CRANE KABYLE
« Avant de donner la description du crâne kabyle des dolmens de Roknia, je crois nécessaire de présenter auparavant celle du Kabyle actuel.
A. — Kabyle moderne (1).
« La plupart des anthropologisles ont considéré le Kabyle ou Berbère comme appartenant à la race caucasique, ce qui est complètement erroné.
« Le crâne du Kabyle est essentiellement africain par la contexlure des os. Chez l'homme adulte, il est massif et pesant. Ce caractère provient de l'épais-
(1) Cette étude 4u crâne kabyle moderne est basée sur Texauien approfondi de vingt-cinq crânes, parmi lesquels deux font partie de ma collection et six ont été rapportés du cœur de la Kabylie par mon ami M. le com^nanda^t E. Duhousset.
seur des tablettes osseuses, plutôt quo du développement du dipioé. Bien que le crâne féminin soit ordinairement plus mince et plus léger que celui de l'homme, il n*en contient pas moins très-peu de dipioé.
a Le crâne, chez le Kabyle, offre deux variétés de forme et de dimension. Je me limiterai à la description de la tête osseuse d'un homme adulte, telle que je la considère comme pure de tout mélange.
« La variété la plus commune présente les caractères suivants : forme Irèsdolidhocéphale de la boîte cérébrale ; — grand aplatissement des tempes ; — rétrécissement du crâne vers le sommet et vers la base; — contour horizontal en courbe continue et en forme d'ellipse comprimée latéralement ;— contour vertical en forme d'ovale. C'est le crâne «en forme de courge, )> comme me le désigna spirituellement M. Desor , d'après ses observations sur les Kabyles actuels.
« Cette forme générale résulte des signes distinctifs suivants : Vu de proGl, le frontal, étroit à la base, s'élargit très-peu vers la suture coronale. Il en est de même des pariétaux , qui s'élargissent insensiblement vers les bosses , d'ailleurs assez effacées, et qui se rétrécissent faiblement vers la suture lambdoïde, où vient se joindre l'occipital, en présentant en arrière une faible saillie légèrement aplatie.
« Vu d'en haut, le frontal se fait remarquer par sa fuite en tous sens. Les pariétaux, très-voùlés à angle obtus, descendent verticalement aux tempes depuisles lignes semi-circulaires, tandis que leur moitié postérieure descend assez rapidement vers l'occipital, dont la courbe verticale s'harmonise parfaitement avec celle des pariétaux.
« Le front, très-fuyant, fait que la grande masse cérébrale se trouve refoulée en arrière des conduits auditifs. Le frontal constitue ici un couvercle plutôt qu'une enveloppe latérale du cerveau. Je dois enfin ajouter qu'il existe assez souvent une dépression transversale en arrière de la suture coronale.
« Le crâne kabyle, par cet ensemble de signes caractéristiques, touche d'assez près à celui du Nègre. Il est, cependant, en moyenne, plus volumineux et moins dolichocéphale. Toutefois, si l'on prend, comme point de comparaison, les crânes kabyles de Roknia, il s'en trouve deux, dont l'indice
céphalique n'atteint que 660 et 692, tandis que celui du Nègre de la même provenance s'élève à 719 (1).
« Â la base du crâne, il existe encore toute une région par où le Kabyle se rapproche du Nègre; c'est le trou occipital, dont les alentours et les condyles sont fort saillants; de plus, relativement aux conduits auditifs, toute celte région est refoulée vers locciput; enfin de volumineuses apophyses niastoïdes, dirigées en avant et aplaties à leur base externe, sont également analogues entre les crânes de ces deux races.
« Si Ton examine maintenant la physionomie du Kabyle dans sa face osseuse. Von voit une grande disproportion entre le front, qui est petit, et, la face, qui est comparativement énorme, surtout dans le sens de la longueur. Je dois encore dire que les proportions de hauteur augmentent dans les trois sections de haut en bas (2], que les traits sont saillants et que la face s'élargit dans le sens transversal aux pommettes.
« Les détails secondaires de chacune des parties de la face sont également d'une grande importance.
« Le front est muni d'arcs sourciliers plus ou moins développés suivant le volume du crâne. Ces arcs sourciliers, confluents à la glabelle, au lieu de suivre le contour du bord orbitaire, se relèvent en haut au milieu de ce bord. La cavité du sinus qu'ils recouvrent est de forme semi-lunaire. Audessus des arcs sourciliers, une dépression traverse le front dans toute sa largeur. Cette dépression est surmontée par les bosses frontales, qui sont petites et espacées. La fuite du front vers les tempes et vers le sommet commence depuis les arcs sourciliers. Le front est, en outre, latéralement resserré par une crête du frontal qui constitue le commencement de la ligne temporale semi-circulaire. Cette compression est également indiquée par la grande profondeur des apophyses orbilaires externes qui sont dirigées en bas. Les orbites sont spacieuses, hautes, profondes. Leur plan est un peu incliné en dehors, leur contour arrondi, et leur bord inférieur un peu épaissi ; le supérieur surplombe l'inférieur.
« L'os malaire est haut et massif; il forme, avec l'apophyse du maxillaire,
(ï) Semblable fait a été observé en France et en Angleterre, où les anciens cr&nes celtiques furent trouvés beaucoup plus dolichocéphales que ceux des modernes. (2) Cost-à-dire dans les sections frontale, nasale et sous-nasale.
un coude qui molive une saillie de face ; il penche, de plus, un peu en dehors vers son bord inférieur. En même temps , l'apophyse malaire du maxillaire est assez large et aplatie. Elle est dirigée directement en dehors. Ces dispositions anatomiques montrent deux choses : d'abord la conformation particulière de la région malaire, et ensuite la position des orbites qui sont ici plus en face que chez l'Arias.
4i Le nez osseux est profondément déprimé à sa racine. Les os nasaux , larges, saillants, courbés sur la face antérieure, viennent se joindre à angle assez aigu. L'ouverture nasale est piriforme; l'épine nasale est large et saillante ; les bords sont tranchants.
« Les alvéoles du maxillaire supérieur, pour la plupart verticaux, sont plus ou moins allongés, suivant les individus. Dans le ras de prognathisme, ce maxillaire est limité à une éversion légère des alvéoles. Le palais osseux, profond, est presque triangulaire, forme qui est en corrélation avec celle du menton. Enfin les arcs zygomatiques sont bombés à la surface externe.
« Lorsque le crâne a atteint son volume complet, la mandibule est lourde et massive; le menton, ordinairement en pointe arrondie, sans être trop proéminent ni trop marqué, se présente, une fois sur quatre, carré et plus saillant. Les branches montantes du maxillaire inférieur, très-creusées à la surface externe par les impressions musculaires, sont toujours très- hautes et réunies a angle droit aux horizontales; le condyle est épais; Téchancrure sigmoïde étroite et profonde ; l'apophyse coronoïde, au niveau du condyle, parait inclinée en dehors.
« Les dents, toujours blanches et richement émaillées, sont souvent volumineuses. La dent de sagesse est fréquemment hypertrophiée, et la canine supérieure très-épaisse. La carie est très-rare. Les dents des Kabyles s'usent d'une façon oblique.
a En résumé, la face du Kabyle est en harmonie parfaite avec son crâne cérébral. — Si, d'une part, la disproportion entre le front et le visage, la position des orbites et la proéminence des pommettes lui donnent un certain air de ressemblance avec celle du Nègre, elle se rapproche, par tous ses autres signes caractéristiques, de celle de l'Arias. Toutefois, néanmoins, elle diflère sufBsamment de celle-ci , pour qu'elle puisse toujours en être distinguée. Bref, le crâne kabyle occupe une position intermédiaire entre ceux du
Nègre et de TArias. Je crois être encore plus correct en disant entre ceux du Sémite et du Nègre-
€ Ce qui me reste à dire sur la deuxième yariélé du crâne kabyle, moderne ou ancien, peut se résumer en quelques mots. Le crâne de celte variété est plus ramassé d'avant en arrière, par conséquent moins dolichocéphale. Le sommet est plus aplati et son contour moins ovale. L'occiput est taillé à pic ; le front, plus vertical, plus élevé, plus large, est plus bombé en haut de la dépression transversale, qui est plus profonde que dans la deuxième variété. La face, également plus raccourcie, est plus élargie aux pommettes. Le nez est un peu moins saillant et moins déprimé à la racine ; tandis que les orbites sont moins hautes et plus carrées que celles de la variété précédente.
« Ces signes distinctifs, particuliers à cette seconde variété, se présentent plutôt chez les crânes féminins que chez ceux des hommes (1).
« Je ne puis cependant séparer cette variété de la première, attendu que l'on constate, entre ces deux variétés, tous les degrés de transition, et que ces formes se retrouvent également chez le Nègre comme chez lancien Égyptien. La première variété semble dominer dans la Nigritie orientale, tandis que les crânes de la côte occidentale, abstraction faite de leurs caractères typiques, se rapprochent plutôt de la deuxième variété du crâne kabyle. Je constate seulement, en ce moment, les faits anthropologiques sans prétendre entrer dans aucun détail sur les origines des Kabyles, des Nègres et des Égyptiens.
B. — Crâne kabtle de Roknia.
« Parmi les ossements recueillis dans les dolmens de Roknia, les 2/3 au moins appartiennent à la souche kabyle ou berbère. Parmi ces ossements, la plupart incomplets, j'ai pu trouver 5 crânes (mâles ou féminins] parfaitement conservés.
(1) Je ne connais, jusqu'à présent, aucun crftne kabyle brachycépbale. Dans cette seconde variété, le crâne féminin est bien moins dolichocéphale que celui de Thomme ; quelquefois il tend à se rapprocher du type brachycépbale^
A. — CrâM mâle. (PL VII, fig. A* à k\)
<i Crâne volumineux et massif reposant sur les condyles de Vocciput et sur Tare dentaire (1). Vu de face, le front, bombé en haut et latéralement comprimé, paraît assez élevé; mais, vu par le haut, le front fuit vers les tempes et vers le sommet. Les saillies et la dépression frontales sont, chez ce crâne, un peu moins marquées que d'ordinaire chez le Kabyle moderne.
« Orbites vasies. Bords orbitaires au même niveau. Nez osseux déprimé à la racine, courbé au dos, étroit et peu proéminent au devant du front. Ëpine et bords nasaux tranchants. Prognathisme alvéolaire considérable. Denis fortes, d'un volume peu ordinaire. Canine avec une arête accentuée è la face postérieure, qui lui donne un aspect bombé. Palais très-profond et large en arrière. Menton très-peu saillant, à crête épaisse et rapprochée de la forme carrée. Apophyses géni représentées sur la face interne de la mandibule par une arête large et forte, près de laquelle se montrent deux dépressions assez prononcées. Branche montante de la mandibule semblable à celle du Kabyle moderne. Dents molaires usées en creux. Dent de sagesse hypertrophiée.
« Le sommet de ce crâne offre les mêmes caractères que ceux de la première variété du type kabyle moderne. Comme chez celui-ci, déclivité à angle peu obtus vers les lignes semi-circulaires temporales, et de là, descente verticale des pariétaux vers les tempes. Déclivité vers l'occiput, commençant également au milieu des pariétaux et au niveau des bosses pariétales qui sont h peine indiquées.
« Vu de profil , ce crâne se fait remarquer par la fuite du front, puis par l'étendue et l'extrême aplatissement des tempes, qui contrastent avec les arcs zygomatiques qui sont bombés à leur surface externe.
« L*occiput, très-peu rétréci, est légèrement aplali à la partie libre de l'écaille. Celle qui est destinée à l'attache des muscles est un peu creusée à la surface externe, qui présente un triangle étroit. Les crêtes et l'épine de cette partie sont très-peu proéminentes. — Il n'existe point de protubérances occipitales.
(1) Les sutures, d'une grande simplicité, encore ouvertes; Tusure presque nulle des dents, etc., prouvent que l'individu devait avoir à peu près une trentaine d'années.
« En dehors de son rétrécissement, ce qui est remarquable à la base de ce crâne est le développement du trou occipital, dont la forme est en losange, ainsi que sa position en arrière, la grandeur des condyles et celui des apophyses masloïdes.
« En résumé, sauf une dolichocéphalie excessive et un prognathisme alvéolaire assez accusé, ce crâne présente tous les autres signes caractéristiques des crânes kabyles modernes.
B. — Autre crâne mâle. (Non figuré.)
« Cet autre crâne appartient à un sujet plus âgé que le crâne précédent, attendu que les sutures sont toutes soudées, du moins è la surface interne. Je n'indiquerai, pour celui-ci, que les particularités individuelles par lesquelles il diffère du premier.
« Ce crâne, un peu moins dolichocéphale, est, en revanche, plus volumineux. Le nez est écrasé par une cause pathologique. Les arcs sourciliers sont plus saillants, les apophyses mastoïdes moins volumineuses, les bosses pariétales complètement effacées. L'occiput, plus arrondi, un peu moins saillant que chez le premier, tend à rapprocher ce crâne de ceux de la deuxième variété. L'ouverture du conduit auditif est, chez ce crâne, de forme tubulaire, tandis qu'elle est elliptique chez le premier. Le menton est en pointe arrondie ; l'incisure sigmoïde, un peu moins profonde , est plus large que chez le précédent. L'arête des apophyses géni est moins saillante, et les fosses latérales sont moins profondes (1). Le condyle, dont la surface supérieure est en courbe, présente une largeur de 19 sur une épaisseur de 9 millimètres. Les dents enfin, surtout celles du maxillaire inférieur, sont volumineuses et usées d'une façon circulaire. Les deux premières grosses molaires n'ont que quatre tubercules, tandis que la dent de sagesse en a cinq.
a Somme toute, les différences que je viens de signaler entre ces deux
(1) Ces petites particularités doivent être attribuées à des différences d'âge.
crânes De dépasseol point celles que Ton remarque quelquefois entre les crânes appartenant à des membres d'une même famille.
c. — Crâne féminin. (PI. VII, fig. C* à C\)
« Ce crâne, si on le juge d'après l'absorption complète des alvéoles supérieurs et des inférieurs, comme on peut le remarquer sur le fragment de mandibule qui en reste, aurait appartenu à une femme arrivée au terme de la vieillesse. Toutefois l'état des sutures contraste avec celui des alvéoles; car, en dehors de la sagittaire et de langle lambdoïde, toutes les autres sont encore ouvertes (1). La suture coronale est d'une grande simplicité, les autres sont à larges dentelures.
a Considéré dans son ensemble, ce crâne est bien ovalaire. Comparé au crâne mâle, la structure de celui-ci est plus délicate; les apophyses sont moins saillantes; le front, moins fuyant, lisse, un peu proéminent vers le haut, est plus rempli que celui de l'homme. Il existe une légère dépression transverse derrière la suture coronale. Le sommet, peu ogival, est, par conséquent, plus aplati. Les bosses pariétales font saillie au milieu du pariétal dans le sens de sa longueur, tandis que, dans le sens vertical, elles paraissent en bas de la moitié de cet os. A partir de ce point, les pariétaux descendent rapidement vers Tocciput, qui est bien moins rétréci que chez l'homme. Ces particularités rendent ce crâne plus ovale et plus raccourci.
« Â la base, la partie musculaire de l'occipital est plus bombée, et le trou occipital plus reculé que chez l'homme. Les apophyses mastoïdes sont délicates. Les cavités glénoïdes sont étroites et profondes.
« A la face, presque en ligne continue avec le front, l'on remarque un nez allongé, étroit (â) et peu proéminent, flanqué de cavités orbitairos réellement énormes; des petites pommettes saillantes en face et dirigées plus obliquement en dehors que chez la femme européenne, disposition qui contribue à rendre plus profonde la fosse temporale.
(1) La chute prématurée des dents et Tatrophie précoce des alvéoles ne sont pas un fait rare chez la race égyptienne.
(2) Cette conformation du nez, attribuée exclusivement aux Grecs, se rencontre, en Afrique, jusque chez les Négresses et chez quelques Hottentotes.
D. — Autre crâne féminin. (Non figuré.)
a Ce crâac, dont le côté gauche seul est bien conservé, est le crâne d'une vieille femme, car, de toutes les sutures, il n'y a que la lambdoïde qui soit ouverte ; la suture coronale est excessivement simple, et tous les alvéoles ont disparu.
« D'après les courbes extérieures, ce crâne devait être un peu plus volumi* neux que le précédent; car la courbe frontale atteint 120, et celle du pariétal 0",140. Pour le reste des caractères, tout s'accorde avec le crâne précédent; par exemple, même aplatissement des tempes; même conformation du front, du nez, de la pommette et de l'arc zygomalique.
« Mais, comme chez ce crâne, la cavité crânienne étant ouverte , j'ai pu observer une épaisseur considérable des os (1], un sinus frontal uniloculaire et très-étevé (2), et de très-délicates dépressions, laissées sur la tablette par les vaisseaux cérébraux.
E. p. — Autres crânes féminins. (Non figurés.)
<i Les deux crânes féminins que je crois devoir encore signaler sont des crânes de jeunes femmes. Bien qu'à mon grand regret ils soient plus incomplets que les précédents, je puis cependant dire que ces deux crânes sont moins volumineux, quoique la simplicité des sutures et l'épaisseurdes os soient les mêmes. La racine nasale est courte et plus large (0", 28] que chez lesautres. On remarque, en plus, chez ceux-ci, une tendance encore plus prononcée au brachycéphalisme, par les contours latéraux plus arrondis et par une légère enflure de la région temporale postérieure.
a Dans l'un de ces crânes, l'occiput n'offre aucun rétrécissement, et, dans l'autre, où il existe une partie de la face, le sinus malaire est triangulaire, ce qui indique évidemment une tendance vers la forme pyramidale de la face , avec un nez moins proéminent et plus élargi que chez les crânes précédents.
(1) Le frontal a 0-,008 et le pariétal 0",009 d*épai8seur.
(2) Caractères que j'ai déjà signalés chez le cr&ne m&le du Kabyle moderae.
— Al —
Le trou occipital est, en outre, large et reculé ; les coudyles sont fort sail* lants et l'ouverture des conduits auditifs est tabulaire (1).