‹ Souvenirs d'un voyage en Terre-Sainte [microforme]Chapitre 60 sur 89 · NE · texte numérisé non relu

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Le soir, au moment où je me retirais dans ma cellule, un des domestiques du couvent se présente à moi, et, dans un langage mélangé d'allemand, d’italien et de français, il me dit d’un ton ému : :

“Est-ce vrai qu'il y a dans la maison, un évêque qui vient de bien loin ?”

“C'est très vrai, et quoi?”

“Oh! par pitié, voulez-vous me dire si cet

évêque n’est pas celui de mon pays ?”

“ Mais, d’abord, d'où êtes-vous, ” lui dis-je,

“Te suis de Strasbourg, et je veux voir Mgr. Raess, je veux lui parler, si c'est lui qui vient d'arriver ; il y a de longues années que je demeure ici, et quoique j'y sois très bien traité, et même très heureux sous plusieurs rapports, il y a là, (il montrait son cœur) quelque chose qui ne veut pas partir, qui ne veut pas mourir, et. c'est le souvenir de mon pays; oh! laissez-moi voir mon évêque, que je parle un peu de ma patrie, ça me ferait tant de bien.” Et de grosses larmes coulaient le long de ses joues.

Hélas! je dus le détromper; et il me fut

facile de voir que le désappointement lui était

cruel,

Ain-Karim est un village habité par sept cents âmes, dont une centaine à peine sont

catholiques ; l'église paroissiale est desservie:

par les PP, franciscains, qui dirigent aussi l'école des garçons ; les Dames de Sion, dont l'établissement a été restauré et agrandi depuis peu par le P. de Ratisbonne, ont à leur charge un Couvent, une école et un orphelinat pour les filles.

La position d'Ain-Karim est des plus pittoresques ; le plateau sur lequel est assis le village, domine de tous côtés une étroite et riante vallée, entourée partout de hautes montagnes ; le pays, moins dénudé que partout ailleurs :

dans la Judée, présente £ réquemment des plantations vérdoyantes d'oliviers et de vignes, :et le sol est recouvert d’un riche gazon.

Les habitants s'occupent de culture, ou exetcent quelque industrie, et les femmes vont à-Jé.… rusalem, vendre le produit du travail commun. : Jene veux pas cacher à mes lecteurs qu'il existe une controverse, relativement au lieu de

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la sraissance de saint Jean ; mais le frère Liévin a conquis une si grande autorité, en tout ce quiconcerne la Terre-Sainte, et les raisons qu'il apporte ici, en faveur de la tradition locale, sont telles, que nous pouvons sans crainte accepter la thèse du savant guide, et placer avec lui à Ain-Karim, jusqu'à preuve certaine donnée en faveur de Vutta ou d'Hébron, le lieu qui vit naître le Précurseur ‘de Jésus-Christ.

Comme beauconp d'habitations de la même époque et du même pays, la maison d’Elisabeth consistait en deux partie: distinctes, et tout à fait différentes l’une Le l'autre. Une première chambre façonnée par la nature, s'enfonçait dans le rocher, sous le penchant d’une colline, et à cet appartement tout trouvé, on avait ajouté une construction supplémentaire, contenant une ou plusieurs pièces, et formant avec la grotte naturelle, une même deimeuie,

De bonne heure une église, que l'on fait même remonter à sainte Hélène, fut construite sur le lieu de la naissance de Jean-Baptiste, et dans cette église était conservée la partie de la maison d’Elizabeth, où le précurseur avait vu

le jour ; cette partie était justement la chambre

naturelle ou la grotte. Détruit par Chosroës, le monument fut rebâti, et les pèlerins le mentionnaient au douzième siècle,

: Abandonnée ensuite par les chrétiens, à la suite du départ des croisés, l’église de saint Jean servit, pendant longtemps, d’écurie et d’étable, jusqu’à ce qu'enfin, en 1621, les franciscains purent la reprendre, moyennant une somme d'argent ; elle leur fut encore enlevée, puis, de nouveau rendue, et, par les soins. de l'ambassadeur de France, le marquis de Nointel, les réclamations de la custodie furent définitive-

. ment entendues ; l'église fut réparée à neuf, et g I

un nouveau couvent lui fut adjoint.

L'église actuelle, mesurant trente-sept pas de long sur vingt de large, est partagée en trois nefs, par des piliers carrés qui supportent les voûtes, surmontées elles-mêmes d’une coupole, Le pavé eït formé de pierres de différentes couleurs, et de marbres variés, composant une mosaïque très simple et de bon goût, Les murs et la partie inférieure des piliers sont recouverts de plaques de faïence coloriées.

Le maître-autel est dédié à saint Zacharie ;

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