MONUMENTS MÉGALITHIQUES
DE RORNIA
PRÈS D'HAHHAM-MESKHOUTIN.
Paris, septembre 1868.
M. LE D"^ PRUNER-BEY.
A VOUS, cette histoire des monuments mégalithiques de Roknia ; à vous, qui m'avez donné les premières notions anthropologiques, qui, avec une complaisance et une affabilité sans pareilles, avez guidé mes pas dans le dédale des connaissances des races humaines et de Thomme préhistorique.
Vous avez pris cette peine, vous avez eu cette obligeance, alors que, par suite de mes études malacologiques, je vous expliquai mes recherches sur les temps passés, je vous exposai mes théories basées sur la prédominance de telle ou telle forme chez les mollusques; chez ces animaux presque inertes, qui naissent, vivent et meurent pour ainsi dire h la même place, et, par conséquent, qui sont les meilleurs témoins des perturbations ou dos climats différents , dont ils ont eu à supporter les causes modificatrices.
Carte de moa exploration à ROKNLV et au DJEBEL THAYA
en Mai 1867
Cravt Gh«z Avril F** Challamel , Li"b E dit Irnç Beccpi*!.
Le samedi 20 mai , je parlais de Guelma dans la direction d'Hammam-^ Meskhoutin , les fameux bains maudits des Arabes.
J'avais Tintention de visiter le champ mortuaire de Boknia et d'explorer Timmense caverne duDjebel-Tbaya. Les commandants supérieurs de Bone etde Guelma, dont je ne saurais trop louer Tobligeance et rafTabililé , avaient mis , ce qui m'avait manqué dans mes précédentes excursions, des hommes à ma disposition.
Je dois, pour acquitter une dette de reconnaissance, reprendre de plus haut^
Lorsque, de retour de mon voyage à Tunis, j'étais débarqué à Bone dans la journée du 13 mai^ j'avais trouvé en la personne du commandant supérieur, M. le général Faidherbe, ancien gouverneur du Sénégal , un homme^ d'un haut mérite, alliant au savoir la prévenance et la courtoisie d'un vrai gentleman. J'avais également rencontré en M. le capitaine de Bouvière, et en M. Vérillon , chef du bureau arabe, une extrême complaisance. Ces personnes, chez lesquelles le savoir et le mérite se disputaient à TafTabilité, m'avaient, lorsqu'ils apprirent mon désir de visiter les environs de Guelma, le plus chaudement recommandé au commandant, M. le lieutenant-colonel de Flogny.
A mon arrivée à Guelma, j'avais eu le bonheur de retrouver chez M. de
Flogny cette obligeance délicate à laquelle, à Bone, je m'étais si bien habitué. Il est rare de rencontrer des personnes d'un tel mérite, qui prennent si à cœur d'aider de tout leur pouvoir ceux qui se consacrent aux études scientifiques.
Lorsqu'un voyageur est assez heureux pour trouver sur sa route de ces hommes d'intelligence , ce jour-là est pour lui un jour de bonheur- Ce n'est pas que j'aie rencontré, en Algérie, des personnes malveillantes, non I J'ai toujours chez les officiers et les commandants de notre brave armée d'Afrique, qui sont tous des gens d'élite, reconnu l'obligeance et l'amabilité.
Il y a^ cependant, obligeance et obligeance; il y a également amabilité et amabilité.
Il y a l'obligeance de l'homme indifférent aux sciences; il y a l'amabilité de l'homme qui remplit strictement le devoir que lui impose une recommandation ministérielle; c'est-à-dire, l'amabilité sèche, qui se doit entre hommes bien élevés, qui se voient pour la première fois. Il y a, enfin, l'obligeance du cœur, la politesse courtoise et l'amabilité délicate de l'homme intelligent et ami du progrès.
3 'avais donc été assez heureux pour rencontrer, à Bone et à Guelma, cette parfaite obligeance, cette extrême courtoisie.
Grâce à MM. Faidherbe et de Flogny, j'avais à ma disposition quelques soldais de la garnison de Guelma sur lesquels je pouvais compter, et, qui plus est, M. Tauchon, du bureau arabe, dont je n'ai qu'à me louer, avait fait prévenir, de mon arrivée, le cheikh Si-Mokhtar-ben-Teboula du douar des Beni-Addi.
Le soir du 20 mai , j'arrivais donc avec mes soldats, le cheikh et ses spahis, sur le champ mortuaire de Roknia.
Ce champ mortuaire m'avait été indiqué par mon excellent ami , le conseiller Letourneux.
A Alger, lorsqu'au retour de mon excursion de Teniet-el-Haad et des hauts plateaux je lui parlais des temps préhistoriques et que j'essayais de reconstruire les antiques périodes de l'enfance de l'humanité, il m'avait signalé le champ mortuaire de Roknia comme d'un colossal cimetière préhistorique.
Un désir immense de visiter ce champ s'était emparé de moi, surtout lorsque
je Tentendais me dire que les sépultures s'y comptaient,, non par centames, mais par milliers. EnGn j*étais arrivé; j'avais des hommes de cœur pour le travail, et je ne me trouvais plus à la merci de cette sale population arabe, la plaie de notre colonie, comme je l'avais été au douar des Doui-Hasseni , au Eef'Ir'oud , lorsque je me trouvais en présence des monuments symboliques dont j'ai parlé au premier chapitre.
Mon ami Letourneux ne m'avait pas trompé. Sur le versant d'une colline, il existait bien 1,000 à 1,200, ou bien 1,500 sépultures non détruites. Dans l'origine, il pouvait bien , sans exagération , en avoir eu plusieurs milliers.
Ces sépultures n'étaient pas des sépultures ordinaires, c'étaient de véritables dolmens.
Mais, avant de décrire ces dolmens, je crois utile de présenter un aperçu des travaux publiés sur les sépultures préhistoriques de l'Algérie, afin de constater l'état actuel de la science en ce pays.
L'Algérie, comme la Bretagne, est et sera longtemps encore la terre promise des archéologues.
Depuis l'humble tombe jusqu'aux gigantesques constructions du Medracen et de la Chrétienne; depuis les dolmens, les menhirs, etc., jusqu'aux monuments symboliques, il y a de tout en Algérie.
Chaque peuple, chaque race qui se sont succédé sur cette terre, y ont imprimé leur cachet, y ont laissé leurs empreintes.
3e commence par ordre de date.
1855. F. Becker, Essai sur le Medr'asen, in Annuaire de la Soc. archéol. de Constantines p. 108-118, 1855.
Ce colossal monument (1), situé au nord de Batna, consiste en une masse circulaire, dans laquelle se trouvent engagées soixante colonnes (2) , et en une autre masse coniforme , terminée par une série de gradins en retrait les uns sur les autres (3). L'auteur croit que ce monument est le tombeau des rois numides, de même que le K'eber-Roumiâ , le tombeau de la Chrétienne (4), est celui des rois de Mauritanie.
1856- FoY, Notice archéologique sur le Madracen, in Ann. Soc. archéol. prov. de Constantine, p. 58-59, avec i pi. n., 1856-1857.
D'après cet auteur, le Madracen (5) n'est ni le monument d'Aradion , ainsi qu'on a essayé de le prouver (6), ni une construction commémorative d'un événement quelconque, ni le tombeau d'un chef unique, mais la sépulture commune des chefs numides.
JI863- Payen , Lettre sur les tombeaux circulaires de la province de Constantine, in Rec. not. mém. Soc. archéol. Constantine, p. 159 à 169, avec pi. lilh., 1863.
Intéressante notice consacrée à la description de monuments circulaires
(1) Hauteur, 18*,60, soit 57 p. 2 pouces; diamètre, 55" ,08. — Girconrérence , 172 mètres, soit 530 pieds.
(2) Hauteur des colonnes, 2*,60 avec les chapiteaux.
(3) Chaque degré a 2 pieds de haut sur 2 p. 1/2 de large.
(4) Le tombeau de la Chrétienne, à l'ouest de Koléah, près du lac Halloula, est un immense monument de 60 mètres de diamètre, dont la base (13 mètres de hauteur), entourée d'une série de colonnes engagées, est couronnée par une autre masse coniforme, composée de trente-deux gradins, de 0",60 de large sur 0*,58 de hauteur. (Voyez, à ce sujet, Piesse^ Itinéraire de l'Algérie, p. 88. 1862. — Et, l'excellent écrit de M. Pascal Jourdan, Flore murale du tombeau de la Chrétienne. Paris, 1867.
(5) Ce monument est encore appelé Medrachem, par Dureau de la Malle; Madrazen^ par le général Carbuccia; Medr'acen^ par Foumel; Medghassem ou Maidghassem, par d'autres, etc...
(G) Sur le mausolée d'Aradion, ui Ann. Soc. archéol. de Consiantiney p. 180, 1855.
recouverts d'une dalle de pierre fruste ou monolithe de 0",08 à 0", 10 d'épaisseur (1).
Ces petites tours , répandues en immense quantité dans la province de Constanline, notamment à Choucbet-el-Roumaïl, au Djebel-Karouba, à Firès au Djebel -Bou-Driécen, etc., dont la hauteur ne dépasse pas 1°,60, renferment une auge de 0",90 sur 0",i5, dans laquelle se trouve un squelette couché diagonalemenl sur le flanc gauche, avec les jambes repliées le long du corps, de façon que les pieds touchent le crâne. La tête est posée du côté de rOrient. Dans un angle de l'auge ^st déposé un vase en terre mal cuite. Une dalle de fond complète l'ensemble du sarcophage.
M. Payen pense que ces tumulus circulaires sont les sépultures des populations autochthones ou libyennes, subdivisées en Numides, en Maures, etc., du temps de l'occupation romaine.
1863. L. FÉRAUD, Monuments dits celtiques, dans la province de Constanline, in Rec. not. mém. Soc. archéoL Constantine, p. 214 à S34, avec pi. lilh., 1863.
Les monuments dits €eltiqu£$, explorés par M. L. Féraud, en compagnie de M. Christy, sont situés près des sources du Bou-Merzoug, à 35 kilom. au S. E. de Constantine, non loin de la route de Batna , dans une contrée nommée par les indigènes Mordjet-el-Gourzi.
<( Dans un rayon de plus de 3 lieues, dit L. Feraud, sur la partie montagneuse, comme dans la plaine, tout le pays qui entoure les sources est couvert de monuments de forme celtique, tels que dolmens, demi-dolmens, cromlechs, menhirs, allées et tumulus.
« Ces monuments sont entourés d'une enceinte plus ou moins développée, en grosses pierres disposées tantôt en rond, tantôt en carré, avec une sorte de régularité géométrique. La roche forme parfois une partie de l'enceinte, complétée ensuite à l'aide d'autres blocs rapportés. Il est même souvent difficile de déterminer où finit le monument, où commence le rocher. Parfois
(1) Choucbet de M. A. Letoumeux.
encore, rescarpement, étant trop abrupt, a été nivelé par une sorte de mur de soutènement pour faire terrasse autour du dolmen.
« Les dolmens qui existent dans la plaine paraissent construits avec plus de soin ; le transport des matériaux devait aussi y être plus coûteux. Ici, les enceintes sont plus vastes et les dalles des tables plus grandioses. Nous en avons remarqué une qui a fixé notre attention par ses proportions gigantesques. Sa longueur est de 3",75 sur Sl'^jSS de large; son épaisseur sur les bords, de 0",45. »
La plupart de ces monuments sont reliés entre eux par des lignes (simple, double ou triple) de grosses pierres plantées en terre, de 0",40 à 0°,60 d'épaisseur; de telle sorte que l'ensemble de ces dolmens et de toutes ces lignes forme une sorte de monument très-complexe.
MM. Féraud et Christy, après avoir fouillé douze dolmens, ont reconnu que le cadavre, replié sur lui-même, couché sur le côté gauche, forme en quelque sorte un S. — Les genoux, ramenés vers la poitrine, touchent presque le menton. Les bras sont croisés sur la poitrine.
Les poteries, recueillies toujours à proximité de la tête, consistent en vases et pots de différentes grandeurs : les unes paraissent cuites; les autres, en terre glaise, sont seulement séchées au soleil.
Les objets trouvés dans ces dolmens sont :
1*" Quelques fragments de silex, et une pierre polie en calcaire du pays, de la forme d'une hache de sapeur.
2** Une boucle en cuivre avec son ardillon ; — deux bagues en cuivre, avec un dessin incompréhensible sur le chaton de Tune et avec la représentation, sur le chaton de l'autre, d'une sorte de fleur à quatre feuilles en croix;
— deux anneaux en cuivre, dont l'un, sorte de boucle d'oreille, a ses extrémités recourbées s' adaptant l'une à l'autre; — une petite plaque de cuivre, percée, au centre, d'un trou triangulaire; — et un objet en cuivre très-bizarre dont l'usage est inconnu, de la forme d'une monture de pendant d'oreille.
3* Un anneau de fer; — une boucle de fer avec son ardillon, et un autre morceau de la forme d'un mors. Ce dernier morceau a été recueilli en compagnie d'ossements de cheval.
i!" Enfin une médaille en bronze, grand module, de l'impératrice Faustine.
— Sur la face : buste de femme à droite avec ces lettres DIVA FAV...; sur le
revers : une Victoire ou une divinité quelconque debout, tenant une lance ou un glaive à la main gauche. La droite est posée sur un bouclier ou un autel.
« Quelle origine faut-il attribuer à ces sépultures? dit M. Féraud. Sontelles franques, gallo-romaines ou môme vandales?
« Existait-il une population ou une légion gauloise établie d'une manière permanente? Toule nécropole fait présumer Texislence d'une ville voisine. Or jusqu'ici nous n'y avons trouvé aucun vestige de ville, ni de poste militaire, etc..
« Ce canton, avec son admirable source, aurait-il été consacré par la superstition et serait-il devenu, en quelque sorte, une terre sainte? Dans cette conjecture, peut-être y apportait-on les cadavres des Gallo-Romains qui habitaient Cirla, Sigue ou Lambesse, ce qui expliquerait la présence de ce grand nombre de tombes. »
1863. Alex. Bertrand. Monuments dits celtiques delà province de Constantine. Broch. in-8 de 12 pages avec fig. intercal. Exlr. de la Revue archéo- - logique de Paris. Année 1803.
Dans ce mémoire, après avoir mis en relief les parties saillantes du travail de M. L. Féraud, dont il ne peut admettre les conclusions, M. A. Bertrand reconnaît que ces monuments sont analogues à certaines sépultures de la Bretagne (1), et, de plus, qu'ils sont identiques aux dolmens du Danemark, tels qu'ils sont publiés dans SjOborg (2).
Entre ces monuments, le savant directeur du musée préhistorique de Saint-Germain retrouve « les mêmes alignements de pierres en plaine, les mêmes tumulus entourés de cromlech's, la même réunion de dolmens, cromlech's et menhirs dans des enceintes rondes ou carrées de pierres de moindres dimensions. »
Ces similitudes de signes distinctifs amènent l'auteur aux déductions suivantes :
a Un fait acquis : tous ces monuments, en Afrique, comme en France,
(1) Comme celles des environs de Malestroit, dans le Morbihan.
(2) Sjôdorg, Samiingar foer nordens fornalskare. 2 vol. grand in-4, avec pi. 1822.
comme en Danemark, sont des tombeaux. Les corps y étaient ensevelis et non brûlés , et d'ordinaire le cadavre n'était pas étendu tout de son long dans la fosse, il y était placé replié sur lui-même, les genoux touchant le menton. Tout cela fait des monuments d'Afrique les analogues des monuments du Danemark.
« Peut-on croire, toutefois, que les uns et les autres appartiennent à une même race, à une même époque?
« Les monuments du Bou-Merzoug paraissent être d'une date beaucoup plus rapprochée de nous que les monuments analogues du Danemark et que la plus grande partie des monuments de la Gaule. Si, en effet, par leur forme et leur construction, par le mode de sépulture, non moins que par la posture des cadavres ensevelis, tous ces monuments semblent avoir les mêmes caractères, les objets qui y ont été trouvés sont loin d'être partout de même date. De longues années, des siècles, doivent, au contraire, séparer ces objets les uns des autres; tandis qu'en Danemark, d'après les observations unanimes des archéologues, ces monuments remonteraient, sans exception, à rage de pierre, c'est-à-dire à une époque oh, dans le Nord, l'usage même du bronze était inconnu , tandis qu'en Gaule la majorité de ces monuments seraient contemporains de l'âge du bronze (l), et quelques-uns seulement toucheraient à l'âge du fer. Ceux de la province de Constanline ne pourraient, à en juger par les objets qui y ont été trouvés , être de beaucoup antérieurs à l'ère chrétienne, quelques-uns même seraient postérieurs.
« Comment, après cela, expliquer les liens étroits de ressemblance qui unissent tous ces monuments entre eux ?
a Les monuments qui paraissent de date relativement récente sont-ils tout simplement d'antiques monuments autrefois violés et ayant, à l'époque romaine, servi de nouveau de sépulture? Peut-on poser cette conjecture pour les monuments du Bou-Merzoug?
a Si les observations ont été bien faites et si les tombeaux ouverts étaient réellement intacts, comme le croit M. Féraud, il faut admettre que ces monuments sont des monuments non d'une époque, d'un âge particulier, mais d'une lace qui, rebelle à toute transformation et à toute absorption par les
(1) Le bronze n*a Jamais été trouvé dans les monuments dolméniques de la Bretagne.
races supérieures à elle qui ont peuplé de bonne heure l'Europe, après avoir été refoulée de l'Asie centrale vers les contrées du Nord, avoir suivi les bords delà mer Baltique et séjourné en Danemark, en a été de nouveau chassée, a remonté jusqu'aux Orcades; puis, redescendant par le canal qui sépare Tirlande deTAngleterre, est arrivée, d'étape en étape, d'abord en Gaule, puis en Portugal, puis enfin en Afrique, où les restes de ces malheureuses populations se sont éteints, étouflTés par la civilisation, qui ne leur laissait plus de place nulle part. >>
1864. L. FÉRAÛD. Monuments dits celtiques de la province de Constantine (2* mém.), in Rec. not. mém. Soc. archéol. prov. de Constantine, p. 108 à 132, avecpl. lith., 1864.
Dans ce deuxième mémoire, M. L. Féraud, après avoir signalé tous les monuments (dolmens, cromlechs, tours circulaires, enceintes) existant dans la province de Constantine, en décrit quelques-uns, tels que ceux des crêtes du Kheneg, près des ruines de Tiddi , à 24 kilom. N. de Constantine , ceux des Oulad-abd-en Nour, dans la direction de Sétif, etc..
1861. L. LEaERC. Note sur le Medracen, in Rec. not. mém. Soc. archéol. Constantine, p. 133, avec 1 pi., 1864.
Note relative aux colonnes qui entourent la base du Medracen.
1865. Neltnez. Notice sur les fouilles d'El-Mengoub, in Rec. not. mém. Soc. archéol. Constantine, p. 80 à 87, avec pi., 1865.
Mémoire consacré à des tumulus découverts dans le nord du Sahara , près des sources de l'Oued-Itel, à El-Mengoub.
Ces tumulus ressemblent à des amas confus de pierres, d une hauteur de 1 à 3 mètres, présentant une base de 3 à 5 mètres de diamètre. Au niveau du sol seulement, les pierres, placées verticalement, forment une enceinte assez régulière. Sur quelques tumulus, l'auteur a remarqué une pierre dressée, d'assez forte dimension, qui dépasse toutes les autres.
A rinlérieur, ces tumulus paraissent construits de cette manière. Lorsque les premières couches de pierres sont enlevées, les couches inférieures, formées de pierres plus fortes « alternent avec des lits de sable fin. Puis, au centre, on finit par reconnaître une enceinte régulière, composée de pierres placées les unes sur les autres et formant muraille. Cette enceinte se trouve remplie d'un sable très-fin mélangé de pierrailles.
C'est dans ce sable, au niveau du sol, quelquefois dans une sorte de cuvette, que se montre un cadavre, couché sur le dos, les jambes tellement repliées en dessous, qu'on a dû désarticuler le genou avant Tensevelissement.
Un des cadavres a été trouvé tenant , dans sa main droite, un morceau de fer très-oxydé, de forme cylindrique, d'environ 0",10 de long sur 0",03 de diamètre.
Dans ces tumulus, on ne rencontre que de grossières poteries en terre glaise séchée au soleil.
A 7 lieues plus au sud de ces monuments, sur le Chahbel-el-Âkra, Tauleur signale un grand nombre de tumulus beaucoup plus importants et qui n'ont jamais été explorés.
1868. Le D' Bourjot, fouilles des dolmens du plateau des Beni-Messous, près d'Alger , par M. le D' Berlherand ; déductions anthropologiques et description de la contrée. Broch, in-8 de 16 pages, exlr. du Bull. Soc. climat, algérienne, 1868.
Ces dolmens» orientés au levant, sont rectangulaires et composés de cinq pierres frustes : quatre, relevées dans le sens de leur hauteur, forment les côtés, et une cinquième recouvre le tout.
On a recueilli, dans ces sépultures, des poteries grossières, placées à l'un des angles antérieurs, puis quelques anneaux de cuivre, sorte de bracelets longs, minces et très-oxydés.
Dans chaque chambre sépulcrale , il y avait une assez grande quantité d'ossements d'individus de tous âges. — Les crânes de ces cadavres appartenaient au type dolichocéphale, un seul au type brachycéphale.
1868. Le général Faidherbe. Recherches anthropologiques sur les tombeaux mégalithiques de Roknia. — Bone. 1 vol. in-8, avec pi, — Mars 1868.
Cet ouvrage est un œuvre de haute valeur scientifique , bien que je sois, avec son auteur, en dissidence d'opinion sur quelques points. Cet écrit, d'un savant et d'un homme d'esprit, sera goûté de tous pour la portée des idées qui y sont émises et pour les judicieuses déductions anthropologiques qu'il renferme- Les sépultures dolméniques de Roknia, dont je vais également faire l'histoire, sont, d'après M. le général Faidherbe, des tombeaux préhistoriques de Libyens troglodytes, dont les descendants actuels seraient représentés par les Kabyles et les Chaouia. Selon cet illustre auteur, la race berbère ou kabyle est une race autochthone sud-occidentale de l'Europe, qui, de toute antiquité, aurait occupé l'Espagne et l'Afrique (1), les contrées enfin qui correspondraient à ce que j'ai appelé, en me plaçant au point de vue malacologique, le centre hispanique.
1868. A. Letourneux. Sur les monuments funéraires de TAlgérie orientale, in Archiv. fur Anthropologie; Zeitschrifï fur naturg. und urgesch. des Menschen [Zweiter Band), p. 307 à 320, avec fig. interc. — Braunschweig,
En même temps que paraissait à Rone le savant ouvrage de M. le général Faidherbe , paraissait en Allemagne un autre travail non moins important de notre ami le conseiller Letourneux.
Cet écrit, remarquable par la clarté et la netteté des descriptions, ne l'est pas moins pour la lucidité avec laquelle les monuments préhistoriques de l'Algérie sont classés et dénommés.
Les monuments funéraires du nord de l'Afrique sont divisés en monuments d'origine berbère ou libyque, en celtiques et en constructions d'origine incertaine.
(l) Voir, h ce sujet, un excellent travail, traité de main de maître, que vient de faire paraître M. G. OuviEB, de Bone. — Recherches sur Torigine des Berbères. 1 vol. in-8. Imp. Dagaud, Bone. Mai, 1868.
Parmi les monuments d'origine berbère ou libyque, le conseiller Letourneux y range :
l"" Le Medracen et le tombeau de la Chrétienne.
â"" Une série de sépultures consistant tantôt en une seule pierre de forme irrégulière, à peine dégrossie, dressée, portant une courte inscription, dont les caractères sont identiques à ceux employés par les Touaregs, ou tantôt, au lieu d'être isolée , faisant partie d'une série circulaire d'autres pierres plus petites et sans inscriptions.
3"* Une série de sépultures représentées par une pierre longue , taillée avec un certain soin, offrant, à leur partie supérieure, un triangle dans lequel est sculpté un croissant; au-dessous, un homme yètu d'une tunique courte, portant à la main une grappe de raisin ou une pomme de cèdre; enfin, terminée, à la base, par une inscription en langue berbère ou phénicienne.
Les monuments dits celtiques, suivant Letourneux, sont :
1* Les dolmens, demi-dolmens, etc., entourés de leur cercle de pierres ou cromlech (1).
â"" Une série de sépultures dont le dolmen occupe le centre d'une enceinte double ou triple de pierres fichées en terre , autour desquelles circule quelquefois un dallage de pierres équarries.
3^ Les monuments composés de plusieurs rangs de degrés concentriques en pierre taillée, surmontés d'un dolmen. '
4^ Les monuments consistant en pierres plantées en carré ou en rond, etc.
Les monuments funéraires non encore classés sont :
1^ Les bazina^ sorte de monuments qui consistent en assises carrées, concen triques ou ellipsoïdales, de pierres plus ou moins grosses, formant degré, dont le centre se trouve rempli de pierrailles, au milieu desquelles s'élèvent trois pierres minces, longues, enfoncées en terre et formant les trois côtés d'un rectangle allongé.
2^ Les chouchet , monuments cylindriques, représentant une petite tour composée d'assises régulièrement bâties, et recouverts d'une grosse pierre fruste.
(1) Il est à présumer que ces cromlechs ne sont que des monuments dolmôniquos entourés de pierres basilaires, derniers vestiges du tumulus.
3"^ Les haouanet, monumeDis souterrains composés d'une chambre unique, généralement cubique, creusée dans le rocher, dont l'entrée varie du carré régulier au rectangle allongé et même au trapèze. Le pourtour de l'entrée, qui est entaillé, annonce que la chambre était fermée par une dalle ou une porte en bois.
Elc
Quant à la question d'âge et d'origine, noire ami Letourneux pense que « Taccumulation de ces monuments funéraires sur certains points prouve qu'ils ont été élevés par une longue suite de générations et que, par conséquent, ils doivent appartenir à des âges différents. D'un autre côté, leur diffusion sur presque toute l'étendue du territoire de l'Algérie et leur nombre immense ne permettent pas de supposer, comme on Va fait quelquefois, qu'ils soient Tceuvre soit de détachements plus ou moins considérables de Gaulois venus à la suite des légions romaines, soit d'une émigration partielle qui aurait disparu sans laisser de Iraces dans l'âge historique. »
Le savant auteur croit donc que ces monuments, comme le Medracen, le tombeau de la Chrétienne, lesbazina, leschouchet, etc., même les dolmens (de l'Algérie, bien entendu], etc., sont Tœuvre d'une race forte et puissante qui dominait toute l'Algérie , et que cette race est la race berbère ou kabyle.
Ici se terminent l'examen des ouvrages parvenus à notre connaissance (I) et Texposé des opinions émises sur les constructions funéraires de l'Algérie, ainsi que sur Tàge et Torigine probables de ces monuments préhistoriques.
(1) Je dois encore mentionner la représentation de quelques sépultures dolméniques dans le grand ou\rage de de Lamarre , Archéologie de l'exploration scientifique de l'Algérie, pi. clxiii. (Ouvrage inachevé. — Sans texte.)
A deux heures de marche d'Hammam-Meskhoulin, entre le Djebel- Debar' et le Djebel-Gherar, se développe un vaste plateau ondulé, légèrement incliné vers le nord.
Ce plateau rocailleux et âpre d'aspérités, vrai maquis de cactus et d'arbrisseaux, offre, à 4 à 5 kilom. du Djebel-Debar*, un versant assez rapide, incliné sur un petit ruisseau , TOued-Meziet. Ce versant, au pied duquel s'élèvent quelques misérables gourbis arabes, est Roknia, le champ des antiques sépultures préhistoriques.
Ce versant, à pente assez douce vers le N. E., devient de plus en plus abrupt vers le S. 0. Sur une élendue approximative de 3 à 4 kilom., peutêtre plus, car je n'ai pu aller jusqu'aux extrémités, existe une innombrable quantité de monuments mortuaires. Il y en a partout, partout où les anciens ont pu en placer. En certains endroits, les sépultures sont, pour ainsi dire, les unes sur les autres.
Le plus grand nombre de ces monuments sont détruits. Hais aux pierres jetées çà et là, aux dalles renversées, aux vestiges des cercles tumulaires encore visibles, il est facile de reconnaître qu'il devait en exister plusieurs milliers. Actuellement, je crois, sans exagération, qu'il s'en trouve bien mille à douze cents.
Toutes ces sépultures sont des monuments dolméniqucs, c'est-à-dire composés de cinq pierres brutes, dont quatre relevées dans le sens de leur hauteur, laissant entre elles un espace rectangulaire, véritable chambre sépulcrale ; et, d'une cinquième pierre, plus volumineuse, formant dalle et recouvrant les autres.
Primitivement, ces dolmens, comme tous les vrais dolmens^ étaient recou-
Terls d'un tumulus, c'est-à-dire étaient enfouis sous une masse de terre et de pierres.
A la suite des siècles, comme ces tumulus se trouvaient sur le penchant d'une colline, grâce aux intempéries de l'air et des saisons, aux dégradations de toutes sortes, les terres, détrempées par les pluies, sont descendues petit h petit le long du versant , de telle sorte qu'il n'est plus resté que la partie solide du monument, la chambre sépulcrale, le dolmen, en un mot, et la base tumulaire, ordinairement composée de pierres assez volumineuses (i).
Aussi ne voit-on plus, à Roknia, que le dolmen et l'enceinte primitive du tumulus. Autour de tous ces monuments, cette enceinte est visible; souvent même elle se trouve parfaitement définie. Le doute ne peut exister à ce sujet.
Il n'y a, entre ces sépultures, aucun ordre de groupement (2). Aucune idée symbolique n'a présidé à leur construction. J'ai parcouru en tout sens le versant de Roknia, sans pouvoir découvrir la moindre intention de sépultures symboliques.
Ces monuments sont donc différents de ceux dont j'ai parlé au premier chapitre, qui sont des tertres funéraires de peuples et d'époque bien distincts.
Les dolmens de Roknia, qui sont loin d'atteindre les proportions souvent colossales de ceux de notre pays, sont tous petits. Leur chambre sépulcrale a généralement 1",00 à 1",25 de long sur 0-,50 à 0-,75 de large et sur 0-,60 à 0",80 de hauteur. Vus extérieurement, ces dolmens atteignent ou dépassent rarement 1",00 à 1",25 au-dessus du sol. Ils reposent à même sur la roche.
Je n'ai constaté qu'un seul dolmen, magnifique monument, dont les belles proportions rappellent nos plus belles sépultures dolméniques de France.
Ce dolmen, qui s'élève vers le milieu du champ mortuaire, au bas du ver-
ri) C'est cette base tumulaire qui a fait prendre, à tort, ces monuments pour des cromlechs.
(2) On remarque cependant, à Roknia, des séries de dolmens alignés les uns à la suite des autres. Ces alignements dolméniques n*ont rien de symbolique. Ces monuments n*ont été ainsi élevés que dans le but de placer les sépultures sous la protection d'une divinité inremale; car ces monuments suivent la direction des anciennes fentes ou crevasses, par lesquelles s'échappaient encore, à cette époque, quelques restes de ces eaux thermales, dont les dépôts ont formé tout le plateau de Roknia. (Voir, plus loin, le chapitre consacré à la géologie du champ de Roknia.)
sariU parait avoir été le monument principal de ce cimetière. Il semble être aux autres ce qu'une cathédrale est à une modeste église de village.
Tel qu'il est actuellement (quoique presque détruit), il offre encore d'énormes pierres relevées. La dalle supérieure qui devait recouvrir les autres n'exisle qu'en morceaux épars çà et là. Le tumulus est enlevé. L'intérieur de la chambre est entièrement déblayé. Il ne reste plus rien que ces pierres relevées, qui ont. au moins, 2",00 de haut sur 3 à 4 mètres de longueur.
Toutes les chambres intérieures de ces dolmens sont remplies de détritus et de coquilles terrestres.
[.orsque, petit à petit, comme je viens de le dire, les pluies eurent délayé et enlevé peu à peu les terres qui les recouvraient, il arriva que les pierres dolméniques restèrent découvertes et exposées aux intempéries des saisons. Comme elles étaient frustes, simplement relevées et recouvertes par une autre plus volumineuse, laissant entre elles des intervalles plus ou moins considérables, il advint de ce fait les conséquences suivantes :
Les ossementà des cadavres, couchés au fond des chambres mortuaires, se couvrirent de terre pendant la période du déblayement, et leur enfouissement continua de plus belle, lorsque ces monuments se trouvèrent à découvert.
Les Mollusques dé la contrée y cherchèrent un abri contre la sécheresse et un refuge contre l'intempérie des saisons.
Dans cette retraite, ces animaux, au terme de leur existence, jonchèrent de leur dépouille l'humus des cadavres, et leurs débris s'y entassèrent h la longue.
Enfin, avec ces débris, les immondices de toutes sortes apportées par les vents, les insectes ou les reptiles finirent, petit à petit, par combler l'intérieur des dolmens.
Les Hélix, les Zonites, les Bulimus, les Ferussacia, les Pomatias s'y trouvent par milliers.
Ces dolmens renferment la plus riche collection de coquilles que l'on puisse voir; aussi y ai-je récolté la série complète de la population malacologique de ce pays.
Toutes ces coquilles sont là amoncelées les unes sur les autres, comme par
assises, dans un état parfait de conserTalion, semblant montrer, par leur ordre de superposition, par la prédominance de telle ou telle forme, les causes climatologiques dont elles ont subi les influences modificatrices.
Ces débris, véritables témoins des temps préhistoriques, sont les médailles de la nature, dont j'essayerai tout à l'heure de faire comprendre le sens.
Parmi ces débris de Mollusques, dont la plupart appartiennent à des espèces encore existantes en ce pays, j'en ai reconnu, en outre, quelques-unes qui sont les dépouilles d'espèces perdues.
Au mois de décembre dernier, dans la 8* décade des Mollusques nouveaux, litigieux et peu connus, j'ai donné déjà, sous l'appellation d'Hélix Rokniaca, la description et la représentation d'une de ces espèces éteintes.
Sur tout le versant de Roknia, où se trouvent les dolmens, il n'y a aucune ruine romaine, aucune trace d'antiques constructions.
Vers le bas du versant, au S. 0. du grand dolmen, s'ouvrent de larges fentes, dues h un ébranlement du sol en cet endroit. Ces fentes se dirigent de l'ouest h l'est sur deux ou trois lignes un tant soit peu parallèles, que daulres viennent couper obliquement.
J'ai pénétré assez loin dans plusieurs de ces fentes, qui s'élargissent çà et là pour former de petites chambres souterraines.
A l'entrée d'une de ces fentes , j'ai constaté une maçonnerie avec de grosses pierres taillées ayant dû supporter les montants d'une clôture qui n'existe plus.
Cette fente devait servir autrefois de magasin, de là cette fermeture. D'après l'examen de cette clôture, je crois cette maçonnerie postérieure à l'époque romaine.
Je dois signaler encore, vers la partie S. 0., là où la colline présente des rampes plus abruptes que celles du N. E., une grande quantité de petites excavations naturelles ou intentionnellement travaillées. Ces grottes ne sont pas contemporaines des sépultures de Roknia. Ces excavations, vrais AaouaneU d'après la classification de A. Letourneux, ont primitivement sorvi de lieux funéraires, puis, à la suite des siècles, d'habitation ou d'endroits de retraite.
A l'époque où les races préhistoriques s'ensevelissaient à Roknia, il y avait
impossibilité matérielle, comme on le verra plus tard, à ce que ces grottes servissent dhabitation.
li y a donc h Roknia, deux genres de monuments préhistoriques, les sépultures dolméoiques, dont je vais essayer de faire l'histoire, et les haouanetj sorles d excavations bien postérieures aux dolmens, et qui, selon toute vraisemblance^ ne doivent pas remonter à plus de 1,000 ou 1,500 ans avant notre ère.
Telles sont les notions préliminaires que j'ai cru nécessaire de donner sur l'ensemble des sépultures du champ de Roknia.
Je passe maintenant à la constatation et au résultat de mes recherches daus l'intérieur des dolmens.
Pendant les deux journées que j'ai accordées à l'élude des sépultures de Roknia, j'ai pu faire fouiller et vider l'intérieur de 28 dolmens.
L.es 28 dolmens n'ont pas été choisis les uns à côté des autres.
Comme j'avais peu de temps à passer à Roknia, et qu*il m'était impossible d'explorer toutes les sépultures, j'ai pensé qu'il était sage d'espacer mes fouilles sur différents points du champ mortuaire.
Ainsi, les dolmens de 1 à 6 ont été choisis au bas du versant, tout à fait à l'angle N. £.; ceux de 7 à 11, à 4 ou 500 pas plus haut, en remoiitant dans la direction du Djebel-Debar'.
Quant aux dolmens de 12 à 18, ils ont été pris presque au sommet du versant, à 7 ou 800 pas au S. 0. des précédents;
Ceux de 19 à 24, à 3 ou 400 pas du grand dolmen central ; enfin ceux de 25 à 28, beaucoup plus au S. 0., sur un versant très-rapide, presque abrupt et couvert d'arbrisseaux.
Or il m*a semblé reconnatlre que, dans la partie légèrement en pente du N. E., les dolmens paraissaient contenir surtout des crânes à type dolichopentagonal ;
Que ceux des parties les plus abruptes et les plus élevées du versant renfermaient de préférence des crânes à type nègre et berbère métissé;
Enfin que ceux de la partie centrale semblaient être des sépultures de gens à crâne berbère.
J'ai remarqué, en outre» que les dolmens dont les chambres sépulcrales paraissaient comme calcinées étaient situés notamment sur les pentes abruptes du versant et sur celles de la crête supérieure.
J'ai également reconnu que les sépultures du bas paraissaient être celles de gens plus riches et plus puissants que celles des pentes abruptes.
Ainsi, dès cette époque, le champ mortuaire de Roknia montre qu'il y avait déjà des riches et des pauvres, des dominateurs et des dominés.
Tous ces dolmens, à Texception d'un seul orienté du S. au N., sont obliquement tournés du S. 0. au N. E.; de telle sorte que les angles de la chambre intérieure correspondent â peu près aux quatre points cardinaux. C'est également l'orientation de tous nos beaux dolmens de France de l'époque de la pierre polie.
Voici, maintenant, dans toute sa simplicité, la constatation exacte des résultats obtenus dans les fouilles des 28 dolmens.
DOLMEN n^ 1. (PI. 1, flg- 1 et 2.)
Monument composé de trois dolmens, autrefois réunis sous un même tumulus; base du tumulus parfaitement visible. Quelques pierres plus volumineuses, restées en place, marquent Tenceinte.
Ce monument consiste en un dolmen central et en deux autres plus petits, placés, l'un vers l'autre, à Test du dolmen central.
Dolmen central, formé de quatre pierres relevées dans le sens de leur hauteur, recouvertes par une cinquième; offrant une chambre intérieure de 1 mètre de long sur 0",60 à 0-,70 de large.
Deux cadavres, opposés l'un à l'autre, couchés sur le dos , les jambes
repliées et les bras croisés. Crânes de type dolichopentagonal. — Un seul vase (pi. VI, fig. 10), près de la télé du cadavre, regardant le S. 0.
Premier petit dolmen secondaire, placé au N. N. E. — Cinq pierres, dont une formant dalle. Longueur de la chambre, 0",75; larg., 0",40. Pas de cadavres. — Quelques ossements brisés, épars çà et là dans Thumus.
Deuxième petit dolmen secondaire, de même dimension, placé au sud du précédent et à l'est du dolmen central. — Quatre pierres relevées dans le sens de leur hauteur, non recouvertes par une dalle, qui a dû être enlevée depuis longtemps. — Trois cadavres. — Deux regardant Test; Tautre tourné vers Touesl. Les deux lêles regardant Test, de type berbère; l'autre, tournée vers l'ouest • de type métis nègre et berbère. Enfin trois vases près des tètes.
En résumé, dans le dolmen central, crânes dolichopentagonaux ; dans les dolmens secondaires, crânes berbères ou métis de Nègres et Berbères. — En tout, ciuq cadavres et quatre vases.
DOLMEN n^ 2. (PI. 1, fig. 3 et 4.)
Chambre sépulcrale de 1"',20 de longueur sur 0",60 de large, — Deux cadavres, opposés l'un à l'autre, couchés sur le dos, les membres repliés. — Aux deux angles opposés, du même côté, un vase près de chaque tête; l'un de ces vases a été représenté à la fig. 3 de la pi. vi. — Trois amulettes en bronze (pi. iv, fig. 13), près de la tête du cadavre, regardant le N. E. ~ Crânes de type berbère. — Ossements recouverts d'humus et de nombreuses assises terreuses mélangées de coquilles terrestres.
DOLMEN no 3. ( PI. I. fig. 5 et 6.)
Monument composé de deux dolmens placés parallèlement l'un à côté de l'autre- Le plus grand, qui est le plus central, a 1",20 de long sur 0",50 de large. — Un seul cadavre, placé dans la direction du S. 0. au N. 0. — Crâne dolichopentagonal. — Pas de vases. — Chambre sépulcrale remplie d'humus, de terre et de coquilles terrestres.
Second dolmen, de 0',75 de long sur 0",35 à 0°,40 de large, fouillé à une époque inconnue. — Pas d'ossements. — Pas de vases.
DOLMEN n^ L (PI. I, fig. 7.)
Chambre sépulcrale très-petite (long., 0",75; larg., 0",45 à0",50), comparativement aux ossements qu'elle renferme. — Trois cadavres à crâne de type berbère. — Deux, couchés l'un vers l'autre, regardant le S. 0. — Le dernier tourné en sens inverse vers le N. E. — Près des têtes des deux premiers, deux belles cruches à goulot rétréci, dont l'une est représentée à la fig. 5 de la pi. iv. — Humus, terre et coquilles remplissant, comme chez les autres dolmens, la chambre sépulcrale.
DOLMEN n^ 5. (PI. I, fig. 8.)
Chambre sépulcrale, un peu plus spacieuse que celle du dolmen précédent, renfermant également trois cadavres de type berbère. — Dans celle-ci, les deux cadavres, placés l'un vers l'autre, sont orientés du S. 0. au N. E^, tandis que le troisième se trouve opposé à leurs pieds, regardant le S. 0. — Un petit vase à chacun des angles opposés. — Humus, terre et coquilles.
DOLMEN n^ 6. (PI. I. fig. 9.)
Chambre sépulcrale, à peu près de même grandeur, ne renfermant qu'un seul cadavre, regardant le N. E. — Tête de type dolichopentagonal. — A l'angle opposé, du même côté de la tête, un vase, magnifique de forme (pi. v, fig. 1-2], et, aux pieds du cadavre, à égale distance des deux angles, un second vase, en forme de cruche à goulot rétréci (pi. v, fig. 3). — Les vases de ce dolmen sont des plus remarquables. — Deux bracelets en bronze, vers le milieu, du côté dexlre de la chambre, à l'endroit où devaient se trouver les mains de la personne ensevelie (pi. iv, fig. 3-4). — Humus, terre et coquille.
DOLMEN n^ 7. (PI. n. fig, 1.)
Chambre sépulcrale, analogue aux précédentes, mais recouyerte par une pierre énorme en guise de dalle. — Du c6lé gauche , aux deux angles , un yase , dont l'un est ce beau vase en forme de lampe funéraire ( pL v, fig. 8-9) ; sous l'autre vase, c'est-à-dire sous celui placé à l'angle N. 0. (pi. VI, fig. 1), deux bracelets en bronze (pi. iv, fig. 1-2). — Ossements nombreux un peu pêle-mêle. — Crânes des deux cadavres juste au milieu de la chambre. — Ces crânes, qui sont tombés en morceaux, m'ont paru appartenir, l'un au type berbère, l'autre à un type métissé de Nègre et de Berbère.
— Humus, terre et coquilles.
DOLMEN n^ 8. (PI. II, fig. 2.)
Chambre sépulcrale, renfermant deux cadavres orientés du N. E. au S. 0.
— De chaque côté, aux deux angles, qualre vases, savoir : un petit, à l'angle nord; un plus grand (pi. v, fig. 7), contenant un autre vase plus petit, à l'angle est; enfin, à côté de ce grand vase, un dernier, de médiocre proportion. — Crânes tombant en poussière. — Ossements blanchâtres, friables, comme calcinés et cuits par raction d^une chaleur lente, continw, provenant d'un foyer intérieur.— Coquilles de l'humus et des terres de remblai, blanches, tombant également en poussière, et ayant perdu, par une cuisson lente, toutes leurs parties mucilagineuses.
DOLMEN n^ 9. (PI. II, fig. 3.)
Dalle supérieure du dolmen enlevée. — Chambre sépulcrale médiocre, renfermant un seul cadavre, orienté au N. E. — A côlé de la tête (type nègre mélisse), qui est tombée en morceaux, deux vases, dont l'un plus petit.
DOLMEN n^ 10. (PI. H, fig. 4.)
Un cadavre, orienté du S. 0. au N. E. — Ossements brisés, friables, comme calcinés. — Tête (lype berbère) en morceaux.— Deux vases brisés, à
Tangle sud. — Humus, terre, et coquilles réduites à Tétat de carbonate de chaux.
DOLMEN no 11. (PI- n. fig. 5.)
Chambre sépulcrale (long,, 1",25; larg. 0",55), contenant un seul cadavre, tourné vers le N. E. — Télé tombant en poussière, à l'angle 0. — Un vase, à langle S. (pi. vi, fig. 5). — Deux bagues en bronze, juste au milieu de la chambre (pi. iv, fig. 11-12). — Ossements blanchâtres, très-friables, légèrement calcinés.
DOLMEN no 12. (Non figuré.)
Chambre sépulcrale, contenant des ossements entièrement méconnaissables, complètement calcinés. — Terre rougeâtre, comme cuite. — Coquilles à l'état de carbonate de chaui.
DOLMEN n^ 13. (PI. II, fig. 6.)
Deux cadavres, orientés du S. 0. au N. E. — Crânes de type berbère. — Deux vases, Tun près de l'autre, à Tangle S. — Humus, terre et coquilles remplissant toute la chambre intérieure.
DOLMEN n^ U. (PI. II, fig. 7 et 8.)
Magnifique dolmen, orienté du S. au N., avec l'enceinte basilaire du tumulus presque entière. — Chambre intérieure (long., 1",90; larg., l',10), renfermant un seul cadavre, dont le crâne de type dolichopentagonal. — Deux petits vases à droite du cadavre, sur le côté est. — Terre, humus et coquilles remplissant tout l'intérieur.
Ce dolmen est le seul que j'aie vu orienté du sud au nord. Tous les autres sont obliquement construits du S. 0. au N. E. ou, inversement, du N. E. au S.O.
DOLMEN n^ 15. (PI. n, fig. 9.)
Deux cadavres, dont l'un regardant le N. E., l'autre le S. 0. — Crânes berbères. — Quatre vases, dont deux Tun dans l'autre à l'angle sud , le troisième isolé vers le milieu du côté gauche (pi. vi, fig. 6), et le quatrième à l'angle N. (pi. vi, fig. 8-9). — Ossements brisés, s'en allant en poussière. — Terre, humus et coquilles remplissant la chambre intérieure.
DOLMEN n^ 16. (PI. n, fig. 10.)
Nombreux ossements en mauvais état. — Crâne berbère, brisé, à l'angle N. — Deux petits vases à l'angle E. (pi. vi, fig. 7 et 11), et à côté deux maxillaires inférieurs. — Humus, terre et coquilles comme dans les autres dolmens.
DOLMEN n^ 17. (PI. II. fig. 11.)
Un seul crâne de type berbère. — Dans l'angle 0., près de la tète, un petit vase. — Un autre vase, vers le milieu du côté dextre. — D'après le nombre des ossements, la chambre sépulcrale devait, primitivement, contenir au moins deux cadavres. — Terre, humus et coquilles recouvrant les ossements.
DOLMEN n«18. (PI. III, fig. 1.)
Chambre sépulcrale assez allongée (long., 1",20). — Un seul cadavre, orienté du S. 0. au N. E., avec deux petits vases à gauche de la tête , dans l'angle 0. — Ossements légèrement calcinés. — Coquilles de l'humus réduites à l'état de carbonate de chaux.
DOLMEN n^ 19. (PI. III, fig. 2.)
Chambre sépulcrale (long., ll",20; larg., 0",45), renfermant quatre cadavres ensevelis à des époques diflférenles.
Premier ensevelissement. — Deux cadavres, à crâne de type métissé de Nègre
et de Berbère, avec deux petits vases. — En dessus, une couche d'humus de 2 à 3 pouces.
Second ensevelissement. — Deux cadavres, à crâne de môme type. L'un de ces crânes est celui qui est obliquement placé à l'angle sud. Le second, qui est isolé, regarde le S. 0.
En dessus, humus, terre et coquilles remplissant la chambre sépulcrale.
DOLMEN n^ 20. (PI- III, fig. 3.)
Deux cadavres, orientés vers l'ouest. — Crânes de type berbère, dont l'un à l'angle E., Vautre au milieu de la chambre sépulcrale. - A gauche de ce dernier crâne, un vase en forme de cruche à goulot rétréci (pi. v, fig. 5); — enfin, à l'angle 0., deux petits vases. — Humus, terre et coquilles comme dans les autres dolmens.
DOLMEN n^ 21. (PI. m, flg. 4.)
Ossements calcinés, tombant en poussière. — Deux crânes de type berbère, aux angles 0. et S., regardant le N. E. — Pas de vases. — Humus et terre recouvrant le tout. — Coquilles à l'étal de carbonate de chaux.
DOLMEN n^ 22. (Non flguré.)
Pas de vases. — Ossements en morceaux. — Un seul crâne, à l'angle S., regardant le N. E. — Humus, terre et coquilles.
DOLMEN n<> 23. (PI. III, fig. 5.)
Un seul crâne de type berbère, orienté du S. 0. au N. E., avec deux petits vases à gauche, près delà tête, dont l'un a été figuré pi. vi, fig. i. — Ossements brisés. — Humus , terre et coquilles remplissant la chambre sépulcrale.
DOLMEN n^ 24. (PI. in, fig. 6.)
Deux cadavres, orientés du N. E. au S. 0- — Crânes de lype de femme$ berbères. — Sous la tête, placée à l'angle N., trois anneaux de bronze, intentionnellement déformés. — Près de Vautre tête, deux bagues (pi. iv, fig. 7-10), un anneau de bronze (pi. iv, fig. 5-6) ; enfin deux fils déformés en argent doré (pi. IV, fig. U-15).— Pas de vases. — Terre, humus et coquilles comme dans les autres dolmens.
DOLMEN n^ 25. (Non figuré.)
Un seul cadavre, dont le crâne, de type berbère, à l'angle S., regarde le N. E. — A l'angle opposé (angle 0.), un vase (pi. vi, fig. 2). — Ossements en mauvais état. — Terre, humus et coquilles.
DOLMEN n« 26. (Non figuré.)
Chambre sépulcrale, bien carrée (long., 1 mètre; larg., 0",90 à 0",95). — Un seul cadavre, orienté au S. 0. — Ossements et crânes tombant en poussière. — Un seul vase, â l'angle E., près de la tête. — Terre, humus et coquilles.
DOLMENS n^ 27 et 28. (PI. 111, fig. 7 à 10.)
Dolmens, placés l'un près de l'autre , entourés de grosses pierres ayant formé autrefois la base du tumulus. Chambres sépulcrales remplies de nombreux ossements, malheureusement tombant en poussière; ceux, notamment, du dolmen 28 paraissent calcinés. Un seul crâne de type berbère, orienté au S. 0., dans le dolmen 27. — Pas de vases. — Terre, humus et coquilles remplissant le vide intérieur comme dans les autres dolmens.
En résumé, les 28 sépultures dolméniques contenaient 45 vases de toutes formes, 13 bijoux en bronze et 2 en argent doré; enfin renfermaient les ossements de 48 individus.
Sur ces 48 individus, j'ai rapporté des ossements de 37 personnes , dont 20 hommes et 17 femmes, tous d'un âge mûr ou assez avancé. Une seule mâchoire, comme le constatera tout à l'heure le savant anthropologiste Pruner- Bey, appartenait à un adolescent (!].
11 résulte de cet exposé simple, mais exact, de mes fouilles :
1* Que les cadavres étaient couchés sur le dos, les jambes repliées et les bras croisés ;
2^ Qu'ils étaient indifféremment placés, regardant tantôt le S, 0., tantôt leN. E.;
3'' Que les plus grandes sépultures renfermaient soit un, soit deux individus ;
4^ Que les plus petites sépultures ne contenaient que trois individus.
Je n'ai, en effet , trouvé plus de trois cadavres, dans une môme chambre funéraire, que dans le dolmen 19, où j'ai reconnu les restes de quatre personnes. Mais il y avait eu dans ce dolmen, ainsi que je l'ai constaté, deux ensevelissements successifs, faits à des époques différentes.
Deux cadavres avaient été primitivement introduits dans la chambre sépulcrale. Le déblayement des tumulus, sous l'action des intempéries, était commencé. Les terres avaient déjà recouvert d'une couche d'humus les anciens corps, quand le dolmen fut ouvert de nouveau et que deux cadavres y furent déposés.
Les crânes des deux premiers cadavres sont ceux qui regardent le N. E.
Les cadavres des derniers ensevelis sont opposés l'un à l'autre. Le crâne de l'un a glissé dans l'angle S.; le crâne de l'autre regarde le S. 0.
Les deux vases du dolmen datent du premier ensevelissement.
11 ne peut y avoir, pour moi, de doute au sujet de ces deux ensevelissements successifs, car j'ai parfaitement constaté la superposition des ossements, ainsi que la couche d'humus qui séparait les cadavres.
(1) Les vases, les bijoux ou les ossements de ces trente-sept cadavres ont été donnés soit au musée préhistorique du ch&teau de Saint-Germain, soit à la Société anthropologique de Paris, où ils sont à la disposition des savants qui désireront les vérifier ou les étudier.
Malgré (oui, il est à remarquer que ce sont les plus petits dolmens qui possèdent le plus de cadavres.
M. le général Faidherbe cite une chambre funéraire de 1",20 de long sur 0",65 de large et 0",70 de hauteur, contenant sept cadavres; tandis que les sépultures les plus spacieuses et les mieux faites ne renferment jamais qu'un ou deux cadavres au plus.
« Cela peut s'expliquer, dit le général Faidherbe, en ce qu'on faisait un tombeau exprès pour les grands personnages, et que, quant aux petites gens, on en mettait plusieurs dans une même sépulture, pour économiser la peine. »
Or, si Ion veut bien se reporter à la description du dolmen n* 1, figuré pi. I, fig. 1, Ton reconnaîtra que dans ce monument tridolménique le dolmen central contient deux cadavres, tandis que le petit secondaire, qui s'abrite à son côté, en renferme trois.
Les gens ensevelis dans le dolmen central étaient donc les maîtres; ceux du petit, les serviteurs.
Les crânes du dolmen central, caractérisés par une forme dolichopentagonale, appartiennent selon le savant Pruner-Bey, à la race arias.
Ceux du petit dolmen sont des crânes de Berbères ou de métis de Nègres et de Berbères.
J'insiste sur ce fait, qui a une bien grande importance, sur lequel, du reste, je reviendrai.
Je dois encore signaler et appeler l'attention sur un fait d*une grande importance.
Les vases accompagnent presque toujours une tête d'homme, rarement ou plutôt jamais une tête de femme. .C'est , du moins, ce qui est résulté de l'examen de mes crânes, qui étaient tous num^otés par ordre de dolmen.
Ainsi, dans le dolmen n* 1, la sépulture centrale renfermait deux cadavres, un homme et une femme. Le vase se trouvait près de la tête de l'homme. Dans le petit dolmen secondaire, il y avait trois serviteurs mâles, aussi trois vases.
Dans le dolmen n** 2, deux hommes, deux vases.
Dans le dolmen n"" 3, une femme à crâne dolichopentagonaU — Pas de vase.
Dans le dolmen n* 4, — deux homme regardant le S. 0.; deux vases. — Une femme tournée vers le N. E., pas de vase-
Etc..
Enfin, dans ce beau dolmen 24, où j'ai recueilli de si nombreux bijoux, se trouvaient deux femmes d'un Age peu avancé; aussi , pas de vase. Mais, près de leurs têtes, étaient déposés des bagues en bronze ou en argent doré, un bracelet et différents anneaux. Ces bijoux, pour la plupart, étaient tordus et déformés.
Ces anneaux tordus, ces bagues déformées, ne sont-ils pas le témoignage d'une grande douleur.
La mère, sans doute , en perdant ses filles , n'a pas voulu que les objets chers à ses enfants pussent servir à d'autres. Pans son afQiclion , elle les a brisés, tordus, déformés ; el, certes, ce ne devait pas être une petite aflfaire, à cette époque de misère, de détruire de pareils bijoux. Ces bagues en argent doré, que le hasard du commerce avait jetées en cette partie de l'Algérie, étaient peut-être uniques dans la tribu.
Les bijoux de Roknia sont des plus simples et des plus primitifs. Ils consistent en anneaux ou bracelets, en amulettes, enfin en bagues de bronze ou d'argent doré.
Les anneaux sont formés d'un morceau de bronze plus ou moins fort, aux extrémités non soudées, tantôt arrondis en cercle, tantôt s'enroulant comme un serpent. Les uns devaient se porter au-dessus de la cheville du pied , les autres devaient entourer le poignet.
Les amulettes consistent en fils de bronze se développant en spirale , de façon à laisser un espace yide pour le passage de l'attache.
Les bagues en bronze imitent le mode d'enroulement des bracelets- Une seule bague (pi. iv, fig. 7-8) se dislingue des autres parce qu'elle est formée d une lame martelée et aplatie.
Parmi les bijoux de Roknia, le plus grand nombre, comme on le voit, affecte l'enroulement en spirale.
Or la spirale a été le molif de prédilection pour tous les genres d'ornement, pendant l'âge du bronze, en Danemark, en Angleterre, en Hongrie. Les anneaux de bronze à plusieurs tours, fréquents en Élrurie , étaient trèscommuns non-seulement chez les Gaulois , mais aussi chez les Hèdes , les Perses, et aussi sans doute chez les Indiens (1).
Je dois encore mentionner deux morceaux métalliques (pi. iv, fig. 14-15), d'un aspect cendré, à cassure d'un blanc mat, affectant les formes les plus singulières.
Trompé par l'apparence, j'ai longtemps cru que ces deux fils métalliques étaient deux fibules; mais, en y réfléchissant et surtout d'après les judicieux avis de M. A. Bertrand, j'ai pensé, depuis, que ce ne pouvait être que des bagues tordues et complètement déformées. Ces bagues, dans leur état primitif, devaient présenter le mode d'enroulement de la bague en bronze des fig. 9 et 10 de la quatrième planche.
Soumises è l'analyse chimique, ces bagues ont été reconnues en argent, pur de tout alliage, et pour avoir été primitivement dorées. A l'analyse, l'or représente 1/2 pour 100 du poids total.
C'est la première fois que l'argent est constaté dans une sépulture dolménique.
Le célèbre chimiste, M. Filhol, recteur de l'Académie de médecine de Toulouse, a eu l'obligeance d'analyser les bronzes des bijoux de Roknia.
Or les analyses de cet illustre savant démontrent que ces bronzes provenaient de deux sources différentes.
(1) Rougemont, Âge de bronze^ p. 17, 1866.
Ainsi, certains bronzes ont présenté :
Cuivre 86,68
Étain 12,67
Fer 0,65
Tandis que d'autres ont donné pour résultat :
Cuivre 90,74
Étain 8,92
Fer 0,34
Ce sont bien là les proportions des bronzes antiques ; mais ce qui est étonnant, c'est la présence du fer.
Il ne faut pas croire cependant que le fer ait été mélangé intentionnellement au cuivre et à Tétain. Si ce métal se révèle dans l'analyse de ces bronzes, cest que les minerais de cuivre qui ont servi à la confection de ces bijoux contenaient, par hasard, quelques parcelles d'oxyde de fer.
Il est à présumer que le morceau de bronze dont M. le général Faidberbe a présenté l'analyse, d'après M. Mullet, pharmacien en chef de l'hôpital militaire de Bone, savoir :
Cuivre 0,868
Étain 0,109
Pertes 0,023
devait également, cgmme mes bronzes, contenir quelques traces de fer. Je suis d'autant plus porté à le croire, que l'analyse de M. Mullet se rapporte assez bien, pour les proportions du cuivre, à la première analyse que je viens de donner.
Les poteries des sépultures de Roknia sont de toutes formes et de toutes grandeurs.
Sur les quarante-cinq vases que j*ai trouvés dans les dolmens, je n*en ai pas rencontré un seul de semblable.
J'ai fait représenter, aux planches v et vi, les formes céramiques les plus remarquables. Ces gravures, parfaitement exactes, n'ont pas besoin d'explication. Une figure vaut et se comprend toujours mieux que la meilleure description possible.
Je dirai, seulement, qu'au point de vue artistique ces poteries sont d'une fabrication tout à fait primitive. Les formes ont été faites à la main. Les impressions des doigts sont encore visibles sur la plupart. La terre, peu résistante, parait argileuse, mélangée de nombreux grains de quartz, et présente une cassure noirâtre. Extérieurement, ces poteries sont d'une teinte terreuse, grisâtre ou rougeâtre, suivant qu'elles ont été légèrement flambées au feu ou simplement séchées au soleil.
D'après M. Alexandre Bertrand^ si expert, comme chacun le sait, en ces sortes d'objets préhistoriques, « les poteries de Roknia sont, en tous points, analogues à celles de nos dolmens de France ; quelques formes sont même identiques. Il y a là, ajoute M. Bertrand, un fait des plus intéressants : en France, en effet, ce n'est pas le bronze, ce n'est pas surtout l'argent que Ton rencontre dans les chambres funéraires, à côté des poteries; c'est presque uniquement la hache, le couteau en pierre, l'os travaillé et le collier de coquilles percées. Les populations de l'Afrique qui élevaient des dolmens étaient donc plus avancées que les nôtres ou, du moins, plus à proximité d'un centre de civilisation où l'on savait travailler les métaux. Cela n'a rien d'étonnant. Nous savons, en effet, par des témoignages dont Tautorité grandit tous les jours, que, bien avant les Phéniciens, des populations de race japhétique, parties d'Asie, étaient arrivées, par mer, en Afrique et y avaient établi de nombreuses colonies. Si ces populations, bien des siècles avant notre ère, étaient assez puissantes pour menacer les Pharaons , il est à croire qu'elles étaient établies en Afrique depuis fort longtemps. Or, leur civilisation, si l'on se reporte à ce qu'était, à la même époque, la civilisation dans la haute Asie et en Egypte, devait être très-avancée. Le travail de tous les métaux leur était parfaitement connu. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce qu'ils aient pu introduire, chez les populations indigènes beaucoup moins avancées, l'usage
d'instruments et de bijoux en métal, tandis que la céramique funéraire, faite à la main par des procédés traditionnels, soit restée stationnaire. »
Telles sont les notions et les données que j'ai cru utile de fournir sur ces bijoux et les poteries de ces sépultures.
Je cède, maintenant , la plume è un célèbre anthropologiste , h notre savant ami, le D' Pruner-Bey, qui a bien voulu étudier, d'une façon toute spéciale, les ossements de ces antiques populations algériennes.
« Les ossements, dont notre ami M. Bourguignat a bien voulu me confier l'étude, se composaient soit de têtes plus ou moins entières, soit de simples fragments de mâchoires, d'os crâniens ou de calottes incomplètes. J'ai pu établir que ces ossements avaient appartenu à 37 individus d'âge mûr ou môme à des vieillards. Parmi ces derniers, j'ai notamment reconnu un assez grand nombre de femmes. Je n'ai trouvé qu'une seule mâchoire supérieure provenant d'un adolescent. En somme, dans cette collection d'ossements, il y avait 20 hommes et 17 femmes.
« La plupart de ces crânes, d'une couleur grisâtre, sont recouverts d'un enduit limoneux qui fait paraître les surfaces osseuses comme mamelonnées. Quelques-uns, d'un aspect blanchâtre, semblent être comme calcinés, sous l'influence lente d'une chaleur souterraine. D'autres laissent paraître des dépressions produites par des radicules d'arbrisseaux; d'autres enfin sont enduits d'un limon jaune tirant sur le rouge. Mais je dois ajouter que ces derniers sont des crânes d'une origine différente.
<( Les dégâts qu'ont eu à subir ces crânes proviennent, en grande partie,
du remplissage qui s'est effectué dans l'intérieur de la cavité crânienne. Ce remplissage de terre, en disjoignant les sutures, a produit la désagrégation.
<i Le temps, qui marque tout de son empreinte, a également fait subir son influence destructive sur ces crânes, notamment sur ceux que je signale (ïorigine différente ; car, chez les autres, j'en ai étudié de parfaitement conservés. Enfln je dois dire que les crânes féminins sont généralement plus détériorés que les crânes des hommes.
« Les crânes de Roknia se divisent en deux séries distinctes : 1^ en crânes d'origine africaine; 2** en crânes que je me permets d'inscrire, pour le moment, sous la désignation de crânes d'origine problématique.