‹ Souvenirs de 1848Chapitre 66 sur 79 · A la fin de · texte numérisé non relu

A la fin de

riches observations se rattachent généralement au fil conducteur (Tune fiction ingénieuse et toujours originale. Il écrit bien, il est sobre et rapide, il a de l'humour, il voit vite et comprend tout. Il est observateur exact et peintre suffisamment coloré ; aussi la popularité ne lui a pas fait défaut, et c'est justice.

Plus tard, en 1840, Ferry vit et parcourut l'Espagne, au plus fort de la guerre civile qui désolait alors ce beau pays; les carlistes et les christinos lui rappelèrent souvent à la mémoire des exploits dont il avait été témoin, quelques années auparavant, sur les routes de la Sonora.

Il n'écrivit que durant les cinq dernières années de sa vie, et son début dans la Revue des Deux Mondes1, fut très apprécié. Il ne songeait pas encore à faire des romans ; il esquissa, d'une main ferme, les événements et les personnalités historiques qui l'avaient frappé, et qu'il avait été à même de bien étudier.

Il écrivit ensuite les Scènes de la vie sauvage au Mexique, celles de la Vie mexicaine proprement dite, et celles de la Vie militaire.

Ses souvenirs prirent alors la forme du roman : le Coureur des Bois, Costal V Indien, les Squatters, Tancrède de Chateaubrun, la Chasse aux Cosaques, la Clairière du Bois des Roques^ eurent un grand retentissement et captèrent toutes les classes de lecteurs. Il n'écrivait pourtant qu'à ses moments perdus ; car il

1. En 1850-51, il a écrit, pour Y Ordre» un compte rendu du Salon de cette année. — Cet essai a été remarqué.

était homme d'action avant tout, et il rêvait toujours les expéditions lointaines.

Il avait acheté une charge de courtier d'assurances maritimes, dont il se démit pour devenir directeur d'une compagnie créée dans le même but.

A la fin de 1851, le gouvernement français lui confia la mission d'aller recevoir à San-Francisco les nombreux émigrants que la fièvre de l'or entassait sans prévoyance et sans ressource sur les rivages californiens.

C'était une mission honorable, délicate, presque héroïque. Les difficultés et les périls qu'elle comportait tentèrent le généreux explorateur.il partit, hélas! pour ne plus jamais aborder !

Le 2 janvier 1852, il s'embarquait à Southampton à bord de VAmazone, magnifique paquebot de la Compagnie anglaise. Quarante-huit heures après, on venait à peine de perdre de vue les côtes d'Angleterre, que l'incendie envahissait V Amazone i.

Deux chaloupes où l'on se précipita pêle-mêle furent submergées ; une troisième, ne contint plus que vingt passagers ; mais Gabriel Ferry n'y était pas ! Il avait prévu et constaté le sort des deux premières embarcations ; il ne s'était point hâté de profiter de la dernière planche de salut, et, quand cette barque fut pleine, il répondit à ceux qui le pressaient d'y prendre place :

<( Mourir pour mourir, j'aime autant rester ici ! »

1. Voir sur cet horrible désastre toutes les feuilles du commencement de janvier 1852.

Il prit ce parti avec une tranquillité extraordinaire, peut-être avec le sentiment secret d'un dévouement héroïque : on le lui a attribué ; sa fermeté d'âme durant les angoisses du drame de l'incendie a autorisé ses compagnons à le penser et à le dire ; car cette terrible et noble mort est déjà passée à l'état de légende.

La chaloupe qui portait les derniers débris de l'équipage, et qui errait au hasard dans les ténèbres sur une mer houleuse, entendit, vers cinq heures du matin, une explosion terrible.

C'était F Amazone qui sautait avec le reste de ses passagers.

Ferry, plus égoïste ou moins stoïque, eût pu être sauvé, car la barque fut rencontrée, et les passagers recueillis, au bout de quelques heures, par une galiote hollandaise.

Les études contenues dans ce volume posthume ont été conservées manuscrites jusqu'à ce jour, parce que la famille de Ferry n'avait pas trouvé encore à leur publication une opportunité suffisante.

Quelques fragments seulement de ces travaux his^toriques ont été imprimés dans divers recueils du vivant de l'auteur *.

Aujourd'hui, réunies en faisceau et complétées par les notes manuscrites de Gabriel Ferry, ces biographies à la Plutarque, étudiées sur nature, écrites d'un style nerveux et coloré, forment une véritable his-

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