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Souvenirs d'une mère de famille

A. TROIS lieues d'Arras, sur le sommet d'un riant coteau, près duquel serpente silencieusement la rivière de la Scarpe, s'élevait , à l'époque de la révolution française, un antique château où le malheur et l'indigence venaient souvent chercher un refuge, parce qu'ils étaient sûrs d'j trouver la plus active comme la plus o-enéreuse coujpassion,

Le comte de l'Elang, brave militaire, aussi clislingué par ses vertus que par son courage , était propriétaire de ce vaste domaine : mettant tout son bonheur à soulao-er l'infortune , jamais il n'avait reculé devant une bonne action , de quelque nature qu'elle fût , et ce noble penchant à la bienfaisance l'avait rendu l'objet de la plus grande vénération dans toute la contrée, où cependant il ue vint se fixer qu'en i -90 .

Effrayé des orages politiques qu'il voyait s'amonceler sur son pavs, et doublement afïli^'é par la mort récente d'une épouse qu'il chérissait, le comte s'était décidé à quitter le service , et à se livrer tout entier, dans la solitude, à l'éducation du jeune Alfred, son lîls unique, confié jusqu'alors à des soins étrangers que l'aveugle indulgence d'une mère avait rendus beaucoup plus nuisibles que profitables.

Accoutumé dès sa plus tendre enfance à ne trouver aucune résistance à sa volonté, Alfred , à peine âgé de douze ans , éiait devenu un véritable petit tyran dont la méchaocelc égalait l'cxigeance. Vain,

orgueilleux , emporté , bizarre , inconstant dans ses goûts , il semblait faire ses délices des contrariétés et des chagrins qu il causait autour de lui , et il ne se passait pas de jour où quelqu'un n'eût à souffrir de ses insultes ou de ses violences.

Les soins que feue M."^^ de l'Etang avait constamment apportés à cacher à son mari les défauts de son idole, et le silence qu'elle avait imposé à ceux qui l'entouraient , étaient parvenus à abuser long-temps cet homme respectable ; mais ayant pris le parti de veiller lui-même sur cet enfant, il reconnut avec autant d'étonnenieat que de douleur son mauvais caractère, et se promit dès lors d'employer toute son autorité pour le réprimer. Plusieurs moyens furent mis en usage durant une année sans qu'ils produisissent aucun effet sur l'indomptable Alfred , qui se faisait un jeu des menaces et des corrections : il était devenu , pour ainsi dire, la terreur de tous les enfants du voisinage qui se sauvaient de lui comme d'un être malfaisant, et tous les gens du château refusaient de le servir-

mais loin que cette aversion générale lui ouvrît les yeux sur ses défauts, elle semblait lui en faire acquérir chaque jour de plus insupportables.

Les choses en étaient à ce point, lorsqu'un matin qu'il se promenait dans l'avenue du château , à quelque distance de son père , qui s'astreignait à ne plus le perdre de vue , il apei'çut un jeune ramoneur assis paisiblement au bord du chemin , ayant un petit paquet à ses côtés , et mangeant avec appétit un morceau de pain noir qu'il venait de tirer de dessous sa Teste.

« Que ûiis-tu là? lui demande Alfred avec arrogance. — Monsieur, j^'attends mon maître, répond le savoyard d'une voix douce et calme ; il commence sa tournée dans le pa}s, et doit me conduire à celte grande maison pour y ramoner les cheminées avec lui. — Mais pourquoi estu sur ce gazon ? tu le salis , je ne pourrai plus m'y asseoir. Ya-t-en î — Je ne ui'en irai pas , car mon maître va venir, et il m'a dit de l'attendre ici. — Tu t'en i^as.

je îe veux , ce gazon esta moi. » En même temps, il le Trappe avec violence d'un bâton qu'il lient à la main , et cherclie à le pousser du côté de la grille ; mais le jeune montagnard, étourdi d'abord des coups qu'il a reçus, s'est bientôt relevé avec vivacité : « Méchant! s'écrie-t-il , pourquoi me frappes-tu? tu n'en a pas le di'oit. Si mes habits sont sales, ils ne couvrent pas comm<" les tiens un mauvais cœur. » A ces mots, Alfred plus furieux, se jette de nouveau sur lui et cherche à le terrasser j mais sou adversaire, beaucoup plus robuste et plus agile, en un tour de main le désarme, le saisit à la gorge, le renverse à ses pieds, et lui dit en agitant le bâton qu'il lui a arraché : « Tu le vois, maintenant je suis ton maître , et je pourrais te faire du mal aussi; mais ma mère m'a dél'endu de me venger, et je ne veux pas lui désobéir. » Cette scène avait été si rapide que M. de l'Etang n'avait pu arriver assez tôt pour séparer les combattans : il a vu néanmoins la conduite du jeune ramoneur; il a entendu ses dernières paroles, et lui dit en

approchant : « Bj'avo , mon ami î Puisse la leçon que tu viens de donner à ton lâche agresseur le faire rougir de sa violence î » Alfred s'était relevé tremblant. « Vous venez de commeltre une action aussi basse qu'inhumaine, ajoute son père, en le regardant a\ec sévérité; et, pour vous la faire pardonner, il faudra que la réparation soit éclatante. Allez m'attendre au salon , bientôt vous v recevrez mes ordres. » Le coupable , confus , se retire sans oser réplif[uer un seul mot; le comte se tournant alors du côté du jeune savoyard: « il te doit des excuses, mon enfant, il t'en fera, je te le promets : en attendant prends ceci, ajoute-t-il, en lui présentant une pièce d'or; le ramoneur recule : — Monsieur, je n'accepte de l'argent que quand je l'ai gagné. — Rassure-toi, c'est pour ta mère. — Pour ma mère î — Oui, tu l'aimes beaucoup , j'en suis sûr. — Eh ! qui donc n'aime pas sa mère? Mais pourtant je ne puis recevoir et lui offrir que le gain que j'ai acquis par mon travail; elle me l'a bien recommandé.

La figure du jeune monlagnarJ était animée en ce moment d'une vive émotion , et ses traits avaient quelque chose de si touchant , qu'il était impossible de les voir sans éprouver pour lui un véritable intérêt. « Quel est ton nom, ton âge? mon ami, lui demande le comte. — Je me nomme Michel, et j'aurai quatorze ans à la Saint-Martin. — Depuis quand as-tu quitté ta mère? — Depuis treize mois et un jour, monsieur. — Et sous quel maître as-tu travaillé? — Le père Jacques vint me chercher au pays , et depuis lors je ne l'ai pas quitté. — Et où est-il ce père Jacqiies. — Le voici Monsieur. »

En effet , Jacques s'avance , son sac sur le dos et son bonnet à la main. M. de l'Etano- le reconnaît pour le maître ramoneur qui vient d'Arras , chaque année , nettoyer les cheminées du château. Cet homme était l'objet d'une estime générale dans tout le pays, et le comte qui aimait à honorer la probité quelle que fût l'enveloppe dont elle se trouvât revêtue, avait toujours traité le bon savoyard avec une aiFabilité

particulière. L'ayant questionné sur son jeune apprenti, il apprit avec joie que cet enfant joignait à une grande délicatesse de senliments, une intelligence au-dessus de son âge et une fermeté de caractère que rien ne pouvait ébranler. « Il était , dit Jacques, l'exemple de nos montagnes, mais sa mère est très-pauvre ; elle me l'a confié pour que je lui apprisse à gagner ([uelque argent qu'il lui reportera. » Satisfait de ces renseignements, le comte prend alors Michel par la main, le conduit au château , rassemble ses gens , et commande à son fils de faire des excuses publiques au ramoneur. D'abord Alfred recule avec dédain ; mais entendant son père commander à ses gens de le revêtir des habits de Michel et de donner les siens à ce dernier, il se soumet pour la première fois de sa vie et implore son pardon en versant des larmes. « Ce n'est pas tout, reprend alors M. de l'Etang avec gravité : vous avez besoin auprès de vous, Monsieur, d'un jeune compagnon qui sache réprimer vos emportements et votre arrogance , et qui vous

fournisse en même temps l'exemple des vertus qui seules peuvent vous donner quelques droils à l'estime de vos semblables. » Se tournant alors vers le jeune savoyard : « c'est toi , Michel , que je choisis , lui dit-il, pour servir de modèle à celui contre lequel tu t'es si noblement défendu. Tu est bon et courageux, tu seconderas mes soins, et ton bonheur sera la récompense de tes efforts. — Et ma mère ?

demande Michel, je suis venu en France alîn de travailler pour elle. — • Eh bien, tu gagneras ici de quoi la secourir ; je te donnerai de l'instruction , et je récompenserai chacun de tes succès. — Accepte!

accepte ! s'écrie alors le père Jacques , émerveillé des propositions lliites à son pupile ; eh, mon pauvre Michel, pouvions-nous nous attendre à un tel bonheur! » Ce dernier n'hésite plus, et, s'approchant d'Alfred qui est demeuré stupéfait au milieu du cercle qui l'entoure, « ne m'en voulez plus, lui dit-il, moi, je vous ai pardonné de bon cœur; dites-moi si vous consentezàcequejereste avec vous. )>Alfred

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ne répond pas ; mais un regard de son père le décide à sourire au jeune montagnard qui, sans façons, lui prend la main, el la serre avec force.

« Allez chercher quelques-uns de vos vêlements pour Michel, dit le comte, et aidez-le à s'habiller : désormais tout sera commun entre vous, et celui qui fera le mieux, sera aussi le mieux récompensé.»

Qu'opposer à une telle volonlé? Obéir et se taire était le seul parti qui restât au pauvre Alfred, li aide de mauvaise grâce son nouveau compagnon à s'habiller, mais enfin il l'aide , et celui-ci le remercie de si bon cœur qu'il est impossible de trouver un prétexte pour l'insulter. L'extrême sévérité de son père et l'étrange adoption qu'il vient de faire , plongent d'ailleurs le Jeune orgueilleux dans une telle crainte et dans un tel étonnement qu'il ne saurait en ce moment exprimer ce qu'il éprouve.

Bientôt cependant la hardiesse et la violence naturelles à son caractère reprennent le dessus. Ayant le lendemain matin reçu l'oidie d'emmener [Michel dans le parc,

pour lui en montrer les détours, il s'arrête avec lui dans un des endroits les plus écartés et les plus touffus, où il suppose que personne ne peut ni l'apercevoir ni l'entendre, l'accable d'injures, et veut de nouveau se jeter sur lui. Mais le montagnard, auquel M. de l'Etang a eu soin de faire la leçon , le terrasse comme la veille, tire de sa poclie une corde dor»t il s'est muni, et lui lie les pieds et les mains avec une telle vigueur qu'il le réduit à demander grâce. «Ne faites pas" de bruit, lui dit-il alors avec un imperturbable sangfroid ; car outre cette punition , votre père pourrait bien vous en donner une dont vous vous accommoderiez encore moins.

Croyez-moi, faites plutôt de sages réflexions, et surtout une autre fois n'essayez plus de m'attaquer; vous voyez bien que je suis le plus fort. Adieu. Je vais maintenant me promener, quand je reviendrai, nous vei'rons si je dois reprendre votre compagnie. » En finissant ces mots, Michels'en va en chantant d'une voix sonore le relrain favori de ses montagnes.

« Maudit savoyard ! » s'écrie Alfred en versant des pleurs que lui arrache le dépit; mais Michel est déjà loin. Il ne faut pas croire cependant que ce pauvre Michel soit insensible à la punition qu'il vient d'infliger : on a vu qu'il avait un bon cœur, el peut-être que l'obligation oii il est de se montrer sévère le fait déjà regretter, avec les rigueurs de l'état qu'il a quitté , cette douce sympathie de sentiments qu'il trouvait quelquefois dans les jeunes compagnons de ses travaux*

« 0 mon Dieuî serai-je donc obligé de vivre long-temps avec ce méchant? se ditil en s'assejant à l'extrémité du parc , j'étais hier ^ncoi'c si tranquille, si heureux avec mon pain noir et ma veste de ramoneur.... mais, ma mère! Ce monsieur, si bon, si généreux, m'a dit qu'il me donnerait toujours de quoi la soulager, si je voulais m'instruire et l'aider à corriger son fils de ses vilains défauts... Après tout, si j'y parvenais , ce serait une bonne action ; et d'ailleurs s'il me faisait par trop endêver;, le père Jacques n'est qu'à troivS

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îieues d'ici, j'ai mes bardes de ramoneur et je reprendiais mon métier. »

Raffermi par ces réiléxions , il retourne vers son prisonnier qui lui demande d'une voix lamentable de lui faire grâce et de ne rien dire à son père. <( S'il me questionne, répond Micbel , je lui avouerai la vérité; mais, croyez-moi, ne vous mettez plus à l'avenir dans le cas de Ini rien cacber; car ma mère m'a dit que ceux qni cherchent à tromper leurs parents ou ceux de qui ils dépendent, ne sont jamais bénis de Dieu. »

Après cette scène dont M. de l'Etang a été le témoin secret, ils retournent au château où Alfred, contre son ordinaire, montre un air timide et abattu qui commence à donner quelques espérances a son père qui, plus que jamais , se félicile d'avoir eu la pensée de fixer près de lui ce jeune montagnard envers qui la nature semble avoir été prodigue de ses dons les plus précieux. Jamais , en effet , aucun enfant n'avait annoncé des dispositions plus heureuses sous le rapport de l'intelligence, de la droiture et de la bonté du cœur.

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Qu'il soit encore novice da^s la position où la providence vient de le placer, on dirait pourtant que cette position est faite pour lui, car il agit, il par^e avec autant de grâce que de naturel, ne se montre avide d'aucune jouissance, et sa gratitude pour les bienfaits qu'il reçoit se manifeste dans ses moindres actions.

Le comte , eu comparant son fils à cet enfant de la nature dont une mère pieuse avait su développer les heureux penchants, regrettait plus vivement encore de n'avoir pu diriger lui-même les premières années de ce fils qui lui était si cher, et se promit bien dès-lors de redoubler de soins et de surveillance pour le corriger de ses nombreux défauts.

La première année du séjour de Michel au château, parut produire le meilleur effet sur son jeune compagnon. Forcé de travailler, de jouer et de se promener constamment avec le montagnard qui ne ployait à aucun de ses caprices, il comprit enfin que n'étant pas le plus fort , il fallait tâcher de vivre avec lui en bo/)ne intelligence.

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Déjà , il n'osait plus tourmenter en sa présence ni les gens clu château , ni les jeunes paysans qu'il rencontrait au dehors ; car deux ou trois corrections énergiques de la part de Michel lui avaient appris le danger de ces sortes de provocations. Déjà aussi il se montrait plus studieux , plus soumis , et surtout plus aiTectueux et plus confiant envers son père qui ne doutait pas que l'exemple du vertueux savoyard n'opérât bientôt l'entière métamorphose qu'il désirait avec tant d^ardeur.

Mais au moment où cet excellent père se réjouissait le plus de ce premier succès, des inquiétudes d'un autre genre vinrent tout-à-coup l'assaillir et lui faire craindre que son Alired ne se trouvât incessamment livré à l'iniortune et à tous les dang-ess des tempêtes politiques qui allaient l'atteindre Ini-mêuie.

Déjà le régime de la terreur è^ç^wAdil sur la France Tcj/ouvafite et le deuil. Confiant jusqu'alors dans raffection de ses vasseaux dv»nt il avait toujours été le bienfaiteur et le père, M. de l'Etang r/avait pas voulu

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jusque là s'éloigner de ses domaines , et s'étail contenté de vivre dans une profonde solitude qu'il n'interrompait que pour se livrer à l'exercice de sa bienfaisance ; mais sa prudence et ses vertus ne pouvaient le sauver des persécutions auxquelles tous ies gens de bien se trouvaient alors en butte. Le trop fameux Le Bon^ que la ville d'Arras avait vu naître , exerçait déjà dans cette malheureuse cité son épouvantable proconsulat : chacun des instants de cet homme atroce était marqué par l'assassinat de quelc|ue victime que lui-même désignait aux bourreaux; les prisons^ les échafauds se muliij)liaient; un mot, un geste, un souvenir suffisaient pour encourir une condamnation à mort. Le comte ayant perdu ainsi tous ceux avec lesquels il avait eu quelques liens d'amitié, ne doutait pas que sou tour n'an-ivâl bientôt; car il était devenu l'objet d'une surveillance particulière : plusieurs visites domiciliaires avaient eu lieu au châleau , et tout annonçait que le iarouche proconsul ne larderait pas à s'emparer de ce magnifique

domaine que sa cupidité convoilait depuis long-temps.

Un soir que les craintes de M. de l'Etang s'étaient encore accrues par une nouvelle investigation de sa demeure, il fit appeler le jeune savoyard et lui dit avec toute la bonté qu'il mettait toujours en lui parlant : « Depuis un an que tu es ici, mon cher Michel, tu as montré un zèle extrême à l'instruire , et déjà tu es plus avancé qu'on ne l'est communément après de si courtes études, que malheureusement je ne puis te faire continuer. Tu n'as rien négligé non plus pour changer le caractère de mon fils : il n'a pas encore su profiler assez de tes conseils et de les exemples ; mais les affreuses calamités qui pèsent sur nous achèveront peut-être de le corriger Je vais être forcé de l'éloigner de

moi, afin de le soustraire aux dangers qui me menacent. Une parente, qui demeure fort loin d'ici, et à laquelle je viens d'écrire, se chargera de lui sans doute, si elle-même n'est pas déjà au nouibre des vielitiges Quant à toi, bon Michel, lu as

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de la sagesse, de la prudence ; retourne dans tes montagnes; là, du moins, tu seras à l'abri de tous les maux qui accablent cette terre de désolation, et si quelquefois tu donnes un souvenir à ma tendre amitié , n'oublie pas que j'ai vivement regretté de ne pouvoir t'en offrir des marques plus utiles. » En même temps, le comte présente à son jeune protégé une somme de mille écus qu'il le charge de remettre de sa part à son excellente mère ; mais le jeune montagnard, d'abord muet de surprise et de douleur, se jette à ses pieds , et s'écrie avec l'accent de la plus vive affection : « 0 mon cher bienfaiteur! est-ce donc quand vous êtes malheureux, quand des périls vous menacent, que vous devez éloigner votre pauvre Michel? Ma mère n'a pas besoin de moi : votre générosité a pourvu à tous ses besoins ; cet or lui serait inutile , et je ne puis l'accepter qu'autant que vous me permettrez de me consacrer à votre service. IN 'exigez pas que je m'éloigne de vous dans un pareil moment :

je suis jeune ; mais j'ai du courage ; et la

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providence daignera peut-être seconder mes soins... Je vous en supplie , révoquez 1 ordre de mon départ ; car je ne saurais in y soun.ettre. — Eh bien reste ! dit alors le comte attendri jusqu'aux larmes ; mais prends cet or, et promets-moi de fuir si 1 on m'enlevait la liberté. »

Ces mots étaient à peine articulés que des cris confus se font entendre, Alfred accourt éperdu : << Cher papa! sauvezvous, des hommes armés viennent pour vous conduire en prison ; fujez , fuyez, au nom de Dieu ! H est trop tard ! répond le malheureux père ; je ne puis compter sur mes gens ; plusieurs sont vendus à mon

cher Michel! vo.ci l'instant de me prouver ton zèle et ton attacheu.ent ; emmène mon fils, sauve-le, tâche de lui ti-ouver

nnas.le..... Seul, je puis tout braver... I^t .01, a,oiUe-t-,! , en serrant avec désespoir son Alfred dans ses bras, reçois ma !>enedictio„,. suis les avis de Midiel; le "el 1 inspirera „ En même temps, il Jes pousse l'un et l'autre

vers 17 ne

{îorte

secrète donnant dans la chambre de son fils que le jeune montagnard entraîne, partagé entre le désir de ne point quitter son bien-, faiteur et de sauver celui que la sollicitude paternelle vient de lui confier.

Se décidant néanmoins à remplir d'abord ce dernier devoir. « Venez , venez , suivezmoi , dit-il à Alfred , que la douleur oppresse , il me reste mes bardes de ramoneur, elles peuvent suffire à nous déguiser tous deax; ce sera l'afFaire d'un moment.» En eiFet Micliel avait non seulement conservé les vêtements qui le couvraient en arrivant au château , mais encore ceux qu'il avait apportés de ses montagnes. En une miiuite Alfred est barbouillé de suie et travesti de la tête aux pieds. Muni de l'or que le comte vient de lui donner, son jeune compagnon le prend par la main , et , à la faveur de la nuit et de la confusion qui règne au château , ils s'échappent et vont gagner la grande route d'Arras.

« C'est par ici qu'il passera , mon cher Alfred, nous allons le revoir! Cachonsnous derrière cette haie ; quand il appro-

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chera, ne faites aucun mouvement, je vous en ^ prie ; vous vous perdriez , et vous m'Ôteriez les moyens de le secourir. » Alfred se jelle en sanglottant dans ses bras : « Oh Micliel , je t'obéirai, sois-en sûr! si lu savais combien je regreïle aujourd'hui tous nies tons envers toi! Et mon père! mon bien-aimé père! ces hommes cruels le tueront, et moi, malheureux, je ne lui aurai pas demandé pardon de tous les chag-nnscjuejelui ai causés!

nr-T /' '''^"* ^""^ "* pardonnes, reprend Michel en sanglottant à son tour, car il vous a béni. Prenez courage. Dieu aura pitie de nous, il nous offrira peut-être quelque moyen de le sauver. . . Mais , chut ! plusieurs lumières jjaraissent , une voiture se fait entendre.... Oh ciel! ce sont eux! c est lui ! Il est garolté dans une charrette ' O mon cher bienfaiteur! et je ne puis le clelendre! »

En effet le comte, au milieu d'une garde nombreuse, s'approche en ce moment. Une pâleur morlelle est répandue sur ses traits agités par une inquiétude

lE P^^TIT SAVOYARD.

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