EN MER
Le vaisseau avait nom le Tage.
Ce vapeur, destiné surtout au transport des marchandises, offre peu de confort aux passa. gers ; néanmoins, l’urbanité et les attentions de l'équipage suppléent à ce qui peut manquer d'ailleurs. Grâce à la bonne volonté des off. ciers, et à la condescendance de quelques voyageurs, nous avions, le soir, lit et cabine comme tout le monde.
Quelques Frères des Ecoles Chrétiennes conduisaient à Alexandrie, sur le même navire, un grand nombre d'élèves, que leur avaient confiés des familles françaises. - Les autres passagers étaieñt Français, An.
glais, Autrichiens, Hollandais, Turcs, Italiens et Suisses, Il y avait des prêtres, des hommes de loi, des militaires, des négociants; c'est que la Méditerranée est une espèce de centre du
8 VOYAGE EN TERRE-SAINTE monde où convergent, se rencontrent et se
croisent tous les intérêts, touets les entreprises ;
elle est traversée par le missionnaire comme par le commerçant, par le savant comme par celui qui cherche simplement fortune.
Le temps était beau, l'onde calme ; le Tage filait rapidement.
Cette première soirée fut délicieusement employée à marcher sur le pont, tout en causant
des mille souvenirs historiques que rappelle la
Méditerranée. Outre les faits de l’histoire pro-
fane, nous avions, pour nous entretenir, les péré-
grinations des Apôtres, les expéditions des Croisés, les Voyages d’une foule de saints et d’autres personnages célèbres.
Une des pages les plus touchantes, à ce sujet, a été écrite par saint Jérôme, racontant le dé part de sainte Paule à Ostie, après avoir fait ses adieux à ses filles et à son fils,
Castellamare, Sorrente, Capri s’effacèrent tour
à tour, et nous laissâmes le golfe de Naples pour entrer en pleine mer,
C'était le jour de la fête de sainte Lucie, vierge de Syracuse, qui vint au tombeau de
it et 5e ‘eprises ; comme
me par le Tage
ent em- Causant pelle la re pros péréns des ints et
> sujet, le déir fait
nttour s pour
Lucie, au de
sainte Agathe, à Catane, prier pour sa mère malade, dont elle obtint la guérison : par reconnaissance elle donna sa dot aux pauvres et se consacra au Seigneur ; plus tard, elle reçut la couronne du martyre,
Comme nous avancions vers la Sicile, patrie de ces deux illustres saintes, nous leur deman:dâmes de nous bénir au passage, et de nous accorder, pour le voyage, leur efficace protec- | tion,
Je mentionne cette circonstance d'autant plus volontiers que, par une coïncidence remarqua ble, nous revenions aux mêmes endroits, deux mois plus tard, au jour de sainte Agathe,
Le lendemain, dimanche, le soleil levant le plus radieux, vint nous promettre une belle journée ; promesse trompeuse qu’il ne devait tenir qu’à demi, -
Un laïque demanda pour nous, au Capitaine, l'autorisation de dire la messe,
“ Les règlements s’y opposent formellement,” dit le commandant ; il fallut s’incliner, .
À neuf heures, nous passions devant Messine.
Le détroit a toujours été le cauchemar des ma-
rins, et les noms de Charybde et Sylla ne sont inconnus de personne.
Dans l'après-midi, le ciel se Couvrit de nua- €s sombres, inquiétants :
le vent s'éleva, et bientôt les vagues écumèr
ent et mugirent de façon à nous faire redouter une nuit pénible ;
c'étaient en effet les signes avant-coureurs d’une
violente tempête qui devait durer trois jours.
Pendant tout ce temps, nous fûmes confinés
dans l’intérieur du Vaisseau où le défaut d'air Pur aurait suffi à nous incommoder grandement, même en temps calme ordinaire,
Le vent soufflait avec fureur, la pluie et ta grêle battaient violemment les fenêtres, le tonnerre grondait presque continuellement ; lames lancées à une grande hauteur, au-dessus du navire, et retombant lourdement sur le pont, roulaient d’une extrémité à l'autre avec un bruit sourd et sinistre ; quelquefois une masse d’eau,
poussée par le vent, venait heurter avec fracas les flancs du vaisseau,
les
dont elle émportait quelque pièce, et nous faire croire à un abordage ou à quelqu’autre accident,
Le roulis, compliqué du tangage, eut bientôt
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rit de nuas'éleva, et ugirent de t pénible ; eurs d’une rois jours.
confinés faut d’air ndement,
luie et la s, le tonent ; les u-dessus le pont, un bruit e d’eau, C fracas iportait à abor-
bientôt
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raison de la plupart des passagers, qui durent prendre et garder la position horizontale, ce qui ne les empêcha pas d'être horriblement bal. lotés,
Ce fut tout le temps, l'obscurité, la nuit avec toutes ses horreurs, et ce qui ajoutait encore à notre effroi, c'était le feu des éclairs qui venait par moments illuminer notre prison, pour nous laisser ensuite dans des ténèbres qui n'en paraissaient que plus épaisses. |
La tourmente, tout affreuse, qu’elle était, donna lieu à des incident , assez comiques,
Un des passagers italiens, jeune homme qui voyageait sur mer pour la première fois, était tellement effrayé, que ne pouvant tenir en place, il parcourait les salles en criant : “Mon Dieu, mon Dieu, nous allons périr; retournons chez nous.” À la fin, le capitaine s'impatiente, et, avec le ton d’une gravité Caractéristique : “ Dites donc, mon ami,” lui dit-il, “si nous devons sombrer, il y a assez de curés à bord pour vous confesser ; tenez-vous tranquille: vous n'espérez pas, je pense, vivre aussi longtemps que Mathieu Salé (Mathusalem.) ” Le pauvre mal-
heureux ne fut PAS Convaincu ; il continua de se lamenter sans Pouvoir fléchir le
Capitaine qui laissa le vaisse
au poursuivre sa route.
À un moment donné, le v
lement, que tout ce qui attaché fut entraîné de tr ceux des pass
aisscau pencha tel.
n'était pas solidement ibord à babord, et que
agers qui n'étaient Pas sur leurs lits perdirent tout à coup l’
à table quelques Anglais,
en train de diner ; ris à l’im 2roviste, ils roulè P
rent sur le plancher, nt les assiettes et les Contenu,
un cie
et par-dessus eux tombère plats, les inondant de Jeur
Le troisième jour, l plus screin, nous
ants de repos : nous en Profitâmes pour sortir de nos ca
quelques bouffées de grand air,
aPporta quelques inst
bines et respirér
Nous éMarquons dans le Joint Crète, disparaissant Sous un immen de neige, et Ja tempê veau au fond de notre
ain l’île de se manteau te nous renvoie de nouprison, Ce n'est que le soir, du six NOUS arrivâmes à Alexandrie, heures de retard sur le trajet
il était trop tard pour descend
ième jour, que avec vingt-quatre Ordinaire, Même re à terre ; la nuit
équilibre : il y avait
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il continua de r le capitaine sa route,
au pencha tel.
as solidement babord, et que
Pas sur leurs
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n de diner ; " le plancher, ssiettes et les screin, nous »s ; nous en ss et respirér
ain l’île de se manteau ie de nou-
jour, que ngt-quatre re. Même
€; la nuit
tombait, et des règlements sévères interdisent aux vaisseaux, l'entrée du port, après le couche: du soleil,
La veillée fut assez agréable, Répondant au désir de Monseigneur, les Frères réunirent leurs élèves, et, tous ensemble, ils chantèrent des hymnes et des cantiques à la très sainte Vierge, l'étoile de la mer, que nous avions invoquée pendant la tourmente, et qui nous avait manifestement protégés.
Le vapeur tourna sur lui-même pendant toute la nuit, ce qui permettait à l'ingénieur de tenir la machine en mouvement.
L'île de Pharos était à une petite distance, On sait que cette île, dont la tour de marbre était une des sept merveilles du monde, a donné son nom aux lumières établies le long des côtes pour la sûreté et la direction des navigateurs, Pharos est aujourd’hui réunie, par un môle, à la ville d'Alexandrie.
Le matin, de bonne heure, un pilote Egyptien vint prendre le commandement du navire, et le diriger entre les mille embarcations de toutes sortes qui couvraient le port.
À peine arrêté à une petite distance du quai, le Z age est entouré de barques arabes, destinées à faciliter le débarquement des Voyageurs et le transport de leur bagage, C'est un véritable siège, et l'on se ferait difficilement uñe idée des
cris et de Ja confusion ; les Passagers craignent
de se hasarder, de se Confier à ces bateliers à demi vêtus qui se disputent, s'accablent d’in-
jures et'de menaces, s'arrachent les effets des
VOYageurs, et souvent même ‘en viennent aux
Coups, Heureusement Pour nous,
de la ville d'Alexandrie, venus
de leurs frères, nous invitent
deux religieux au-devant d'un à prendre place
dans leur barque, ce qui nous sauve de toute crainte et de tout embarras ;
une heure après nous sommes aCCueillis avec la
plus grande cordialité, au Couvent de sainte Catherine,
Après avoir été ballottés
pendant plusieur: jours sur la mer en furie,
et avoir couru les Pius grands dangers, éprouvé de grandes fatigues, On Comprend le prix de cette religieuse hospi-
tal. que donnent aux pèlerins, en Orient, les fils de F “in! Fr *1çois,
NTE
ance du quai, bes, destinées Yageurs et le un véritable aïe idée des rs Craignent S bateliers à ablent d'ins effets des nnent aux
religieux evant d’un ndre place ce de toute eure après ande cor- 1e, plusieur:
u les plus fatigues, se hospiient, les