‹ Souvenirs d'une cosaqueChapitre 6 sur 27 · IO · texte numérisé non relu

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On ne m’avait promis le piano que pour la fin de la semaine. v

Je la passai à regarder autour de moi. Les intérieurs romains sont de sales taudis ; on réserve la propreté pour les étrangers. Paresseux, inertes , ignorants, les Romains ont horreur de tout effort; leur vie n’est qu’une longue sieste.

Une famille possède trois chambres ; elle en loue deux et vit dans une. Point d’autre revenu.

Ma padrone avait un mari jeune encore et deux filles. Leur chambre était crasseuse, les meubles sales, le désordre immonde. Ils vivaient de polenta, de macaroni, de salade, de figues. Le dimanche on se frisait, on mettait des habits neufs; y avait-il du linge par-dessous ? L’homme allait au Corso, entrait dans un café , buvait un verre

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d’eau très-claire, lisait un journal, puis se prome : nait jusqu’au soir avec des amis; les femmes allaient dans les églises. Elles montaient à genoux l’escalier de la chapelle de Saint-Jean de Latran, escalier venu, disent les prêtres, du palais de Pilate, et qui est recouvert de bois, le marbre commençant à porter les traces de la dévotion des fidèles.

On met une demi-heure à se hisser jusqu’au haut sur les genoux.

Au sommet se trouve une pancarte avec une courte prière. Lorsqu’on la récite on gagne une indulgence de cent jours.

Mes Romaines en faisaient une provision; elles

redescendaient par un autre escalier où il est per-

mis de se servir de ses pieds, et regagnaient lentement la maison.

D’autres fois elles enveloppaient de papier quelques tranches de jambon, achetaient pour deux sous de figues, et allaient déguster ce festin sous quelque hangar derrière Ponte-Molle, en face du Tibre jaune et tournoyant.

Pendant la semaine , le padrone fumait, la femme et les filles, sales, fripées, se tenaient le visage collé au vitrage de la fenêtre. Le soir, elles

préparaient le maigre repas et se couchaient.

Dans le quartier Transtéverin, je vis des bouges infects. Dans les corridors graisseux, suintants, toute une population en loques grouillait. Des tronçons de choux, des pelures d’oranges pourrissaient en plein air ; des boutiques de fritures augmentaient la fétidité des émanations ; des enfants, accroupis sans vergogne au milieu des rues, faisaient penser à l’utilité des échasses.

C’était l’ancien quartier étrusque chanté par les poètes.

I I O SOUVENIRS d’une COSAQUE.

Comme je m’attendais tous les jours à une visite de X..., je me promettais de visiter plus tard les églises et les musées.

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