SOU VEN I RS
Retirée avec mon excellente tante Aurore dans une petite maison entourée d’arbres et de fleurs située dans la partie la plus coquette du Rois de Boulogne, je m’exerce à mener une existence presque purement végétative.
J’ai cinquante ans. Cet âge; si redouté des femmes, ne m’a ni épaissie, ni alourdie, ni enlaidie.
Je ne crois pas avoir perdu une ligne de ma taille, si élégante et si haute. J’ai toujours les mêmes beaux yeux noirs, les mêmes sourcils noirs, les mêmes dents éblouissantes, la même bouche vermeille, le même menton expressif.
Mais mes cheveux sont devenus blancs. Je les porte courageusement dans leur blancheur de neige, relevés tout autour du front sous une coiffe en forme de cœur, « à la Marie Stuart, »
Mes cheveux blancs contrastant avec mes jœux noirs, loin de me vieillir, me donnent l’air jeune, assure~t~on.
Je suis toujours extrêmement coquette de mes
Variante, ligne 1, au lieu de Retirée; lire : La Goura' dilles vient encore me voir de loin en loin, par pure amitié. Elle aussi, elle s’est retirée des affaires. Elle a une grosse fortune. Je vis...
Variante, ligne 6 , au lieu de cinquante ans ; lire : cinquante-deux ans; mais je n’en avoue que cinquante.
Variante, ligne 1 2, après noirs; lire : le même teint rosé.
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pieds. Je les soigne et les chausse avec autant de souci et d’élégance que je le faisais U y a trente ans. Et, de même, mes bas de soie rosée sont toujours rigoureusement tendus sur mes jambes.
La seule modification que j’aie cru devoir, avec l’âge, apporter dans mon costume, consiste en ceci que ma robe de veuve, en forme de vertugadin ou de robe Watteau, et en crêpe noir, est un peu plus étoffée sur les hanches que je n’aurais eu l’idée de le faire par le passé ! J’ai conservé le même maintien que j’avais dans ma jeunesse ; je marche toujours à grands pas, tenant le haut du corps un peu avancé. Et mon miroir, comme toutes les personnes qui me rencontrent lorsque, traînant derrière et autour • de moi, mes longs voiles de veuve, je me promène, par les belles journées d’automne et de printemps, autour du joli petit lac d’Auteuil, me disent que je suis toujours charmante.