DÉPART
Le 10 décembre 1879, par une belle matinée, nous quittions la Ville-Eternelle, pour commencCer le grand pèlerinage, dont le terme prin- À cipal était la, Ville-Sainte,
Notre Saint-Père le Pape avait bien voulu nous bénir et nous encourager; même il avait fait don, à Mgr. l'évêque de Burlington, d'un joli calice, qui devait nous servir durant le
trajet, à la seule condition d'offrir aux intentions du Pape, notre première messe en Terre- Sainte,
On s'éloigne de Rome avec regret, quand on a vécu des années dans ses murs, et qu'on a pu, à loisir, prier dans ses sanctuaires. Mais nous avions l'intention d'y revenir ; et, d’ailleurs, en Terre-Sainte, n’allions-nous pas visiter des lieux encore plus sacrés et plus vénérables, puisqu'ils ont été sanctifiés par la présence sensible de Jésus-Christ et de sa sainte Mère,
Adorabimus in loco ubi Sleterunt pedes ejus.
Cette pensée, à elle seule, suffisait pour bannir toute tristesse et faire tressaillir nos cœurs d'une joyeuse impatience,
Une dernière fois, nous nous étions prosternés au tombeau des apôtres, pour mettte notre voÿyäge soûs l'auguste protection des grands pèlerins, saint Pierre et saint Paul, et de leur reine, la très sainte Vierge; et pleins d'espérance, nous partions, à neuf heures du matin, par le train qui devait atriver à Näples vers les cinq heures,
Nous étions âu nombre de cinq.
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À notre tête, était Mgr. de Goesbriand. Mal.
gré son âge avancé ce vénérable prélat ne craignait pas les fatigues inséparables d’un long trajet, Il est vrai que la Bretagne fut son bereau, et que, comme lui, les autres membres de sa famille se sont distingués entre tou. +s Bretons: un de ses frères était Capitaine à Castel-
fidardo; un autre est tombé avec les braves
sous les murs de Paris ; lui-même compte main-
tenant quarante années au moins d’apostolat infatigabie, et vingt-cinq années d’épiscopat dans le Nouveau-Monce ; les Canadiens-fran- Sais ont justement voué une reconnaissance inaltérable à cet illustre apôtre qui a consacré une vie toute de sacrifice au maintien de la foi, de la langue et de la nationalité, parmi nos compatriotes des Etats-Unis,
Sa Grandeur avait bien voulu me permettre de l'accompagner en qualité de secrétaire ; les autres pèlerins étaient Monsieur X » Curé dans le diocèse de Montréal ; un aumônier du Pasde-Calais, et un jeune avocat dont il était le Mentor.
Ceux qui n'ont jamais traversé l'océan, et
qui ne connaissent que les c4ars américains, peuvent difficilement se faire une idée de ces boîtes, que les Européens appellent des voitures, et dans lesquelles les voyageurs sont casés, d'une manière plus ou moins gênante, et par groupes, plus ou moins nombreux, suivant la classe qu'ils ont choisie, Il n'y a ni agrément, ni confort, ni même, à proprement parler, le strict nécessaire, et il faut voyager pendant de longues heures, sur une ligne italienne ou française, pour comprendre toute la supériorité du système américain.
Nous traversâmes rapidement les beaux vallons du Latium, Albano rappelle les rivalités d’Albe et de Rome, les guerres puniques et les absurdes prodigalités de Caracalla. Cette petite ville offre aux regards du touriste, le tombeau de Pompée et les restes de l’ amphithéâtre de Domitien,
Velletri est célèbre aussi ; Mais, surtout, depuis une triste victoire qu'y remporta Garibaldi,
À San Germano, le Mont Cassin, qui domine majestueusement le village, nous apparut tout couvert de neige, et nous dûmes renoncer à
éricains,
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l’idée de monter au couvent, comime nous
l'avions projeté, IL fallut nous contenter de considérer, d'en bas, cette imposante forteresse de la science et de la piété, et de saluer par la pensée, les précieux souvenirs de saint Benoit, de sainte Scholastique et de tant d’illustres bénédictins, leurs enfants spirituels,
À cinq heures, nous arrivions à Naples, et prenions notre logement à l'hôtel du Globe, Le vaisseau, venant de Marseille, ne devait passer à Naples que le samedi 1 3, en sorte qu'il nous restait assez de temps, pour visiter quelque peu la ville et les environs. La cathédrale de saint Janvier et ses chapelles, d'argent massif, l'église et le cloître de sainte Claire, la char-
treuse de saint Martin, Pompéi,
le Vésuve, Castellamare ; c'était assez our occuper quel- P
ques courtes journées de loiiir,
La veille du jour où nous devions nous embarquer, nous allons au bureau des Messagerie, pour demander nos billets de passage et de cabine,
“ Impossible, Messieurs, toutes les places sont
prises ; ” telle est la froide réponse que nous fit l'employé.
Ce contretemps nous prit au dépourvu, et nous allions tout abandonner, quand Monsei- 8neur, qui est le courage même, fit une proposition qui était sans réplique,
“ Ecoutez, ” dit-il, “ nous sommes .des missionnaires accoutumés à la privation ; permettez-nous seulement de monter à bord :
nous nous afrangerons ensuite comme nous Pouïrons, sans exiger de cabine.”
Ce qui fut accordé : la difficulté était tranchée, et le lendemain, à quatre heures, deux fameurs Napolitains nous prenaient dans leur agile nacelle, et nous conduisaient vers le navire, en chantant une jolie romance du pays.
Bientôt, sur l'ordre du Capitaine, les revendeurs, les saltimbanques, les chanteurs ambulants descendent dans leurs barques, et retournent à terre, l'ancre est levée ; nous jetons un dernier salut à la c/o Napoli, pour voguer à
pleines voiles ou plutôt, à pleine vapeur dans la diréction de Messine.
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