‹ Souvenirs d'une mère de familleChapitre 13 sur 13 · ET DE SON FILS · texte numérisé non relu

ET DE SON FILS

plus profondes ténèbres, et n'espérant pins voir franchir l'obstacle qui les sépare du reste des humains, ils ont jeté loin d'eux rinstrument de leur salut, et s'abandonnent à toutes les fureurs du plus sombre désespoir.

Dévorés par la ûûm, plusieurs d'entre eux attendent avec impatience qu'un de leurs compagnons soit expiré pour se repaître de ses chairs palpitantes. Plus loin, le vaste tombeau retentit des cris plaintifs de deux jeunes orphelins qui appellent en vain leur mère. Un seul morceau de pain reste à l'un d'eux , il l'abandonne à son frère, celui-ci le refuse , et le donne à un autre enfant qui le dévore, et sourit à son jeune bienfaiteur.

Au milieu de ces scènes déchirantes , et des maux cruels qu'ils endurent, Gofïin et son fils n'ont point cessé d'eucourager leurs compagnons, et sont parvenus plusieurs fois à les ramener à l'ouvrage; mais le: malheur porté à l'excès n'entend plus la voix de la raison , et ce serait en vain que le père et le iils insisteraient désormais

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pour relever le courage de ces hommes abattus par le désespoir et la souffrance.

Réduit donc à ses propres forces et à l'assistance de quelques amis qui veulent mourir à ses côtés , Goflln s'est armé d'un pic , et fait de nouveau résonner les voûtes souterraines sons l'efFort de ses coups redoublés. Ses mains, depuis long-temps déshabituées de ce rude travail . sont ensanglaitées , et peuvent à peine soutenir FinstrumerU ; il est d'ailleurs épuisé par la faim qui dévore ses entrailles; mais son fils que rien n'a pu abattre est là près de lui; de temps en temps, il le serre dans ses bras , écoule les paroles consolantes que cet enfant courageux lui adresse dans son langage naïf, et le désir de l'arrachera lamort soutient encore ses forces épuisées.

Déjà cinq jours et autant de nuits se sont écoulées dans cette agonie affreuse ; les malheureux en ont compté chaque minute, et la plupart d'entre eux sont près de rendre le dernier soupir. Mais , ô bonheur inespéré î un bruit rapproché se fait entendre tout-à-coup dans la tranchée que

ET DE SON liLS. Ob^

(iofFin et ses aniis n'ont point quittée ; la sonde a pénétré jusqu'à eux ; ils poussent un cri de joie auquel répondent nulle acclamations tumultueuses. Le trou se bouclie cependant pour éviter les accidents que l'impression trop subite de l'air pourrait occasionner; mais ils savent que leurs libérateurs sont près d'eux, qu'il ne faut plus que quelques instants pour leur entière délivrance , et cette idée est déjà pour eux la vie même.

Enfin le passage est élargi; toutes les précautions sont prises pour les recevoir i mille voix les appellent, mille bras leur sont ouverts; ils s'y précipitent en palpitant de joie. Ah ! qui pourrait rendre celle de leurs libérateurs, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs mères? Chacun des assistants semble retrouver, dans chaque bouilleur qu'il voit sortir du gouffre, un père, un frère, un ami; ils sont les objets des soins les plus tendres, les plus empressés. Golfin et son fils sortent les derniers. Déjà leurs compagnons les ont proclamés leurs sauveurs; on les en-

568 devoui:mentdegoffinetdeso]n FILS, toure, on se dispute le bonheur de les embrasser, de les secourir; leur nom est prononcé avec le plus tendre respect, et de cette foule attendrie , il passe à la postérité qui doit à jamais lui rendre hommage.

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TABLE DES Mx^TIERES

COINTErsLES DAISS CE YOLLME.

Le Savoyard Pages i

La Mèue et la Fille 5 1

Le Dévouement de l'Amitié 77

Les deux Ouvrières io3

La Laideur aimable 126

Le Duel 1 63

La Diligence 177

La petite Laitière 194

La Liaison imprudente 269

L'Homme brun , ou la Bienfaisance. 5o5 Dévouement de Goefin et de son

Fils 356

liar-lo-Duc, injpriuicric de LAGUERPŒ.

Ck-/.-î;si

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