‹ Souvenirs d'un voyage à Rome: quelques mots sur la papautéChapitre 12 sur 13 · BOSSUET · texte numérisé non relu

BOSSUET

La discussion qui vient d'inaugurer, dans les deux principales assemblées de la France , l'ère de liberté dont le décret du 24 novembre a bien voulu nous faire l'honneur de nous juger dignes, a jeté sur toute la question italienne et romaine surtout , une telle lumière qu'il serait difficile aujourd'hui de s'abuser encore sur la position créée au gouvernement pontifical.

Les réquisitoires de messieurs les Ministres pour faire suite à l'acte violent d'accusation sorti d'un des départements du

ministère de Tintérieur, sous an haut patronage, ont prouvé avec excès que tout en protestant stérilement jusqu'au bout, on était bien décidé à sacrifier le pouvoir du Chef suprême de FEglise. Quel est le but secret vers lequel tend ce parricide ? Quelle est Tarrière-pensée qu'il recèle? On n'a pas encore jugé à propos de nous le dire. Mais que nous importe après tout? Que le vrai mobile soit un esprit exagéré de condescendance vis-àvis de l'Angleterre ; que ce soit la peur du poignard italien ; l'intention d'excuser de nouveaux projetsde conquêtes pour l'avenir, et d'établir quelque part une monarchie ayant à sa tête le pt-ince qui a si vigoureusement pris le parti de l'Italie unitaire et révolutionnaire; ou bien encore le rêve ambitieux d'une Eglise nationale avec l'Empereur pour chef suprême. Tout cela nous est fort indifférent ; pour nous catholiques, le fait seul subsiste, c'est lui seul qui nous préoccupe.

Ce qui ressort clairement aussi de cette discussion , plus animée qu'on aurait pu le

prévoir; ce qui ressort de la corrélation des documents diplomatiques qu'on a bien voulu soumettre aux Chambres et de ceux qu'on a cru devoir leur cacher, c'est que le gou-vernement français, pour peu qu'il adopte le programme de l'ancien chef de sa police ou du prince du sang devenu tout-à-coup orateur, se mettra infailliblement dans la situation critiqué de ne pouvoir se soustraire à l'une ou à l'autre de ces deux terribles accusations : Accusation de complicité d'une part, c'est-à-dire de duplicité, d'hypocrisie; accusation de faiblesse, de l'autre, c'est-àdire de lâcheté I

Ou bien, dès le commencement de la guerre d'Italie, vous aviez promis Rome au Piémont, et toutes vos protestations de dévouement au Saint-Père ne sont que mensonge ; ou bien vous avez été impuissants à faire prévaloir votre volonté, celle de la France dans une lutte que vous avez engagée , et dont elle a fait les principaux frais.

A quelque point qu'en soient arrivés les événements dans leur marche rapide, il

reste bien encore un moyen au gouvernement de mettre son honneur à l'abri : Ce serait de dire nettement et sans équivoque, comme il convient à un gouvernement français :

La France garantira au pontificat tout ce que, depuis 49, elle couvre de son drapeau, elle le lui garantira envers et contre tous, aussi bien contre le Piémont que contre la révolution qui (cela n'est que trop prouvé), ne font qu'un ; et maintenant ce qu'elle a stipulé dans le traité de Villa-Franca, elle ne cessera de protester contre les annnexions osées par Victor-Emmanuel, au mépris du droit, de la justice, de la simple loyauté.

En revenant sans hésitation à cette sage politique, qui terminait noblement, et qui aurait dû couronnerd'une manière définitive la glorieuse campagne d'Italie, l'Empereur n'aura plus à craindre de s'aliéner la partie la plus saine de la nation ; j'entends celle qui a conservé la foi, le culte du beau, du bien, de l'honnêteté et la force du dévouement :

elle a su le prouver dans maintes circon-

stances. De cette façon aussi il rendra, dans la paix, à notre drapeau, la position qu'il s'était si valeureusement acquise sur les champs de bataille, en face dune des plus belles armées de l'Europe, et donnera un éclatant démenti à cette grotesque supposition que nous pouvons trembler devant les menaces de l'Angleterre ou les dédains du Piémont, nous qui avons battu en quelques années les bataillons russes et les bataillons autrichiens.

Enfin, et cela ne doit pas être d'un faible poids, l'Empereur y gagnera de ne pas laisser échapper le plus beau fleuron de la couronne que lui a confiée la France :

Le titre de fils aîné de cette Eglise dont les bénédictions, si nécessaires à toutes les dynasties, ne feront pas défaut à la sienne.

Parmi les principaux arguments que l'on emploie pour entraîner la France dans une voie fatale et honteuse , on fait valoir à grand renfort de bruit et de scandale :

1 " Le respect que l'on professe pour les

vœux des populations, pour le suffrage universel ;

2!" Les exigences du fameux principe de non-intervention ;

3** L'impossibilité où se trouve le gouvernement français de rompre avec son allié d'hier ;

4"" La mauvaise volonté, l'ingratitude du Saint-Siège.

Et enfin, pour couronner dignement l'édifice, on déclare traîtres à la patrie, conspirateurs , tous les catholiques fervents , tous ceux qui demandent au gouvernement l'exécution des promesses dont il n'eut pas été permis de douter, il y a quelques mois, sous peine de prison ou de banissement.

Le respect du suffrage universel !

Certes on comprend le culte du gouvernement pour cette grande et belle combinaison, de laquelle il est miraculeusement issu. Nous aussi, nous admirons sincèrement ce principe en vertu duquel les nations sont appelées à prendre part à leurs propres

affaires. Nous aussi, nous sommes profondément attachés au suffrage universel ; mais osez-vous bien appeler ailisi Tignoble parodie dont l'Italie fut le théâtre? Parodie terrible, qui mettait le votant en demeure de choisir non pas entre un oui et un non , mais entre un oui et le poignard.

Qu'était-ce donc que ces votes arrachés à la terreur, à la faiblesse ! Consultait-on les peuples, pour savoir s'ils préféraient à leur gouvernement celui qu'on voulait leur imposer? Non vraiment, cela eût été trop risquer : on ne leur demandait pas l'émission d'un vœu, mais une absolution pour un fait accompli ; on les mettait, par de sauvages invasions, dans l'alternative d'accepter, de subir un joug étranger, ou de s'abandonner toutentiersàlarévolution, à l'anarchie qu'on avait fomentée et que l'on venait organiser.

Comparez les chiffres des électeurs et ceux des votants dans le royaume de Naples, à Naples môme.

Quelle imposante, quelle touchante majorité ! . . .

La menace était insuffisante, le poignard ne pouvait effrayer que les malheureux qui avaient une fois mis le pied dans les salles électorales, il fallait encore attirer les électeurs, et les moyens de séductions ne furent pas ménagés. Ils sont aujourd'hui connus de tout le monde.

Le suffrage universel dans de telles conditions! Ah! prenez garde de trop le dé— fendre , vous ne pourriez le faire sans porter atteinte à votre origine.

Vous qui vous souciez tant du vœu des populations, vous ne trouvez pas une parole d encouragement pour la noble et malheureuse Pologne ; et les cris de désespoir des chrétiens d'Orient qui vous supplient de ne pas les abandonner, vont se briser contre les froids calculs de l'Angleterre, cette autre adoratrice des nationalités, qui répondait hier aux Indiens avides d'indépendance et de liberté, en les attachant à la gueule de ses canons, et qui demain répondrait de même aux Grecs des Iles Ioniennes, s'ils essayaient de secouer son joug.

Le culte du suffrage universel n'est du reste pas le seul que vous professez ; il en est encore un autre qui vous lie les bras et paralyse vos pures intentions : J'entends le principe de non-intervention, principe sublime qui serait un pas immense vers/apata?

universelle, sll était consciencieusement respecté par tous, mais qui, inflexible pour les uns, élastique pour les autres, devient un puissant instrument de despotisme, de tyrannie, une arme redoutable placée dans la main des forts.

Ce principe ne vous a pas arrêtés, lorsqu'il s'agissait d'aller défendre la Turquie expirante.

Il ne vous a pas empêchés de franchir les Alpes. Personne aujourd'hui ne saurait être dupe de Tabsurde fable d'une agression autrichienne.

La politique qui vous poussait en Italie était préparée de longue date, vous l'aviez inaugurée en appelant le Piémont à participer à la guerre de Crimée, pour lui donner le droit de siéger au Congrès de Paris.

Vous Taviez scellée par le mariage du prince Napoléon, et les paroles de TEmpereur à Fambassadear d'Autriche (1 "' janvier 1 859) devaient servir à en masquer le vrai mobile : d'un côté, Tambition la plus effrénée, de l'autre, le désir de s'affranchir d'un voau terrible.

Mais prenons les choses au lendemain de Villa-Franca, Vous vous êtes interdit, à partir de ce moment, d'intervenir, même lorsqu'il s'agirait de faire respecter votre parole et l'honneur outragé de la France. Mais, quoique vous fassiez, votre présence dans les Etats spoliés du Saint-Père, malgré son inefficacité, n'est pourtant autre chose qu'une intervention. Enfin vous vous étiez prescrit la loi de ne pas vous immiscerdans les afifeires de l'Italie ; cette loi, vous Timposez à l'Autriche, vous n'hésiteriez certainement pas à l'imposer à l'Espagne, et vous n'en affranchissez que les Piémontais : à ces forbans tout est permis ; ils ont le droit de tout entreprendre ; grâce à votre /ame«-/aiVc, ils n'ont rien à redouter.

Cette attitude, savez-vous bien? ressemble terriblement à une complicité. Que penseriez-vous de l'homme qui dirait à un enfant hargneux : Insulte et frappe qui bon te semble ; va, ne crains rien, je suis là pour te défendre , si on t'attaque ?

Mais, direz-vous, nlnter venons-nous pas à Rome? Je viens de le reconnaître. Ne sommes-nous pas intervenus à Gaëte? C'est vrai ; mais à Gaëte comme à Rome, pourquoi faire les choses à demi? ou votre intervention est juste et loyale, alors elle doit être sérieuse ; sans quoi, que signifient ces comédies qui ne satisfont personne?

Ce que nous vous demandions, ce n'était pas, comme on a fait semblant de le croire, une intervention armée; elle n'était pas nécessaire, et vous le savez bien. Il suffisait d'un mot, et le Piémont n'eut certainement pas provoqué la lutte, en présence d'une volonté nettement exprimée. La France, s'eston écrié, ne pouvait pas border de ses troupes la frontière des Etats pontificaux, et dire aux Piémontais : Vous ne passerez pas.

Cela était impossible, parce que si un soldat, si un caporal piémontais avait cherché à forcer la consigne, c'était la guerre ! Splendide raison ! La guerre ! La craignez- vous donc tant la guerre? trembleriez- vous donc devant le Piémont? Si un soldat ou un caporal autrichien entrait en Lombardie, auriez- vous peur de la guerre?

Nous ne saurions assurément oublier (ce que vous avez cru nécessaire de nous rappeler) , que le Piémont est votre allié ; mais ce que nous contestons, c'est que ce titre dont il doit se trouver fort honoré puisse suffire à lui faire pardonner tous ses crimes.

Sous le prétexte que vous aurez obligé quelqu'un aujourd'hui , le laisserez-vous demain vous cracher au visage? et, parce que vous l'aurez cru digne de votre intérêt, vous croirez-vous forcé de le lui continuer, même lorsqu'il ne le méritera plus?

A-t-il donc tant de droits à vos ménagements, un allié qui méprise ouvertement >os conseils? « Qui fait plus que de les me-

priser, qui les calomnie, en donnant à entendre qu41s ne sont pas sincères. Rappel d'ambassadeur , dépêches menaçantes, déclarations qu'on s'opposera à telle ou telle invasion, il endure tout avec un perpétuel sourire. Ses généraux , comme ses journaux, se plaisent à faire croire qu'ils savent à quoi s'en tenir et qu'en faisant vite et bien ce qu'on leur défend, ils ne courent pas le risque de déplaire. (1) »

Voyez Testime de ces chers alliés pour la parole et pourlasignature impériale, voyez avec quelle audace ils se sont joués de la confiance de l'Empereur dans leurs réponses à M. de Talleyrand au sujet de l'expédition de Garibaldi, et dans la trop célèbre entrevue de Chambéry.

Eh bien, tout cela n'est rien! Tel est le privilège d'impunité dont jouit le Roi galant hommcy que M. Billaut et M. Baroche s'indignent du peu de respect avec lequel on traite sa royale personne, tandis qu'il semble na-

(1) M. le comte d'Haussonville. lettre au Sénat.

turel d'amasser toute sorte de calomnies contre le Souverain-Pontife, que l'on accuse hau* tement d'ingratitude, de mauvaise volonté, que Ton accuserait volontiers de cruauté et d'ineptie! (<)

Dans l'enceinte du Sénat un orateur a été jusqu'à parler de l'entêtement et de l'acharnement du Saint-Père; mais, comme cela a été dit dans la même assemblée : « il est des outrages qui honorent ceux qui en sont l'objet. »

Pie IX, ingrat envers la France, ingrat envers l'Empereur ! lui qui n'a jamais cessé, au contraire, de témoigner de son affection toute particulière pour notre pays, qui n'a jamais laissé échapper l'occasion de lui exprimer sa tendresse et sa reconnaissance !

Demandez à tous les Français qui ont eu l'honneur de s'entretenir quelques instants avec Sa Sainteté ! Demandez à tous les soldais

(i) (( Je ne puis m'empêcher, dit lord Russel, de voir dans le Pape un souverain doué d'une grande habileté, animé des desseins les plus généreux. Oui, c'est un homme dont le cœur est tout italien et qui bat pour le peuple italien. ))

qui ont fait partie de Tarmée d'occupation , si pie IX est ingrat.

A-t-onoublié, « qu a la demande de l'Empereur, le Saint-Père a bien voulu déroger aux lois canoniques, et autoriser le clergé français à unir le nom de S. M. à celui du Pape régnant, dans les cérémonies religieuses les plus sacrées ! Au \îanon de la messe et dans les litanies des saints, en 30rte que , indépendamment du 'Domine salvum, qui est prescrit en vertu du concordat, toutes les fois que, dans la célébration des saints Mystères, elles prient pour le Pape, toutes les Eglises de France prient en même temps et nommément pour l'Empereur ! (< )«

A-t-on oublié aussi que la rose d'or bénite par le Saint-Père fut envoyée à l'Impératrice , et que, quand la nouvelle télégraphique de la naissance du prince impérial arriva à Rome , le Saint-Père , interrompant l'office , se mit à chanter le Te Deum, et à prier pour la mère et pour l'enfant, dont quelques jours

(1) Mgr. le cardinal Gousset dans son discours au Sénat.

plus tard il consentait à être le parrain ? (1 )

Cessez donc de rappeler sans cesse à la 1

Papauté, avec une persistance qui finirait par ressembler à un reproche, ce que vous avez fait pour elle en 1849; personne ne songe à vous contester cette gloire dont la république française aurait pourtant bien le droit de réclamer sa part. (2)

Quant à la mauvaise volonté du Saint- Siège, à lentétement du Saint-Père, de quoi s agit-il? Reprochez-vousàPielXde n'avoir pas accordé les réformes que vous lui conseilliez? Mais à qui la faute?

Grâce à vous, Tltalie était en feu. T003 les Italiens se soulevaient, appelés aux armes par TEmpereur. Franchement était-ce le moment de proposer des réformes, surtout de les proposer publiquement, comme pour rendre la proposition plus humiliante?

(1) « Leparainage ne réussit pas à Pie IX. Jadis, à rhumble demande de Victor-Emmanuel, le Pape lui faisait rhonneur de tenir une de ses filles sur les fonts de baptême.

(2) On se rappelle que lors de la discussion sur les affaires de Rome, le prince Louis-Napoléon refusa de prendre part au vote.

Etait-ce surtout le moment de les appliquer?

L'Empereur sait bien, et il l'a prouvé, que ce n'est pas au lendemain d'une révolution qu'on peut accorder des libertés, bien moins eûoore au jour de la révolu^ tien (1).

Néanmoins te Saint-Père est tout prêt à établir les réformes que vous lui demandez ; il n'y met qu'une condition , c'est que ses Etats lui serontgarantis, c'est que la France, qui les occupe militairement, ne permettra pas qu'on se serve des concessions qu'il aura faites, pour renouveler contre son gouvernement les excès de 1848. (2) Que répondez- vous alors? Vous qui semblez ajouter un si grand prix à ces réformes, vous dites qu'une semblable garantie est impos-

(i) Les organes du gouvernement nous Tout assez ré* peté : La liberté ne peut être fondée que sur Tordre et sur la sécurité.

(2) Cette prétention du Saint*Père était si peu exorbitante que, dans la séance du 12 avril 1860, M. Baroche n^hésitait pas à dire : qu*un gouvernement à qui on conseille d« «lodi- Ger certaines institutions se conforme à ces conseilsi^ à la condition que son intégrité lui sera garantie ; cela se comprend !

sib le : — ^ue vous ne voulez vous engager à rien... (I)

Non contents de proposer au Saînt-Pèr^ des modifications dans son gouvernement, vous lui demandez 1 abandon d'une partie de ses provinces; de grâce, soyez donc an peu de bonne foi ! D'abord le Saint-Père ne doit-il par remettre intact à son successeur le patrimoine qui lui a été confié avec la tiare? Il en fait le serment solennel au moment de son élection. C'est quelque chose qu'un serment, et s'il en est de différente nature, celui que prononce le Vicaire de Jésus-Christ, en face de Dieu, peut, je pense, passer pour être de la meilleure espèce.

A cette considération qui est bien d'une certaine valeur, s'en joint naturellement une autre. Quel est donc le gouvernement qui, complètement en dehors de toute guerre, pourrait sans honte consentir au démembrebrement de ses Etats, à la cession de lapfus

(I) R44>onso de M. Waleski

minime partie de son territoire? Est-ce donc parce que le Saint-Père est feible et sans défense, qu'on né craint pas de lui faire une semblable proposition ? Libre à vous de le sacrifier; mais ne cherchez pas à l'humilier, vous n'y réussirez pas.

Le Saint-Père ne pouvait ratifier l'invasion sans abdiquer ; et abandonner au Piémont ce que celui-ci lui avait pris, c'eût été l'autorisera prendre le reste. Ecoutez donc ce que M. de Cavour pense des sages conseils de l'Empereur : « La lettre de l'Empereur (dit-il, le 26 mai 1860) nous a donné plus que nous n'avons obtenu à Palestro et à San- Marttno, La domination sacerdotale était pour nous plus préjudiciable même que la domination autrichienae. » Si on joint à cet aveu l'appréciation de lord John Russell sur la brochure ofiicielle : le Pape et le Congrès, on verra tout ce que l'ingratitude du Saint- Père envers Sa Majesté aurait de criminel :

« Nous ne pouvons pas oublier, écrit le ministre anglais, que la brochure : le Pape et le Congres a fait perdre au Pape plus de la

moitié de ses domaines. » Et poortant les promesses faites par FEmpereur lui-même au début de la guerre, répétées scdeuneliement par ses ministres, n-étaient-elles pa^ assez formelles? (1)

Mais ce n'est pas encore tout; il y avait une dernière injure à jeter à la face du Souverain-^Pontife ; on Ta accusé d'avoir changé son palais en un foyer de conspiration contre l'Empereur.

M. de Grammont, qui décidément joue de malheur avec ses dépêches (témoin celle qu'il adressa au consul général d'Ancône), avait découvert le complot, grâce sans doute à la vigilance d'une police par trop zélée, puisqu'elle avait vu circuler mystérieusement à travers les couloirs du Vatican des députations de farouches Bretons, qui arrivèrent àRome, quelques semaines plus tard,

(1) « Après ane déclaration officielle, laisser violer Thonncur de cette déclaration en se contentant de s'écrier : non, je n'y consens pas ; — n'est pas compatible avec la dignité et rhonneur du peuple français. »

(Là Fayette.)

non pas pour protester contre rBmpereur, mais pour s'enrôler dans l'armée pontificale.

A l'époque dont parle la dépêche, j étais à Rome, et à peu près au courant de la liste de tous les étrangers, de mes compatriotes surtout qui s'y trouvaient alors... Mais j'y songe, à moi seul j'étais peut-être aussi une des députations bretonnes. C'est en effet te 4 avril que le Saint-Père voulut bien m admettre à l'honneur d'une audience particulière, sur la demande de Mgr de Latour d'Auvergne.

Laissons donc là l'histoire de la dépêche, qui a déjà tourné au comique, et dont Tauteur a reçu de Mgr le cardinal Mathieu une si rude leçon (1), et passons à la banale accusation adressée à tous les catholiques.

(f ) « Si noire collègue a voulu parler de données particu*lières, de bruits de couloirs et d'antichambre, j'ignore ce qu'il en est; mais je sais que pour mon compte, je ne voudrais pts m'*engager dans ce dédale, et si j'apprenais que quelque part on se fût mal exprimé dans l'intimité, je serais assez sage pour ne pas appliquer mon oreille aux portes, et j'aurais le cœur assez grand pour repousser ceux qui le feraient. »

{Discours au Sénat.)

Lorsque M. de Larochejaquelein défendit au Sénat le pouvoir du Saint-Siège, le prince Napoléon, qui ne ménagea les injures à personne, débuta par celle-ci : «La brochure que le Sénat vient d'entendre, émane évidemment d'un saint conciie légitimiste et clérical. «C'était à l'avance condamner tous ceux qui prendraient la parole dans le même sens que M. de Larochejaquelein; et M. le duc de Padoue, M. Barthe, M. de Bourqueney, jusqu'au prince Murât, pouvaient s'appliquer une juste part de cette violence. Avec eux M. Leverrier, M. Dariste, M. Laity, M. Lebrun, le comte Clary, le duc de Trévise, le vieux général Gémeau, le prince de Wagram, le maréchal Regnault de Saint- Jean d'Angely, etc.. 60 sénateurs : légitimistes!

MM. Keller, Kolb-Bernard, Plichon, Lemercier, de Ségur-Lamoignon , etc. . . 90 députés : légitimistes !

Il faut avouer que le gouvernement impérial est bien peu solide, si, dans les rangs du Sénat il compte soixante personnages appartenant aux anciens partis, et quatre-vingt-

dix sur les bancs du corps législatif, parmi les députés qu'il a désignés lui-même au choix des populations. Mais non, le dévouement de ceux que nous yenous de citer n'est pas mis en doute ; il follait seulement effrayer les Chambres ; et on y réussit, en les divisant en deux catégories : amis et ennemis du gouvernement. c< Uamendement,\enr a-t-on dit, serait un vote de non confiance dans le chef de V Etat y et il ne nous est pas permis de juger les intentions de Napoléon III, lui qui a tant fait pour î Eglise, » On ne parlait pas, il est vrai, de la brochure par ordre de M. de Laguéronnière, ni des félicitations extraordinaires prodiguées par Tautorité au prince Napoléon au sujet de son discours. Vous accusez de se laisser aveugler par des rancunes d'anciens partis, tous ceux qui ont cru à vos promesses et en réclament l'exécution . Vous vous révoltez contre leurs doutes, leur peu de confiance, lorsque vos ministres viennent retracter aujourd'hui, à la tribune, vos paroles d'hier. Aujourd'hui, comme hier, ne sont-ils pas l'organe du gouvernement?

Nous avons été au contraire trop crédules; Vous en riez probablement, et vous nous considérez comme des niais que vous menez à votre gré.

Les évéques eux-mêmes n'échappent pas à l'accusation générale, eux dont l'influence a si 4)uissamment contribué à Télévation de Tempire ; on ne craint pas de les traiter indignement, à cause de leurs protestations courageuses. Toujours le môme système, vieux mais commode. Après Tinjuré, la menace (1); on voudrait, 0n leur retirant la parole, les avilir comme on aurait voulu avilir le Saint-Père, mais on n'y parviendra pas. Persécutez, vous ferez des martyrs, et le monde ne s'y méprendra pas ; loin de les blâmer, ces dignes apôtres de la foi, il les admirera, il les remerciera, parce qu'eux seuls presque, dans un moment où le courage civil est étouffé, anéanti, auront su donner l'exemple de cette noble et grande vertu. Oui, gloire à eux qui ont préféré

(i) Circulaire de M. Dclangle.

rhoûneur persécuté à la condescendance récompensée. Honneur à lepiscopat! Honneur au clergé tout entier !

Il existe, dit-on, des gens pour lesquels (par suite d'une étrange bizarrerie de la vue), tous les objets revêtent la même couleur ; le gouvernement de la France est bien certainement affligé d'une infirmité analogue, qui lui fait tout voir sous les couleurs des anciens partis, tout, jusqu'aux associations de charité. (1 )

Quand on proposa au Saint-Siège un secours de troupes fournies par toutes les puissances catholiques, autres que la France et r Autriche, il répondit qu'il préférait « la

(1) « La charité, elle-mcme, était un piège tenda aux âmes généreuses, et trop souvent la tolérance de la loi n'était que la complicité de mauvais desseins qu'elle couvrait sans les absoudre. (M. de la Guéronnière.) Ne croirait-on pas entendre les emportements du Siècle? Ce journal qui semble avoir adopté pour règle de conduite le mot de Voltaire à ses amis : « Calomniez, calomniez, il en reste toujours quelque chosel «vient d'être, comme on le sait, traduit devant les tribunaux, pour avoir ignominieusement outragé le président de la société de saint Vincent-de-Paul de Montpellier.

liberté de recruter Itti-même son armée , et qu'il accepterait avec plus de reconnaissance toutes les facilités que les gouvernements lui donneraient à cet efifet. (1 ] »

Ce refus était une conséquence de la même et généreuse pensée qui, au début de la guerre d'Italie, avait conduit le Saint-Père à demander l'évacuation des troupes françaises et autrichiennes, alors qu'il redoutait moins le danger de rester sans secours, exposé aux fureurs de la révolution^ que le conflit pouvant naître de la présence dans ses Etats de deux armées ennemies.

Pie IX voulait avoir une armée à lui, assez forte pour qu'il pût se passer de secours étrangers ; il en confia la formation et le

(1) Dons cette même réponse, le Saint-Pèrc refusait les subsides qui lui étaient offerts, et repoussait le système d'une rente inscrite au grand livre des Etats. Il ajoutait : « qu'il ne se prêterait qu'à une combinaison ayant la forme d'une compensation des anciens droits canoniques perçus sur les bénéfices vacants, et qui, par cela même, seraient irèa-difficiles à concilier avec les instUtuions acluelles de la plaparl des Etats contribuants, » Voilà cette fameuse phrase qui a fourni au prince Napoléon l'occasion de plaisanteries d'un goût au moins équivoque.

commandement au général de Lamoricière.

Pouvait-il mieux choisir? et tout le monde sait avec quel empressement le général vint mettre aux pieds du Pontife malheureux et menacé « son désintéressement , son génie plein de ressources, son activité infatigable, ses liens de famille si étroits, si chers, son épée, l'épée de Constantine qui assura la conquête de l'Afrique à la civilisation, par la prise d'Abdel-Kader, et contribua à conserver la civilisation de la France dans les journées de juin 1848. (1)»

Monsieur de Lamoricière réunissait au plus haut point tout ce qui pouvait le désigner au choix du Souveitin-Pontife : « Illustre entre tous par ses vertus militaires auxquelles les dures leçons de Texil » et l'exemple d'une femme éminemment remarquable « ont ajouté les vertus religieuses;» — français, — connu par ses idées libérales, il avait auprès du Saint-Père un parent (2)

(1) Alfred Nettement.

(2) M. de Lamoricière est par sa femme, M"* d'AubervilIc, allié î\ la famille des Mérode.

cf Prélat romain personneUement hostile à la politique impériale » qui se chargea d aller jusqu'au fond de T Anjou arracher au calme de la retraite, « moins (suivant M. de Laguéronnière ) le héros de Constantine que t homme politique^ sépare du gouvernement de son pays, (1) »

L'homme politique séparé du gouvernement de son pays! « Il faut un étrange sang-froid à ceux qui tiennent un tel langage, pour faire semblant d'ignorer que

(1) « Si le prince Napoléon s^éUil parfois mêlé à nos guerres d'Afrique, il n*aurait point parlé, comme il Ta fait, du prélat romain, ministre des armes, quMl appelle avec un superbe dédain le s.-lt beT^e. Quelques vétérans lui auraient raconté en Rabylie, sous la lente, que ce s.-lt, fils de Tun des libérateurs de sa patrie et neveu d'un homme glorieusement mort pour raffranchissement de la Belgique, M. de Mérode était venu en Algérie se htUire dans nos rangs, qu'il avait été bloqué avec le général Cavaignae dans Tlemcen, mis à Tordre du jour par le maréchal Bugeaud, décoré de la légion d'honneur pour sa vaillante conduite ; peut-être aussi lui auraient-ils raconté que ce s.-lt belge, plusieurs d'eii<tre-eux l'avaient retrouvé, en 18i9, sous les murs de Rome, vêtu de l'habit de prêtre, allant au milieu des ambulances soigner et bénir ses anciens compagnons d'armes. »

(MeKCIER de LiAGOMBE.)

Lamoricière , placé sous la double sauvegarde de son mandat de représentant, et d'une vie intègre, glorieuse, pure de toute tache, a été arraché de son lit, une belle nuit; que, perclus de douleurs, résultat non des plaisirs des grandes villes, mais de dixhuit années de bivouacs et de campagnes incessantes , il a vu ses membres assujettis dans une de ces étroites cellules oii Ton enferme les galériens, quand on les conduit au bagne ; qu'on lui a brisé son épée ; qu'il a été jeté en prison, de la prison mené en exil ; et qu'en mettant son retour au prix de son honneur, on Ta retenu sur la terre étrangère, jusqu'à ce que son fils unique

soit mort loin de lui. Voilà ce qu'on appelle, dans ce temps de confusion et un général séparé du gouvernement de son pays ! »

A**t-il dû se sentir assez ému, le héros africain, en lisant ces belles paroles sorties du coeur d'un ancien frère d'armes, et n'ya-^tHil pas dans un semblable hommage de quoi le consoler d'invectives qui ne sauraient l'atteindre ?

Sous prétexte que vous avez pour habitude de demander au courage la date des victoires remportées pour la France, voilà que vous faites un crime au Souverain-Pontife d'avoir appelé à lui , (avec votre assentiment) , « une gloire qui n'était pas estampillée aux. armes de votre dynastie. »

11 vous effraie donc bien ce nom de Lamoricière ?

Mais si Sa Sainteté avait offert le commandement de ses troupes à un général français en activité, ne Tau riez- vous pas accusée de tentatives de séduction envers vos serviteurs? Ne Feussiez-vous pas bien autrement attaquée, si elle s'était adressée à un général autrichien, napolitain ou espagnol?

Le Saint-Père ne pouvait songer à Torganisation d'une armée exclusivement composée d'Italiens (le rapport du général Lamoricière prouve avec surabondance ce qu'aurait valu une semblable armée); il préféra, lui, le père commun de tous les catholiques, faire appel à toute la chrétienté, à tous ses enfants.

' Tei est précisément le grand crime que vous reprochez à Pie IX. Son armée était une armée de partisans qui venaient protester contre l'Empereur, de conspirateurs qui venaient renouveler les scènes de Coblent2, etc.

Ainsi, Irlandais, Hongrois, Belges, Polonais, Bavarois, Suites, Italiens, tous ceux énlBn qui se sont groupés autour du drapeau de saint Pierre, cédaient au même mobile : la haine de TEmpereur ! Toutes les voix qui dans les deux mondes, se sont élevées pour prendre la défense du Chef suprême de l'Eglise lâchement persécuté , de la justice et du droit indignement violés, toutes ces voix étaient au service des rancunes des anciens partis ! Vous devez vraiment vous trouver bien à plaindre !

La confiance du Saint-Père ne s'était pas trompée ; ils furent nombreux ceux qui allèrent lui porter l'hommage de leur dévouement ; et je ne sais rien de plus touchant que ce concours de jeunes volontaires disant adieu à leurs mères, à leur pays, pour

aller mettre leurs bras au service de la plus sainte, de la plus grande de toutes les cau«*

Presque tous, en France surtout, quit* taient une existence brillante pour la vie du simple soldat, les douceurs de la famille pour les fatigues des camps. Ah ! qu'ils sont heureux, ceux qui ont pu répondre à l'appel de leur Père, et combien de fois n'aide pas regretté de ne pouvoir me joindre à eux ! Combien de foiô n'ai-je pas envié leur sort I En les voyant partir, la France aurait dû leur serrer la main, et leur crier : Courage! Au lieu de cela, qu'a-t-on fait? Oa les a laissé monstrueusement massa(»*er dans la plus révoltante de toutes les surprises, eux qui, sous les ordres d'tm général français, défendaient à deux pas de notre armée la même cause qu'elle. (1 )

(l)Pour envahur les Marches et l'Ombrie^ëerufier Tantlée qui les défendait, on aurait pu attendre au moins que notre corps d'occupation (fallait se retirer) eût quitté Rome. Eh bien! non, on dirait que le Piémont avait à copur de faire assister toute une division française, Tanne au bras, & ces

A quelque opinion qu'ils aient appartenu, ces croisés du XIX" sièch, ils étaient presque tous Français, et portaient pour la plupart des noms illuâtrés par dé nombreux services r^dus à la patrie. Ils étaient Français ; ils ont prouvé qu'ils étaient braves, et à ces seuls titres nous devions, sinon les soutenir, au moins arrêter leurs meurtriers. L'abandon de cette troupe héroïque sera une tache éternelle pour la politique du second empire, ce sera son 21 mars! (1)

massacres que Thistoire n'aura pas de mot assez dur pour flétrir.

(I) Proeh^cùndûmnaHon et exécution du due d^EnghUm, L*armée pontificale, forte de 17,000 hommes, était suffisante pour maintenir Tordre dans les Etats du Saint-Père, et lorsque M. thouvenel écrivait à M. de Grammont : u Vous n^apprendrez rien, je suppose, au cardinal Antonelli en lui disant que le général de Lamoricière croit que la sécurité du Saint-Père ne courrait aucun risque si nous nous retirions, et qu^ilse fait fort de la garantir contre tout péril intérieur. » n garantissait en quelque sorte les Etats du Saint-Père contre toute invasion extérieure.

Le gouvernement français n'admettait pas la possibilité d'une agression de ce genre, il devait même déclarer plus tard qu'il ne la tolérerait pas : « Si les troupes piémontaises pénètrent sur le territoire pontifical, l'Empereur sera forcé

Enfin ils avaient succombé, au champ d'honneur, on voudra bien Faccorder, je le pense, et on pouvait espérer que leur mort imposerait silence à leurs détracteurs. Hélas, il n'en est rien ! Après de nombreuses iajures, de nombreuses railleries, est venu retentir ce mot cynique : « Ce sont des mercenaires! »

Des mercenaires ! dites-vous? Mais vous ne comprenez donc rien? Le dévouement, Tabnégation, la foi, le courage, le malheur, tout cela est-il trop élevé pour votre intelligence?

Des mercenaires ! Ces paroles sacrilèges jetées à la face de familles en deuil, sur des tombes à peines fermées, resteront comme une honte ineffîiçable pour ceux qui ont osé les prononcer. Une insulte aux plus pures

de s^y opposer. Des ordres sont déjà donnés pour embarquer des troupes à Toulon. Le gouvernement de TEmpercur ne tolérera pas la coupable agression du gouvernement sarde* » M. deGrammontmffîrmequele gouvernement français n'a jamais voulu dire qu'il s'opposerait par la force au Piémont, et quand un ambassadeur de Sa Majesté affirme quelque chose, nous ne devons pas en douter. Les mots ont donc perdu leur ancienne valeur?

de toutes les douleurs ! Fi donc ! et l'un de ceux (car ils s'étaient mis deux pour une telle interruption), qui n ont pas rougi de cette hideuse parole, était un Breton, un Breton de la décadence, certes; il était gentilhomme, mais ses pairs le renieront, et il a déjà reçu son châtiment dans la lettre vigoureuse du comte de Ghampagny.

De grâce, lisez le récit des souffrances, le récit de la mort de ces braves que vous insultez à votre aise? Lisez leurs touchantes lettres, les adieux sublimes et navrants qu'ils adressaient de loin, à leurs mères, à leurs sœurs, à leur pays! Vous les retrouverez religieusement reproduits dans le livre de M. de Ségur : ks Martyrs deCaéteU fidardo. Lisez-les; et, si vous ne vous sentez pasémusjusqu'auxlarmes,cest que vous n'avez pas eu de mère; c'est que vous n'avez jamais aimé d'enfants !

Pour moi qui suis fier de porter un nom que l'on retrouve à diflFérentes époques dans l'histoire des croisades de la Terre-Sainte (1 ) ,

(i) MiCBAUD. Histoire des Croisades, t. 1^ p. 516. — His-

je suis non moins fier d'avoir vu ce nom figurer parmi ceux des vaillants croisés de Rome. Hélas! celui auquel nous devons éel honneur, était destiné à le payer de son généreux sang... (1) ^11 combattit m héros et miowrut en martyr^ (3) » victime du plus infâme de tous les guet-apens, plus infôme mille fois que celui oii le colonel de Montagnac avait trouvé la mort quelqijes années auparavant.

Le guet-apens de Sidi-Brahim était To^vre d'Abd-el-Kader, de tribus barbares et mahométanes, luttant pour leur territoire , contre notre domination civilisatrice et chrétienne ; celui de Castelfidàrdo est Toeuvre d un roi déloyal et impie, envahissant perfidement, sans déclaration de guerre, les Etats d'un souverain voisin , du Chef suprême de la foi de ses peuples et de la religion de ses ancêtres !

toîre de la Marche, t.U, p. 30. — Armoriai des Mlles des Croi'sades, p. 4i. — Palais de Versailles, musée des Greisades, t. lU, p. 119.

(1) Le comte Edme de Montagnac, fils aîné du marquis de Montagnac, de Cluys (Indre).

(2) M. le comte de Ségur. Les Martyrs de Castelfidàrdo.

Le sang français, a-t-ondit encore, dans une phrase à effet, n'appartient qu'à la France ! Le sang français appartient à toutes les causes saintes et justes, quand Tintérét français s'y trouve directement engagé.

La pairie est un grand mot, mais il en est un plus puissant encore : la Foi! Quel est le chrétien, seulement digne de ce nom, qui, mis en demeure d'opter entre sa nationalité et sa foi, renoncerait à celle-ci? On n'en trouverait pas un seul. Et vous voudriez empêcher de nobles dévouements de surgir pour la défense de la religion et de son Chef attaqués? Vous comptez pour cela sur la menace publiée par MM. les préfets de rayer de la liste des électeurs tous les Français servant à t étranger. (Le Saint- Père un étranger!) Mais outre que la durée des dynasties est chose trop problématique, en France, pour que vos menaces soient d'un grand poids, elles ne serviront de rien, au contraire, et plus vous chercherez à entraver Vélan,pluson s'y abandonnera; plus la tâche sera rendue pénible, plus elle aura d'attrait.

Au reste, les volontaires pontificaux ne furent pas les seuls outragés ; on n'avait garde de reculer en si bon chemin ; Tinjure et les railleries ne se laissèrent pas même arrêter par Fauguste infortune si noblement, si royalement supportée du roi de Naples et de l'immortelle jeune reine, ces autres illustres victimes du brigandage piémontais.

Il y a dix ans à peine, une assemblée républicaine, née, elle aussi, du suffrage universel et du suffi^age universel libre , accueillait, avec enthousiasme, ces belles paroles de Tun de ses plus brillants orateurs : « Quand un homme est condamné à lutter contre une femme, si cette femme n'est pas la dernière des créatures, elle peut le braver inpunément ; elle lui dit : Frappez, mais vous vous déshonorerez, et vous ne me vaincrez pas. Eh bien! l'Eglise n'est pas une femme, elle est bien plus qu'une femme, c'est une mère .

C'est une mère, c'est la mère de l'Europe, c'est la mère de la société moderne, c'est la mère de l'humanité moderne. On a beau être un fils dénaturé, un fils révolté, un fils ingrat, on reste toujours fils, et il vient un moment dans toute lutte contre l'Eglise, où cette lutte parricide devient insupportable au genre humain, et où celui qui l'a engagée tombe accablé, anéanti, soit par la défaite, soit par la réprobation unanime de l'humanité. (1 } ))

Eh bien ! si, comme Fa dit dernièrement Mgr l'évêque de Poitiers, il y a trois hommes dont les noms marqués d'une stigmate déïcide sont cloués au pilori de notre symbole; la postérité, inflexible dans ses arrêts, ne pourrait-elle pas bien confondre dans une même réprobation , et la Convention qui a livré Louis XVI aux bourreaux, et les deux Chambres qui n'ont pas craint d'abandonner, sans réserve, à ses persécuteurs, non plus un roi, mais une mère, une

(1) Le comte de Montalembert.

mère qui leur avait tendu les bras à leur entrée dans la vie, une mère qui les avait élevés et qui leur prodiguera encore,- à leurs derniers moments, les trésors de son inépuisable miséricorde !

^Itpetibice.

Appendice.

Les protestants (curieuse inconséquence), consentent à reconnaître une sorte d'infaillibilité chez les chefs de la réforme, et ceux-ci n'eussent certainement pas permis qu'on la leur contestât ; bien que le protestantisme fût basé sur le droit d'examiner ce qu'on doit croire, ils ne l'entendaient pas ainsi. On en trouve la preuve dans les grotesques emportements de Luther contre les Zwingliens, qui sont, dit-il, a satanisés, sursatanisés, persatanisés, dont la langue remue au gré de Satan, est infusée, perfusée et transfusée dans son venin infernal. (1) » On la trouve encore dans les atroces et cruelles persécutions de Calvin contre ceux de ses propres disciples qui osaient s'écarter de lui sur un point quelconque.

Us croyaient, dit la protestante madame de Staël, pouvoir placer les colonnes d'Hercule de l'esprit humain au terme de leurs propres lumières ; mais ils avaient tort d'espérer qu'on se soumettrait à leurs

(1) L'Eglise de Zurich contre la conf, de Luther, p. 61.

propres décisions, comme infaillibles, eux qui repoussaient toute aulôqté de ce genre dans la religion catholique. (1) »

Ego Martinus, sic volo, sicjubeo, êit pro ratione voluntas, criait Luther à ses contradicteurs.

Ces monstrueuses paroles ne sauraient étonner ; elles sont dignes en tout point du moine apostat, qui, dans un livre obscène (%), ne rougissait pas de dire : a Je brûle de mille feux dans une chair indomptée ; je me sens poussé vers les femmes avec une rage qui va presqu'à la folie. Moi qui devrais être fervent en esprit^ je ne le suis qu'en impureté.» Et qui de sa propre main écrivait sur une (t6/é; cette ignoble prière : « Dieu^ par votre bonté, pourvoyez-nous d'habits, de chapeaux, de capotes et de manteaux; de veaux bien gras, de cabris, de bc&ufs, de moutons et de génisses ; de beaucoup de femmes et de peu d'enfants... (3) »

Le réformateur Genevois, de son côté, ne le cédait en rien au réformateur allemand, et il est curieux de voir quelles étaient sur ses mœurs, les appréciations des historiens contemporains :

(1) DerAUemagne, IV* partie, chap. II.

(2) Propos de Table de M. Luther.

(3) Christian Juncker. VUa Lulheri, p. 225.

<( Un historien rapporte, disait, dès 1538, le savant Suius, que Calvin avait été banni de sa patrie à cause de sa mauvaise conduite ; un autre assure que ce même Calvin surpassait en dissolution les hommes les plus liceùcieux de la ville. (1)

« Que Ton consulte encore aujourd'hui, disait Stapleton, en 1687, les registres publics de la ville de Noyon en Picardie : on y lit, que Jean Calvin, convaincu du plus abominable de tous les crimes (Sodomiœ eonvietum), s'enfuit delà ville après avoir été, grâce à Findulgence de Tévêque et dés magistrats, seulement marqué au dos d'un signe ineffaçable. (%] De très-honuôtes membres de sa Camille, encore vivants, demandèrent sans pouvoir l'obtenir, que la mention de ce fait, qui était une honte pour toute la famille, fût effacée des pièces civiles et des registres publics. »

« L'infamie de Calvin, dit Lessius, est constatée par des actes judiciaires de la ville de Noyon, où il fut convaincu et condamné d'un crime atroce, et eut été publiquement brûlé vif, si, grâce aux prières de l'évêque, le supplice du feu n'eût été changé pour celui des verges et l'application dans le dos d'une marque au fer chaud. (3] )> Plusieurs autres auteurs

(1) Comm, hrev, rer. in orbe gcsL

(2) Promplu. cath, Sabb. hebd. 5 qxkodrag.

(5) ComuU, quœfides et rel. sit capes, p. Ib.

prolesUDls et catholiques affirmeiit ces fails avec un ensemble qui ne permet pas d'en douter.

Quant à Zwingle, il s'était fait chasser d'Einsiedein à cause de ses débauches, et, soupçonné selon le témoignage de son disciple BuUinger, d'un commerce criminel avec plusieurs femmes, il avait avoué lui-même au public qu'il brûlait tellement d'un feu impur, qu'il avait commis beaucoup d'actions malhonnêtes, et que les effets de cette incontinence lui avaient déjà maintes fois attiré les reproches les plus déshonorants de la part de l'Eglise. (1)

Voilà donc les pères du protestantisme t Voilà les hommes auxquels vous élevez des statues et dont les portraits ornent vos églises. (2) Et vous osez nous reprocher les images de ceux qui, par leurs vertus, ont mérité une place autour du trône de Dieu!

L'intolérance de Luther était encore surpassée en férocité par celle de Calvin, dont le hideux caractère est énergiquement dévoilé dans l'intéressant

(1) Histoirû de la Ré forme protestante dans la Suisse (M»?.— J. DE Hallbr, p. 2i2.

(2) Tai vu dans plusieurs temples d* Allemagne les portraits des grands réformateurs. Celui de Luther se trouve dans la plupart des églises protestantes de Dresde.

ouvrage (1) d'un savant et consciencieux historien protestant de Genève, M. Galiffe qui pendante vingt ans a compulsé les lettres ostensibles et secrètes, les discours en public et les conversations familière» du réformateur suisse. »

Après avoir rappelé toutes les illustres victimes qui tombèrent sous la main du bourreau, ou furent envoyées en exil pour satisfaire à d'atroces vengeances, « les Genevois, dit-il, furent opprimés de la manière la plus infernale par le parti de la terreur que Calvin avait organisé, et où il faisait enrôler jusqu'à trois cents auxiliaires dans un seul jour, tous dans la force de l'âge, tous armés, tous fanatiques où brigands. Les filous, les escrocs, les faux monnayeurs, les meurtriers, les espions, les empoi-^ sonneurs, n'avaient qu'à se dire prosélytes, pour être reçus à bras ouverts. La femme qui fut employée à l'infâme accusation contre le chanoine Hugonin d'Orsières, était une empoisonneuse et trafiquait de ses charmes, quand Claude Bernard la prit à son service, parce qu'elle faisait la dévote... » Une des jouissances de Calvin était de jeter les hommes dans les cachots, et de les faire conduire de là au temple par des sbires, pour les forcer d'écouter des sermons où leurs parents, leurs amis et eux-mêmes étaient traités de pendards, de bélUres, de balaufres et de

(I) Notices Généalogiques, t. ÎII, GcnèTC, 1836.

chiens ; leurs femmes, leurs filles et leurs soeurs de p...; l'empereur leur souverain, de vermine^ leur» pères et leurs mères de suppôts de Satan, dévorés par les flammes éternelles. Toutes ces expressions né sont pas de ma fabrique, Dieu merci I Je les prends dans Télégant vocabulaire de Calvin, de M. Abel Poupin, de M. Gop et d'antres énergamènes de ce temps-là. » M. Galifle s'étend sur la démoralisation que le réformateur répandait dans les masees comme un moyen d'asservissement : « A ceux qui se refuseraient à croire de telles abominations, poursuit-il, je leur montrerais nos registres couverts d'inscriptions d'enfants illégitimes, je leur ferais voir qu'on en exposait dans tous les coins de là ville et de la campagne; je leur découvrirais des procès hideux d'obscénité, des testaments où les pères et les mères accusent leurs enfants non pas d'erreurs seulement, mais de crimes...; des mères abandonnant leurs enfants à l'hôpital, pendant qu'elles vivaient dans l'abondance avec un second mari ; des livres énormes de procès entre frères; des tas de dénonciations secrètes; des hommes et des femmes brûlés pour sortilège, et tout cela non point parmi ces anciens Genevois que Calvin parlait de faire pendre " par douzaines, et qu'il faisait provisoirement jeler dans des crottons, au pain et à l'eau, pour avoir chanté ou dansé, mais parmi ceux qu'il avait élevés sous la loi et nourris de sa manne mystique. »

Le même historien raconte ensuite le supplice du malheureux Servet, que, le 27 octobre 1853, dit-il, a on brûla vif, à petit feu, après une captivité de plus de dix semaines, qu'on s'étudia à rendre aussi horrible que l'ingénieuse méchanceté de son persécuteur put le suggérer. »

Servet avait publié clandestinement, à Vienne en Dauphiné, un ouvrage intitulé : Restitutio ChristianiêmiytX dans cet ouvrage il combattait les doctrines de Calvin. Une telle audace méritait la mort, et le ministre de l!£vangile n'était pas homme à renoncer à sa vengeance. Il écrivit aussitôt à l'archevêque de Lyon, pour lui dénoncer Servet, qui, poursuivi et arrêté, parvint pourtant, on ne sait comment, à s'enfuir, et alla de lui-même se jeter dans la tannière du tigre. A peine avait-il mis le pied dans Genève, qu'on le jeta en prison et qu'on instruisit en toute hâte un semblant de procès. Servet répondit à toutes les questions qui lui furent adressées, et malgré ce qu'il eut à subir de privations et de cruautés, il refusa de se rétracter, tant qu'on ne lui dénontrerajit pas la fausseté de ses opinions. Il fut impitoyablement condamné. Le jour du supplice, t on le traîna à l'aide d'une grosse chaîne de fer, sur l'emplacement où s'élevait le bûcher, on le lia au fatal poteau par le moyen d'une grosse corde... Son livre lui fut attaché sur le fémur, et on plaça sur sa tête une couronne de matières combustibles,

saupoudrées de souffre. Ea vain supplia-t-il le bourreau de lui épargner les horreurs d'un long supplice; cette prière fut écartée, des ordres impitoyables s'y opposaient. Alors Texécuteur des hautes œuvres de Genève alluma le feu d'abord sous les yeux du patient, puis il rétendit en cercle autour de lui. À cette vue la victime poussa des cris si effrayants, que le peuple en fut frappé d'épouvante et de consternation, etc. . . ; et, ne pouvant tenir à ce spectacle, quelques hommes vinrent hâter la délivrance de cet infortuné [qui depuis une demi-heure avait déjà enduré mille morts], en rap|H'ochant de lui les flammes qui devaient le consumer, (t) »

« Après la mort de Servet, continue M. Galiffe, le Pape de Genève chanta un cantique de triomphe, en publiant son infâme livre sur la nécessité de brûler les hérétiques I et presque toute l'Europe le nommait encore ainsi pendant qu'il faisait refuser du linge à Servet, et pendant qu'il recommandait au bourreau de faire le feu petit et le supplice lent et cruel, suivant la sentence qu'il avait dictée! » Voilà donc, d'après l'aveu des protestants eux-mêmes, les moyens qu'employaient pour implanter leur religion, les réformateurs qui s* intitulaient les ministres du

(1) SuGiLLON. La Papauté aux prises avec le ProCestantUme de Vabbé Magnin,

saint Evangile et arboraient pour drapeau le principe sacré du jugement individuel!

En 1733, furent fondées en Irlande sous le titre de schools for the éducation of the popish and other poor natives, les écoles dites Charter Schools. (1 ) Ces écoles n'avaient d'autre objet en vue que la conversion des catholiques au protestantisme : C'est ce qui résulte assez clairement de la correspondance du primat Boulter qui, peu de temps avant la fondation de ces établissements, écrit au duc de Newoastle : «c The number of papists in this kingdom, is so great, that it is of the utmost conséquence to the protestant interest hère to bring them over by ail Christian methods to the church of Ireland. (2) »

Du reste, l'esprit de prosélytisme de ces écoles était patent, puisque c'était une des règles de l'institution que tout enfant, garçon ou fille, élevé dans l'école, reçût une dot de 5 livres sterlings, pourvu qu'il contractât un mariage protestant... (3)

Le peu d'enfants qui fréquentaient ces écoles, et dont on s'efforçait de faire des protestants, avaient coutume de retourner à la foi catholique, quand ils

(1) Education inquiry, 1828. First report, p. 5.

Voir Ylrlande de M. Gustave de Beaumont, t. I, notes.

(2) BouUer's letters, t. 2, p. il.

(3) Irish. educ. œq. first rep.

rentraient dans leurs familles. Pour affaiblir cette influence funeste dupère et de la mère sur kure enfanis, rétablissement prit le parti de séparer entièrement, pendant tout le cours de leur éducation, les enfants de leur famille; de sorte que les élèves n'avaient pendant des années ni père, ni mère, ni frère, ni sœur.

Pendant 90 années l'établissement de ces écoles d'où ne sont sortis que 13,7i5 enfants, avait coûté 35 millions de francs, et on calcule que de 1803 à ISli, sur 2,919 élèves 808 se sont évadés. (1)

Les enfants étaient traités dans ces écoles avec la plus insigne dureté; on les nourrissait à peine^ on les fouettait jusqu'au sang ; aussi ceux qui en sortaient, faisalent-ils leur possible pour qu'on l'ignorât. C'était une honte éternelle que d'y avoir été élevé. (VjLesChater-Sehoob furent supprimées vers 1825, et remplacées par les écoles de la société d'éducation, dite de Kildare Mreet, qui n'eurent pas beaucoup plus de succès.

Le ministère de la secrétairerie d'Etal compte parmi, les 14 employés ecclésiastiques, les 11 re-

(i) Irish. educ. inq. firsl rep.

(2) Ib. Ib.

présentants du Sain^-Siége à l'étranger, lesquels reçoivent un traitement annuel de 96,900 francs.

Du reste, ce ministère tout entier prélève ses dépenses sur le revenu des sacrés palais apostoliques, c'est- à-dire sur ce qu'on appelle ailleurs la liste civile. Ce revenu, qui n'est que de 1,600,000 écuspar an, suffit néanmoins aux dépenses personnelles de Sa Sainteté et à celles du Saint-CoUége des cardinaux et des nonces apostoliques, aux dépenses des diverses congrégations ecclésiastiques, des chapelles et des fonctions sacrées, à l'entretien des palais apostoliques et de leurs dépendances, à l'entretien des façades des basiliques et deTéglise du Panthéon, aux frais des musées, des bibliothèques et des galeries pontiGcales, à la solde de la garde noble, de la garde du palais, delà garde suisse, à la solde, aux gratifications et aux pensions des domestiques, etc.. (1)

Il me paraît curieux de comparer ces chiffres aux revenus que touchent dans la catholique Irlande les ministres du culte anglican :

Les évoques ont en moyenne 1SS,000 fr. de rente.

Les archevêques près de 300,000

L'évêque de Derry en a plus de 300,000

Et l'archevêque primat d'Armagh .... 400,000

(1) Monseigneur Gerbet. La Question UaJknne en 1859.

Le revenu du simple doyen de Derry est à peu près de 100,000 francs.

Les dîmes et les terres de l'Eglise en Irlande rapportent à ses ministres au moins 22 millions de francs. (1)

On compte en Irlande i2 bénéfices et 198 paroisses, dans lesquels il ne se trouve pas un seul croyant de TEglise anglicane.

Dans le diocèse d'Emly, qui ne contient que 1^200 protestants attachés à FEglise établie, sur 95,702 habitants, le culte anglican possède 15 églises, 17 bénéfices et 31 ministres salariés.

Un journal anglais, Vlllustrated London news, faisait remarquer dans un de ses derniers numéros avec quelle munificence le gouvernement français récompensait les services de ses hauts fonctionnaires.

M. Walewski, dont il faisait le compte^ reçoit :

Comme membre du conseil de régence. . . 100,000 francs.

Comme sénateur . . . 30,000

Comme ministre d'Etat . 100,000

(i ) Voir, statistical account. C. Mullocb.

Ëccl. commission, first report, 1833.

Second report ou tithes Irelaud 1832. etc.^ etc..

Le maréchal Pélissier, tjoucbe aujourd'hui p?ir an :

Comme maréch. de France 30,000 francs.

Comme duc de Malakoff

(Dotation) .... 100,000 »

Comme membre du conseil de régence. . . 100,000 »

Comme sénateur . . . 30,000 »

Comme gouverneur de r Algérie .... 300,000 »

Comme grand-croix de la Légion-d'Honneur . . 3,000 »

S63,000 francs.

Ce fut vers 1827 qu'Henri VIII, épris d'une passion violente pour une fille d'honneur de la reine, Anne de Bouleyn, résolut de l'épouser. Pour cela il lui fallait rompre une alliance de 20 années avec Catherine d'Aragon, princesse d'une grande vertu, et il demanda au Pape Clément VII, de vouloir bien casser son mariage, nul de droit, puisqu'il avait épousé sa belle-sœur, et que, selon sa conscience, la dispense accordée par le Saint-Siège, en pareil cas, ne pouvait être valable.

Le Pape résista ; Henri VIII, furieux, résolut de

se passer de son autorisation, et s'adressa au docteur

Ch. Cranmer, théologien de Cambridge, qu'il créa

tout exprès primat de Cantorbery. Cranmer, homme souple et rusé, avait épousé en secret une luthérienne, dont il avait adopté à peu près la religion ; il somma la reine de comparaître devant lui ; et sur son refus, il déclara nul et non valide son mariage avec le roi d'Angleterre, dont huit jours plustard, le même archevêque apostat célébrait le mariage avec Anne de Bouleyn. Dès lors, Henri YIII rompait ouvertement avec la cour de Rome. Cet acte fut suivi de plusieurs autres qui, « en frappant le clergé, eurent pour effet de le rendre docile ou de l'asservir (1) » et l'amenèrent à reconnaître au roi le titre de protecteur du clergé et de chef de l'Eglise d'Angleterre.

Cette révolution religieuse, dont on ne comprit peut-être pas bien toute la portée, dès le principe, ne s'accomplit pas sans rencontrer de nobles résistances ; « et les flammée du bûcher comme le sang des échafauds marquèrent la voie nouvelle où Henri s'engageait. » La première personne qui souffrit pour ses convictions fut une femme nommée Elisabeth Bartou, connue sous le nom de sainte fille du Kent, à cause de sa foi ardente, et, à ses propres yeux, douée du don des visions surnaturelles et des miracles.

(f ) M. DE BoNNECHosE. Hist. d'Angleterre.

On l'accusa de s'être élevée contre les droits da roi, et de Favoir menacé de la colère du Tout-Puis^ sant, s'il procédait à un second mariage et se séparait du Saint-Siège. Déclarée, ainsi que ses adhérents, coupable de haute trahison, Elisabeth Barton fut condamnée et mise à mort. Un arrêt aussi rigoureux frappa quelques pieux ecclésiastiques, au nombre desquels étaient les prieurs et quelques moines des trois chartreuses de Londres qui avaient refusé de reconnaître la suprématie spirituelle du monarque. Poursuivis etinterrogés par son ministre, Ch. Cromwell, ils furent tous déclarés coupables par un jury épouvanté, et subirent à Tyburn Thorrible peine des traîtres (1). L'impitoyable. Henri VIII fit rendre ensuite, et pour la même cause, un bill d'attainder contre le vénérable prélat Fisher, célèbre par son savoir et par ses vertus. Le Pape Paul III, successeur de Clément VII, espéra, en l'élevant davantage, le mettre au-dessus des atteintes du monarque irrité, et le créa cardinal. Mais Henri VIII répondit : Le Pape peut envoyer le chapeau de cardinal, Fisher n'aura plus de tête pour le porter. Il fit en effet tomber cette noble tête sous le fer du bourreau.

« Le sang d'une autre victime appela sur Henri VIII la malédiction de tous les cœurs vertueux et voua son nom à un opprobre éternel. »

(i) M. DE BoNNECHOSE. Hisl, d'AngL

H serait difficile, dit Macintosh, de trourer dans rkistoire, jusqu'au XYI* siècle, un homme plus digne que sir Thomas More d'être comparé à Boèce par Talliance si rare de la vertu, du génie^ de la science et d'une philosophie douce qu'il savait appliquer avec un rare mérite aux lois et aux affaires. . . Ennemi des persécutions mais catholique zélé, il avait prévu que le divorce conduirait Henri YIII à une rupture avec Rome, et pour éviter d'y concourir, il s'était démis Tannée précédente de sa charge de chancelier ; plus tard, il s'attira l^e ressentiment d'Anne de Bouleyn, en refusant de donner par sa présence une approbation tacite à son mariage, et il fut exposé par ce fait seul à plusieurs épreuves dont il sortit victorieux à sa gloire. Mais lorsque le roi eût rompu toutes les digues, et se fut déclaré le chef de TEglise, More refusa de prêter le serment touchant la suprématie spirituelle du monarque, et de se prononcer sur la légalité du divorce. Le roi furieux le fit enfermer à la Tour, et ordonna d'instruire son procès. Traduit en jugement l'année suivante, devant la Cour présidée par le nouveau chancelier lord Âudiey, il fut accusé de haute trahison d'après Tacte monstrueux du parlement qui déclarait punissable de mort toute action de nature à préjudicier aux droits des enfants de Henlri YIII et d'Anne comme héritiers au trône. More consentit néanmoins à prêter le serment pour la succession au trône, mais

refusa d'adhérer au préambule qui impliquait le refus de désobéissance au Pape considéré comme autorité spirituelle... More fut condamné à subir le supplice des traîtres. Le roi commua sa peine en celle de la décapitation, et Tinique sentence fut exécutée le 7 juillet de Tannée 1836. (1)

Henri VIII ne devait pas tarder à se souiller d'un crime plus monstrueux encore que tous ceux qui avaient depuis longtemps soulevé Thorreur contre lui. L'année suivante il faisait traîner sur l'échafaud sa seconde femme Anne de Bouleyn, afin d'épouser une demoiselle de sa suite, Jeanne Seymour dont la beauté l'avait séduit.

On se demande avec étonnement comment un semblable monstre a pu entraîner, dans l'unique but de satisfaire ses passions, tout un peuple à renoncer à sa foi.

Quelques insurrections avaient pourtant éclaté sur divers points, elle furent promptement étouffées et servirent de prétexte à une persécution plus rigoureuse et à une sévère recherche des monastères encore subsistants. « Un tribunal fut créé pour Tadministralion des biens confisqués, sous le litre de cour d'augmentation des revenus du roi ; de riches églises furent spoliées, et des châsses, renfermant les reliques les plus vénérées, entr'autres celles de

(i) M. PE BoNNECHOSE. Hist, (jTAngL

saint Thomas 4le Ganlorbery, furent pillées ou détruites. Des procédés odieux furent mis çn œuvre pour obtenir des dépositions contre les religieux d'un certain nombre de monastères, afln de justifier au moins en apparence les rigueurs dont ils étaient Tobjetf et Ton eutenfîn recours aux supplices contre les réfractaires ; de ce nombre étaient les abbés de Reading, de Glastonbury et de Colcliester et plusieurs autres d*uQ rang moins éminent , ils furent condamnés et mis à mort, t^^ndis que les supérieurs ecclésiçtstiques qui avaient trahi leurs communautés pour plaire au roi, furent comblés par lui de faveurs en proportion de leurs bassesses.

« Le cinquième des propriétés du royaume passa ainsi à la couronne, des sommes immenses entrèrent dans les coffres du roi, qui, au lieu de donner aux revenus trèsHîonsidérables des établissements monastiques un nouvel emploi d'utilité publique, conforme aux vues des donateurs, en fit des largesses aux principaux lords du parlement et à ses favori», afin de perpétuer les spoliations, en grossissant le nombre de ceux qui avaient intérêt à les maintenir.- \i) »

Le Pape Pie VU, prisonnier de l'empereur, avait refusé de consacrer son divorce avec Joséphine de

(1) M.HE PoNNECHOSE. Htst. d'Ançl.

Béaukarnais, et parmi les membres du Sacré-Collége auxquels l'empereur avait intimé Tordre de se rendre à Paris pour régler, sous sa direction, les affaires de l'Eglise, treize n'assistèrent pas plus au mariage civil qu'au mariage religieux de Napoléon avec l'archiduchesse d'Autriche.

Quelques jours après, on leur fit signer leur démission des évêchés qu'ils possédaient en Italie, sous la menace d'une prison d'Etat, et le ministre des cultes leur annonça :

l"" Qu'ils étaient entièrement dépouillés de tous leurs biens soit ecclésiastiques soit privés ;

3' Qu'il leur était défendu de faire usage de leurs insignes cardinalices et de toutes marques de leur dignité, n'étant plus considérés cooHme cardinaux ;

3" Que l'empereur se réservait de statuer sur leurs personnes. Le 11 juin 1810, ils étaient internés, chacun dans une petite ville de France, avec 250 francs par mois, qu'ils refusèrent tous.

S. S. le. Pape Pie VII avait consenti à envoyer à Paris son premier ministre le cardinal Consalvi, pour régler les termes du concordat. Bien que disposé, par les ordres de son souverain, à tout concilier, à tout concéder même, le légat, en présence des prétentions exorbitantes du premier consul, est obligé de résister. Prières, menaces, ne sauraient le faire

fléchir. Une indigne fraude (1) est employée pour l'amener à signer des clauses que son devoir, son dévouement à l'Eglise lui interdisent de ratifler. Cette fraude, il la déjoue, et lorsqu'il paraît aux Tuileries, le soir, pour un grand dîner auquel il était convié, Bonaparte, en proie à une violente colère s'approche, de lui, et lui dit, le visage enflammé et d'un ton dédaigneux :

«Eh bien I Monsieur le cardinal, vous avez voulu rompre, soit. Je n'ai pas besoin de Rome. J'agirai demoi-même,jen'ai pas besoin du Pape. Si HenriVIlI, qui n'avait pas la vingtième partie de ma puissance, a su changer la religion de son pays, et réussir dans

(i) Le 13 juiliet,rabbô Bcruier qui servait d'intermédiaire entre le premier consul et les délégués du Saint-Siège, annonça enBu que Bonaparte acceptait tons les articles du concordat dont la signature aurait lieu le lendemain ; et te i^ il arriva avec une copie de cet acte tant discuté. « Quelle ne fut pas ma surprise, rapporte Son Em. Mgr. Consalvi, quand au moment de prendre la plume, je visTabbé Bernier m'offrir la copie qu'il avait tirée de son rouleau comme pour me faire signer sans examen, et qu'en y jetant les yeux, je m'aperçus que ce concordat n'était pas celui dont les commissaires respectifs étaient convenus entr'eux, dont était convenu lui-même le premier consul, mais un tout autre. Joseph Bonaparte, dans la maison duquel se passait cette scène, parut fort' étonné ainsi que le conseiller d'Etat Grétct, et l'abbé Bernier dut avouer les changements qu'il avait faits par ordre du premier consul.

ce projet, bien plusle$aurai-jefair»et le pourrai-je, moi. En changeant la religion en France Je la changerai dans presque toute l'Europe, partout où s'étend rinfluence de mon pouvoir. Rome s'apercevra des pertes qu'elle aura faites ; elle les pleurera, mais il n'y aura plus de remède, elle s'en apercevra et versera des larmes de sang sur cette rupture. »

Puis se retournant vers le comte de Cobentzel, ministre d'Autriche, il lui répéta qu'il ferait changer de manière de penser et de religion dans tous les Etats de l'Europe, que personne n'aurait la force de lui résister, et qu'il ne voulait pas assurément être le seul à se passer de l'Eglise Romaine, qu'il mettrait plutôt l'Europe en feu de fond en comble, et que le Pape en aurait la faute et la peine encore. Le cardinal légat qui avait annoncé son départ pour le soir même, consentit par esprit de conciliation à reprendre les conférences^ et après d'interminables discussions, dans lesquelles il fit preuve d^une incroyable modération et d'une patience évangélique, on finit par s'entendre sur les termes du concordat , au moins on le croyait, mais au moment où Monseigneur Consalyi se préparait à quitter Paris, l'abbé Rernier vintlui annoncer que d'après la volonté àe son maître, la bulle pontificalequi accompagnerait le concordat devait être rédigée avant le départ de Son Eminence. Il fallut bien en passer par cet étrange caprice, et, après un pénible travail, on convint du texte de la bulle.

Pie VII donna son approbation aux deux pièces rapportées à Rome par Monseigneur Consalvi. Quelque pénibles qu'elles fussent pour le cœur de Sa Sainteté, elle préférait céder que de laisser accuser la cour de Rome d'avoir, par son entêtement, empêché le rétablissement de la religion catholique en France. Cependant, plus le Pape était conciliant, plus le premier consul devenait exigeant, et de nouvelles prétentions s'opposaient chaque jour à la publication du concordat ; enfin Bonaparte demanda au Souverain Pontife de lui envoyer un légat qu'il désignait (c'était le cardinal Caprara) pour terminer cette affaire depuis longtemps conclue et signée.

Le cardinal Caprara qui, par principe ou partout autre motif, pensait qu'il ne fallait jamais lutter coi^ tre un pouvoir aussi fort que celui du premier consul, condescendit à tout, et le jour de Pâques 1868, parut un volume intitulé Concordat, à la suite duquel on avait rémii, sous la même date, une" informe compilation de lois prétendues organiques qui renversaient à peu près le nouvel édifice élevé avec tant de peine.

Le Saint^Père protesta contre ces lois organiques que Ton pouvait supposer faire partie du concordat et être contenues dans l'approbation accordée par lui, « tandis que, disait-il, elles avaient été rédigées sans qu'il en sût rien, et surtout sans qu'il les eût approuvées. »

Néanmoins lorsqu'on 1801, Napoléon voulant une éclatante consécration du titre qu'il venait de se faire déférer, demanda à Pie YII de venir placer kii-même la couronne impériale sur sa tête, le Souverain-Pontife n'hésita pas à affronter les fatigues du voyage pour se rendre en France. Pendant le séjour de Sa Sainteté à Paris, Napoléon avait profité des conversations particulières qu'il eut avec elle pour laisser deviner ses projets sur Rome, dont i^ entendait faire laseconde ville de son vaste royaume, et déjà même il avait sondé le Saint-Père sur un plan d'établissement futur de résidence de celui-ci à Paris ou a Avignon,

Tout-à-coup 11 se déclare de droit et de fait protecteur de l'Eglise, et à ce titre il ordonne à ses troupes d'occuper Ancône, afin, dit-il, « de mettre cette place à l'abri d'être souillée par les Grecê et les Musulmans, » et presque en même temps qu'il enjoint à la cour de Rome de rompre le mariage iort légitime et fort légal contracté le 13 février 1806, en Amérique, par son frère Jérôme, il écrit au Saint-Père la lettre suivante : « Toute l'Italie sera soumise à ma loi. Je ne toucherai en rien à l'indépendance du Saint-Siège, je lui ferai même payer les dépenses que lui occasionnent les mouvements de mon armée. Mais nos conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi dans le temporel les mêmes égards que je lui porte pour le spirituel, et

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