Notamment dans le Courrier français
MÉLANGES
toire des révolutions du Mexique, une histoire que ne peuvent se dispenser de consulter tous les hommes qui voudront comprendre l'état présent de ce beau pays, et juger sainement de son avenir.
Avec quel intérêt ne lira-t-onpas les vicissitudes étranges de l'expédition de Xavier Mina ; les manœuvres politiques et militaires de cet égoïste Padre Torrès, qui compromit la révolution mexicaine pour avoir voulu la confisquer à son profit en laissant en péril son principal auxiliaire, l'héroïque Mina !
L'histoire de l'empereur Iturbide n'est pas moins accidentée, moins dramatique ni moins féconde en enseignements pour les hommes de tous les partis.
Mais le récit dans lequel l'écrivain s'élève à la plus grande hauteur comme historien, c'est celui de la vie de Santa-Anna, c'est l'étude de ce caractère si singulièrement formé des éléments les plus opposés, de cette âme romaine si fortement trempée, qui animait, par un singulier jeu de la nature, un corps sujet à des accès de sybaritisme chronique.
Les luttes de ce héros étrange, tour à tour fanatique de la légalité et vainqueur implacable, contre le généreux et magnanime Bustamente, qui eut la gloire de conclure avec l'Espagne le traité de paix dans lequel l'indépendance du Mexique fut proclamée et reconnue, ces luttes dramatiques et fécondes en incidents bizarres, sont racontées avec cette verve entraînante qui sait prêter aux événements historiques tout l'intérêt du roman le plus mouvementé. On sent que l'auteur n'apprécie pas moins les vertus et les
tentatives pacifiques du président ami des Arago, et les talents d'un homme d'État de la taille de don Luca Alaman, que le courage entreprenant et la bravoure téméraire des célèbres guérilleros qui les ont précédés.
Avec quelle vérité et quel éclat de couleur Gabriel Ferry sait peindre le théâtre si mobile et la mise en scène si brillante de ces drames révolutionnaires du Mexique, on le devine aisément quand on a lu les beaux livres auxquels il a dû sa légitime célébrité.
Dans ses autres ouvrages pourtant, on ne Ta connu que voyageur et romancier ; celui-ci nous fait apprécier et regretter en lui un remarquable talent d'historien.
Nohant, 14 août 1863.
LES VAGABONDS
PAR