‹ Souvenirs d'un voyage en Terre-Sainte [microforme]Chapitre 87 sur 89 · IT SOUVENIRS DE LA STE, FAMILLE EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

IT SOUVENIRS DE LA STE, FAMILLE EN ÉGYPTE

Nous étions allés au Caire surtout pour visiter les souvenirs du Passage de la sainte

famille, dans 1a ville et aux environs.

Selon la tradition, la sainte famille, après un long et fatiguant voyage à travers le désert, avait d’abord cherché un asile provisoire, endroit appelé Matarieh. Dans ce pays presque

solitaire, situé à deux lieues environ de la ville,

A aun

on nous montra un sycomore, qui remonte au

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dé Gethsémani, et sous lequel s'abrit, l'enfant

Jésus accompagné de ses parents. Le tronc de cet arbre, noueux et crevassé, a été brisé à la hauteur d’une dizaine de pieds, ce qui n'empêche que deux énormes branches, s'étendant de chaque côté en forme de croix, et couvertes d'un épais feuillage, ne couvrent de leur ombre une grande étendue du jardin, dans lequel il se trouve enfermé,

Près du sycomore jaillit une fontaine, qu'un musulman réclame comme sa propriété, et qui porte le nom de fontaine de Marie ; on croit que la mère de Jésus la fit sourdre miraculeusement à son passage, pour désaltérer le divin Enfant ; l’eau de cette fontaine est douce, limpide et toujours abondante.

En ces mêmes lieux, il y avait jadis un bosquet de baumiers dont l'existence était aussi attribuée, par les pèlerins, à un miracle du Sauveur ; il a disparu complètement, et à sa place, on voit des arbres fruitiers de diffé. rentes espèces.

Dans la ville même du Caire, nous visitâmes la maison de la sainte famille : c'est une grotte de vingt pieds de long, sur douze de large, reliée à une autre excavation naturelle plus petite, et faisant partie de la crypte d’une église, que desservent lescophtes schismatiques. Cette chapelle est fort mal entretenue, et dans le sanctuaire, où nous conduisit la femme même du ministre qui en a la charge, À côté du tabernacle, nous avons vu des meubles

profanes, des ustensiles, et même les instrus

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ments qui servent à nétoyer l'église. C'est du reste, une remarque que nous avons dû faire assez souvent dans les églises schismatiques ; les nefs, en général, sont assez décentes, mais le chœur, qu'un voile dérobe aux regards de la foule, laisse grandement à désirer.

Quoiqu'il en soit, nous sommes ici dans un Sanctuaire bien digne de tout notre respect, Puisque Jésus l'habita pendant de longues années peut-être, que Joseph y versa les sueurs d'un rude travail, et que la divine Mère, témoin Constant dés amabilités de son Enfant, et du dévouement sans bornes de son époux, y éprouva toutes les angoisses qui constituent ce que l'Eglise appelle la deuxième douleur de Marie, la douleur de l'exil,

Il n'était guère permis de laisser le Caire et l'Egypte, sans aller voir les Pyramides dont nous étions si près, Ces immenses constructions, de forme cônique, à la base carrée, et offrant l'aspect d’escaliers gigantesques, sont à bon droit un sujet d'étonnement, surtout si l'on considère les siècles nombreux qui sont leur

âge, l'immobilité parfaite avec laquelle ils ont

traversé les époques qui ont vu tout crouler autour d'elles, et aussi l'orientation régulière qui les a fait prendre pour des monuments astronomiques d’une grande perfection.

A-t-on voulu, en élevant les pyramides, établir des observatoires, créer un barrage contre l'envahissement des sables, ou consacrer, par des tombeaux aux proportions grandioses s'il en fut, la mémoire de quelques souverains; la question n'est pas résolue, non plus que celle de l'architecte à qui revient l'honneur de les avoir créées, et du temps auquel elles remontent.

Des trois pyramides les plus importantes qui restent encore, celle de Chéops est la plus grande, et sa situation, sur un plateau rocheux, ajoute encore à l'effet imposant que sa vue produirait à elle seule. Sa hauteur est de plus de quatre cents pieds.

Pendant que nous étions à la contempler, une nuée d'arabes nous entoura, nous accablant d'offres et de sollicitations ; c'était à qui aurait l'honneur, moyennant quelques sous, de gravir en courant, jusqu’au sommet, et de redescendre aussitôt, pendant un nombre déterminé de

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minutes, Deux de ces indigènes partirent, sur un signe de notre part, et certes ils gagnèrent vraiment la petite somme convenue,

Le soir nous ctions de retour à Alexandrie, et le lendemain, le Tage nous recevait à son bord, pour nous transporter à Naples, en quatre petites journées. La traversée, cette fois, fut aussi agréable et aussi rapide que le premier voyage avait été long et ennuyeux,

C'est au milieu de la nuit que le vapeur jeta l'ancre dans la rade napolitaine, et malgré notre répugnance à débarquer au milieu des ténèbres et à une heure aussi peu avantageuse, dans une ville inconnue, nous dûmes descendre

dans l'unique bateau qui vint à notre ren-

Contre,

Notre pèlerinage était terminé ; il restait à nous rendre à Rome pour nous prosterner au tombeau des saints apôtres fet rendre grâces

à la divine Providence.

RÉCIT DE LA PROCESSION QUI S'ACCOMPLIT Lil LE VENDREDI SAINT AU SAINT SÉPULCRE, 1

Extrait de l'ouvrage du P. Ubald.

(Jérusalem, la’ Terre-Sairite et le Liban.)

“A l'entrée de la nuit Commença dans l’église du saint sépulcre la grande procession du vendredi saint, si renommée dans tout l’univers, La vieille basilique était illuminée d’une manière splendide. Un nombre infini de lampes, garnies de verres de couleurs, scintillaient de

toutes parts ; depuis les mosaïques du pavé jusqu’à la voûte, les murailles, les colonnes, les arceaux et les pilastres, avaient disparu sous une riche ornementation de feu. Partout dans les chapelles souterraines, comme sur le calvaire ef au saint sépulcre, on voyait des gerbes de feu de toutes couleurs, des arabesques de feu, des couronnes et des guirlandes de feu, qui se mêlaient et se croisaient en tout sens, couraient tout autour de l'édifice, s'élançaient jusqu’à la coupole et paraissaient suspendues au-dessus de nos têtes. De plus, on entendait de toutes parts un grand bruit, semblable à celui des flots de la mer. C'étaient les milliers de pèlerins, accourus de toutes les parties du monde, des africains et des asiatiques, tous de différent costume et de-différentes couleurs, des blancs, des noirs et des mulâtres ; toute la terre semblait réunie en ce moment à Jérusalem, sur le Calvaire, pour pleurer la mort de son obns à teur.

“ De leur côté les Pères en: Terre-Sainte, avaient déployé toute la pompe et la magnificence possibles, et ils avaient sorti de leur

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trésor les richesses que la piété des souverains de l’Europe y a entassées depuis des siècles.

“Bientôt le cortège s'ébranle lentement et majestueusement, parcourant toutes les stations qui nous sont déjà connues ; en tête marche un diacre soutenant une grande croix, à laquellé est attachée une effigie ic Jésus crucifié, à peu près de grandeur naturelle. Derrière lui vient nne troupe nombreuse de jeunes arabes, dont les tunique blanches comme la neige, font ressortir la couleur de leur peau cuivrée par le soleil de Syrie; puis s'avancent deux longues files de moines, de prêtres, de ministres sacrés, tous la poitrine couverte d'une barbe épaisse, la tête rasée, les pieds nus et la. corde aux reins, quelques-uns d’entr'eux balancent des encensoirs, d’autres portent des vases antiques en argent, richement ciselés, d’une forme mystérieuse et remplis d'aromates, Enfin apparaît le vénérable patriarche de la ville sainte qui a dépouillé ses riches ornements pour cette lugubre cérémonie,

“On s'arrête d’abord devant la colonne de la Flagellation et, là, un des professeurs du

séminaire patriarcal prononce un discours en

langue italienne. Ensuite les chants recom-.

mencent, la foule mêle ses mille voix aux voix puissantes des moines, qui ont entonné les hymnes plaintives de la Passion.

“ Deux fois encore le cortège interrompt sa marche, La première fois, au lieu où les soldats tirèrent au sort les vêtements du Sauveur.

Là un franciscain fait un second discours en

grec. La troisième station “a lieu devant la

chapelle des impropères. Là un autre moine

s'adresse à la foule en anglais.

“ Mais nous voici arrivés au moment solennel, Le grand crucifix qui marche à notre tête et que l'on élève au-dessus de la foulée gravit les derniers degrés du calvaire; bientôt il arrive au sommet. Tous les esaide sont fixés sur lui, Tout à coup il disparaît, on le voit s'abaisser, on le couche sur le marbre du sanctuaire, à l'endroit même où Jésus fut cloué à la croix, il y a dix-huit siècles.

“ Le but de la cérémonie, à laquelle nous assistons, est de représenter au naturel les dernières scènes de la Passion. Mais qui donc

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aujourd’hui oserait porter la main sur Jésus ? Qui donc voudrait enfoncer de gros clous dans sa chair divine? Voilà pourquoi l'on suppose que le crucifiement a eu lieu d'avance, et cette effigie du Christ que nous avons sous les yeux porte toutes les marques de cet horrible supplice.

“ A cette station, le R. P, Gagarin fit un sermon en russe, sa langue maternelle. Après le quatrième discours, cette scène religieuse prend un caractère saisissant de vérité, qui fait couler bien des larmes parmi les spectateurs, Des prêtres relèvent avec respect le grand crucifix qui est étendu à nos pieds, et ils vont le déposer pieusement à la même place où les juifs plantèrent autrefois la véritable croix de Jésus. À cette vue un frisson parcourt les membres des assistants, nous croyons avoir une éffroyable réalité sous les yeux. Nous sommes en ce moment sur le Golgotha, le soir du vendredi saint, nous voyons le gibet infâme dressé devant nous, et l'effigie du Sauveur suspenCue à cette croix avec toutes les apparences d'un supplice : son front ensanglanté par de

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grosses épines est affaissé, ses yeux éteints, sa bouche entr'ouverte, ses joues creuses et livides, ses mains, ses bras, ses pieds rouges de sang, la plaie de son côté large et saignante ; tout contribue à favoriser ia cruelle illusion du pêlerin et à déchirer son âme... Mon Dieu!

quel douloureux spectacle! oh! certes, aucun de ceux qui l’ont vu ne l’oubliera jamais.

“ Puis deux diacres s'avancent et se prosternent d'abord profondément pour adorer

: Jésus en croix ; puis ils passent un beau linge

blanc sous les aisselles du Christ, afin de le soutenir, pendant qu'on va le descendre de son lit de douleurs. Un prêtre se présente à son tour, ét monte sur une échelle pour remplir les fonctions de Joseph d'Arimathie, Il ôte d’abord la couronne d’épines, la baise respectueusement et l'élève ensuite pour la présenter-à la vénération de la foule; enfin il la dépose dans un plateau d'argent. Puis, armé d’une petite pince également en argent, il arrache le clou de la main gauche, le baise avec amour, l’expose aux regards de l'assistance attendrie, et le place à côté de la sainte couronne, Il observe les

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et livides, de sang, nte,; tout usion du on Dieu!

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mêmes rubriques pour les autres clous, et alors le Christ n’est plus soutenu que par le linge des diacres. Le voilà qui s'affaisse lentement vers la terre ; les ministres sacrés le reçoivent avec les plus grandes précautions, dans leurs bras et l'enveloppent dans un beau linceul. I] ne reste plus alors sur le bois sacré que le linge des diacres, dont les plis enroulés autour des bras de la croix pendent vers la terre.

“Qu'on se représente cette grande croix noire, sur laquelle il n'y à plus rien qu'un

‘grand linceul blanc, plantée sur le Golgotha, à

la même place que la vraie croix de Jésus. A ses pieds est étendu un cadavre tout couvert de blessures, les pieds et les mains percés, le côté ouvert, C'est le soir du vendredi saint ! Quel lieu ! quel jour ! quelles circonstances !

“ Bientôt quatre prêtres, couverts d’ornements en velour noir broché d'or, se disposent à emporter la sainte effigie à l'endroit même où Jésus fut enseveli par Nicodème et -Joseph d’'Arimathie, Le cortège s'ébranle donc encore une fois et descend lentement les degrés du calvaire, La foule ouvre ses rangs pour la

laisser passer; on va directement à la pierre de l'onction. Là, on dépose le grand crucifix, on ouvre le linceul. La tête de Jésus repose sur un coussin en velours noir, on étend ses

membres avec respect. En ce moment le pa-

triarche se lave les mains, et se ceint d’un linge pout procéder à l'embautñement, D'abord

il se prosterne et baise avec amour les plaies

de l’auguste victime ; il l'adore quelques instants .. silence, ensuite, prenant les vases antiques, que les ministres tiennent à la main, il couvre le crucifix d’aromates précieux et de poudres parfumées, de baume et d’aloès, de cinnamome et de myrrhe,

“ Pendant ce temps un fils de saint François adresse un discours arabe aux habitants de Jérusalem,

‘“ Un septième sermon en langue espagnole

termine la cérémonie, puis le patriarche ferme soigneusement la porte du saint sépulcre, ”

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