‹ Souvenirs d'une exploration scientifique dans le nord de l'AfriqueChapitre 9 sur 21 · EPOQUE KOM AINE · texte numérisé non relu

EPOQUE KOM AINE

ÉPOQUE PPÉHlSTORigUE

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Vue DFi\ALMAM MESKHOUTIN

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D'après ce plan, que j'ai fait teinter de trois tons différents, l'on peut comprendre aisément ce qu'est maintenant Hammam-Meskboutin, ce qu'il était du temps des Romains, ce qu'il avait été aux époques préhistoriques.

La Yue de ce plan montre également combien est grande la variabilité de forme des dépôts de ces sources. Ici (teinte jaune), les dépôts affectent une forme conique; là (teinte carminée), celle de mamelons élevés à pentes abruptes ; enfin, en dernier lieu (teinte bleue), celle d'éminences moins saillantes, à pentes moins rapides.

Ces trois modes de formation dans les dépôts, résultats d'une intensité plus ou moins grande dans la projection et l'abondance des eaux, correspondent parfaitement aux trois périodes préhiitoriqw, romaine et actmlle d'Eammàm- Meskboutin.

Dé même qu'il y a eu variabilité dans l'intensité du jaillissement, il parait qu'il y a eu également quelques modifications dans la nature des eaux.

Ainsi, les concrétions des vieux cônes de l'époque préhistorique, sur 100 parties, contiennent :

Carbonate de chaux et de magnésie 95,21

Carbonate de strontiane 0,24

Peroxyde de fer 0,60

Phosphate d'alumine, sulfate de chaux, crénate et apocrénate

de fer et de chaux, silice el fluate de chaux 2,60

Eau 1,30

Pertes 0,05 (1}

Actuellement, les dépôts des sources (2) (teinte bleue) sont pulvérulents, d'un aspect blanc de neige, et ne contiennent presque exclusivement que du carbonate et du sulfate de chaux, avec quelque peu d'arsenic.

(1) Voyez Henry, in Journ. pharm., t XXV, p. 525, 1839.

(2) Les eaux des sources actuelles atteignent 90 à 95* de chaleur; elles sont légèrement sulfureuses. Les gaz qu'elles laissent échapper sont, sur un volume d*un mètre cube :

Acide carbonique. . . 0,970 Acide sulfhydrique.. . 0,005

Azote 0,025

— Voir, pour la composition minéralogique de ces eaux, Tanalyse du savant chimiste Tripier, in Comptes rendus Acad. se., t. IX, p. 602, 1839.

Or, les dépôts de Roknia ne sont pas semblables à ceux des concrétions actnelle$ d'Hammam-Meskhoutin, mais sont presque identiques, par leurs proportions chimiques (1), à ceux des vieux cônes de l'époque préhistorique de cetle station thermale*

Les fragments de pierres dcflménîques, que j'ai rapportés, ont présenté, à l'analyse chimique, du carbonate de chaux et de magnésie en grande quantité, puis, en proportion moindre, du phosphate d'alumine, du sulfate de chaux, du peroxyde de fer, de la silice, du fluate de chaux» etc-

Ce sont bien là les éléments des dépôts des vieux cônes.

Les travertins de Aoknia sont donc de la même époque. Les eaux» qui plus est, semblent indiquer, par leurs parties minéralogiques qu'elles ont déposées, qu'elles proviennent d'une origine commune.

L'exameoi comparatif de ces deux stations thermales montre que le foyer, d'abord refroidi et éteint è Roknia, a continué, encore pendant bien des siècles, à manifester sa puissance à l'emplacement des vieux cônes d* Hammam-Meskhoutin ; puis enfin, comme à Roknia, a fini par s'éteindre tout à fait bien avant l'arrivée des peuples historiques.

Si les Romains, en effet, d'après les ruines qui existent encore sur l'emplacement (teinte carminée] des sources amoindries, ont élevé de si vastes constructions, que n'auraient-ils pas fait, s'ils avaient eu connaissance d'un cratère d'eau thermale, comme celui des vieux cônes, et surtout comme celui qui devait exister au champ de Roknia?

A Roknia, lors du maximum d'intensité du foyer intérieur, ce n'était pas sur 4 ou 500 mètres que s'épanchaient les eaux chaudes* mais c'était sur une étendue de 4 à 5 kilomètres en tous sens. Ce champ, à cette époque préhistorique, devait être un de ces grands spectacles de la nature, comme il n'en existe plus maintenant.

Or, on a beau parcourir Roknia, on ne remarque aucune ruine, aucune trace de bassins, aucun vestige de construction. Les Romains connaissaient, cependant, parfaitement bien la contrée. Ils avaient construit des forts sur

(1 Ils sont, de plus, identiques comme graine, comme dureté et comme aspect de coloration.

les sommités environnantes, au Coudîat-bou-Fertout, notamment. Mais, à Roknia, on ne trouve rien, si ce n'est cette espèce de porte d'une date trèsmoderne, élevée à l'entrée d'une de ces fentes que j'ai signalées.

Les Romains n'ont donc pas connu les eaux de Roknia, pas plus que les Numides et les Carthaginois, car je n'ai jamais eu connaissance que Ton y ait trouvé une inscription, un instrument, un indice quelconque qui puisse dénoter ou constater la présence de ces nations.

Le champ de Roknia était un hammam éteint bien avant l'arrivée de ces peuples.

D'après ces considérations. Ton voit que les sépultures de Roknia, élevées au moment de l'extinction de cet hammam (puisque les dolmens renferment des os calcinés), remontent au delà des époques romaine, numide et carthaginoise.

Ce fait est d'autant plus plausible que rien, parmi les bijoux ou les poteries, ne porte le cachet si reconnaissable de ces peuples qui ont tour à tour dominé le pays.

les monuments dolméniques de Roknia ne sont donc pas des sépultures celtiques^ des sépultures de Gaulois transportés en Afrique à la suite des armées, mais sont des monuments funéraires de peuples bien plus anciens sur lesquels nous n'avons aucune donnée, sur lesquels il n'existe aucune tradition.

Si l'étude du sol et de la composition minéralogique des dépôts amène à re* jeter avant l'arrivée des peuples historiques, c'est-à-dire à 1000 ou 1200 ans avant J. C, la construction des monuments de Roknia, je vais examiner, maintenant, si, d'après d'autres données, je puis arrivera une connaissance plus exacte, c'est-à-dire plus approximative de l'âge de ces dolmens.

Parmi les ossements de Roknia qui ont été étudiés par le D' Pruner-Bey, ce savant a reconnu une tète de femme égyptienne, parfaitement caractérisée, présentant un type de forme spécial aux XVIP et XVIII' dynasties.

M. le D' Pruner-Bey, il faut bien le savoir, n'a pu se tromper ni se méprendre sur les signes distinctifs de ce crAne, surtout d'un crâne égyptien, lui qui, pendant plus de 20 ans, alors qu'il était médecin du vice-roi au Caire, a examiné et a étudié tous les types de race de ce pays.

Il faut avouer, cependant, que, lorsque ce savant antbropologisle affirme que la femme égyptienne ensevelie à Roknia est une femme semblable à celles desXVII* et XVIIl* dynasties, il n'a pas voulu dire que cette femme fut juste de celte époque, attendu qu'il aurait parfaitement pu se faire que cette femme fût venue en Algérie aussi bien quelque temps avant, comme quelque temps après ces dynasties.

Malgré tout, comme cette tète offre un type particulier, spécial à la période de ces dynasties, type que l'on retrouve bien rarement dans les précédentes comme dans les suivantes, il y a de grandes probabilités à admettre l'arrivée de cette femme à Roknia vers l'époque de ces dynasties.

Quelle époque doit-on assigner aux diverses dynasties égyptiennes? C'est là une grave question qui a soulevé, depuis le commencement de ce siècle, bien des controverses. Pour moi, qui suis sans parti pris, et qui recherche la vérité partout oh je crois la rencontrer, je me vois forcé, avant de préciser une date, de faire une légère digression et de dire un mot sur l'état des connaissances actuelles de l'histoire de l'ancienne Egypte.

Sous le règne de Ptolémée Philadelphe, l'un des fondateurs de la biblio-

thèque d'Alexandrie, un vieux prêtre d'HéliopoIis, fort érudit, Manéthon, fut chargé de rédiger, d'après les archives sacrées, préposées à sa garde, une histoire ou plutôt un résumé des annales de TÉgypte.

L'œuvre de ce prêtre, déposé à la bibliothèque d'Alexandrie, a été anéanti, ainsi que tous les autres manuscrits qu'elle renfermait, lors de l'incendie de cette bibliothèque à l'invasion des Arabes.

Cet œuvre, divisé en trois parties, n'a pas, cependant été complètement perdu pour le monde savant.

Le juif Josèphe, qui en a eu connaissance, dans une dissertation contre Appion, a le premier cité quelques passages de cet ouvrage. Jules l'Africain, en second lieu, a conservé une espèce de table des matières, qui a été reproduite par un chronographe byzantin, Georges le Syncelle ; enfin Eusèbe a également donné de cette narration un résumé à peu près analogue à celui du Syncelle.

Malheureusement, chacun de ces écrivains a copié à sa manière, suivant ses points de vue, le texte de Manélhon, cherchant, en le dénaturant, à le faire concorder le mieux possible avec la chronologie biblique. De tous ces falsificateurs, le juif Josèphe semble le moins faussaire, puis Jules l'Africain, Georges le Syncelle ; enfin Eusèbe, qui de tous est celui qui parait s'être laissé entraîner le plus loin par l'esprit de parti.

Heureusement qu'avec l'étude et la patience on est parvenu à se retrouver dans le chaos de ces falsifications ; par la comparaison des textes, on a reconnu, par exemple, que le Syncelle ou Eusèbe avaient dénaturé tel passage, qui avait été copié plus fidèlement par Jules l'Africain, ou que tel autre d'Africain avait été rendu plus exactement par le Syncelle. De^plus, grâce aux nombreuses recherches, aux savantes investigations des érudits, on a arraché aux hiéroglyphes une partie de leurs secrets, et l'on a trouvé, dans les inscriptions qui couvrent les ruines égyptiennes, presque toujours la con« firmation des données primitives du prêtre Manéthon.

Ainsi, par exemple, il existe à Karnac une série de bas-reliefs, représentant 61 rois, auxquels Thoutmès III offre des présents. Chaque bas-relief est accompagné d'un cartouche dans lequel se trouve inscrit le nom du monarque. A Abydos, il se trouve une suite de 50 rois, auxquels Ramsès H rend

hommage (1). Enfin, sur un grand nombre de points, il a été retrouvé des quantités de bas-reliefs, de cartouches, ou d'inscriptions signalant des séries plus ou moins considérables de monarques.

Or, en rassemblant tous les récrits des traducteurs, en coordonnant toutes ces listes de rois, Ton est parvenu à rectifier les points falsifiés, à recréer les séries, à reconstituer les dates; Ton est arrivé, en un mot, à reconstruire un tout, et à reconnaître que les faits concordaient presque en tous points avec ceux signalés dans le récit, quelque extravagant qu'il pût paraître, du vieux prêtre d'Héliopolis (2).

L'œuvre de Manéthon, divisé en trois parties, comprenait l'histoire de l'Egypte depuis les plus anciennes traditions jusqu'à la conquête de l'Egypte par Alexandre en 332 avant J. C.

Dans la première partie de son œuvre, Manéthon signalait : 1* une longue période de Phtha, d'une durée approximative de 9,000 années; 2* la période de Phré, de 1,040 ans; 3® celle de Knub. de 684 ans ; 4* celle de Sev ou Seb, de 490 ans; 5* celle d'Osiris, de 423; 6^ celle de Seth, de 351 ans; 7* celle d'Horus, se composant de neuf petites périodes d'une durée totale de 858 ans ; 8* celle de Thoih, de 3,326 ans ; 9* celle de Ma, de 3,140 ans; 10* celle du Nekuas, époque de synarchie sacerdotale, correspondant à vingt-trois petites périodes secondaires, d'une durée de 5,613 ans. Enfin, Manéthon, dans la première partie de son œuvre, faisait encore l'historique des onze premières dynasties h partir du roi Menés (3), dynasties représentant une durée de 2,350 ans et 70 jours.

(1) Les grandes listes de Karaac et d'Âbydos ne contiennent pas, sans lacune, une série complète de rois. Les rois Thoutmôs m et Bamsès II, par suite de motifs inconnus, semblent avoir fait un choix parmi leurs devanciers. La liste d'Abydos renferme plusieurs noms qui manquent à celle de Karnac, et vice versa. Chacun de ces monarques a apprécié, à sa façon, le mérite de ses prédécesseurs.

(2) Pourquoi douterait-on actuellement de la véracité du récit de Manéthon? Ce prêtre avait à sa disposition bien plus de documents de tous genres que Ton n'en possédera jamais, et il savait les interpréter beaucoup mieux qu^on ne saura jamais le faire.

(3) Pour ces époques antérieures à Menés, signalées par Manéthon, on ne connaît qu'une seule version, celle contenue dans les prolégomènes de la chronique grecque d'Eusèbe, chronique traduite en arménien, puis de l'arménien en langue latine. — Heureusement que, pour le contrôle de ces temps antérieurs. Ton possède un des plus anciens manuscrits, connu sous le nom de papyrus de Twin, qui consiste en un tableau chronologique de l'histoire égyptienne depuis les temps primitifs jusqu'à la XVIII* dynastie. — Ce papyrus, déchiré en plusieurs endroits, a été étudié avec le plus

La seconde partie de Thisloire de Manéthon renfermait le récit de la XII* à la XX* dynastie, pendant 2,121- — Eusèbe, dans les citations du Syncelle, indique le chiffre de 1,121 ; mais Eusèbe, traduit de Tarménien, donne le chiffre de 2,121 ; les 1,121 de TEusèbe byzantin sont donc une faute de copie évidente (1).

La troisième partie de Manéthon, qui se termine à la conquête de l'Egypte par Alexandre, en 332 ayant J. C, contient la suite des dynasties pendant une durée de 863 ou 867 ans suivant Africain « ou de 837 ans d'après Eusèbe, tandis qu'au contraire la durée totale était de 1,050 ans (2).

Les dynasties égyptiennes (*t), à partir de Menés, sont au nombre de XXXI, de 5853 à 332 avant J. C.

Parmi ces dynasties, ou plutôt ces périodes de rois, les XVII* et XVIII* dynasties datent :

!• La XVII* de Tan 2135 à Tan 1945;

2* La XVIII* de l'an 1945 à 1591 avant J. C.

Je ne désire entrer en aucun détail sur les rois ni sur les événements de cette époque, attendu que je m'écarterais par trop du cadre que je me suis imposé. Si, cependant, je me suis permis cette digression , assez longue, au sujet de l'histoire de l'ancienne Egypte, mon mobile a été de

grand soin par de savants érudits, tels que Ghampollion, Bunsen, etc.; or ce qu'on a pu en déchiffrer concorde parfaitement avec le récit de Manéthon. — La série des périodes antérieures à Menôs est énoncée en masse. — Manéthon, qui n'a jamais eu connaissance de ce papyrus, découvert dans une sépulture au commencement de ce siècle, a donc divulgué la vérité, telle que les antiques traditions sacrées la lui enseignaient. — Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que les hommes eussent vécu en Egypte 30,000 ans avant J. G.? — Par suite de travaux et d'études d'un ordre tout différent, je suis forcé de reconnaître la présence de l'homme à une époque encore plus reculée.

(1) Rodier, Antiq. races hum., p. 12, 1864.

(2) C'est Africain qui a eu la bonne foi d'avouer que le total énoncé par Manéthon était de 1,050 ans. Or ce chiffre de 1,050 ans est garanti pur de toute altération de la part des copistes d'Africain, par cette circonstance qu'on le retrouve énoncé comme chiffre donné par Manéthon, dans un passage du Syncelie, p. 256 de l'édition de Goar (Rodier).

(3) Le mot dynastie signifie, d'après Manéthon, période ou groupe de rois ; ainsi, par exemple, Thoutmosis, d'après Manéthon, roi de la XVII" dynastie, en la 4* année de son règne, chassa les Hycksos. et gouverna ensuite l'Egypte pendant 25 ans. Or les 25 années de ce monarque sont comptées dans la XYIII* dynastie, tandis que les 4 premières appartiennent à la XVII*. — Autre exemple : dans la XI* dynastie, 'Manéthon signale 16 monarques diospolites, qui ont régné, en synarchie, pendant 43 ans, lorsque après Aménemès gouverna encore 16 ans. Or ces 16 ans ne comptent pas dans la XI* dynastie, mais dans la XII*; enfin la XIX* dynastie commence par Sethos-Ramsès, fils de Ménepta, dernier roi de la XVIII".

montrer que les dates des XVIP et XVIIP dynasties n'ont pas été prises k la légère dans le premier livre venu, mais que j'ai, au contraire, essayé d'apprécier la valeur de la plupart des savants écrits des égyptologues, afin de me rapprocher le plus possible de la vérité.

Les XVII* et XVIIP dynasUes remontent donc de 1591 à 2135 avant J. C. Ce qui reporterait Vexislence de cette femme de Roknia, dont le crftne» suivant le D' Pruner-Bey, appartient, par ses signes caractéristiques à ces dynasties, aux dates que je viens d'indiquer.

Il y a dû avoir, du reste, dans ce temps, de nombreuses relations politiques et commerciales entre les habitants de l'Egypte et les tribus des contrées atlantiques du nord de TAfrique.

Dans ses Lettres $ur rËgypte et la Nubie (p. 248), Champollîon décrit un type d'homme blanc figuré sur les monuments égyptiens des XVII^ et XVIIP dynasties. « Ces hommes, dit ce savant égyptologue, ont la peau couleur de chair, ou une peau blanche de la nuance la plus délicate ; ils ont le nez droit ou légèrement voussé, les yeux bleus, la barbe blonde ou rousse, la taille haute et très-élancée ; ils sont vêtus de peaux de bœufs conservant encore leur poil, véritables sauvages tatoués sur diverses parties du corps. On les nomme Tamhous. »

Or ces caractères conviennent parfaitement à la race berbère; et, singulière coïncidence, l'ethnique thamou ou tamhous est un de ces noms berbères les plus répandus en Algérie et au Maroc.

Ce nom est la dénomination d'un grand nombre de fractions ou de familles des pays berbères. Il existe dans le cercle de Tenez une tribu des Béni- Thamou. Cette appellation se retrouve dans la Mitidjah, et même au Maroc, oîi s'élève le Djebel-Thamoura.

Il y a des Eel-Thamourat chez les Touaregs occidentaux. Ce n'est pas loin de là que le sufiète carthaginois Hannon avait fondé, a à deux jours des colonnes, » la ville de evMAhfiiov (Thymiatherium), dont la première partie du nom atteste un ethnique indigène défiguré par les Carthaginois, puis par les Grecs, comme cela a eu lieu pour tant de noms berbères (1).

(l) Aucapitaine, Ortg. berb. tbamous, p. 10, 1867.

Depuis Tanliquité jusqu'à nos jours, les Tbamous ont laissé des Iraces de leur établissement dans la région atlantique. Notre savant ami, le conseiller Letourneux (1), signale la ville de Thamugas (colonia Ulpia Tbamugas), au*jourd*bui Timegad, au pied du Djebel-Aurès. Une inscription trouvée à Lambessa porte le nom d'un certain Tamudus venmtus; une autre, découverte dans les ruines de Tbamugas, porte simplement le nom Thamu (Respublica Tbamu). i

Enfin la racine tbama ou lama, dont la terminaison semble annoncer un pluriel berbère» se trouve prodiguée dans un grand nombre de localités de cette partie de l'Afrique.

Ainsi il existe une ville Thamarita (d'après Letourneux), Thamousida (d'après Aucapitaine), sur la côte ouest du Maroc, maintenant Mogador, citée par Claude Ptolémée.

Dans les notices des évoques, Ton remarque deux episcopus tamazensis et tamadenm dans la Mauritanie Césarienne, et un autre episœpus tamaU lensis dans la Mauritanie Sétifîenne. On trouve encore dans la notice de l'empire un prœfcctus limilis tamallensis, et dans la carte de Peutinger un a torre Umalleni, » ainsi que le municipe de Tamannuna. Enfin, dans ces derniers temps, on a découvert, au col de F'Doulès, dans la Kabylie orientale, une inscription portant ces mots : Rex gentis Ukutamanorum ou ukuta-miensiSj suivant une autre lecture.

Toutes ces citations d'ethniques, que j'emprunte aux savants travaux de MM. Aucapitaine et Letourneux, ne sont-elles pas la preuve qu'il y a eu d'antiques relations (2) entre les tribus préhistoriques de l'Algérie et ces anciens Tambous des inscriptions hiéroglyphiques des XVIP et XVIIP dynasties, puisque l'on retrouve partout leurs noms, plus ou moins défigurés, il est vrai, mais pourtant bien reconnaissables?

(1) Sur les Mon. Hinér. de TAlgér. orient Etc..

(2) Par ces anliqties relations, je ne veux pas faire entendre que les Berbères algériens descendent de ces Tamhous d'Egypte, comme le pensent quelques anthropologistes, ou qu'inversement, comme le croient quelques autres, que ces Tamhous sont des colons berbères. Je désire sur un sujet si délicat, qui a soulevé de si grandes controverses, n'exprimer aucune opinion. — D'autant plus que l'origine des Berbères n'a rien à faire à propos des dolmens de Roknia. — En cet ouvrage consacré aux sépultures préhistoriques de Roknia, si j'ai fait quelques rapprochements de racines glossologiques, mon but a été de montrer, par les comparaisons, qu'il a existé des rapports entre les habitants de l'Egypte et de l'ancienne Algérie.

n y a donc eu» cela est incontestable; des rapports entre les habitants de ces deux contrées.

Cette femme égyptienne, dont j'ai rapporté le cadavre des dolmens de Roknia, est une preuve indéniable de ce fait; non moins que ces bagues déformées, en argent doré, recueillies dans le dolmen n^ 24.

Ces bagues dorées annoncent, en effet, une civilisation avancée, bien autrement avancée que celle des tribus de Roknia, qui confectionnaient ces vases (enfance de Tart céramique) dont j ai donné la représentation. En Egypte, à l'époque des XVII* et XVIII* dynasties et même depuis bien plus longtemps, l'or était employé en dorure jusque sur le visage des momies, dont on espérait, par ce procédé, empêcher l'altération.

En présence de ces faits, il serait donc présumable de reporter la construction des dolmens de Roknia de 1600 à 2100 avant J, C.

Si je n'avais, cependant, que le fait de la présence d'une femme égyptienne des XVII* et XVIIP dynasties pour base de date, je courrais le risque de tomber dans l'erreur, attendu que Ton pourrait m'objecter que cette femme avait pu arriver à Roknia aussi bien avant qu'après ces dynasties.

Je n'insiste donc pas, et je passe à des preuves bien autrement sûres, bien autrement positives que toutes celles que l'on pourra jamais tirer des études glossologique ou anthropologique.

J'ai constaté, au récit de mes fouilles, que l'intérieur des chambres sépulcrales de Roknia était presque entièrement rempli d'humus et de coquilles terrestres.

Lors de la construction de ces monuments funéraires, chacune de ces sépultures fut, suivant la coutume sacrée et traditionnelle, recouverte d'une masse de terre.

A la suite des siècles, comme ces monuments se trouvaient placés sur des pentes assez déclives» il advint que les pluies, les orages, les gelées, le vent, ou mille autres causes, délayèrent, emportèrent ou entraînèrent les terres amoncelées, et, par ce fait, laissèrent à nu la partie solide du monument : le dolmen et le cercle basilaire du tumulus, généralement formé d'assez grosses pierres.

Comme les pierres des dolmens étaient frustes, non taillées, laissant entre elles des intervalles plus ou moins considérables, les mollusques de la contrée pénétrèrent dans l'intérieur des sépultures pour y trouver un abri contre la chaleur, ou une retraite contre Tintempérie des saisons.

Ces animaux, retraités dans ces chambres sépulcrales, arrivés au terme de leur existence, jonchèrent de leurs débris Tintérieur des dolmens ; et leurs débris, en s'y accumulant peu à peu, finirent, avec les terres apportées par le vent, les insectes ou les reptiles, par combler presque entièrement les chambres sépulcrales.

C'est dans cet état que j'ai trouvé presque tous les monuments de Roknia.

Les débris des mollusques se trouvent donc par milliers dans chacun des dolmens. Les coquilles sont là superposées les unes aux autres, comme par assises, dans un état presque parfait de conservation, depuis les couches les plus inférieures, depuis celles qui datent du déblayement du tumulus.

Dans bien des dolmens, en effet, j'ai trouvé les coquilles dans les vases et même jusque dans l'intérieur des crânes. Dans ouelques autres, où le déblayement a été un peu plus lent, les ossements se trouvent séparés des coquilles par une légère assise d'humus.

Les mollusques des chambres sépulcrales ont donc été les contemporains des tribus de Roknia ; de plus, ils ont été les témoins de tout ce qui a pu se passer depuis cette époque jusqu'à nos jours.

Ce fait est incontestable, puisque la succession des individus se montre en séries non interrompues depuis la couche la plus inférieure jusqu'à la plus supérieure, c'est-à-dire depuis la plus ancienne jusqu'à la plus moderne.

Or ces espèces sont justement pour moi ces médailles de la nature dont je vais essayer d'expliquer et de faire comprendre le sens, afin d'arriver à une date positive de la construction des dolmens de Roknia.

De tous les animaux, le moUusqae est ranimai le plus certain, le critérium le plus positif, sur lequel on puisse baser un système chronologique des temps préhistoriques.

Les paléontologistes, avec les coquilles fossiles des anciennes créations, ont pu reconnaître les faunes, reconstruire les continents, circonscrire les mers, limiter, en un mot, les antiques périodes. Grâce au mollusque vivant, pourvu qu'on sache comprendre ses modifications de forme, Ton peut aussi facilement rétablir notre époque actuelle et savoir ce qui a pu se passer dans les temps antérieurs à toute tradition.

Le mollusque, en effet, est le seul être qui subit, à un degré aussi prononcé, Tinfluence du sol sur lequel il rampe, du climat dans lequel il vit.

Le mollusque naît, vit, meurt, pour ainsi dire, à la même place. Lent, visqueux, timide, la plupart du temps nocturne, il se meut avec une excessive lenteur. Il n'est pas comme le mammifère, dont la course est souvent si rapide; comme l'oiseau, qui, de ses ailes légères, passe d'un pays à l'autre, etc. ; le mollusque, au contraire, reste attaché au sol qui Ta vu nattre. Son acclimatation est des plus difficiles, et, s'il vient à changer de pays, de contrée, ce n'est que contre sa volonté, que par une cause fortuite ou étrangère.

Un pareil animal, pour ainsi dire, inerte, doit donc nécessairement subir toutes les influences du sol et de la climatologie du lieu qu'il habite.

Les espèces recueillies dans l'intérieur des dolmens de Roknia sont la preuve la plus évidente de ce fait incontestable.

Dans rintérieur des chambres sépulcrales des vingt-huit dolmens, j*ai recueilli la plus riche collection de coquilles que Ton puisse voir.

Il y avait là, par milliers, des Zonites, des Hélix, des Bulimus, des Pupa, des Pomatias.

En étudiant la superposition des espèces, je me rappelle que ce qui me frappa le plus fut de trouver, dans les couches inférieures, c'est-à-dire dans les assises les plus anciennes, un grand nombre de mollusques éteints ou actuellement fart rares dans ce pays; ce qui, enfin, m'intéressa au suprême

degré fut de constater chez les mêmes espècest qui allaient en se succédant dans toutes les assises, de telles modifications de forme entre celles des couches inférieures et celles des couches supérieures, que je compris de suite qu*il avait dû se produire un changement radical dans la climatologie de la contrée.

Les échantillons des couches inférieures, comparés à ceux des assises supérieures, offraient, en effet, une spire déprimée, une tendance à une compression générale; enfin un enroulement plus rapide et un développement insolite du dernier tour de spire.

Or ces signes caractéristiques, parfaitement prononcés chez les échantillons de$ couches inférieures, allaient, en se modifiant peu à peu, chez les individus des assises moyennes, pour arriver, chez ceux des couches supérieures, à présenter une tendance, de plus en plus accentuée, à la forme conoïdale et à la contraction du dernier tour.

Une cause lente, continue, avait donc agi, sans trêve et sans merci, sur ces mollusques, pour leur faire sélecter, petit à petit, des caractères mieux appropriés aux milieux.

Ces modifications incessantes, que je remarquai chez ces coquilles, m'annonçaient qu'il s'était produit, depuis Tépoque du déblayement des tumulus jusqu'à nos jours, une perturbation notable dans les conditions vitales de ces animaux; enfin que cette perturbation devait provenir d'un changement lent dans le régime climatologique du pays.

Cette conséquence est, je crois, incontestable, attendu que, si l'on veut bien réfléchir. Ton reconnaîtra que, si le mollusque, par sa nature et par son mode de vie, est un animal essentiellement attaché au sol, il doit, dans l'impossibilité de voyager ou de s'expatrier, comme pourraient le faire le mammifère, l'oiseau ou l'insecte, il doit, dis-je, subir toutes les conséquences qui résultent de son inertie. Il faut donc, pour qu'un mollusque puisse vivre et se perpétuer, qu'il s'approprie les caractères nécessaires à la résistance des changements lents qui se produisent dans le climat des pays qu'il habite.

Aussi, lorsqu'il arrive des changements de température, il advient que bien des espèces, ne pouvant se sélecter des caractères appropriés aux modifications incessantes des milieux, s'étiolent et finissent par disparaître.

C'est ce qui est arrivé pour un grand nombre de mollusques de Roknia qui vivaient à l'époque de la construction et du déblayement des tumulus. Là plupart ont disparu peu à peu, parce que, ne pouvant équilibrer leurs conditions de vie avec les milieux nouveaux dans lesquels ils se trouvaient, il leur a été impossible de vivre et de se perpétuer.

Parmi les quarante-deux espèces différentes recueillies dans les chambres sépulcrales, j'ai constaté an moins sept espèces perdues (1) et une dizaine d'excessivement rares maintenant en cette partie de VÂlgérie.

Toutes ces espèces, non moins que celles qui ont persisté jusqu'à nos jours, indiquent, par l'ensemble de leurs signes caractéristiques, un climat bien plus humide et une température d'une moyenne plu$ froide que la moyenne actuelle du pays.

Je devrais maintenant, pour appuyer cette affirmation, pour entourer mon jugement d'une foule de preuves, passer en revue les quarante-deux espèces de Roknia, noter leurs caractères, montrer les modifications qu'elles ont subies. Mais, si je m'engageais dans cette voie, je n'en finirais point. Je vais simplement prendre une espèce, la plus grande, la plus grosse, la plus abondante, la plus facile h reconnaître; espèce qui a, en outre, le rare avantage de n'être pas une coquille spéciale à Roknia, mais une coquille cosmopolite répandue dans tout le midi de l'Europe, notamment en France, où elle pullule.

L'espèce que je choisis, comme la plus propre à faire saisir et à faire comprendre, grâce à sa taille, les modifications de forme sur lesquelles je vais me baser,« ab uno disce omnes, » est l'Hélix aspersa (2).

Celte Hélix aspersa se trouve depuis la couche la plus inférieure du rem-

et) J'ai déjà publié une de ces espèces perdues, sous le nom d'Hélix Rokniaca, dans ma huitième Décade des Mollusques nouveaux, litigieux ou peu connus.

(2) MûUer, Verm. Hist., II, p. 59, 1T74 (Hélix hortensis, de Pennant, 1T76 (non Mùller, 1774). Cochlea vulgaris, de Da Costa, 1778.— Hélix variegata, de Gmelin, 1788. —Hélix lucorum, de Razoumowski, 1789 (non Linnœus, 1758). — Pjopiatia aspersa, de Beck, 1837. — Cœnatoria aspersa, de Held, 1837. — Etc.).

plissage des dolmens jusqu'à la plus supérieure, c'est-à-dire depuis la plus ancienne jusqu'à la plus moderne.

Dans plusieurs des dolmens, j'ai trouvé Yaspersa dans les vases et jusque dans l'intérieur des crânes.

Hélix aspersa, de la couche inférieure des Dolmens de Rokniai.

Les échantillons des couches inférieures, fortement développés, sont caractérisés: par une coquille mince, légèrement transparente, trèschagrinée et peu striée; par une spire courte, comme écrasée, par un enroulement se développant avec une grande rapidité ; par son dernier tour, comparativement énorme; enGn par une ouverture transversalement oblongue - arrondie, à bords marginaux assez écartés.

Les échantillons des couches supérieures, plus petits, offrent une coquille

plus épaisse, plus rugueuse; une spire élancée, presque conoïdale; un enroulement moins rapide; un dernier tour moins développé, plus arrondi, plus descendant vers Tinsertion du bord externe; enfin une ouverture moins transverse, plus arrondie, à bords marginaux convergents et plus rapprochés.

Ces deux échantillons de Roknia, bien que très-dissemblables l'un de l'autre, appartiennent, cependant, à une seule et même espèce, n ne peut y avoir de doute à ce sujet.

Hélix aspersa, de la coucKe supérieure des Dolmens de Roknia.

Il existe un fait d'une grande importance, sur lequel il faut, dès à présent, que je dise quelques mots.

Ce fait est celui-ci :

La plupart des coquilles, sous l'influence d*un climat chaud ou humide, se compriment et se dilatent, tandis qu'elles se turriculent et se contractent sous celui d'un climat sec ou froid.

Ainsi VHelix Niciemis^ dans les vallées ombreuses du département des Alpes-Maritimes, soit le long de la Siagne ou du Paillon, soit dans les vallons de Biot ou de Yallauris, etc., se présente sous une forme aplatie, avec un dernier tour largement développé et une ouverture transversalement oblongue, tandis que, dans les hautes régions froides et assez sèches de ce déparlement, aux alentours de Saorgio, de Fontan ou de la Giandola, etc., cette même espèce est globuleuse, légèrement turriculée, avec un dernier tour relativement petit et un enroulement spiral bien moins rapide.

-Ces mêmes signes différentiels se font remarquer entre les Hélix nemoralis des plaines et celles des montagnes. Les individus des plaines humides sont moins globuleux, plus largement développés, que ceux des contrées sèches ou froides, qui offrent tous une spire à tendance conoïdale.

L'Hélix pomatia des plaines, bien qu'à un degré moindre, est moins globuleux et plus épaté que celui des montagnes.

L'Hélix Alpina des hautes sommités des Alpes, si connue des naturalistes, en descendant vers des régions moins froides, se déprime , se dilate et devient une Hélix Fontenellii; enfin, dans des contrées encore moins froides, une Hélix tigrina, etc..

Même, chez les mollusques fluviatiles, il existe, entre les individus de même espèce habitant des eaux froides ou d'une température ordinaire, des modifications sensibles. Ainsi la Bythinia tentacukUa des eaux froides des montagnes possède un dernier tour plus contracté, une ouverture plus petite et plus bordée, que les échantillons des eaux tempérées.

£tc.4., etc...

Je n*en finirais point, si je voulais constater tous les faits qui me sont connus, si je voulais énumérer toutes mes observations.

La climatologie a donc une influence toute particulière et toute spéciale sur les mollusques.

L'histoire que je vais faire de VHelix aspersa est une preuve convaincante de ce fait.

VHelix aspersa n'est point une espèce propre au système européen. C'est, sans aucun doute, un mollusque du grand centre africain, qui, il y a bien des milliers d'années, par une cause quelconque, a été importé sur le sol de la péninsule hispano-algérienne, à l'époque oh le Sahara était une vaste mer servant de trait d'union entre la Méditerranée et l'océan Atlantique.

Aussi loin que j'ai pu remonter dans l'histoire des temps antérieurs, j'ai trouvé Vaspersa fossile dans un travertin d'eau douce, de l'époque pliocène, dans la régence de Tunis.

On la voit ensuite apparaître dans tous les dépôts quaternaires, dans toutes les cavernes à ossements, dans toutes les antiques sépultures de l'Algérie.

En Espagne, on la constate également à l'état fossile, mais dans des dépôts plus modernes que ceux de l'Algérie.

Son aréa primitif s'étendait donc dans la presqu'île hispano-algérienne et sur la partie méridionale de l'Espagne.

A la suite des siècles, celte Hélice parait en Palestine, dans les lies de

Helix Maz2uli,var. zonata, Hélix Mazz-uli de Sicile. de Sicile.

l'Archipel, puis au sud de la Morée et de l'Italie, enfin en Sicile, oh, sous l'influence du climat sec et brûlant de cette lie, elle se turricule et se

Quinça^ensia fretirugis ) de Sicile .

modifie à ce point, que les auteurs établissent pour ses modifications les Hélix Mazzulii (1] et Quincayensis (retirugis) (2).

L'aspersa envahissait donc le sud de l'Europe par tous les points, quand, par une cause qui m'est inconnue, il y eut un temps d'arrêt dans son acclimatation jusqu'à l'époque de la dernière débâcle du pôle boréal. Sa vitalité, à cette époque, parut se ranimer, et d'Hélice stationnaire elle redevint franchement envahissanle.

C'est vers ce temps qu'il faut placer sa première apparition en France (3),

par les Pyrénées, oii elle se répandit bientôt jusqu'en Belgique et en Italie; elle s'avança, de même, jusqu'au pied des Alpes; enfin, en Grèce, jusqu'aux Balkans.

Mais elle n'a pu encore envahir le Dauphiné, la Savoie, la Suisse (4), les contrées rhénanes, et, à plus forte raison l'Allemagne, la Russie, la Suède et la Norwége.

L'Hélix aspersa est donc une espèce étrangère à la faune européenne, qui, petite petit, s'est acclimatée du Sud au Nord, ainsi que je viens de le raconter.

Helix aspersa de Horerace ( Italie.)

(1) Helix Mazzullii, Cristofori et Jan, Mant., VI, 2, 1832 (Helix crispata (pars), de Costa, 1829 (non Helix crispata, de Férussac); — Helix aspersa, var. Mazzullii, de Rossmassler, 1837; — Pomatia Mazzullii, Beck, 1837; — Helix retirugis (pars), de Gantraine, 1840; — Helix Gostœ, de Benoit, 1857;— etc.).

(2) Helix Quiciacensis, Mauduyt, Tabl. moll. Vienne, p. 53, pi. II, flg. 6-7, 1839 (Helix crispata (altéra pars), de Costa, 1829; — Helix retirugis, de Menke, 1830; Helix Mazzullii, var. B., de Pirajno , 1840; Helix Quincayensis, Bourguignat, 1860, etc...).

(3) L'Hélix aspersa n*a jamais été constatée dans les dépôts quaternaires, dans les lehms ou les dihiviums de France, antérieurs à cette époque. V aspersa n'existait pas aux temps de ÏUrsus spelœus, ni de VElephas primigenius. Les dépôts des cavernes ne renferment aucun débris de cette coquille.

(4) L'Hélix aspersa a été naturalisée à Bex par notre ami Charpentier, à Lausanne par Studer, etc. Los aspersa qui vivent actuellement en Angleterre ont étéi, diaprés les auteurs anglais, importées

Lorsqu'on suit d*un œil attentif la marche incessante de cette espèce, Ton reconnaît que, chaque fois que ce mollusque pénètre dans des contrées de plus en plus sèches et chaudes, il se caractérise par une coquille striée, à spire élevée, de plus en plus conoïdale, etc..

Ainsi, par exemple, la variété zonata de Y Hélix Mazzullii (voyez les figures intercalées dans la page 79 ) est la représentation d*un échantillon de Sicile, recueilli dans un vallon ombragé, relativement humide.

Les deux individus ligures sous le nom d'Hélix Mazzulii proviennent des environs deCéfalù, de contrées montueuses plus sèches et plus arides ; enfin les deux autres , représentés (page 80] sous l'appellation de Quincayensis, ont habité des plaines desséchées et brûlantes aux environs de Palerme.

On peut suivre, comme on le voit, sur les individus de la Sicile, les divers degrés de l'influence d'un climat devenant, suivant les expositions, de plus en plus sec et brûlant.

L'humidité et la sécheresse sont donc, pour cette espèce, les deux causes principales de ses modifications.

Les distances, pas plus que les différences de régions, n'ont de Tinfluence sur l'aspersa ; — le climat seul la marque de son cachet.

Ainsi j'ai recueilli dans les montagnes, entre Vence et Coursegoules

(Alpes-Maritimes), des aspersa presque identiques à celles qui ont été

trouvées dans le Liban, en Palestine , par

( Alpes -marit )

'îfelix aspersa, duLitan ( Syrie.)

du continent. En Belgique également, Vaspersa, d'après Colbeau, est une espèce importt'e et naturalisée seulement dans les jardins et autour des habitations.

notre ami Félicien de Saulcy. La ressemblance des signes caractéristiques de ces coquilles montre qu'il existe entre ces deux pays montueux» pourtant si éloignés l'un de l'autre, une climatologie à peu près semblable au point de la sécheresse et de l'humidité. .

En Algérie, l'aspersa des montagnes, fortement turriculée , offre une certaine tendance vers les formes de V Hélix Mazzullii^ tendance qui indique que la température des hautes régions de l'Atlas a de grandes analogies avec celle des parties montueuses des environs de Céfalù, eu Sicile. Au Djebel-Thaya, haute montagne voisine de Roknia (voyez la carte de mon exploration), montagne complètement dénudée, oîi les étés sont secs et brûlants, où les hivers sont rigoureux, les aspersa ont une tendance conoïdale des plus prononcées.

Si Ton veut bien maintenant comparer l'échantillon des comhes supérieures des dolmens (voyez page 77) avec celui des hautes sommités du Djebel-Thaya.

l'on remarquera que celui de Roknia est moins conoïde, plus déprimé, plus épais, plus rugueux, que son dernier tour est plus arrondi, enfin que son ouverture, plus ronde, est entourée d'un péristome à bords plus rapprochés et plus convergents que celui du Djebel-Thaya.

Hélix aspersa.vivêmte actaellement

auaje^ei-Th^aprèsdeHokiaa ç^^ caraclèrcs lienueut aux différences

d'altitude et d'exposition existant entre ces deux stations, difiTérences qui soumettent ces lieux à un régime assez dissemblable.

Ainsi, Boknia, d'après l'excellent travail de M. le général Faidherbe, se trouve à 430 mètres d*aliitude« tandis que les sommilés du Tbaya atteignent 1,200 mètres au-dessus de la mer.

A Roknia, contrée presque encerclée par de hautes montagnes, les étés et les hivers y sont secs et chauds. Aussi, n'y existe-t-il aucun bois, aucun ombrage , à moins que l'on veuille considérer comme des bois les broussailles et les cactus qui cachent çà et là la nudité des rochers.

Au Thaya, la montagne, complètement nue (je ne me rappelle pas d'y avoir

vu un arbrisseau), est brûlée par le soleil en élé, tandis qu'en hiver elle est glacée par des courants secs, souvent fort rigoureux.

Ces deux stations, presque aussi sèches Tune que l'autre, diffèrent cependant entre elles, en ce sens que, chez l'une, la température y est presque uniforme, lorsque chez l'autre la climatologie y est extrême, et que le passage de la chaleur au froid, et vice versa, s'y fait assez brusquement.

De là les différences entre la tendance à la forme conoïdale, qui existent entre les échantillons de Roknia et ceux du Djebel-Thaya,

Quant à l'épaisseur du test des échantillons, cette circonstance provient de

l'extrême abondance du calcaire dans le sol de Roknia, calcaire qui fait

presque complètement défaut au Thaya, dont les roches sont des plus

siliceuses.

Pour rencontrer des formes d'aspersa presque semblables à celles qui

caractérisent les couches inférieures des dolmens, il faut venir les chercher jusque dans le nord de la France.

Les échantillons de nos pays possèdent, en effet,

lîelix aspersa^rfrojes Ilelix aspersa de COmmC CCUX dsS COUChcS

^^""^"^ T^onnandie inférieurcs des dolmens,

une forme déprimée, une spire peu élancée, un enroulement spécial trèsrapide, une ouverture transversalement oblongue, enfin un dernier tour Irès-développé.

Or, si le climat relativement froid et humide de nos pays a donné à nos aspersa les signes caractéristiques que je viens de signaler, il a donc fallu qu'un climat analogue existât à Roknia, lors de la construction et du déblayement des tumulus, pour que les aspersa de cette époque pussent s'être sélecte une forme semblable à celle des échantillons du nord de la France.

Cette conséquence est des plus logiques. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que toutes les autres espèces de Roknia, par l'ensemble de

leurs formes et de leurs signes distinctifs, dénoient un pays couvert de forêts, parfaitement ombragé, pourvu d'un climat humide, et d'une température moyenne assez semblable à celle de nos contrées.

Ces espèces m'indiquent encore que, peu à peu, le climat de Roknia est devenu plus sec et plus brûlant; que, petit à petit, les forêts, ne recevant plus assez d'humidité pour prospérer, ont disparu; enGn que ce pays a fini par devenir, ce qu'il est aujourd'hui, sec et chaud, et, par cela même, aride et dénudé.

Je crois donc qu'il ne peut plus y avoir de doutes sur le changement de climat qui s'est opéré à Roknia. J'ai déroulé et j'ai fait, pour ainsi dire, toucher du doigt les conséquences de ce changement, changement gravé en caractères ineffaçables sur les coquilles, ces vraies médailles des temps préhistoriques.

Il me reste à rechercher les causes de ces changements de température, à chiffrer l'époque où Roknia possédait une climatologie analogue à celle du nord de la France, pour avoir la date des monuments dolméniques.

Avant d'arriver aux causes qui ont amené les changements de climat, je crois nécessaire d'établir la comparaison de la température actuelle de l'Algérie avec celle du nord de la France.

Roknia, n'étant qu'un point de la partie septentrionale de la région atlantique, compris entre les 36"^ et 37* de latitude nord, situé presque au centre d'un quadrilatère, dont les quatre angles sont Rone et Philippeville au nord.

Constantine et Souk-Ârras au sud ; ce poinl, dis-je, doit posséder, comme toutes les autres localités de celte vaste régioD, un régime climatologique analogue à celui de l'ensemble de ces pays.

II existe, en Algérie, plusieurs zones climalologiques, suivant que Ton compare la température du littoral à celle des hauts plateaux, et celle-ci à celle du grand désert du Sahara.

Comme Roknia, ainsi que les régions qui Tentourent, appartiennent aux deux premières zones, à la zone littorale et à celle des hauts plateaux, je laisserai de côté celle du grand désert, avec laquelle je n'ai rien a démêler, pour ne m'occuper que de la climatologie des deux autres zones, climatologie qui peut se formuler ainsi :

TEBiPÉRATURES (1) DE LA ZONE LITTORALE.

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