A LA LARGEUR ET A LA HAUTEUR
la première étant = 1000.
sont les mêmes que ceux du texte et des planches.
Il y avait donc en majorité, a Tépoque où ce champ de Roknia servait de lieu de sépulture, des Kabyles ou Berbères, puis, en plus petit nombre, des Arias, des Nègres, des métis et même des Égyptiens.
J'ai constaté :
1^ Que les sépultures les plus considérables ne contenaient qu'une ou deux personnes, tandis que les plus petites en renfermaient un plus grand nombre ;
^ Que les individus ensevelis dans les plus grandes étaient les puissants de répoque ; tandis que ceux des tombes médiocres devaient être « les petites gens, » suivant la juste expression de M. le général Faidherbe ;
3"" Que les crânes des individus des grandes sépultures étaient presque tous de type dolichopentagonal, lorsque ceux des petites étaient de types berbères, nègres ou mulâtres ;
i"" Que, notamment, dans les dolmens n^ 1, Monument tridolménique, la grande chambre centrale était occupée par des individus à crâne dolichopentagonal , lorsque le dolmen secondaire, beaucoup plus petit, était rempli par les ossements de 2 Berbères et d'un mulâtre.
Or, d'après le savant anthropologiste, le docteur Pruner-Bey, dont on vient de lire le travail, les crânes, désignés par moi sous l'appellation de dolichopentagonaux, étant des crânes arias.
Il résulte que les puissants de l'époque, les dominateurs, étaient des indi-
vidus de race arias, et que les dominés«<( leipetite$genif » étaient les Kabyles ou Berbères.
Cette conclusion est la seule Traie.
Ce qui démontre la véracité de cette conclusion, c'est que les vainqueurs ayant toujours la louable habitude d'imposer aux vaincus leurs us et coutumes, ces Arias ont dû également contraindre les autochthones de Roknia à subir leurs usages.
Aussi ai-je, en effet, constaté dans les sépultures de Roknia :
1^ L'identité de ces monuments avec ceux de notre pays;
S^ Une orientation semblable ;
3^ Des poteries de mêmes formes , de mêmes factures, exécutées suivant M. Alex. Bertrand, d'après des procédés traditionnels ;
4"" Des bijoux affectant un mode d'enroulement en spirale, rappelant la forme de prédilection des bijoux de l'âge du bronze en Danemark, en Angleterre, en Hongrie, en Ètrurie, etc.
Il résulte donc de tous ces faits que les Arias , ayant imposé leurs mœurs et leurs coutumes aux peuplades berbères de l'Afrique, devaient en être les dominateurs.
Ces Arias, dont le type crânien se rapproche surtout, suivant le docteur Pruner-Bey, de celui de l'ancienne Italie, avaient dû descendre en Sicile, de la Sicile à l'ile de Panthellerie, et, de cette lie, aborder les côtes africaines de la Tunisie, pour, de là, répandre leur domination sur les tribus berbères de cette époque.
La présence de Nègres, de gens métissés, d'une Égyptienne, parmi les ossements de Roknia, montre encore que, dès ce temps, ces peuplades berbères étaient en relation avec l'Egypte et la Nigritie.
Telles sont les conséquences qui ressorlent des faits. Je ne me suis permis, jusqu'à présent, aucune hypothèse. Mes preuves ont été tirées de l'examen des sépultures, des ensevelissements, des bijoux, des poteries, enfin des crânes.
— SS- II me reste màmlenaDt à rechercher si ces peuplades berbères/ dominées par ces Arias, datent des périodes romaine ou punique» ou bien d une époque antérieure à toute tradition.
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Je me rappelle, lors du déblayement des chambres sépulcrales, combien je fus intrigué de rencontrer, de temps en temps, des ossements comme calcinés, des coquilles réduites à l'état de carbonate de chaux, ainsi qu'une terre jaunacée, quelquefois rougeâtre, comme brûlée , changée parfois en un ciment assez dur (1).
A cette vue, je m'imaginais être en présence d'un mode nouveau d'incinération ; je forgeai, pour ces hommes préhistoriques, des mœurs et des coutumes à part ; surtout lorsque je remarquai que ce phénomène se reproduisait, le plus souvent, dans les sépultures placées les unes à la suite des autres.
Ce qui m'étonnait le plus était de ne rencontrer ni cendres, ni charbons. Pourtant il n'y avait pas à s'y tromper ; les ossements, les coquilles et l'humus des dolmens avaient été soumis à l'action du calorique.
Je ne savais donc comment expliquer ce fait, lorsque, en examinant les dalles et les pierres des dolmens, ainsi que le sol sur lequel ils reposaient,
(1) M. le général Faidherbe a constaté le même fait.
« Dans plusieurs tombes, dit*il, le fond paraissait être une couche d'une espèce de ciment différent de la terre du dessus et un peu plus dur qu'elle ; les squelettes étaient noyés dans ce ciment. Nous ne croyons pas qu'il se soit formé par le mélange de la terre avec les chairs, la graisse et le sang, comme le disaient quelques indigènes qui nous regardaient faire. Ces matières organiques ne peuvent laisser de traces, croyons-nous, après un temps aussi long. Nous sommes plutôt portés à croire que c'était une couche composée exprès pour y mettre les cadavres. •
je reconnus que je me trouvais sur un travertin d'eau douce, et que tout Roknia était le produit de Tévaporation d'immenses sources d'eaux chaudes.
Je remarquai bientôt, en étudiant les environ;» des discordances de stratifications entre les couches au delà de TOued-Meziet et celles du versant de Roknia. Je vis» enfin, qu'il devait exister une grande faille entre les deux chaînes du Djedel-Debar' et du Djebel-Gberar, et que de celte faille avaient dû s'épancher de nombreuses sources thermales.
Sur la carte de mon Exploration à Roknia et auDjebel-Thaya, j'ai fait teinter en carmin clair les dépôts de ces sources thermales. Le ton carminé plus foncé sert seulement à distinguer l'emplacement des sépultures dolméniques.
D'après les teintes de cette carte, Ton voit que le versant de Roknia est de même formation que celui d'Hammam-Meskhoulin.
Autrefois les localités thermales devaient être assez fréquentes dans cette partie de la province de Conslantine, attendu que j'ai constaté leurs dépôts sur un grand nombre de points, notamment à Guelma.
J'avais donc sous les yeux, à Roknia, un immense Hammam-Meskhoutin préhistorique, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire un hammam éteint^ sur lequel les anciens s'étaient plu à y accumuler leurs sépultures.
A l'époque oîi ces sources thermales étaient en activité, les eaux arrivaient à la surface du sol, toutes chargées de parties minérales. En se refroidissant au contact de l'air et en se répandant de tous côtés, les parties minérales se déposèrent et formèrent peu à peu le sol actuel, qui se durcit sous l'action des afHnités chimiques et sous l'influence de la chaleur souterraine.
Ces sources thermales durent jaillir pendant bien des milliers d'années pour avoir pu former de si colossaux dépôts. Mais, à la longue, comme tout prend fin, il arriva que l'intensité du feu intérieur n'étant plus la même, les sources diminuèrent peu à peu et finirent par tarir.
Alors, les peuplades préhistoriques qui vivaient aux alentours de ce vaste
cratère d'eaux chaudes, de cet immense foyer de chaleur et de vapeur,
durent, sous Tinfluence terrifiante des phénomènes qui s'y produisaient et
qu'ils ne pouvaient comprendre, consacrer le lieu tout entier à une divinité
infernale. ;' V.
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Ce champ devint un champ $acréj où chaciin tint à honneur, en s'y faisant
ensevelir, de se mettre sous la protection d'une divinité qui manifestait sa puissance par d'aussi étonnants phénomènes.
Les hommes de cette époque s'emparèrent donc de ce lieu sacré, et en firent un champ de sépulture. Partout, pendant bien des siècles, ils élevèrent pour leurs morts des tumulus dolméniques; partout où ils purent en placer, ils en construisirent. Hais ils choisirent, de préférence, certaines lignes où le foyer intérieur, encore incomplètement éteint, laissait échapper quelques indices de chaleur. Ainsi furent élevés, sans aucune intention symbolique, ces dolmens en série qui, lorsqu'on les examine bien, se trouvent placés sur de petites lignes secondaires de rupture.
Il arriva cependant encore que, après la construction des sépultures, des gaz, des fumerolles ou des exhalaisons thermales vinrent à se produire çà et là pendant des mois, des années ou des siècles. Alors les cadavres, soumis à l'action lente des émanations d'un foyer à Tagonie, finirent par présenter une calcination toute spéciale , les coquilles par perdre leurs parties ^lucilagineuses, Vhumus par se concrétionner, et môme dans certains dolmens, lorsque l'intensité de la chaleur était portée à un plus haut degré, par se cuire et par prendre une apparence rougeâtre de terre brûlée.
Telle est l'explication bien naturelle des dolmens en série et des sépultures où les ossements paraissent comme calcinés.
Un pareil champ mortuaire devait être en grand honneur chez les tribus des environs.
Les puissants du jour, car de tout temps il y a eu des riches et des pauvres, des maîtres et des serviteurs, semblent avoir affeclionné les parties assez planes du nord-est; les Kabyles ou Berbères, celles du centre; enfin les Nègres et les métis, celles du sommet ou des pentes plus abruptes.
Pour les puissants, les sépultures étaient imposantes; un ou deux cadavres y étaient seulement ensevelis. Pour les m petites gens, » les sépultures étaient plus exiguës et les cadavres plus nombreux. Chose toute simple, puisque les petites gens sont toujours en plus grand nombre que les puissants, et que, pour un ou deux décès chez ceux-ci, il en arrivait bien cinq ou six, et même plus, chez les petits.
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Or, comme ce champ était le champ consacré, les morts de toutes les tribus environnantes y étant envoyés, il arrivait que plusieurs cadavres de petites gens y étaient apportés en même temps et qu'on les plaçait, pour s'éviter la peine, dans une même sépulture. De là la présence de plusieurs cadavres dans une chambre funéraire.
Si cette explication bien naturelle n*est pas acceptée, il faut alors avoir recours, pour faire comprendre la présence de 3, A, 5 et même 7 cadavres, comme Ta constaté M. le général Faidberbe^ à un massacre, à des morts simultanées par la famine, par les fièvres ou par toute autre cause.
Je ne prétends pas qu'il ne soit jamais arrivé de massacres ou de morts simultanées de 3, 4 ou 7 personnes par la famine ou par les fièvres. Non t cela a pu arriver dix, vingt fois peut-être; mais 100, mais 1,000 ou 2,000 fois, cela est impossible.
On doit reconnaître, d'après ce que je viens d'exposer sur la nature géologique du sol de Roknia, à l'époque où s'élevaient les sépultures, qu'un sol qui conservait une chaleur suffisante pour produire une certaine calcination des ossements ne pouvait pas être un lieu agréable à habiter. Ce champ était bon pour les morts , mais pour les vivants il était impossible. Les gaz, en effet, qui de temps en temps s'échappaient par les fissures, auraient pu asphyxier, dans leur sommeil, les individus assez imprudents pour s'y établir.
Je ne crois donc pas que les petites grottes de Roknia aient été les demeures des individus qui ont fait construire les dolmens. À cette époque, les grottes, si elles existaient, étaient inhabitables.
Ces grottes sont des haotmneU qui, bien après la période préhistorique des tribus de Roknia, ont d'abord servi de lieux de sépulture à des peuplades plus avancées, puis de demeures à d'autres peuplades encore plus récentes.
Je suis d'autant plus porté à croire que ces haauanety ou grottes de Roknia, n'étaient pas les demeures des gens ensevelis dans les dolmens, que ces haouanet portent l'empreinte et le cachet d'une civilisation plus avancée.
Les peuples des haouanet connaissaient les instruments à tailler la pierre ; tandis que les gens des dolmens, tout à fait primitifs, possédaient bien quelques bijoux de bronze, grâce aux échanges commerciaux, mais n'avaient
aucune connaissance de la taille de la pierre. Aucun instrument, en effet, n'a été découvert, jusqu'à présent, à Roknia. De plus, je ne sache pas qu'une seule pierre dolménique porte la marque d'un coup de ciseau.
Lorsque le foyer intérieur, qui faisait de Roknia un vaste cratère d'eau chaude, commençait à s'éteindre, de puissantes sources thermales s'épanchaient non loin de là, à Hamroam-Meskhoutin. Ces sources prenaient jour, à cette époque, à l'endroit où se trouvent les nombreux cônes des dépôts.
Hammam-Heskhoutin était alors à son maximum d'intensité.
Puis, comme à Roknia, les eaux de cet hammam diminuèrent à leur tour. Ces sources, n'ayant plus la puissance de jaillir par les cônes, se créèrent de nouvelles issues plus vers Je nord, où, en s'écoulant avec une intensité artésienne bien moins grande, elles donnèrent naissance à des éminences de concrétions plus ou moins considérables.
C^ {ut en cet état et pendant cette période de décroissance, que les Carthaginois et les Romains trouvèrent Hammam-Meskhoutin.
Les Romains, qui, comme chacun le sait, furent les plus grands amateurs d'eaux thermales du monde entier, y élevèrent de vastes établissements de bains. On voit encore actuellement, dans l'endroit où sortaient les eaux à cette époque, les soubassements de solides murailles, les ruines d'immenses bassins qu'ils y construisirent.
Depuis les Romains, les sources qui alimentaient ces bassins ont disparu. Les eaiix, perdant, chaque jour, de leur intensité primitive, ont laissé à sec l'emplacement des thermes; elles ne sourdent plus, aujourd'hui, que sur deux à trois points.
Ainsi, Hammam- Meskhou tin est en train de devenir ce qu'est devenu Roknia. Son foyer intérieur tend à s'éteindre peu è peu ; bientôt il arrivera une époque, relativement peu éloignée, où ce cratère d'eau chaude ne sera plus reconnaissable que par les concrétions que les eaux y auront déposées.
J'ai levé, lors de mon passage à Hammam-Meskhoutin, le plan de cette célèbre station thermale, afin de montrer, par les phénomènes qui se sont produits en cet endroit, ceux qui ont dû se produire à Roknia, à l'époque où cette localité <é.tait un hammam.
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