LE RETOUR
La troupe d'écoliers naguère si joyeuse Commençait à trouver la route douloureuse, En effet la journée allait bientôt finir ;
Il n'en resterait plus qu'un riant souvenir.
Chacun marchait tranquille étouffant sa tristesse,
Quand le brave Raoul, en fils de la sagesse,
Re
Fit arrêter la troupe et lui tint ce discours :
“Mes compagnons, il faut laisser au temps son cours ;
‘“ À quoi bon s’attrister ? la journée est finie,
‘“ Nous avons bu le miel, il faut boire la lie.
‘ Nous sommes ainsi faits ; aujourd'hui les plaisirs
‘ Font naître dans nos cœurs un monde de désirs, L'imagination veut en saisir l’image, Mais le temps vient lui dire : halte! c’est un mirage! De même la nature, en un brûlant désert, Au voyageur lassé d’avoir longtemps souffert, Souvent fait voir au bout d’une route lointaine, Dans un prisme menteur les eaux d’une fontaine. Et si le pèlerin cède à l’appât trompeur,
I] r'ira que plus loin déplorer son malheur ;
Car le chemin qu'il suit sans cesse se prolonge,
LILI LLILIANS