceux qui ont voté la mort du roi de France. Ce crime exécrable devrait remplir d'horreur le reste de vos jours et vous faire changer de conduite dans les événements politiques; c'est tout le contraire que vous avez fait.
« Vous avez tenté de compromettre le Saint-Siège, nous-même et nos fidèles sujets, si la divine Miséi^icorde n'était venue à notre secours. Tout est conau, savez-vous? Nous connaissons tout et nous vous pardonnons.
« Dites à votre souverain que, nous confiant en ses paroles sacrées, nous avons entrepris un voyage
bien pénible dans Tanique bat de former une seule Eglise, laissant le Saint-Siège sans son chef. Il a manqué à tout, mais ce n'est pas à nous qu*il a manqué de parole, c'est à Dieu... »
Cette protestation sublime ne servit de rien; on se passa d'excuse pour légitimer le plus coupable de tous les attentats, et le 2 février la division française entra dans Rome sans résistance, s'empara de toutes les portes, de tous les établissements publics, et comme pour' empêcher le Saintr-Père de se mé^ prendre sur la position qu'on venait lui faire, des canons furent braqués devant le Quirinal où Sa Sainteté fut gardée à vue, après qu'on eut éloigné d'elle tous les cardinaux, tous les prélats qui pouvaient adoucir sa captivité.
Enfin, le 17 mai, la foudre éclate, déchirant tous les nuages qui jusque-là l'avaient cachée. Un décret impérial daté de Schœnbrunn, supprime la puiâsance temporelle des Papes et déclare Rome ville impériale et libre, La veille du jour oiicedécret vaêtre promulgué, Pie yil adresse à ses biens-aimés sujets et à toute la chrétienté une digne et courageuse notification dans laquelle il proteste contre la spoliation de tous les droits de Dieu et de l'Eglise et rejette a avec la volonté la plus énergique et la plus formelle, la dotation que l'empereur des Français avait l'intention d'assigner à Sa Sainteté et aux membres du Sacré- Collége. » Il termine en conjurant le Père-Suprême
dès lumières, de daigner changer les conseils de ses; persécuteurs.
Cette notification fut bientôt suivie de la fameuse bulle. « Quum memoranda, » qui, sans frapper di-; rectement Napoléon, qu'elle ne nomme pas« fulmine anathème contre les spoliateurs de la chaire aposto* lique et contre leurs adhérents (l).»L'empereur ignorait encore le terrible châtiment qui pesait sur sa tête, lorsque, le 10 juin 1808, il écrivait à Murât la. lettre suivante :
a Je vous ai fait connaître que mon intention était que les affaires de Rome dissent conduites vivement et qu'on né ménagea aucune espèce de résistance. Aucun asile ne doit être respect, si on ne se souniet pas à mon décret; et, sous quelque prétexte que ce soit, on ne doit souffrir aucune résistance. Si le Pape, contre l'esprit de son Etat et de l'Evangile, prêche la révolte ou veut se servir de l'immmensité de sa maison pour faire imprimer des circulaires, oa doit l'arrêter. Le temps des scènes est passé : Phi- * Itppe-le-Bel fit arrêter Boniface VIII, et Charles-. Quint tint longtemps en prison Clément VU, et. ceux-là avaient fait encore moins. Un prêtre qui prêche aux puissances temporelles la discorde et la. guerre, au lieu delà paix, abuse de son pouvoir.(2)»
(i) Crétinneau-Joly. V Eglise romaine en face de la Kévoiution.
(2) Quelques années plu3 tôt, le Pape n'aurait pu, dU gré
Ces ordres sacrilèges dev$iient être fidèlement exécutés. Le 5 juillet 1808, une attaque nocturne avec escalade et effraction fut dirigée sur le vieux palais des Papes, et un général de gendarmerie, nommé Radet, pénétra avec la force armée jusqu'auprès de la personne de Sa Sainteté dont il s'empara. Si on laissait le Saint-Père à Borne, il était à craindre que son peuple ne le délivrât; la colère des Transteverins était surtout à redouter. On Femmena donc de Rome, et après avoir traîné le saint captif de Rome à Florence, de Florence à Gênes, de Gênes à Alexandrie, d'Alexandrie à Savone, on finit par le conduire à Fontainebleau où il subit cinq années d'une dure captivité. « Voilà le dernier Pape qui passe sous cette porte, après lui il n'y en aura plus,» s'était écrié un des chefs du complot, en voyant le Pohlife suprême passer prisonnier sous les portes du Quirinal. 11 ne pouvait pourtant pas ignorer que neuf ans auparavant, lorsqu'on ne « disait la messe en France qu'au fond des souterrains et des déserts, les ré^volutionnaires victorieux voyant leurs bandes garnies de prêtres apostats, plmnbaient à Valence le cercueil d'un ci^if qui était le dernier Pape. (1) »
de Bonaparte, prêcher assez vivement la guerre aux Anglais, et à ce moment même le clergé français n'était-il pas obligé de prier pour là guerre ?
(1) Louis Veuillot. De quelques erreurs^ etc.
Mais ce qu'il ne pouvait prévoir, c'est qu'à peioe dix ans plus tard, le géant du grand drame impérial, enchaîné au rocher aride de Sainte^Hélène, ferait supplier spontanément le Souterain^Paniife réintégré sur le trône de saint Pierre, de vouloir bien lui envoyer un prêtre, « La tempête a passé sur le front de Napoléon, il est abattu comme ces vieux chênes dont les ouragans touchent la terre. Il ne lui reste plus qu'une misère souveraine et la souveraine miséricorde. Le captif, en proie à toutes les tortures^ se voit périr en détail. Il semble alors se dire avec Montaigne : «Arrivé à ce dernier ràle de la mort, et de nous, il n'y a plus que feindre; il faut parler français, il faut montrer ce qu'il y a de bon et de net dans le fond du pot. »
« L'empereur le montra très -sincèrement, trèschrétiennement ; puis il mourut avec la bénédiction et les regrets du Pontife qui l'avait tant aimé. » (1)
Après la chute de l'empire, les membres exilés de la famille impériale trouvèrent à Rome une paternelle, hospitalité, et Lucien Bonaparte reçut de la générosité du Pontife, avec le titre de prince romain, le pa-^ lais qu'il habita et qu'habita depuis son fils Charles, l'un des triumvirs. Lorsque le nom du captif d^ Sainte-Hélène était voué à l'insulte et à la malédiction par la diplomatie européenne. Pie YII est le
(1) CaÉTiNNEAu-JoLT. L'EgHse rotmUne en face de la HévQ^ lulion.
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' seul souverain qui osa élever la voix en faveur de son ancien persécuteur. Le comte Gabriel Yerri, dans rintention de faire publier un ouvrage de son père, intitulé : Lotta de Flmpero col saeerdogis fra Napoleone Bonaparte et Pio VII, en avait soumis le manuscrit au Pape. Sa. Sainteté, après s'en être fait rendre compte par le cardinal Galoffi et par di Gregorio, avait fait appeler le cardinal Consalvi, et lui avait dit : « Arrangez les choses de manière à ce que ce manuscrit ne voie pas le jour. Napoléon est malheureux, très-malheureux. Nous avons oublié ses torts ; TEglise ne doit jamais oublier ses services. . . . Ce livre pourrait aller à Saint-Hélène, et les Anglais auraient bien soin de le mettre sous les yeux de Nap9léon,.en lui apprenant que j'en ai autorisé la publication. Savoir que cet infortuné souffrirait par nous, est déjà presque un supplice, surtout au moment où il nous demande un prêtre pour se réconcilier avec Dieu. Nous ne voulons, nous ne pouvons, nous ne devons participer en rien aux inaux qu'il endure ; nous désirons, au contraire, du plus prode notre cœur, qu'on les allège et qu'on lui rende la vie plus douce. Quand vous écrirez au prince régent, demandez-lui cette grâce en mon nom, et faites dire au fils du comte Yerri de garder dans ses archives cet ouvrage absolument inutile à la gloire paternelle. » (Lettre du cardinal de Consalvi à la duchesse de DevoEshire, 3 juin 1818.)